Lisbonne, dernière étape

Posté par traverse le 28 décembre 2006

La mémoire confisque si peu en nous, le retourne en petits tissus, de nœuds et d’effiloches, une gabegie de paroles désolées. 

Il n’y a de plus beau poème que le frisson du bien commun.

La marche n’use que du rythme des poèmes approchants… 

Là, du temps s’est déposé, là où je suis, c’est la nuit et je vais comme du bétail sur le bord du sommeil.

A Lisbonne des portes s’ouvrent sur des couloirs sombres où roulent des vacarmes, des coups de gueule, des silences anciens.    

La ville est plombée d’une saleté cuite que la nuit exalte dans l’entrelacs jaunâtre des réverbères.

Lisbonne n’a que faire des orchestres de lampes et les impasses s’éteignent

entre poubelles et mendiants. On entre alors dans la lumière sur la pointe des pieds, la tête tombe à la verticale des chagrins. 

Les femmes glissent dans le souvenir de ce qu’elles rêvent d’être,  les hommes s’empâtent dans le regret d’eux-mêmes. 

Lisbonne fabrique des corps noués de rumeurs atlantiques et de mélancolies arthritiques.    

Lisbonne renâcle, pare-chocs contre pare-chocs, jure, peste, et meurt dans

l’enchevêtrement des tôles, de la bêtise et de l’alcool glorieux.

Des voitures tournent sur le périphérique dans des simulacres de corridas. 

La débâcle du temps s’embourbe dans une durée perdue.

C’est le lot des cités soumises au bonheur du présent.

(extraits D’un pas léger, à paraître aux éditions Le Taillis Pré)

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