L’atelier des lieux communs

Posté par traverse le 13 août 2006

 1. 

Je me suis refusé longtemps à l’écriture de ce texte. 

Je me disais, qui parle, elle, lui ou moi?

Elle, lui, écrivent dans l’atelier d’écriture. 

L’autre, celui qui anime cet écrire dans et hors atelier, c’est moi, souvent. 

Tout se passe entre elle, lui et moi. 

C’est grâce à eux principalement que ce texte existe.

Je préférais me dire qu’en écoutant ces hommes et ces femmes en train de tenter d’approcher la bête, j’en apprendrai bien plus sur cette satanée traque qu’en forant dans ma propre expérience. 

J’ai évoqué la bête, souvent.

En ce moment, elle me caresse le dos mais c’est une bête aux muscles tendus, sans pardon, dévorant vivants et morts, infidèle à la réalité, livrant ses largesses d’un coup, réanimant le monde endormi que nous transportons d’une génération à l’autre, nous arrachant à la lenteur de vivre, évidentes comme l’eau et la soif. 

Voila la bête qu’ils veulent approcher.

Nous en parlons régulièrement eux et moi.

J’aime leur rappeler qu’elle réclame sa livre de chair à chaque mot juste. 

Je frissonne en l’évoquant et ça nous donne du cœur à l’ouvrage. 

Dans l’atelier, je rencontre des personnes magnifiques, en colère, étrangères parfois à leur véritable voix, attentives au moindre détail, naviguant sur les lieux communs et soudain les perçant d’une phrase, de quelques mots nus comme le marbre, les yeux grands ouverts sur des promesses impossibles à tenir, des barrières plein la tête, mais ne connaissant plus soudain l’usage des barrières, intrépides, malicieuses et hésitantes, enfin, parce que c’est la règle ici, dans ce texte et dans l’espace qui les accueille tous, l’atelier, presque toujours bien élevées.  

J’écris ces mots, bien élevées, sans guillemets.

J’insiste sur l’absence de guillemets.

Une des manies que je méprise dans le flou de mon époque, c’est cet abus des guillemets, cette avant-garde du mensonge…Il avance toujours masqué, le mensonge et ces fichus guillemets sont un des trous d’échappement de la pensée aujourd’hui.

Pas de la communication, de la pensée tout simplement, donc du courage.  

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