Un papa, ça ne se fabrique pas facilement

Posté par traverse le 18 juin 2006

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Un papa, ça ne se fabrique pas facilement, c’est long et difficile à faire. Certains naissent presque terminés, mais c’est très rare.
   Quand le début est bon, le papa se développe sans encombres majeures, quand le début est difficile, c’est long et douloureux, le papa grandit mais rien n’est sûr, rien n’est évident, tout est compliqué dans la fabrique du papa…
 
1.
 

La campagne est verte tout alentour, des prairies, des arbres, des vaches qui se passent dans la brume entre deux sentiers, des nuages si profonds que le ciel disparaît, des jours et des nuits qui arrivent toujours à l’heure, de la pluie et encore de la pluie qui tombe sans prévenir et ne surprend personne…
 

En dessous, des puits, des tunnels, des cryptes, des asiles noirs et gras ; c’est le charbon qui s’écroule sous le pic des mineurs dans des chariots de fer qui sonnent et s’entrechoquent sous des voûtes de carbone. Des arbres sont dressés, enfoncés dans la roche noirâtre, des pieux, des madriers, des épaules de chêne martelés de longs clous, des chevaux sans mystère, aveugles et silencieux et des hommes, des hommes du Nord au Sud, d’Est en Ouest, des hommes aux parlers gutturaux, des hommes crachent, vivent, mordent et forent encore, des hommes font reculer les murailles glacées, ils dépiautent, pèlent, concassent et rabotent les remparts de cristal qui trouvent dans leurs poumons des abris opportuns…
   On s’assied et on pense.
   On croit que le monde est en nous, que nous y avons place et soudain un rien, un détail, une nappe mal tirée sur la table de cuisine, une lumière qui tombe sur le coin d’un fauteuil, soudain le brouillard envahit la place, la forteresse est vide, les corps gisent épars tout autour des fontaines, certains se tiennent la gorge, d’autres laissent leurs yeux s’envahir de lait, le silence est parfait, le cœur et les poumons, le vent au loin par-delà les terrasses, le souffle du trafic sur le périphérique, la voix dure du père et les lamentations de la mère complice, tout s’arrête et flotte un instant dans l’air. On sait alors que le temps ne finira jamais, qu’il a sa place en nous, qu’il la prend chaque jour pour que la nuit disperse ses théories de monstres et de fantômes patiemment construits dans la glaciation des heures et des heures perdues. On sait alors cela.
 

2.
      

Conformément à ce que sa mère lui avait dit quand il était encore enfant, tu ne seras jamais aimé des femmes, il parlait la seule langue qu’il connaissait, celle des abandons et des faillites pitoyables. Il passait d’un cœur à l’autre pour s’en autoriser les corps.
 

3.
      
      

T’as le choix entre porno et charité, en dessous, t’as plus rien, t’es qu’une clette, une crotte sur le trottoir des pauvres, t’es le moins que rien des chiures d’avant, quand c’était encore possible d’y croire, de faire comme si c’était réel cette différence entre moisi et cramé, cette différence que tu croyais reconnaître, avant, quand t’étais dans tes bons jours, que t’avais pas eu ta part de racine, ta part de sale jus, ton compte de  décomptes mais rien ne me fera céder, rien, tout est affaire de clarté, de justesse, de justice, rien.
Bon dieu, va falloir encore mentir, dire qu’on ne savait pas, qu’on n’avait pas le moindre soupçon de cette affaire…Bon dieu, pourquoi, faut toujours que je  comprenne trop tard ce que les autres savent en naissant ?

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