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…dès que je me suis intéressé à l’argent…

Posté par traverse le 21 juin 2006

4.


Dès que je me suis intéressé à l’argent, j’ai tout  perdu.

C’est cette histoire banale que je voudrais rendre aussi limpide que la mort qui gagne et que chacun accueille avec plus ou moins de civilité à sa table.

Cette histoire d’argent est la seule que je me suis mise à aimer dans le cours d’une vie qui connut des hauts et des bas, comme mon compte en banque, quand j’accédai à cette subtile mécanique de confusion qui consiste à ne plu voir l’argent que l’on perd et l’on gagne, à le voir s’éloigner de nous, à perdre le plaisir de le manipuler, bref à l’échanger, à le passer de main en main. Les prostituées, quelques commerçants méfiants et  les enfants aiment encore palper les billets, voir rouler les pièces dans leurs paumes. Les assassins n’y croient plus, ils ont des comptes, seuls les amateurs, les voyous interlopes veulent encore tâter le prix du crime.

Moi, depuis ce temps nouveau où mon premier compte fut ouvert, je m’acharne à aligner des chiffres qui signent ma fortune ou ma déchéance. Mais pour un homme qui a toujours payé pour se faire aimer, l’enfer, ce sont les nombres positifs ou négatifs qui s’additionnent jusqu’à l’infortune régulière de celui qui n’a pas appris à avoir.

Avoir de l’avance ou avoir d’avance ?

Avoir pour avoir le temps d’être.

Avoir pour ne plus se disperser à chercher à avoir un peu avant de disparaître.

Avoir, surtout avoir, en avoir, puisqu’on n’en n’est pas.
Quelque chose de la vie que je voulais recevoir, j’ai dû l’acheter et souvent le payer fort cher. Les liens que je nouais tout autour de moi étaient souvent le fait d’excès. Je suis un abondant, une rivière, un gouffre, je dilapide, j’offre, je sollicite, je donne, je produis. J’éparpille des phrases, des repas, des cadeaux ; j’achète des livres, des disques, des peintures, de la nourriture, des médicaments,des femmes parfois, j’achète tout ce qui peut être vendu et je ne connais rien qui ne puisse l’être pour qui éprouve un réel besoin d’une chose ou d’un être.

Mais ces dépenses ne sont rien, semble-t-il à côte du vide, de l’arrachement que vit celui qui sait qu’il est condamné à dépenser. La richesse set un détail, elle ne change rien à l’affaire, elle complique plutôt, elle effacent la sanction véritable du désir, elle ne fait que d’en ajouter quelques contingents, elle complique, elle force la comédie des échanges, elle construit une autre histoire qui n’est pas la mienne.

Celle-là ressemble à ce que peut un homme beau ou une femme belle, pas grand chose, tout lui est prêté, il n’a qu’à en faire usage, à le consommer, à l’échanger contre quelque chose ou quelqu’un de plus rare, c’est tout. La richesse mord le goût de se perdre à l gorge comme un chien puissant égorge un basset dans un jardin bien entretenu.
                                           

5.

Ma vie, mon enfance ; ces souvenirs éloignés comme des poussières volant dans l’atmosphère, ces petites particules de mémoires flottantes ; ces histoires de liens rompus et usés jusqu’à devenir poussières lumineuses et flammèches dans le ciel, ces quatrains de misère ou de gloire, ces amours emportés dans la poussière éparse, tout ça a valu son pesant de monnaie, sa poignée de billets, ses retraits nocturnes de comptes amaigris.

Et tout encore n’a pas grande importance en regard de ce qu’il faudrait dire ici.

Un jour il n’y aura plus de colère et le monde alors s’effondrera de contentement.
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