Dans ce qui n’est pas dit parfois

Posté par traverse le 31 mars 2007

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Dans ce qui n’est pas dit parfois je bascule tout entier et me prends à penser à cette chose que je voudrais dire mais que le silence remplit comme un vieux seau dans la remise qui protège de l’hiver les araignées et leurs fils éperdus que je viens trancher en remisant l’outil qui m’a cassé le dos. Je range dans cet abri plus que du bois et de vieux fers, la cannelle et la sauge, des photos de femmes trop aimées, des liserons arrachés et que j’ai tressés enfant pour en faire des lassos et attraper par le cou le monde des brigands, des orphelins et des filles perdues. Dans ce qui n’est pas dit, j’entends le goutte à goutte du temps et des courages dispersés dans la civilité des paroles et des abus communs.

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…de la marche et du voyage…

Posté par traverse le 30 mars 2007

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Poèmes 

 vient de paraître aux éditions Le Taillis Pré

68 pages, (Expire, Inspire, Les gorges nouées, Lisbonne dernière étape

D’un pas léger, nous allons vers ce qui nous semble périlleux et utile, d’un pas léger nous allons vers cet endroit des limites que certains nomment l’évidence et la nécessité, d’un pas léger, nous allons vers un temps dilaté dans lequel nous disparaissons. Quatre étapes dans ce périple. Les deux premières (Expire, Inspire) appartiennent à Brancusi, le Sculpteur roumain  qui accomplit en 1904 une longue marche de la Transylvanie à Paris où il offrira la sculpture moderne à notre ébahissement. C’est de cette marche revisitée que le poème s’inspire pour en scander le rythme et l’étonnement. L’Atlantique, au bout du chemin de l’Ouest apparaît avec les Gorges nouées, troisième étape avant la grande dissolution. Et enfin, Lisbonne, aujourd’hui, à la couture atlantique, où l’Occident tremble dans son poing liquide. Ces poèmes sont de l’ordre d’une commémoration, celle du voyage, de la durée et de notre joie d’être au monde. 

Daniel Simon emploie la majeure partie de son temps à diverses tâches d’éducation et de formation dans les domaines de l’écriture et de la parole. Metteur en scène, éditeur, il publie du théâtre, des nouvelles, des articles, des essais divers et achève un premier roman. Il anime l’association Traverse (www.traverse.be) qui croise textes, images et vidéo. Il livre régulièrement de courts récits sur son blog littéraire (Je suis un lieu commun, http://traverse.unblog.fr). Vit et travaille entre Bruxelles et Lisbonne.                                                                                                                              

Commande aux particuliers: en libraire ou chez l’auteur, daniel.simon@skynet.be (Prix de vente port compris, 11 euros) à virer au compte Traverse asbl 068-2144376-24.  Il sera envoyé dans les 3 jours.  ( pour l’étranger : par virement international à Traverse asbl, 86/14 avenue Paul Deschanel 1030 Bruxelles))

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Un jardin aujourd’hui

Posté par traverse le 29 mars 2007

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Un jardin aujourd’hui m’est poussé au bout des mains, jardin mal défendu des glacis et des vieilles usures mais un jardin quand même avec un peu de terre dans le fond d’un vieux pot que l’hiver a tassé dans l’ombre des terrasses. C’était ma précision qui donnaient aux racines leur talent de reprise et je grattais les herbes et le terreau en pensant que déjà quelque chose d’unique avait lieu dans ce geste que je me voyais faire pour la première fois en pensant au-dedans des choses que je tirais dehors, que je mettais à l’air en les privant de l’abri des logiques hivernales, en remuant le monde ici sur le balcon, en refermant la porte pour regarder longuement cette première plante qui m’a rendu heureux au-delà de l’infime et des premiers insectes qui se trompent de saison.

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L’acteur ce soir s’est éclipsé

Posté par traverse le 28 mars 2007

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L’acteur ce soir s’est éclipsé dans la poussière des cintres. De plain-pied sur sa sueur il a marché en invoquant tout ce qui évoque en nous le mal et le bien qui se détachent peu à peu de nos jours et des nuits où nous ne rêvons plus, les projecteurs tremblent à peine dans les récréations de la langue et des deuils et nous pensons à côté de ce que nous dirons plus tard, nous y jouons quelques embrassades, trahisons et mauvais coups que seuls nous connaissons quand la salive lui vient entre les dents et les silences où il va comme dans un jardin de parade et nous sommes des ombres pour qui nous n’osons plus nous prendre à force de phrases martelées hors du souffle des morts qui nous disent à l’oreille que le mensonge ressemble à une main sur le cœur d’un corps transitoire et las. 

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Le robinet qui fuit

Posté par traverse le 25 mars 2007

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Le robinet qui fuit donne au goutte à goutte l’illusion d’une richesse ancienne et c’est d’un océan malingre que j’entrevois la fin au fond du lavabo, en regardant cette eau qui s’en va où crapauds et libellules ont déserté la berge en emportant les montagnes d’été, les moraines, les boucs et les faisans, toutes ces images qui me hissaient dans l’aube et le désir de vivre glissent dans l’enclos des âmes incertaines.

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J’entends des hommes chaque jour

Posté par traverse le 22 mars 2007

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J’entends des hommes chaque jour parler à l’abri de ce qu’ils osent dire et ni paroles ni livres ne les sauvent de la colère qu’ils mettent à étouffer les mots qu’ils prononcent dans l’entende cordiale qui ceinture la langue des ordures et des aveux trahis, je les entends et c’est de silence souvent que rêvent alors les hommes qui regardent les hommes comme des oiseaux devant l’azur et s’envolent d’une traite en ignorant le sol et la gravité des lignes d’horizon.

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La lumière s’est éteinte

Posté par traverse le 22 mars 2007

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La lumière s’est éteinte au milieu d’une phrase et le mot coquelicot m’est resté en travers du clavier, il n’y avait que la nuit et les pétales rouges qui fanaient et que je ne parvenais à cueillir tant le noir était vacillant dans cette teinte sonore comme un coq qui a raté l’aube et s’en va dans la paille et le renoncement du chant.

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J’ai vu des hommes courir

Posté par traverse le 20 mars 2007

J’ai vu des hommes courir d’un trottoir à l’autre poursuivis par les giboulées qui chassaient le soleil des façades, ils passaient dans un monde marqué de proverbes et de souliers humides, amusés et rapides comme des anges aperçus dans des aubes alcooliques, ils allaient courbés sous la neige et des relents d’enfance qui ne prennent jamais place en nous que lorsque tout est fini, le soleil en un tour a vieilli cette image, ils se sont redressés et ont repris, en époussetant leur col, des grimaces civiles qui sont la laideur obligée des cités.

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Je reviens lentement à moi

Posté par traverse le 18 mars 2007

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Je reviens lentement à moi, trop de bonheur récent a failli me distraire, assis sur le banc froid devant l’appartement flottant dans la lumière sale de l’hiver, je vois que la maison familière que je voulais équiper de mes désordres et des enfants volages que mes amours s’étaient refusés jusqu’alors, était cet appartement aux fenêtres circulaires d’où je contemplais la pluie glisser sur les vitres trop fines, une mince feuille de verre m’abritait alors du désastre de cet homme assis sur un banc public de couleur vert craquelé comme une mousse détrempée au pied des grands arbres de l’allée, je le voyais cet homme dénué et dépouillé aux larges épaules froissant lentement une feuille de papier, la pliant soigneusement avant de la chiffonner, de la déplier encore, de la jeter enfin dans la poubelle qui déborde et n’en veut pas de sa feuille, je le vois à l’instant qui la ramasse, enfonce les détritus profondément dans la gorge de treillis, sent entre ses doigts poissés un peu des déjections du monde et d’une main ferme enfin enfourne le papier au cœur des emballages et des canettes. Je percevais que cet homme n’était pas là pour donner cœur à un souvenir, si ce souvenir avait été heureux ou malheureux, peu importait alors la trace des souvenirs laissée dans la mémoire de cet homme attentif au mouvement du vent dans les branches, au léger craquement des branches tout au-dessus de lui et qu’il imaginait prêtes à se déchirer du tronc et à s’effondrer sur lui, c’était bien cette idée qu’il n’aurait plus un pas à faire, que sur ce banc de repos, il pourrait attendre qu’une branche, une seule se détache et tombe parfaitement sur le sommet de son crâne, l’assomme définitivement, le tue en somme à son insu, sans qu’un seul mouvement ne lui ne soit encore nécessaire pour acheminer sa carcasse au terme de sa route, c’était bien à son image, cet accident stupide, sans effort, l’effaçant soudain du paysage, rendant à ce banc, un après-midi de janvier, sa fonction de calme accueil où les oiseaux se posent en chipotant du bec quelques croûtons détrempés et lui qui rêvait  encore à cet instant de littérature, le visage trop blanc dans la froideur du soir qui s’annonce déjà derrière les cimes les plus éloignées du parc, la nuque bizarrement inclinée vers l’arrière comme s’il se reposait et qui le fera passer inaperçu encore quelques minutes dans son effondrement définitif aux yeux des rares passants de l’avenue encore calme à cette heure. Mais les arbres sont solides et les passants attentifs aux irrégularités des corps, on ne meurt que rarement ainsi, se dit-il en pestant contre la littérature qui avive en chaque chose ce qui la détourne de son destin de chose, la déplace lentement à l’extérieur d’elle-même, aux périphéries du nom qui l’enferme, dans ce que le souvenir essaye de retourner, comme une peau de lapin encore chaude et qui livre entièrement, sans chichis l’histoire funeste du lapin, de tous les lapins écorchés et de nous, les mains chaudes devant la dépouille qui nous dit précisément quelque chose du souvenir de notre ancienne mort et qu’il faudra retrouver intacte un soir ou un matin, seul le hasard, là se manifeste.    

Il est donc assis, survivant au grotesque, lesté de toutes ces bizarreries qui font que le monde se donne encore le droit de croire aux loups et à ceux qui les montent, tout dévoré aussi d’ amour pour une femme muette qui n’en finit pas de l’épuiser, mâchonné dans la gueule d’une histoire épuisante, tout chahuté de cet amour pour une femme, la dernière, la première, il ne sait plus, elle est ce qui relie en lui la raison à l’incertitude, le désir au calme projet de la quiétude, il la voit livrée, sans retenue, ouvrant son corps de ses propres mains pour qu’il s’y fourre tout entier, et il rit parfois devant tant d’effort pathétique pour le faire disparaître et la combler enfin, il la voit ramassée comme une loutre dans la chaleur du lit, enroulée tout autour d’elle-même et qui se satisfait de sa propre spirale, le visage chiffonné déjà très enfermé dans la torpeur du deuil d’un bonheur qu’elle semble avoir déjà perdu, le sourire prompt au réveil mais mal encore dessiné dans le brouillard de la mélancolie qui s’ébroue tout autour des yeux.. Elle est ce qu’il sait d’elle, un peu, trop peu pour la raconter mais assez pour l’inventer ;  il se reconnaît en visiteur approchant une ombre dans un jardin, elle tourne entre les haies, glisse derrière les massifs, fait frissonner les buis alors qu’il la croit encore dans la brume des saules. Elle meurt, se détache, volette dans le bruissement des joncs plantés dans la fontaine, flotte sur l’eau calme toute embuée de chaumes et se creuse en tourbillons pointus pour aller se mêler aux noires solutions de la terre. Elle émerge du sommeil toute éberluée et s’éloigne de lui dans cet entre-deux vague qui la protège encore. Elle se réveille et sourit déjà à sa disparition. 

Le vent pousse le museau dans le feuillage, les enfants rentrent de l’école, les mères allongent le pas, les vieux s’étonnent encore une fois de ce remue-ménage, il hésite, se lève, plonge la main dans la poubelle, détache la boulette de papier qu’il vient d’y jeter, déplie, lisse et lit : « Ramasse des bouts de bois, de la ferraille, des rognures d’ongles, des bavures de bébés, des paroles agonies, ramasse tout ce qui flotte autour de toi et qu’aucun naufrage sauf le tien ne parviendra à justifier, ramasse tout ce temps gâché, perdu au fond des nuits où tu te promets de te lever le lendemain en gardant l’œil fixé sur ce que ton époque revendique, ramasse ce qui traîne et que tu as failli fouler aux pieds, ramasse encore et encore, fourre tout dans les poches de ton manteau, de tes pantalons troués et tachés des salissures du jour, ramasse et ferme-la, voilà ce que je me dis depuis le jour où, convaincu de l’indifférence du monde à la morale des enfants j’ai décidé de ne plus grandir mais d’écrire pour tenter d’arrêter le « grandissement » comme on dit « vieillissement » quand le dos commence à raidir et les chairs à tomber, voilà ce que je  suis dit, à peine sorti du temps officiel de mon enfance le cœur rompu d’abandons et de tristesses, le cœur évadé dans les yeux et les yeux couchés sur les pages d’un livre. Je me suis dit alors qu’il serait bon de changer de route,  ne pas prendre celle toute droite qui allait me mener entre diplômes et décomposition à la satisfaction d’avoir pesé de tout mon poids dans le sens, légèrement penché sur son axe, du monde embobiné de souffrances et de délires propres à recommencer sans cesse la fabrique de bébés, à recommencer le souffle saccadé du sperme, à renouer avec le goût de l’aube, du matin, de l’aurore, que sais-je, à reprendre le fil du consentement et à tirer sa part, à s’user les coudes sur des codes empesés, je me suis dit cette route tu n’arriveras pas à la parcourir sans te mettre à y croire toi aussi, je me suis dit cela et bien d’autres bêtises quand on trouille devant le revolver ou le couteau qu’on pourrait si facilement retourner contre soi et hop, c’est terminé, la grande terrine est prête, attendez, j’arrive, je serai la part du pauvre, l’alouette dans le pâté, celui qui a choisi de voir et de voir encore tout ce qui simplement lui passe devant les yeux, oui, gamin, tu useras toutes tes forces à ce pari-là, tu vas rater ta vie pour mieux pouvoir l’écrire… »    

Mais ce n’est pas ce qu’il voudrait lui dire, des poèmes tout enchantés d’espoirs, voilà ce qui lui conviendrait mais il ne sait plus écrire ces machins-là, ces broutilles bonnes à vanter sa boutique, il ne sait plus écrire ces petites misères du cœur amoureux, il dit la forme d’un visage, le parfum d’un cheveu, la chaleur d’un ventre en pensant aussitôt à la féroce investiture du temps qui passe, il dit l’épouvantable crainte d’être bientôt confondu avec le vent mais toujours l’habite le faste des retrouvailles, l’épuisante bataille de l’orgueil contre la tristesse des départs, la résistance des cœurs à se laisser bercer, voilà ce qu’il dit pour ne pas entonner des chants d’amour, des litanies d’amour, des berceuses et des comptines d’amour. Elle attend qu’il souffle dans ses os, dans ses flûtes d’enchantement, qu’il soit la baleine, Achab et Jonas tout à la fois, qu’il patiente dans l’écume en reniflant le large mais les harpons menacent, ils volent déjà vers lui, il les voit chavirer dans le ciel, hésiter, tournoyer sans jamais se méprendre sur la cible qu’ils visent, il les sait impitoyables de précision, jamais ils ne coupent le fil mais le scient lentement ; et l’océan est là qui le porte et l’attend, elle va sur les vagues en se moquant de lui, tantôt elle murmure et  tantôt elle se tait, fixe en souriant ses yeux capitonnés, elle est où il la voit et déjà elle n’est plus mais la vague est puissante et s’efforce au départ, elle hisse la chair jusqu’aux sommets d’écume et se retire soudain le laissant étonné au milieu d’un grand vide, ébarbouillé de nuages et de frissons, il retombe lentement, enfin, au creux d’un noir liquide, tout étonné encore de cette légèreté qui l’abrita un instant du chaos. 

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Parle-moi de ton absence

Posté par traverse le 17 mars 2007

 

Soirée Passa Porta du 30 mars, 20h

autour du livre de Saber Assal, 

                         « Parle-moi de ton absence » 

Saber Assal vient de publier un livre magnifique et terrible à propos de la violence faite aux femmes marocaines et à leur condition. Ce récit fait le grand écart entre le Maroc et
la Belgique. Une histoire commune en somme mais écrite avec un talent et une sensibilité qui portent le sujet exceptionnellement…
Un Maroc heureux pour Inès qui n’a que treize ans. Arrive l’imposé mari. Viennent les enfants. L’enfer n’est pas sournois: il n’a pas de masque. Il n’a rien à cacher. La vie d’Inès, grâce au livre de son fils, Saber Assal, devient une infortune qui ne se prive ni de honte ni de pudeur. Elle se dit, magnifique littérature, comme un conte réel si effrayant qu’on se surprend à penser qu’il serait temps de rejeter la couette sous laquelle nous étions si bien endormis…en Belgique.Invités :Saber Assal, écrivain

Gérard Adam, écrivain (auteur de la préface)

Daniel Simon (Directeur de la Collection Je)et Jean-Claude Legros (écrivain, animateur dela Revue Je)

Une représentant de Amnesty international Belgique, Section Femmes Monsieur Mohammed Belmaïzi (juriste), sous réserve

« Parle-moi de ton absence » de Saber Assal, est paru dans la collection Je aux éditions Couleur Livres (www.couleurlivres.be)

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La semaine du récit de vie

Posté par traverse le 17 mars 2007

Encore quelques places pour…

La semaine du récit de vie

à la Maison du Livre de Saint-Gilles

Ecrire un récit de vie, c’est ouvrir une caisse de résonance dans le cours de son histoire : écrire pour donner à entendre.

Nous vous proposons un stage d’écriture d’une semaine dont l’enjeu sera de (re)connaître son histoire et d’en marquer les traces…

Des lectures, des moments d’écriture en atelier alternent et donnent lieuà des conversations critiques et renforçantes…

Il s’agit de soutenir chez chaque membre du stage un « projet », c’est-à-dire une volonté d’aboutir à un résultat : créer une dynamique d’écriture…

Dates : Du 9 au 13 avril de 14 à 17h et le 11 avril de 18 à 20h
Prix : 100 euros non remboursables

Si vous êtes intéressé(e), faites-vous connaître et livrez vos suggestions, vos questionnements, vos demandes par mail à daniel.simon@skynet.be 

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Ces lunettes cassées aujourd’hui

Posté par traverse le 17 mars 2007

Ces lunettes cassées aujourd’hui m’ont laissé seul sur le bord d’un monde où tout s’est effondré et semble immobile, inaccessible, isolé et presque mort mais ça bouge, de-ci, de-là, ça bouge avant la glace terminale, ça bouge et le temps se dilate dans ces images floues, ça bouge et de très fins liens se tendent peu à peu entre les silhouettes, le bras levé, la jambe déposée, les voitures sans allure et le vent qui agite le tout dans un profond désordre, ces lunettes cassées m’ont donné l’occasion de goûter la durée des allusions. 

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Bacahlau en cataplana

Posté par traverse le 14 mars 2007

J’avais raté le train rapide, il me restait la nuit.         

Lisbonne a de beaux arguments pour les maladresses de l’esprit, elle déploie des ruses de ville de province pour les âmes chiffonnées. Le tout est de ne pas se laisser atteindre par les mirages de la mélancolie qui sont autant de chausse-trape de la vulgarité quand le vide et le Tage sont à portée de mains. J’avais passé une soirée au bras du bonheur et le temps frappait régulièrement du doigt ma tempe en me rappelant la fugacité de la douceur.          

Je devais remonter vers le Nord, vers Aveiro, la ville du sel où j’occupais une petite maison de bois à Costa Nova entre lagune et Océan. J’y étais bien, accompagné des chiens des environs qui traînaient la patte jusqu’à ma porte. J’avais fait une rencontre, une chienne au poil clairsemé, qui ne me quittait plus. Elle trottait dans le brouillard à côté de ma voiture quand je filais vers la ville acheter le nécessaire, c’est-à-dire très peu, journaux et café de première qualité.                  

C’était l’automne, la brume ne désemplissait pas les terres basses et la marée abandonnait les algues et les épaves dans des écumes sales et glacées. La morue, la bacahlau, le poisson ancestral, le bison d’Atlantique, la fortune des simples, la bête cabossée, le cochon des abysses, l’animal au regard délabré, la chimère océane avait tout façonné : le temps, les paysages, les bateaux, les hommes et les maisons. Chacun vivait entre glaces et sel, de pêches et de conserverie.         

Je me résolus à payer ma place dans le premier train annoncé, ce fut un tortillard de banlieue qui annonçait cinq heures pour remonter l’épine dorsale d’un pays habitué aux lenteurs et à l’aléa des transports. La modernité est fugace au Portugal, elle passe avec grâce, le temps qu’on admire ses atouts de pays conquérant et très vite, elle retourne en coulisses, l’œil sur le rétroviseur d’un passé inatteignable. Les portugais sont entre deux temps, le cul entre deux chaises, une fesse sur la gloire ancienne, l’autre sur une modestie qui touche souvent au cœur du quotidien.                   

Je me calai sur une banquette en lattis dure comme un pain de misère, un livre de Miguel Torga et un thermos de café fort à portée de mains. L’amie avec qui j’avais passé l’après-midi et la soirée à croiser les confidences et les souvenirs sous les palmiers du Jardin de Belhem était prévoyante, sandwiches et fruits gonflaient mon sac. J’étais paré pour la nuit déjà froide et je m’allongeai en profitant de cette dilatation du temps que je vais chercher dans le Sud où la durée est le luxe de chacun.             

Avec mes anxiétés d’Ulysse ramolli, je connais peu la paix des abandons. Quelque chose d’impossible à arracher plombe mon cœur, que la mort seule délivrera, ce sentiment de n’être nulle part chez moi. Comme si une porte à peine franchie, je voulais m’enfuir par la fenêtre, ne jamais rester en place car je n’en connais aucune qui me satisfasse et je sais que toute sont bonnes à prendre au prix d’un désir en deuil. Le train se mit en route, je préférai dans un premier temps les poèmes aux sandwiches et la nuit s’éteignit.           Les gares se succèdent et le wagon se vide. Les premiers à s’endormir sont les jeunes militaires qui rentrent chez eux, les enfants suivent, ne restent que les vieux à garder l’œil vif dans la fraicheur du voyage. Une femme entre deux âges se lève et traverse la compartiment avec une hardiesse que je prends pour de la mauvaise humeur. Elle se campe devant une plus jeune qui l’écoute sans broncher.          Les deux mains appuyées fermement sur le dos de la banquette de bois, elle parle avec cette intonation toujours en suspens qui fait de la langue portugaise une chanson sans fin. Un de mes plaisirs est de me confronter aux langues que je parle peu, comme pour m’abriter d’un français que je reconnais de moins en moins au pays. La bêtise est universelle mais personne n’est obligé d’en subir les plus subtiles variations tout au long de l’année. Les vacances sont probablement faites aussi pour se désengluer d’un parler trop encrassé du présent…         

- D’abord, tu l’as fait dessaler vingt-quatre heures avant, tu sais, l’eau courante, c’est le mieux, mais le lait aussi, quand tu veux adoucir la chair est parfait. Le sel se dissout et la bacahlau fleurit…C’est ça, c’est comme une fleur d’hiver qui profite d’un peu de chaleur et qui pointe le nez entre deux gels. La bacahlau alors est prête à tous les accommodements…          

La jeune opinait mais n’osait rien dire. Un enfant se mit à pleurer, une gare filait dans notre dos, les poèmes n’avaient plus d’intérêt, la femme fit mine de regagner sa place.                    - Ce sont les palourdes qui sont le secret, fraiches et grasses ! Tu les fais dégorger deux heures le lendemain, tu les passes sous l’eau froide et tu les laisses tremper dans l’eau dans laquelle tu auras mélangé d’abord gros sel et farine… 

- Puis j’égoutte la morue comme d’habitude, je la défais en grosses lamelles et j’enlève les arêtes, je sais. Ma mère frotte la peau avant de l’enlever, pour ramollir la chair…          -  Oui…oui, mais la bacahlau doit rester ferme, n’oublie pas, ferme comme le cul et tendre comme le ventre !         

Elles rient, j’ouvre mon sac et choisis un sandwich au fromage piqué de moutarde trop sucrée. La femme s’est assise, les fesses à peine posées, comme si elle était dans un tremblement d’avant l’effort. Je m’enfonce dans la banquette, je fais mine de n’y rien comprendre et regarde le paysage sous la lune. Tout est sombre, un peu triste, beau comme un film muet, je m’abandonne au sentiment de solitude que je connais si bien et qui me tient lieu souvent de famille.                 

Soudain, elle se relève, franchit les quelques mètres qui les séparent, relève une mèche un peu grasse et se dresse devant la jeune une main sur la hanche.          -  L’ail, toujours l’ail ! Tu le haches, pas le couper finement, le hacher. Puis,  les pommes de terre, épluchées, coupées en rondelles, comme les tomates, les oignons et tout ce qui se coupe en rondelles…                  

Elles rient de cette grivoiserie la main devant la bouche.          

-  Tu haches encore persil et coriandre, tu laves et coupes en deux les poivrons…Tu auras retiré les graines et les parties blanches…            -  Comme le ventre…          

 -  …et le cul, oui c’est ça, bien éplucher le cul avant de le cuire…                   Elles s’amusent et le plus jeune s’essuie les yeux en vérifiant que personne n’écoute leurs divagations érotico-gastronomiques, je lâche mon sandwiche et fais mine de retrouver la poésie de Torga. Ca me donne l’air d’un touriste absorbé et des lueurs d’aube commencent à s’accrocher au faîte des acacias.           - Dans l’un des côtés du plat, tu disposes une couche de tomates puis successivement d’oignons, d’ail, de poivrons, de pommes de terres, de persil…           - …et de coriandre, puis la morue, je sais…           

- Non, tu ne sais pas vraiment, sais-tu qu’ici tu dois resaler ? Le sais-tu ? -  Mon cholestérol, souvent j’évite… 

-  Alors mange de l’herbe ma vielle, ou du sable, mais pas de la bacahlau…Il faut resaler et poivrer, ensuite l’huile d’olive et le vin. Tu fermes le plat, la cataplana que tu tiens de ta mère et tu cuits à feu doux pendant dix minutes.          

-  …je retire la cataplana du feu, j’ouvre, j’ajoute les palourdes… 

-  …tu refermes et cuits encore cinq minutes à feu doux…            

Aveiro est annoncée, je sais que mon ami José m’attend à la gare du Sud, que l’Océan jette ses vagues avec lourdeur contre les rochers, que ma maison est froide, que les cafés de la gare sont délicieux, que l’amitié va m’arracher à la torpeur de cette nuit de catana, que le travail va reprendre quelques heures plus tard, que les sandwiches de mon amie feront l’affaire bientôt, que la poésie n’a pas dit son dernier mot, que la langue portugaise est toujours aussi douce à mon oreille mais que je ne sais si j’ai bien compris toutes les étapes de la recette en cours. Je boucle mon sac, je me lève, j’attends l’arrêt. 

-   Tu sers bien chaud dans le plat de cuisson, n’oublie pas, dans le plat de cuisson ! Surtout ne cède pas à la mode des fioritures de table, sers comme le cul et le ventre, ma belle, chaud et ferme, tendre et gonflé de jus, sers et tu me diras la suite la semaine prochaine… 

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Le studio des anges

Posté par traverse le 13 mars 2007

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              « Les portes du studio me font toujours penser à l’entrée vulgaire et faussement discrète des claques de province », se dit la femme en franchissant le seuil de parquet rose. L’assistant tient le battant d’une main et la salue d’un sourire brillant. Elle fait trois pas, lève la tête, repère lentement les lieux. Par où sortir dans le cas où…    Des fenêtres taillées dans le toit matelassé ouvrent sur les nuages qui passent lentement en accrochant les dernières ombres du ciel. 

         « Qu’est-ce que je vais devoir faire ? » Elle marche en léger déséquilibre sur ses nylons noirs, les plantes des pieds arquées, posant les orteils dans des flaques de lumière, elle  imagine une marelle géante où elle devra bientôt se livrer. Le paradis n’est pas loin…             « Rien ne sert de courir… ». Elle s’arrête net, la voix du maître résonne bizarrement dans cet espace fait pour l’illusion du bonheur : dure, métallique, aux accents numériques. Elle hésite un instant et se souvient que son hôte souffre d’une trachéotomie qui donne à sa voix une vibration étouffée d’un souffle permanent. C’est une voix sans nuances, tout en hausses ou baisses de volumes mais sans ces subtiles variations qu’une tessiture peut donner au discours. Il parle pour parler, sans aucune autre intention que de communiquer. Plus jamais, depuis son opération subie à la suite d’un accident de voiture où il s’écrasa le pharynx contre le tableau de bord, plus jamais il ne s’aventura dans la moindre conversation intime. Il ne parlait que pour lancer ses ordres de cérémonie photographique. Il parlait comme il évaluait la lumière : avec précision et distance. Sans hésitation, sans ces avancées, ces arrêts brefs, ces reprises dans le phrasé qui dévoilent le parleur autant que le chasseur. 

            « Rien ne sert de courir… ». La voix fait naître en elle à l’instant le désir de quitter cet endroit qu’elle sait marqué de bien des chutes.          « Peut-être que maintenant est plus difficile que plus tard mais c’est toujours une question de point de vue, chère…Le plus dur reste à venir, quand plus rien ne pourra être joué, que les carottes seront cuites, si j’ose me permettre…C’est alors que tout sera effroyable, nous le savons : pas de rewind, rien que du record… ».Et il se met à rire de sa voix sans accent. 

          « Pourquoi rester ? »          Le maître répond, comme s’il avait perçu la question de son oreille affûtée aux moindres états d’âme : « Pour être aimée, très chère, pour être aimée… La photographie n’est qu’un prétexte…Allons, chère amie, au travail ! » 

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Cet homme dans le soleil revenu

Posté par traverse le 12 mars 2007

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Cet homme dans le soleil revenu tend ses jambes dans la lumière et voit comme l’hiver a sali son allure, il dit à une femme qui téléphone en tapotant son sac qu’il a toujours reporté sa vie au lendemain. Elle parle et il cherche sa main dans cet instant d’abandon qui roule en lui jusqu’à ce qui ressemble à du bonheur ou à ce monde emprisonné dans chaque gorge, débarassé des affaires de style et de beauté et qu’il avale doucement pendant qu’elle met fin à la conversation.

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Sur l’autoroute en traversant le brouillard

Posté par traverse le 7 mars 2007

Sur l’autoroute en traversant le brouillard, j’ai compris où j’étais dans cette voiture en rentrant les épaules comme si le choc allait avoir lieu et que finalement dans cette disparition de tout ce qui m’entoure ce serait une occasion belle et raisonnable de n’en jamais sortir, de rouler jusqu’au cœur de cette haleine glacée, de quitter la route et d’entrer tout entier dans ce paysage de la dissolution, ce serait bien de pénétrer dans cette embrouille des lignes et des surfaces, de rejoindre la matière de la gomme qui glisse sur l’horizon et l’efface jusqu’au souvenir de ce qu’était le monde quelques minutes avant, dans la lumière.

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Au cœur de l’incertain

Posté par traverse le 1 mars 2007

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Hölderlin écrivait que la philosophie et la poésie étaient l’hôpital des âmes blessées…Nous savons que cet hôpital est à la mesure du monde, du nôtre, de celui où nous tentons de vivre en commun des moments d’exception où l’homme se rétablit lentement parmi les hommes à la condition de ne jamais ignorer que la vie ne suffit pas, à personne, où que ce soit, pour avoir le sentiment de la vie. 

La poésie et la philosophie sont ces mystérieuses inventions que nous portons au devant de nous pour éclairer ce qui est sombre en nous et nous rend souvent si opaques. 

La poésie, au nom de lieux communx littéraires que le présent nous renvoie sous formes de clichés bien tempérés n’est en rien exempte de l’obligation de prendre place dans cette chose qui advient chaque matin, percluse de tensions, rabotée d’amères expériences, gonflée d’illusions comme bulles de savon et qui a la Cité pour nom et pour lieu. 

Certains veulent faire de cet espace un enclos climatisé, d’autres un parc humain, d’autres encore une vaste chambre où chacun aurait le choix d’user et d’abuser des uns et des autres, tantôt des âmes, tantôt des cœurs tantôt des corps, au choix des caprices liberticides. 

Ce temps d’une Cité réconciliée avec l’ambition qu’elle se donne depuis ses origines est le temps de la poésie, de cette fabrique d’hymnes intérieurs que l’homme chuchote à l’oreille de ses contemporains dans les temps de glaciation ou dans des déserts à l’horizon flou et incertain. C’est dans cette Cité que la poésie peut le plus alors que les dieux s’encombrent mutuellement d’aspirations funestes, c’est dans cette Cité que la poésie connaît paradoxalement souvent le souffle du mépris ou d’une ignorance qui tend aujourd’hui tellement à rassembler qu’on se surprend souvent à la considérer comme l’ultime invention démocratique !

Dans le vacarme la Cité, la poésie entrouvre souvent de subtiles fissures d’où filtrent des musiques nouvelles inconfortables à l’oreille parfois, échappant à la commune mesure du sens et de l’entendement, mais qui vite s’imposent quand elles sont nourries du battement irréfragable des hommes et des idées conscients de leur disparition… 

C’est de ces trous dans des mythologies de certitudes que la poésie s’occupe, elle fore là où ça se prend pour de l’éternité, elle frappe là où le tympan se ramollit à l’écoute des chants les plus beaux, elle brise ce qui se croit précieux et opportun, elle rapièce des morceaux que l’usage rejetait, elle coud des souffles les uns aux autres afin que celui des morts arrivent enfin et toujours jusqu’à la bouche des vivants. 

C’est de ces arrangements avec notre condition d’être au monde que la poésie s’occupe, elle se doit de fréquenter les culs de basse fosse comme les greniers, elle va au bras du temps* et le précède souvent, elle immobilise cette perception du fluide et du vaste et nous rend l’univers discontinu et neuf dans chaque vie, à nouveau. 

Dans le ramdam et les cacophonies, quelque chose de presque inaudible perce comme une voix discordante, un son dégagé du sentiment d’appartenance à la symphonie majeure, une brisure dans ce qui se veut lisse, une griffe dans les miroirs rassembleurs et cette poésie-là n’a que faire de l’air rare des poumons cacochymes. 

Cette poésie dégage de l’innommé des masses élémentaires, elle rédige le texte incertain qui flotte en nous et que nous rêvons confusément d’écrire au nom de ce qui manque ici et en souvenir de cet ici qui nous manque sans cesse. 

Cette poésie corrompt l’abjecte idée de pureté qui est comme un ferment sinistre qui renvoie dos à dos ceux qui n’ont que leur paumes et leur dos justement pour les coups de bâton de l’arrogance et des vertus qui ne vont jamais seules et sont alors comme des harpies qui mettent à mal l’idée même des bonheurs insoupçonnables d’être ensemble. 

Et dans la Cité des hommes des voix fusent de partout pour dire l’empêchement, l’horreur, le malheur et l’irréductible mépris que certains portent à la plupart. Ce n’est ni le fer, ni le feu qui sont alors les plus vifs mais la parole confuse, le déni et l’amalgame ; ce sont des poisons qui n’ont plus pour enclos les égouts mais les Sénats, les Tribunes et les assemblées libres. Ce sont des vents délétères qui ont toujours soufflé et qu’il s’agit de détourner dans des gouffres sans fin, ou plus simplement de traiter comme de la pestilence, une gale récurrente, une sale maladie transmissible par l’envie, la frustration, la misère et le dégoût de soi. 

C’est la poésie qui peut alors le plus en conjurant ce qui advient en nous à chaque instant et qui nous porte hors de nous dans la colère et l’imbécillité tranquille des hommes impatients. C’est dans cette agitation que nous menons nos affaires, que des ponts se tendent entre deux rives, que des Océans glissent vers d’autres fonds, que des courants froids et chauds se mêlent en faisant surgir la barre qui met à mal les hommes mal embarqués. 

Dans ce fatras de choses grandioses et dérisoires c’est d’oxygène et d’espoir que les hommes ont le plus grand besoin et ils savent aujourd’hui que l’un ne va pas sans l’autre alors, un peu partout, sous toutes les latitudes, certains s’arrêtent de parler et de mal respirer. Ils plongent dans l’azur un regard moins certain, ils se remettent au coude à coude pour tenter d’échapper à cette fascination du pire qui est leur bien commun. 

Édouard Glissant dans un magnifique Tout-Monde nous fait l’éloge des archipels de savoirs et de pensées qui sont autant de chapelets d’îlots de non-savoir et de méconnaissances que les hommes ont à partager depuis qu’il savent que les continents sont comme des forteresses de sable… 

C’est dans ces interstices entre terres fermes et océans que la poésie circule, c’est là qu’elle réside comme un banc de corail qui est la trace d’un équilibre antérieur et qui nous prolongera. C’est dans ces flux intermittents, ces soudaines interruptions de vie où la mort peut voiler jusqu’au souvenir du ciel, c’est dans ces compromissions de matière et de flots, ces entremêlements de tropiques et de pôles que la poésie fait son nid, dans l’incertain qu’il s’agit de prononcer. 

La poésie a sa place dans tous les lieux où les hommes se croisent, dans le vide ou dans le plein, elle murmure à l’oreille des hommes des choses nouvelles ou très anciennes que le temps ne lisse jamais. 

1. Je vais au bras du temps, Alain Rémond, éditions du Seuil, 2006.

(Lu le 28 février à l’Hôtel Métropole dans le cadre des soirées de la Maison internationale de la poésie, à l’invitation de Madame Moussia Haulot) 

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