Le jardin des paroles

Posté par traverse le 11 décembre 2006

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L’homme n’aimait rien tant que d’aimer mais il ne savait que faire pour que son amour dure. Il aimait comme bat le cœur d’une souris, il savait que ce n’était pas la meilleure façon mais n’en connaissait pas d’autre. 

C’était un enfant encore que son âge déjà le portait  vers la cassure  des oublis. Il savait aimer depuis le petit matin jusqu’à la nuit profonde mais toujours  la femme aimée exigeait de lui qu’il l’aime autrement et aime autre chose que ce qu’il aimait. Peu à peu, il cessait de l’aimer pour en aimer une autre. 

Il chercha alors plus de femmes encore et encore toujours plus, du Nord au Sud, d’Est en Ouest, il les cherchait pour qu’elles le distraient de cet amour  qu’il voulait tant donner. Il en perdit le sens de la géographie, et oublia ce qu’il cherchait dans les bras  de celles qu’il perdait  aussitôt. Il se prit alors à aimer le nom-même de l’amour qui est l’histoire  de tout amour…. 

Un soir de tristesse plus lourde que la nuit, il raconta son histoire, jusqu’au matin et il se prit à aimer l’écho de sa parole qui était pleine comme  les histoires qui sont souvent de futures amours. Il parlait, parlait, les hommes et les femmes écoutaient sa parole qui roulait de sa bouche, jusqu’à eux sans effort. Ils l’écoutaient en cherchant cette petite histoire inquiète qui est le signe de tout amour. L’homme tout entier parlait comme il rêvait d’aimer. Il était engagé dans chaque souffle, livré à ce qu’il faisait naître dans le cœur de ceux qui l’écoutaient.  Il parlait avec tant de désir qu’un jour il fit moins attention  à ceux qui l’entouraient. Ils étaient à lui et il y prenait plaisir.  Il devint peu à peu vaniteux et plus triste encore. Il exigeait toujours plus de rires, plus de larmes et toujours plus d’amour. Il ne reçut que les rires et les larmes et il tomba malade. On crut même qu’il allait mourir.  Il demanda alors à une belle qui était à son chevet un dernier gage d’amour,  une rose en hiver. Mais pas de rose dans son hiver et il cessa de parler. 

Chacun s’en retourna alors à ses occupations. Il survécut mais il était seul  maintenant à parler, et à tisser des histoires vides et froides  que sont les histoires sans amour. Il se retira un soir dans son jardin  tout en fraîcheur et il écouta en lui le silence peu à peu prendre la placede ses paroles creuses. Le jardin était bruyant des souffles et des chuintements des insectes, des fontaines  et des oiseaux. Le temps prit tout son temps, puis un peu moins  et il entra dans la vieillesse. 

Un jour, un jeune homme pénétra dans le jardin, il était couvert de l’ombre de chagrins anciens. Il plongea les mains dans la fontaine, but une rasade et s’adressa au vieux tout chiffonné de regrets. « Je suis venu te voir car tu savais, dit-on, raconter des histoires d’amour».  Le vieux lui fit signe  de poursuivre. « J’aime une femme et ne sais comment me l’attacher à jamais.  Tu pourrais m’enseigner ces histoires qui lient les femmes  à leurs amants. » Le vieux lui fit encore signe  de continuer. Le jeune homme parla, parla, parla encore  jusqu’au cœur de la nuit. Il parlait de lui, de son amour, de ses efforts pour conquérir la femme tant aimée. 

Quand le soleil se leva, il était encore occupé à parler comme s’il n’en n’avait jamais fini de reprendre encore et encore les fils de son récit. Il cousait chaque morceau et toujours  une pièce lui manquait. Enfin, il se tut, épuisé, le soleil était déjà haut mais le vieux exigea qu’il enchaîne encore et encore paroles sur paroles… Le jeune homme se fâcha et lui reprocha  de se moquer de lui. Le vieux l’écouta jusqu’à ce que la colère de l’amant vienne mourir  dans l’herbe humide.  « Ecoute maintenant ton souffleécoute comme il bat, écoute comme tes mots sont précieux, légers et tout enveloppés d’air,  écoute comme ta parole abandonne les détours, écoute comme tes mots se sont lentement vidés de toi. Avant tu n’étais que désir,  masques et mensonges, tu étais tout occupé de toi et ton amour était tellement puissant que tellement l’enfermait…Cette femme que tu aimes sait que la place est étroite entre tes paroles  et ton amour. Retourne maintenant vers elle et nourris ton histoire, du souffle de l’absente… » 

Le jeune homme partit au petit jour et nul n’entendit plus  parler de lui.  Ne reste que cette fable et vous qui l’écoutez. 

Une Réponse à “Le jardin des paroles”

  1. chant dit :

    c est une histoire très belle si juste sur l humilité, la douceur et l amour que l on veut eternel ça me touche beaucoup ces belles belle paroles, sur le plus d amour, le trop d amour des êtres fragiles qui étouffent l amour par leur force , les pas à pas des gens blessés et qui en ont assez de l âme qui saigne sèche, qui labourent, creusent cherchent l or , l âme or, l amor
    Que ton jardin soit eclatant, merveilleux par tous les temps toutes les saisons, plein de fleurs amie, amoureuse, qu il rayonne de soins, empli de beauté, et d eclosion quotidiennes, coloré de surprises et de parfums délicats, comme la petite terrasse et le gentil jardinier que je connais bien

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