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C’est un chien

Posté par traverse le 30 septembre 2006

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C’est un chien qui s’est mis à crier, de mon bureau j’entends les freins, les klaxons et les portes qui claquent au loin sur des enfants en pleurs mais ce chien criait plus fort que tout et chacun devrait connaître ce cri au-delà des chocs et des plaintes, cette colère aiguë qui m’a fait me lever pour voir des gens courir et se précipiter dans les sons comme des papillons sur une lampe froide, c’est un chien qu’ils portaient en soutenant sa patte et les freins, les klaxons et les portes ont regagné leur place pour s’asseoir d’une fesse sans chichis ni manières sur le bord du silence qui retenait son souffle.   

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Que peut-on voir ici

Posté par traverse le 30 septembre 2006

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Que peut-on voir ici, ciel clair et nuages ne piquez pas du nez dans notre humanité, je vous le demande, comment les hommes qui sont comme des éponges usées, comment vont-ils ainsi avec tant de chagrin alors qu’ils ont grandi ensemble dans des lieux dispersés qui sont comme des déserts qu’ils poussent devant eux, que peut-on voir qui ne soit déjà vu et que j’aimerais revoir en allant au marché où les fruits sont si beaux qu’ils sont un peu du ciel et des nuages clairs qui s’arrêtent ici..    

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En balancier entre ses doigts

Posté par traverse le 30 septembre 2006

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En balancier entre ses doigts une cigarette l’empêche de tomber dans le regard des hommes et son voile lui fait un visage de poupée glacée, elle secoue ses cendres comme si une partie d’elle était à la cuisson et elle s’ébroue dans le mépris de ce qu’elle ne sait pas encore être, d’un coup l’orage, la pluie, le vent, sa mère qui passe au loin,  de toutes les façons la jètent enfin au centre d’un sourire.

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J’ai vu il y a peu

Posté par traverse le 26 septembre 2006

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J’ai vu il y a peu une jeune femme traîner son enfant comme on n’oserait le faire d’un chien mort, on aurait pris une pelle ou serré des liens aux pattes, craché dans ses mains et enfourné tout cela dans la terre grasse du jardin, mais non, cet enfant n’avait droit à aucun des égards du chien mort et il criait sentant sa vie d’animal bien mal embarquée, que voulez-vous, nous étions aux caisses de ces grands magasins qui sont des passes dangereuses pour les mères incertaines, un voulait tuer la mère, un autre le chien, mais nous étions pressés de rentrer chez nous et un même et étrange sourire, avec des yeux baissés, nous ramenait au chien, il était dans la bave et les larmes, tout fouetté d’ivresse et de colère, je me suis dit qu’un assassin ou un père de famille allait sortir de ça, vingt ans encore et la mère serait vieille ou allongée dans la terre grasse, j’ai vu tout cela en cherchant dix cents dans mon porte-monnaie..

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Ce soir c’est un ami

Posté par traverse le 24 septembre 2006

liege 027.jpgCe soir c’est un ami qui est parti rejoindre son fils pour parler de travail, rien de plus évident que cette relation où ils vont éblouis sans se plaindre de cette lumière qui les aveugle parfois, rien de plus évident que nous échangions du vin contre des promesses de jeunesse, et du vin encore et de la jeunesse  en apnée dans le vin, rien de plus évident que nous parlions de nous et du monde et de nous sans oublier les autres, mondes et nous tout dispersés dans des promesses encore, demain quand on sera morts et le vin si éteint que même les autres mondes se logeront en nous, demain qu’allons-nous faire pour mieux tracer les cercles du vin, des autres mondes et nous, qu’allons-nous faire dans la polygamie des désirs ?

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Il n’y a rien à faire

Posté par traverse le 24 septembre 2006

meduse.jpgIl n’y a rien à faire cette nuit à peine le vent, la pluie et toutes ces choses qui font trembler la maison qui est le début de tout vocabulaire, il n’y a rien à faire cette nuit s’est inclinée dans le souvenir récent de ceux qui n’ont plus que la nuit pour commencer l’apprentissage de leur abécédaire, il n’y a rien à faire cette nuit le ramadan tombait comme un voile sur des yeux tout empêchés de cette beauté terrible, dans le tissu le sang, le vice et la vertu, dans le tissu la faim, le sucre et la durée, dans le tissu le songe et le mensonge, dans le tissu des chaînes aux pieds des écoliers, dans le tissu des saisons qui ne comptent pas leurs heures, dans le tissu des femmes qui marchent dans le souvenir inquiet des noces à venir, il n’y a rien à faire cette nuit à peine les écrans, les danses et les chants ont-ils cessé de faire tourner leur cuiller dans la bouche des premiers que déjà le bonheur pose son front sur la table et attend le vigoureux tranché du boucher orphelin.

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N’en n’avez-vous pas assez

Posté par traverse le 23 septembre 2006

homme vert.jpgN’en n’avez-vous pas assez des partouzes de la théologie qui se tiennent au sec dans le fond du frigo, sur la table parmi les viandes et les sauces, dans le lit où la femme que j’aime n’a que faire de ces dieux-là pour un soir, pourvu que d’autres soirs la distraient de ces hommes inachevés qui vont s’asseoir sur la berge des lames et des fumées, n’en n’avez-vous pas assez de cette chanson triste qui habite nos maisons depuis bien trop longtemps, n’en n’avez-vous pas assez de voir le blé tordu dans les épis éphémères que les mulots désertent parce qu’ils ont la sagesse plantée au creux du foie et que la faim n’a que faire de cet inachèvement, n’en n’avez-vous pas assez ?

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Aujourd’hui c’est le ciel

Posté par traverse le 23 septembre 2006

hannut 018.jpgAujourd’hui c’est le ciel qui se ferme sur ce qu’il était déjà difficile d’apercevoir en pleine lumière, un temps sauvage et délicieux où je promène en fraude la nuit parfois plus souvent que le jour des illusions mêlées aux promesses du temps, je sais que c’est alors la confusion des saisons et des heures, que je serai bientôt cette écume autour des lèvres de ceux qui ne se comptent plus tout à fait dans la cohorte, que je me suis souvent perdu dans ces phrases décousues et  dangereuses qui entourent les absents, que je me suis égaré dans un temps trop restreint et c’est de ces hommes afférés au bras des autres hommes que je porte le deuil, comment pourrait se défaire ce muscle noué autour du cœur qui me coupe le souffle et me renvoie dans un mouvement sans cesse à découvrir comme on dresse la table ou on refait le lit, comment être à la hauteur des enfants qui en cet instant précis apprennent à se tenir debout sur des jambes encore souples alors qu’ils ont pour un petit instant le cœur délivré des muscles de la glaciation et la bouche entrouverte sur le vent qui les porte au milieu de la route?

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Je travaille à ma table

Posté par traverse le 19 septembre 2006

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Je travaille à ma table, il y a des fleurs au-delà, dans le parc où je vais trop rarement, des avions passent dans l’illusion du bleu, je les entends à peine que déjà le glissement de toutes ces choses en moi, dans un ordre précis, les fleurs avant le ciel et l’avion sans le bleu, le parc tout autour de ma table et de la durée un instant, un furtif accord entre ma respiration, les arbres qui m’entourent et une tache de lumière sur le sol entre deux racines, sur le plancher encombré de livres et de dossiers à terminer, une goutte à peine, une piqûre par laquelle passent toutes les autres taches de ma chambre d’enfant, de l’hôpital où j’ai perdu les amygdales, du grenier quand Robinson se prépare à attendre, du livre où il se tapit, de la Semois, du Douro qui trempent leurs lumières dans l’eau verte, toutes les taches passent par cette pointe d’où fuit et se remplit le monde.

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Coup de sang (monologue, extrait)

Posté par traverse le 8 septembre 2006

atelierkin.jpg…un jour…oui…un petit garçon s’est dressé devant moi…c’était un rêve probablement…vous avez remarqué comme ce mot « rêve » à l’instant vous laisse entendre que ce n’en n’est pas un mais que je ne sais comment dire cette chose en moi ouverte comme un livre dans la lumière, ce petit garçon était très pauvre, presque nu, le visage sali de larmes et de crasse, le petit garçon s’est approché de moi, j’étais dans une voiture, c’est vrai, il est resté à distance, j’étais avec quelques amis, invitée, c’est vrai aussi et très bien entourée mais il était bien là, les mains enfoncées dans les poches de son short déchiré, il était là et je m’en souviens bien, il était tout éclairé dans le faisceau des phares, c’était la nuit, je m’en souviens très bien, une nuit noire et chaude comme on rêve d’Afrique, il s’est approché en narguant la voiture et moi qui étais effarée de le voir su dressé devant cette chose bruyante et métallique qui effraie les oiseaux mais cet enfant joyeux nous regardait de face, les yeux dans la lumière écrue et il s’est avancé en nous tendant la main, il mendiait, il demandait l’aumône, c’est un mot tout aussi inquiétant que peste et malheur, ne trouvez-vous pas ? il s’est approché et la voiture s’est mise lentement à avancer, il s’est arrêté et nous a regardé calmement, et nous étions glacés, il n’a plus bougé et la voiture lentement, très lentement aussi s’est arrêtée et le petit était toujours dressé, main tendue et sourire de victoire aux lèvres, il a tendu la main encore plus fermement et il savait alors qu’il avait gagné, magnifiquement gagné et rien de ce que j’avais appris et fait jusqu’à lui, aujourd’hui, n’avait servi à faire en sorte que ce petit garçonne soit pas là, torero, à nous menacer de sa main de misère, il a gagné se pièces, toutes celles que nous avions sur nous et billets et excuses et des restes de colère aussi, probablement que nous lui balancions à l’enfant arrogant qui nous regardait nous délester de ce que nous avions encore au fond des poches, il a ri et les autres sont venus, ils ont ri et partagé la fortune du jour, la nuit est retombée, plus rien ni personne devant les phares, le vide tout à coup, le vide, le vide…

 

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Grimaces

Posté par traverse le 8 septembre 2006

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Il n’y a pas de règle, le tout est de rendre compte des grimaces et des dérèglements de l’univers. Quelque chose de la grimace, autrement dit un reste de la Méduse qui traîne en permanence sur le visage du monde et qui devrait nous laisser dans l’effroi ou la joie d’avoir pu approcher si près tant et tant d’horreur inutile.

Sur ce visage, c’est de l’enfance, du monstrueux, de l’obscène, de la curiosité aussi qui ont survécu à ce qui mit autant d’années à nous façonner la face et la démarche et que nous appelons, faute de mieux, intelligence.

Car cette intelligence-là est probablement ce qui nous a le plus conduit au tombeau, et nous y arrivons…en grimaçant. Ces étirements de l’âme et de la peau, ces laideurs appuyées, ces affres simulés sont les signes amoureux de notre ancienne fréquentation des monstres, et que nous tentons d’oublier dans la raideur (des lois, des dictatures, des démocraties). De la raideur enfin, il nous faut oublier également l’impossible projet. 

Cela tient grâce à la violence ou, au mieux, à l’absolue désinfection des comportements et des pensées. Plus propre que jamais, l’art s’éloigne et de la violence et de la purulence. Il se veut ludique, adapté, émotionnel, classe.

Les grimaces ne sont plus que des tics, les monstres, des marionnettes souples, l’obscène du porno chic et le vertige de l’oubli du « devoir de mémoire ». Un devoir de plus assigné à l’art et le voilà (re)devenu saint-sulpicien. Il régule, accueille, comprend ; il combine, organise, s’interpose (contre les « barbaries » de tous ordres) ; il rassemble au lieu de diviser, accorde au lieu de décomposer, bref, évolue.

Probablement qu’il sait qu’il ne compte plus.

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