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Dans l’autre siècle déjà des polonais

Posté par traverse le 24 novembre 2007

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Dans l’autre siècle déjà des polonais me faisaient entendre des bandes enregistrées où le souffle rongeait presque entièrement la voix des poètes et ils souriaient de contentement, je ne savais que dire devant tant de gâchis analogique mais eux souriaient et me demandaient d’écouter et d’écouter encore le souffle, le souffle disaient-ils , c’est le souffle qui  nous réjouit à chaque fois, c’est le souffle des bandes recopiées et recopiées sans cesse qui sont pour nous des chants de liberté, le souffle plus que le poète parlait à ces oreilles enfermées dans des glacis communs, le souffle, disaient-ils, est la preuve des copies qui se sont succédées. Depuis, je guette le souffle des livres, des paroles et des êtres, souffles sur souffles pour dire ici qu’ils ne sont pas seuls et que ce souffle qui expire exhale des respirations qui vont enfin entrer par effraction dans la bouche des vivants. 

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Internet, les Blogs, le style…

Posté par traverse le 23 novembre 2007

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Hier, avant-hier, depuis tellement d’années, je suis confronté à la question de « comment écrire » pour être lu, comme j’espère l’être, comme je souhaiterais l’être… 

Cette phrase semble banale, évidente et cependant, je ne m’y retrouve que peu.

J’écris comme je le peux, aux limites de ce que je sais faire, j’essaye d’entrevoir ce qui flotte en moi et que je voudrais livrer « au monde », non pas pour agrandir le monde de mon ego, mais pour faire de la place au monde justement, pour qu’il trouve en moi de la place libre, juqu’à la fin.

Et que de vielles expériences qui ont fait leur temps, qui ont eu leur usage, sortent de moi et regagnent l’infinité des mondes que les hommes expirent comme la baleine expulse ses jets d’eau, pour mieux plonger…

Mais hier, effectivement, j’étais, pendant deux heures en séance de travail avec une auteure qui écrit un récit de vie à propos des…Blogs. Ce récit, je voudrais le publier dans quelques mois dans la collection « Je » que j’anime. Nous abordions des questions diverses, certaines que nous traitions si différemment. Celle-ci, par exemple : il n’y a pas de véritable liberté d’écriture sur les Blogs, que des libertés surveillées (par des modérateurs, des contrôleurs de toutes sortes et surtout par la moralité publique qui règne sur un outil de communication publique et ouvert à tous.). Je lui disais, montrant les livres de ma bibliothèque à quel point cette liberté était tellement présente dans tous ces livres que j’avais choisi, délibérément, et acheté, à visage découvert, dans des lieux dédiés à la vente des livres. Ces livres étaient, pour certains de véritables horreurs. Scandaleux, infâmes, miteux , mal écrits, puants la provocation ou l’animalité, d’autres, des classiques, que je lis aussi avec autant de délectation et qui ne sont que très peu lus (« Les classiques sont les livres que l’on peut citer sans les avoir lus. » V. Hugo), des livres faits main, des ouvrages artisanaux, des livres de l’enfer des bibliothèques, des livres interdis hier et en poche aujourd’hui. 

Mais sur le Net, peu de ces textes pourraient naître. Pour des raisons d’autocensure, de « respect » (le nouveau nom qu’on donne aujourd’hui…à la censure), de connivence avec mon époque ou mes lecteurs (de Blog)… Elle me disait à quel point elle sentait cette barrière intérieure et que la plus puissante était celle de ces « visiteurs » qui réclamaient du style de telle manière et pas de telle autre. Et que fais-tu, alors? », lui demandais-je. 

« Parfois, je cède, je ruse, je résiste, ça dépend. Mais la pression est forte. »Et dans ce flux permanent que constitue le blog, la relation est aussi puissante que l’information. « Le message est le massage » disait Mac Luhan en soulignant l’intime consanguinité entre la façon de communiquer et la matière communiquée, jusqu’à ce que le massage (le mode) remplace le message. L’écriture attaque la question sur les deux fronts mais renforce d’une façon ou d’une autre la présence du massage : le style. Et quand le style remplace tout, c’est le maniérisme qui sévit. Le Net a ses maniérismes qui se déploient dans des langues approximatives au nom du droit à l’expression. Je m’exprime a remplacé « j’existe », « je suis », nous le savions. Mais, « s’exprimer » renvoie à soi , au sujet, tandis que « exprimer » renvoie à l’autre et suppose donc de tenir compte d’un code qui relie l’autre à l’auteur. Dans l’acte de lecture, disait Proust, il y a un pacte secret entre l’auteur et le lecteur… 

Alors, ici, sur un médium lié au flux de l’Internet, à la vitesse de passage des lecteurs, aux « conseils » d’écriture de l’époque : du présent, des phrases courtes, des sujets, verbe, compléments. (et si possible, pas de compléments), peut-on dire autre chose, justement que le « je m’exprime ». Voilà, c’est fait, circulez, y a rien à voir, dirait l’un…
Et l’autre : « C’est ici que ça commence, au contraire… » 
Si nous en parlions, ici même ? 

Belle suite à vous. 

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En regardant les oiseaux qui passent dans le ciel

Posté par traverse le 22 novembre 2007

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En regardant les oiseaux qui passent dans le ciel de ma fenêtre c’est de l’hiver qui tombe sur mon clavier et demain ce n’est plus moi qui les verrai, ils se sont déjà hissés dans une autre saison et les mots que je tape sont de vent et de glace, le ciel est vide maintenant et j’apprends à vivre un peu, un tout petit peu plus légèrement au bord des précipices du vocabulaire qui n’a plus besoin des oiseaux pour rêver des versants d’un monde que j’aperçois dans ce vide lumineux. Où vont les oiseaux sans nos mots qui les accompagnent dans la harangue des ailes et des souffles qui nous manquent ? 

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Carnets d’un garde-chasse

Posté par traverse le 18 novembre 2007

Par l’auteur de « L’usine » ‘éditions Couleurlivres, collection Je, 2006. 

(une page de son blog…)

Dimanche 7 octobre 2007

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« Quand on veut faire une bonne chasse, on ne bat pas le tambour ».
   

Ainsi s’exprimait Pieter Timmermans, administrateur de la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique-équivalent du Médef, pour nos amis Français), dans un éditorial en septembre 2006.

Je viens de publier, aux éditions ‘couleurlivres’, un carnet consacré à la ‘chasse aux chômeurs’, qui a débuté en belgique en 2004.

Ce carnet est un travail collectif, illustré par Stéphan Plottes, préfacé par Bruno Carton et ‘postfacé’ par Yves Martens.

Peut-être, si vous êtes sur ce blog, l’avez-vous déjà lu (l’adresse du blog est dans le bouquin), ou êtes-vous ici au hasard des ‘clics’…ou encore suite à des conseils bien avisés !
En tout cas, merci à vous de venir me lire.

Cette expérience de blog est pour moi une première, je ne suis pas habitué à communiquer de cette manière, et je ne maîtrise que très peu les outils à ma disposition, j’espère apprendre dans les semaines qui vont suivre… :-)

Pour celles et ceux qui n’ont pas lu le carnet, il est probablement utile que je donne des informations sur cette fameuse ‘chasse aux chômeurs’ et sur le rôle que j’y joue.

Voici donc la quatrième de couverture, écrite par Daniel Simon, directeur de la collection ‘je’, consacrée aux récits de vie, au sein des éditions Couleur Livres :

Le temps de la chasse aux chômeurs est ouvert ! La phrase est dure, la réalité encore plus. Ce livre nous convie à une singulière rencontre : celle d’un travailleur employé par un grand syndicat et accompagnateurs de chômeurs activés par l’ONEm…et qui vit, dans son travail quotidien, au cœur des évènements et des fracas…

Vincent De Raeve observe avec minutie et circonspection les relations qui se nouent entre les ‘accompagnateurs’ et les demandeurs d’emploi. Il note, engrange, répertorie les paradoxes, les inanités, les chausse-trapes du système auquel il collabore en ce moment.

 Il nomme mais il n’accuse pas. Il sait que les rapports entre le monde du travail et celui des sans travail sont de plus en plus autistes et schizophrènes. Ce livre n’est pas un réquisitoire mais plutôt un état des lieux des contradictions dans lesquelles chaque interlocuteur se débat.

L’auteur de l’usine (prix Condorcet 2007) nous renvoie à une profonde réflexion sur le sens et la ‘nécessité’ structurelle du chômage.  

Les dessins de Stéphan Plottès viennent rappeler que ces êtres dont parle l’auteur habitent la ville et la campagne, qu’ils ont des désirs, que la vie passe et qu’ils ont l’impression, parfois que c’est sans eux…


Je ne sais pas encore exactement quel va être le contenu de ce blog.  Mon envie est d’en faire un espace de communication autour des contrôles faits par l’ONEm (Office National de l’emploi-ANPE en France).
Il pourrait aussi être l’objet d’une réflexion autour du sacro-saint ‘travail’, de ce qu’il représente pour vous et moi, de la necessité ou non d’être salarié, soumis à un employeur.  Des manières de faire autrement…

Travailler pour la FGTB (Fédération Générale du Travail de Belgique, syndicat socialiste) n’est évidement pas un élément neutre.  Mais j’insite bien sur le fait que je ne suis en aucune manière mandaté par cette organisation pour m’exprimer sur ces contrôles, que je le fais à titre personnel, en tant que citoyen.  Et que, quoique je sois généralement en accord avec les idées que ce syndicat défend,  je me réserve le droit d’avoir des avis contraires à la ligne défendue par mes instances.   
 
Je compte également profiter de ce blog pour vous indiquer des liens qui vous permettent d’avoir une vision plus large de ces contrôles.  De nombreuses personnes (plus qualifiées que moi) se sont déjà penchées sur le sujet, et leur éclairage me semble plus qu’utile.

Si vous désirez réagir de manière plus complête qu’en laissant un commentaire, n’hésitez pas à me faire parvenir des messsages…articles, liens, points de vues, choses vécues…

Je garde l’administration de ce blog mais suis tout à fait prêt à mettre vos publications en ligne, quelles que soient vos idées, de manière à alimenter le débat.

De manière pratique, je serai absent du 27/10 au 03/11, mais reprendrai mon pc dès mon retour…

Bien à vous.

Vincent

http://carnet-d-un-garde-chasse.over-blog.com/

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Quelqu’un me disait hier, en parlant des poètes

Posté par traverse le 18 novembre 2007

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Quelqu’un me disait hier, en parlant des poètes, qu’ils n’avaient qu’à venir lire chez elle, à l’hôpital, à l’école, à l’usine, sur la lune,…, je répondais qu’ils écrivaient des livres et elle répétait que c’était idiot s’ils ne venaient pas, ils écrivent des livres, mais elle n’entendait pas, elle les voulait utiles, ou actifs ou proches, ou compatissants, je ne sais. Je lui dis encore une fois, qu’ils écrivaient des livres mais pas une fois cela ne l’a interrompue, elle voulait qu’ils lisent publiquement, elle le voulait vraiment, sans aucune attention à ma voix qui disait ils écrivent des livres. C’était la première phrase, toutes les autres auraient pu suivre mais non, cette personne réclamait l’utilité, la discrète et humanitaire utilité des poètes. 

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C’est peu de chose ce vent, la pluie, les nuages

Posté par traverse le 14 novembre 2007

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C’est peu de chose ce vent, la pluie, les nuages qui dévalent dans le coeur des hommes et leur hésitation sur le pas de la porte à franchir la frontière qui les disperse soudain un peu plus en dehors d’eux, ils quittent la chambre ou le salon où ils déposent leurs questions, des choses simples, comment vivre jusqu’à ce soir et que manger ou qui aimer pour tenir jusqu’à l’aube, ils marchent alors tout guillerets d’être portés par une sourdine qui traîne dans les rues et qui ne sera jamais le son de leur étourdissement d’être dans le vent, la pluie et les nuages qui s’éloignent sans qu’ils s’en aperçoivent tout employés qu’il sont à redresser leur corps dans la lumière qui mord l’œil, le front, le peu de peau qu’ils livrent à l’emballement du jour et des hommes qui passent en emportant chacun un morceau de cette joie d’être embrassés par des souffles qui les rendent légers.

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Comme vous, je me tourne et retourne la nuit

Posté par traverse le 13 novembre 2007

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Comme vous, je me tourne et retourne la nuit entre le jour qui vient si vite vers la fin et tout ce que du monde et de moi je n’ai changé ni aimé comme le voudrait ce qui en moi, comme vous, repousse la nuit toutes les nuits au fin fond des scrupules et des batailles perdues. Des pauvres, si pauvres qu’ils n’ont plus que la nuit, si longue nuit sans jour au bout, si longue et qui n’en finit pas de se promettre à l’aube que ce sera la fin, le début ou quelque chose de tranché dans le gras de la peur, comme vous, comme moi et des hommes si petits qu’ils se perdent dans les plis des oreillers où des têtes fâcheuses se reposent un moment. Comme vous, cela n’a pas de fin et pourtant le sommeil tire un trait sur des bousculades timorées et sans utilité particulière.    

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Une Muette à l’envers ?

Posté par traverse le 11 novembre 2007

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Comme la plupart de nous ici, probablement submergés de mails à propos du destin de la Belgique, je ne sais plus vraiment que penser. Et c’est de ça qu’il s’agit : de continuer à penser et de ne pas céder à cette pression de plus en plus émotionnelle, celle de la fascination de la disparition.            

Une fascination qui (im)mobilise.           

Dans la langue latine, le fascinus, d’après Pascal Quignard (1) est le sexe masculin que l’on ne peut regarder, d’où cette fascination qui immobilise le regard sur ce qui ne peut  être vu. Mais c’est aussi le fascinare, l’enchantement…Cette fascination, donc, me paraît de plus en plus productrice d’un malaise qui gagne « la nation » sous la forme de fêtes rassembleuses, de marches, de pétitions, de drapeaux, d’autocollants, de chants, bientôt de graphitis fascistes sur les murs du Parlement flamand, de drapeaux en berne, etc.…Bref, La Muette de Portici se joue en coulisses dans l’espoir d’un immense cri d’amour pour un pays qui n’existe que par la volonté des gens qui le composent. Comme si le destin de la Belgique allait se jouer dans une sorte de Chant d’amour qui irait de la Rue vers le Théâtre…Et le Théâtre, c’est la Fête…Celle que la nation se propose de vivre dans cette période d’incertitude. Cette Belgique, fabriquée dans le secret des Cabinets royaux européens au dix-neuvième siècle, tout entière vouée à l’échec tant les coutures du manteau étaient grossières, est devenu une nation, une histoire, une mémoire et même une culture originale. Cela s’est fait, nous le savons dans la violence, la haine, et peu à  peu dans la négociation renforcée par la position européenne de ce petit pays qui est comme le noyau dur d’un rêve qui voulait se dresser contre des atavismes de barbarie dont l’Europe a été si généreuse dans son histoire. C’est une chance magnifique, un cadeau de la démocratie que nous devrions protéger : maintenir en vie un territoire, une culture, une histoire, une conscience, un avenir malgré les soubresauts politiciens et communautaires. Mais qu’est-ce que l’on dit en affirmant, comme je le fais, en douce, cette vérité qui avilit chaque jour nos politiques ? Qu’est-ce qui est en train  de se tramer ? La haine du politique ?               

La Foi contre l’Ignorance ?            C’est trop peu dire. Le mépris plutôt, une sorte de condescendance : « ils » n’auraient pas compris ce que les gens ont tellement bien perçu et senti et ressenti et vécu dans leur cœur et leur chair…Ils (elles…) seraient d’abruptes personnages médiatiques roués et calculateurs ignorants des réalités de ce monde : le prix du pétrole, l’économie,  le chômage, la question du vieillissement, la recherche, l’enseignement, la justice.  Oui, il apparaît que « les gens » pensent et vivent bien différemment la crise actuelle que la façon dont leurs représentants politiques semblent le faire. Justement, il y a ce « semble ». Nous entendons presque chaque jour un discours parallèle aux actes posés par les politiques qui chahute pour le moins la confiance morale et même réaliste que « les gens » mettent dans ses représentants. Il y aurait, dit-on, des accords secrets, des préaccords, etc.…Mais qu’est-ce, si ce n’est justement la politique ? Relisons Le Prince de Machiavel et arrêtons de croire que la Cité doit être dirigée par des représentants sincères et émouvants, transparents et sympathiques. Si c’est le cas, la nation rêve d’un conte de Noël mais le Père Noël est mort, nous le savons et il fait partie de notre bonheur de le ressusciter chaque année à la même date, mais cela, c’est une légende, une tradition, un mouvement de l’âme et du cœur, une émotion collective, de la culture…Tandis que cette histoire de crise, est-ce vraiment du même ordre ?            

Une Belgique plus blanc que blanc ?           Nous avons voté. Nous avons exercé un droit très chichement distribué dans le monde et soudain, nous voudrions, comme dans ces pays malmenés par la violence et le déni de citoyenneté, nous voudrions user de la rue pour contester notre vote. ? Non, me direz-vous, jamais nous n’avons demandé cela.  Est-ce vraiment le cas ? Du Nord au Sud, dans le même pays, nous avons voté majoritairement pour un changement de politique qui impliquait ces questions territoriales et communautaires. Nous le savions, Et si ce n’était pas le cas, nous n’avons qu’à nous en mordre les doigts…en manifestant. Un référendum ? C’est un outil politique légitime qui n’est pas prévu dans la Constitution. Nous voudrions donc, au-dessus des partis, au-delà de nos votes, faire un coup d’état populaire qui renverserait le résultat des urnes ? Je ne le pense pas. Mais de quoi s’agit-il alors ? D’une sorte de Marche blanche pour la Belgique ? Même si elle est en tricolore ou en berne ? S’agirait-il encore d’un rassemblement devant la disparition,  la perte, le deuil à faire, le tragique, le néant ? Je le pense. La dimension festive de ces manifestations ne peut faire oublier le discours rassembleur autour de l’idée centrale « nous aimons la Belgique ensemble » et eux, « ils, elles » ne l’aimeraient pas suffisamment puisqu’il, elles la mettent en péril.  Pas si simple. Les politiques, avec un manque de professionnalisme élémentaire face au caméras, face aux journalistes, ironisent, s’emportent, font des jeux de mots, vont bras dessus, bras dessous au stade, jouent la pièce dans le registre d’un sinistre vaudeville. Les portes claquent mais pas d’amant dans le placard. La farce est vide. La preuve, elle s’est jouée pour BHV dans un système d’entourloupe qui fait braire les uns et hurler les autres. Que pensent les gens ? Je n’en sais rien. Ce que je sais c’est qu’ils constatent le manque de culture politique de la plupart des acteurs de cette pièce. Je veux dire que lorsqu’on joue dans le consensus et le compromis, il s’agit de ne pas lever un mur de fausse indignation de part et d’autre pour mieux camoufler un manque de vision, une incertitude politique majeure, des propos incohérents et surtout, s’ils se mettaient réellement à ce niveau, une sorte d’insensibilité que je n’espère pas rédhibitoire à l’angoisse d’une partie de la nation. L’angoisse n’est pas loin  du délire et le délire dans les histoires nationales se termine toujours mal.         

Psycho-citoyenneté…             La nation serait-elle au-dessus de ses représentants ? C’est une question cruciale dans le processus démocratique. Comment peut-elle contrôler les actes que posent ceux et celles qui ont été élus ? Comment contester ces choix ? A-t-on la possibilité hors la Politique et la Rue de les contester ? Il semble qu’aujourd’hui, de plus en plus, cela passe par une sorte de psychodrame où chacun raconte sa version devant un animateur télé (genre Jean-Luc Delarue l’Obscène) qui serait le Citoyen. Il organise et administre lui-même la représentation toujours à l’aune d’une sincérité et d’une émotion qui agglomérerait dans le même mouvement la vérité (nous avons raison puisque nous souffrons) et la dignité (ou l’honneur aurait-on dit du temps de Racine jusqu’à la moitié du 20ème siècle), puisque nous disons ce que nous sentons et souffrons vraiment. Et il va sans dire que nous souffrances sont les seules légitimes…  Maintenant, que les Flamands souhaitent redécouper le paysage de la Belgique, je n’en doute pas, qu’ils veulent mieux « gérer », comme ils disent l’entreprise Belgique, je n’en doute pas, ils se sont assez exprimés, de tous les bords, à ce propos. Mais qu’ils veulent la disparition de la Belgique, je n’en n’ai ni la preuve, ni la conviction quand on lit la presse flamande par exemple. Ces positions de “soldes Fin de séries” s’expriment du côté des extrêmes qui sont entendues avec la même extrême surdité…de notre côté. La politique, encore et toujours la politique même avec des représentants sans panache, sans culture de notre politique nationale, sans vision, sans énergie enthousiasmante (enthousiasme, du grec, “être porté par l’énergie des dieux”).            

Emouvant, toujours émouvant.          Alors, comment faire pour réagir, s’exprimer (ce qui ne sert plus vraiment à grand-chose aujourd’hui puisque tout est fait pour que l’on puisse s’exprimer sans aucune conséquence. L’expression pour l’expression, dans une sorte de jeu infini) ?  Chacun trouvera sa voix, et je l’espère, aussi, les politiques, non dans une soudaine sensibilité nouvelle, mais dans une conscience et une intelligence nouvelle, loin  de la pression de « l’Emocratie », qui serait la tyrannie de l’émotion. Et pour que cette voix soit démocratique, elle doit pouvoir affronter aussi la frustration de certains ou la violence verbale des autres, autrement dit, résister, au nom d’une réalité majeure, celle du vivre ensemble dans la Loi et la Culture.            

Le blanc ou les Lumières ?            Récemment, j’animais un atelier littéraire autour du dernier livre du Prix Nobel de littérature portugaise, José Saramago. Il s’agissait de La Lucidité (2). L’auteur imagine une fable où les Citoyens soudain se mettent à voter blanc. Pourquoi ? Sans raison apparente, juste pour exercer un droit, manifester un choix. Et la Cité s’organise avec les uns et les autres tant bien que mal, mais assez bien finalement. Et les Politiques ? Ils sont gelés d’angoisse, là-haut, sans reconnaissance, sans liens avec la Cité blanche, abandonnés à leurs illusions mais aussi les mains libres, délivrés du contrôle, abandonnés à une possible hubris, disaient les grecs, c’est-à-dire à la démesure…Est-ce de cela que nous rêvons dans cette nouvelle crise de la fusion apolitique ? J’espère que non.       

Daniel Simon,          

 11 novembre 2007     

 (1)   Le sexe et l’effroi, Pascal Quignard, Gallimard, 1999, Paris.      

(2)   La lucidité, José Saramago, éditions du Seuil, Paris, 2006. Egalement en folio.      

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Elle dit en poussant son landau

Posté par traverse le 9 novembre 2007

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Elle dit en poussant son landau sur l’allée du parc c’est un salaud je ne l’aime plus et ses talons font une mesure que le bébé accompagne de petits rires joyeux. Elle dit en passant sous les arbres invisibles des choses que j’entends au-delà du ciel et des voitures au loin. Elle dit en parlant des mots que je comprends, des phrases, des jurons, des portées de mépris, elle dit si fort et si musicalement une plainte glacée que son enfant écoute maintenant avec tant d’attention que soudain elle s’arrête, réajuste son voile et pose des baisers en vrac sur l’horizon, les nuages et son amour en peluche qui babille enfin dans le temps des langues inférieures. 

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Dans le parc des gens marchent sur des sentiers décomposés

Posté par traverse le 4 novembre 2007

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Dans le parc des gens marchent sur des sentiers décomposés et lèvent les yeux vers les arbres qui se détournent dans la nuit que chacun tente de chasser en poussant ses enfants devant soi. Des canards flottent lentement sur l’eau verte qui se ferme sur eux dans des plis impeccables. Ils vont le bec ouvert dans la fange qui les porte et plongent le cou dans la belle indifférence des matières. Ces traces qu’ils emmêlent dans de rares sillages n’existent que pour nous qui passons dans des rêves de futurs si vite enfermés dans un présent qui folâtre sur le bord d’un étang. 

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