De ces enfants aux injures nouvelles

Posté par traverse le 27 avril 2008

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De ces enfants aux injures nouvelles, je vois la langue des replis avant des bonds  saisissants de bonheur dans des parlers rapides qui n’ont besoin ni de temps ni de nous pour se faire la main, de ces enfants aux silences précis, je connais la façon de mettre un homme à terre ou de le hisser droit en lui, de ces enfants aux murmures cachés, je connais les secrets qu’ils poussent du pied en chahutant le ciel qui tente d’être serein. 

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Discontinu et distance dans le récit de vie

Posté par traverse le 25 avril 2008

La laïcité  du récit de vie… 

(entre le flou de la mémoire des émotions et la matière du souvenir dans le récit)          

Le récit de vie n’est pas une invention du monde, une sorte de récapitulation de notre relation au monde ni une description de ce monde que nous traversons bon gré mal gré, non, le récit de vie, c’est une histoire, un récit dont la matière première est la tentative de souvenir, le travail de mémoire à propos de notre relation à nous-mêmes, aux autres, aux proches, aux intimes, à ceux aussi que nous n’avons jamais rencontré mais dont l’influence a été déterminante…Le récit de vie est une céphéide, une étoile disparue dont la lumière nous éclaire encore. L’événement de l’origine ne cesse de faire son travail en nous. Le récit de vie tente de rapporter ce que nous pensons avoir vécu et qui ne demeure en nous que provisoirement, se délitant lentement pour glisser imperceptiblement dans l’oubli. C’est de ce passage en douce vers le néant que le récit de vie s’occupe.                   

Mais que se passe-t-il quand il s’agit d’écrire ?          

Le petit chat dort sur le paillasson, cette courte phrase, pour le philosophe L. Wittgenstein, nécessitait tous les savoirs du monde…Qu’est-ce que pour un « martien » un petit chat ? Un félin, oui, mais c’est quoi un félin ? Et un paillasson, en quoi est-il lié à la Santé publique, à l’histoire de la tuberculose, à l’urbanisme, et quelle ellipse pour supposer que le lecteur comprendra que ce paillasson, comme métonymie, nous permet de faire l’ellipse de l’immeuble qui devrait être là ? Tout cela semble aller de soi. Tout semble clair.    Quoique…                Le récit de vie se fonde aussi sur des connivences de lecture, mais quand ces connivences sont ténues, en quoi le récit de vie ne devient-il pas un documentaire ou un reportage ? Dans le fait que le sujet du documentaire, c’est l’événement, le phénomène à faire découvrir, à expliquer, à recontextualiser,…et le récit de vie, lui s’intéresse principalement à la relation, à la présence de l’auteur (du Récit de vie) dans ce phénomène. Il écrira alors sur cet événement mais en pesant finement ce qui est nécessaire au lecteur que pour se faire entendre, tout en développant les liens qui nous tiennent debout ou nous on fait basculer dans un autre univers, les relations quoi nous ont faits ou que nous avons tissées, les incidences de toutes ces liaisons factuelles ou imaginaires, perceptuelles qui nous ont construits.          Le Récit de vie, c’est une façon de prendre distance aussi avec l’hystérie émotionnelle qui est le propre de notre époque : tout est bon au nom de l’émotion. Tout est bon, pourvu qu’on « sente »…Tout est bon pourvu qu’on ressente… Loin de nous le fait de distraire l’émotion de son véritable sens : nous faire pressentir ce qui nous relie radicalement et archaïquement aux autres, nous donner à sentir ce que nous percevions vaguement en nous, nous faire entendre ce qui flottait encore dans notre oreille…Mais cette émotion est aussi corruptrice, elle dévie le sens du lieu commun émotionnel…Il est facile de parodier ces « moments d’émotion » comme les média nous le serinent à longueur d’antennes. Facile et dramatiquement juste. On sait que l’accolement de quelques termes, des raccourcis, des ellipses bien senties font tout de suite leur effet émotionnel. Et après ? Rien. Cette émotion se mêle à toutes les autres de façon indifférenciée, sans aucune pensée qui les recontacte, qui tente de les rejoindre, qui essaye de les faire apparaître plus distinctement afin que nous quittions notre état de stupeur émotionnelle pour atteindre une conscience des sentiments… 

C’est de cet après aussi que se préoccupe le Récit de vie… Il tente de ramener au présent de l’écrit l’absence vague des souvenirs intenses ou ténus. Parce que tout cela, cette émotion sacralisée (peut-être parce que c’est la seule chose que nous pensions encore avoir en commun, comme des mammifères au sang chaud, stricto sensu) ne nous dit qu’une chose : ça a vibré, le choc a été réel, la révélation de cette puissance émotionnelle nous a conduits à une autre conscience de nous-mêmes…Bien sûr mais tout cela, à nouveau, se disperse dans la croyance des émotions, dans la soumission au révélé soudain, dans la haine  démocratique de la pensée…qui est à nouveau, au centre de notre époque…Car, soulignons-le, que ce soit à propos de la politique, de l’éducation de la notion de bien commun, pour la première fois, nous le sentons, nous l’entendons, nous le voyons, la culture n’est plus au centre de l’éducation ni de notre société. Ce qui a pris le relais, c’est l’émotion justement. Avec ça, rien à craindre, la grande Babel des muets en a encore pour longtemps…Et cette culture (quelle qu’elle soit…) ne se fait pas que dans le plaisir et l’émotion et le chacun pour soi hédoniste mais aussi dans l’ apprentissage de règles, de codes, par l’imitation la répétition, l’appropriation. Mais tout ce temps invisible n’est pas un temps médiatique ou mondialiste… Par contre, des émotions,  des pures, des vraies, des entières émotions occupent le devant de la scène mais comment écrire les nouvelles Médée en disant autre chose que « terrible, insoutenable, extrême,… » ?          Le Récit de vie, s’il veut travailler cette culture du sentiment et non cette dictature des émotions se doit d’être attentif justement à ce qui fait empathie avec le lecteur,il doit être proche, suffisamment identifiable et reconnaissable mais en gardant la distance qui crée l’étrangeté de la découverte, la tension de la re-connaissance. N’abusons pas de l’effet brechtien de distanciation, il ne s’agit pas de cela, simplement, il importe de construire le Récit de vie de telle manière que ce dont l’auteur veut nous entretenir mérite le combat avec les frères ennemis que sont la sincérité et la vérité…          

Enfin, la structure du récit est aussi un moyen de briser la flux confusionnel, c’est une manière de mettre de l’ordre dans le chaos des émotions et sentiments mêlés ou abusés…Et cette structure bénéficie souvent de chapitres courts, centrés sur un phénomène, oublieux de la parole du conteur qui s’inscrit justement dans le flux et le mêlement des genres, des temps et des espaces…Même si ce mêlement est tenu, maîtrisé, il est le centre de la matière contée : des raccourcis improbables, des liaisons culturelles et presque subliminales à l’intérieur du texte, des intrusions dans le contexte de l’auditeur ou du lecteur pour mieux le relier, justement à cette matière infinie qu’est le récit épique, le conte, la parole conteuse… Le Récit de vie est un texte qui choisit de se clore, d’être fini, de s’inscrire dans un champ de mémoire et expérientiel défini et de travailler sur le discontinu de cette relation du monde et au monde…          

De quoi s’agit-il quand j’écris ce que je pense avoir vécu dans tel endroit à tel moment ? De quoi s’agit-il quand je vais tenter de rapporter cet événement que j’ai vécu et que je vais devoir mettre en scène pour le cadre, le rendre commun presque, en faire une expérience dans laquelle je pourrais encore le retrouver aujourd’hui ? De quelle mise en scène s’agit-il quand je fixe tel détail et pas tel autre ou que j’oublie littéralement de décrire le contexte dans lequel cette expérience a eu lieu? Dans quelle narration vais-je loger cette expérience ? Dans quelle forme ? Dans quelles références esthétiques ? De quelles histoires apparemment étrangères à mon expérience vais-je m’inspirer un tantinet pour conduire le fil de mon récit ? Suis-je à ce point naïf pour croire que la sincérité suffit à faire entendre … la sincérité ? Suis-je à ce point crédule pour penser que la vérité, pas celle de la différence des points de vue, non, celle que nous reconnaissons en nous avec acuité et en deçà ou au-delà de laquelle nous nous savons tricheurs…Donc de quelle stratégie, de quel projet narratif vais-je user pour faire entendre des émotions, des sentiments et des pensées issues de la relation d’une expérience ancienne ? En quoi vais-je la réinventer pour pouvoir m’en souvenir et la transmettre ? C’est de cela que le récit de vie se préoccupe, dans son continuel engagement à tenter de restituer un effet de réel afin de faire entendre les échos de cette expérience ancienne et soudain, par l’écriture, réanimer et littéralement reconstruite…         

C’est de ce travail d’écriture que nous voulons faire relation ici      

C’est de cette alternance entre la lecture de l’expérience ancienne et l’écriture de l’expérience rapportée, réinventée donc que nous tentons de rendre compte à travers les multiples activités de l’ équipe de la Revue Je. Peut-être, en osant ce mot dans une époque de hautes croyances, est-ce d’une laïcité de l’écriture que nous parlons. Comme si une sorte de séparation consentie entre la conscience de la reconstruction et l’immersion dans le sentiment et l’émotion ranimées étaient les deux parois sur lesquelles nous allons régulièrement cogner des résidus de mémoires pour en faire un souvenir, donc un récit. 

(paru dans La Revue des Récits de vie,  Je,  n°2)

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Ils ont osé !

Posté par traverse le 21 avril 2008

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Aux Donneurs, 

Pour Jean-Pierre Girard et Jack Keguenne,

Aux Donneurs, 

Pour Jean-Pierre Girard et Jack Keguenne, 

 

 

 

  

Rien n’est plus énigmatique que de rencontrer quelqu’un d’emblée dans ce qu’il a de très intime. L’amitié, l’amour, la nuit, les situations extrêmes le permettent. Mais même dans ces situations, le dévoilement est difficile : souvent trop impudique, un tantinet hystérique ou franchement ennuyeux et lourd comme une confession mal fagotée. La vie des gens, la mienne, la vôtre, n’ont rien d’exceptionnel. Un  petit tour, quelques étapes, terminus. Tout le monde sait cela, c’est pourquoi les médias font tant de gros plans sur les larmes qui coulent, les mentons qui tombent, les mains qui se crispent, les voix qui tremblent: la joie, la douleur, les souvenirs des personnes agrippées à leur micro et que la caméra traque en quête d’un dérapage en direct. C’est une des versions de l’obscène aujourd’hui et chaque continent a ses animateurs patentés dans ce genre de déballage pathétique. 

Parler n’est pas une entreprise facile et s’adresser à quelqu’un d’inconnu, même affublé d’une fonction d’écrivain et de médiateur d’écriture, ne va pas de soi. J’en fais l’expérience depuis plus de vingt-cinq ans lors de rencontres et ateliers divers à propos de l’écriture et du grand écart entre sincérité et vérité. 

Dans ce Foyer d’écriture publique ouvert à la Foire du Livre de Bruxelles (mars 2008), les Donneurs québécois, avec la complicité de belges et de français, ont accueilli sous la tente (un stand ouvert au passage public et régulièrement annoncé par le troubadour complice) des visiteurs, des passants qui soudain se sont arrêtés, ont franchi le seuil et se sont adressés à l’une ou à l’un d’entre nous. 

« Je vous en prie, asseyez-vous, comment vous appelez-vous ? ». La phrase est simple, un signe d’accueil et la relation se met en mouvement. Des jeunes filles, des jeunes hommes, des couples en attente de naissance, des passionnés de foot ou de bricolage, une libraire de Montréal ( !) m’ont demandé d’écrire une lettre à l’un ou l’autre de leurs proches. Parfois, il s’agissait d’écrire à soi-même (pour me rendre plus forte, quand je lirai cette lettre), ou à l’enfant à naître (quand il sera grand, nous lui lirons votre, notre lettre et la mettrons dans l’album de famille,…). Parfois, il y avait des silences, parfois les conversations se nouaient comme si cette rencontre était d’évidence, parfois on avançait pas à pas. Mais la lettre fut écrite et les auteurs accompagnés repartaient avec satisfaction et le sourire aux lèvres. Certains m’ont invité à boire un verre pour parler plus longuement mais je leur disais que c’était difficile, que j’étais dans l’attente d’autres visiteurs. Et ils repartaient convaincus que ce travail devait se poursuivre… 

Ca, c’est le miracle de cette rencontre organisée et improvisée tout à la fois. 

Ce qui me renforce dans l’idée de poursuivre l’aventure d’une façon ou d’une autre, c’est la qualité immédiate des paroles échangées : elles étaient de l’ordre de l’intime, de l’essentiel, du désir d’être ici, de se projeter dans un avenir meilleur, de donner des forces et de la conviction. Et ce n’est pas rien. 

Les questions qui se posent dans la relation de médiation comme celle évoquée ici sont, il me semble, adossées l’une à l’autre : comment ne pas dépasser la limite de la confidence, ne pas faire intrusion par des questions indiscrètes dans le champ privé de l’auteur/visiteur et comment faire de cette rencontre une coopération et pas une leçon de savoir-faire ? 

Ces questions sont les balises, à mon sens, de ce genre d’exercice. Et les émotions, les résonances que l’on peut lever par la mise en jeu de l’écriture sont telles qu’il s’agit de ne pas se laisser emmener dans la confession mais bien dans la formulation de ce qui était flottant et informulé dans les auteurs de passage.
         La durée si courte de la rencontre exige que les deux parties posent visiblement et de façon audible les demandes et les compétences qui pourraient les satisfaire. Ca a été, dans ce Foyer d’écriture, un vrai condensation de ce qui se noue et se trame la plupart du temps dans ce domaine… 

Enfin, j’ai été troublé par l’intrication permanente d’une certaine mélancolie et d’un ravissement chez les visiteurs qui se mettaient à parler. L’écrit gardait et garde à leurs yeux cette puissance de révélation que nous tentions d’approcher. 

En quelques minutes, ces personnes rencontrées sous la tente des Donneurs ont décidé d’aller à l’essentiel de ce qu’ils vivaient alors, ils ont osé et je les en remercie. 

 

 

Avril 2008

www.lesdonneurs.ca

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L’école à brûler …

Posté par traverse le 12 avril 2008

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Vient de paraître …

L’école à brûler

Aujourd’hui des jeunes, souvent des enfants, mettent le feu aux écoles, aux crèches, aux centres de jeunesse et de culture.
Ils brûlent et saccagent ce qui devrait les accueillir et les accompagner vers l’émancipation sociale si ce n’est le bonheur… Ils sont de tous temps.

Daniel Simon se glisse peu à peu dans la peau d’un de ces enfants. Pour percevoir cette fureur plus que pour l’expliquer. Cette descente dans la colère d’une génération suit le fil d’un récit qui met en scène et en jeu les objets, les relations, les signes, les symboles d’une école qu’il fréquente depuis cinquante ans.

C’est à un inventaire joyeux et amoureux, nostalgique parfois, qu’il met la main. De l’élève au professeur qu’il est devenu, il y a aussi son approche de l’intérieur : il fait du théâtre dans les écoles, il forme des enseignants, il raconte des histoires, il présente ses livres et ceux des autres.

Mille entrées pour raconter le péril d’une école sous haute tension aujourd’hui…

Collection « JE »

ISBN 978-2-87003-491-0 / mars 2008
96 pages / format 13,5*20,5cm / 10 euros

Lectures et rencontres: contact avec l’auteur: 00.32.2.216.15.10  daniel.simon@skynet.be

En librairie ou commande à l’éditeur

(www.couleurlivres.be)

(parus précedemment: L’échelle de Richter, nouvelles chez Luce wilquin, 2006.

http://www.wilquin.com/editions/

D’un pas léger, poèmes aux éditions Le Taillis Pré, 2007.)

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Qui de nous deux a tremblé

Posté par traverse le 9 avril 2008

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Qui de nous deux a tremblé quand le vent est passé entre mon ombre et moi , est-ce le vent trop encombré de nous ou ce que je pèse ne compte plus autant ? La lumière a réagi trop vite et effacé cette mince épaisseur qui nous retient de ne pas tomber dans des éblouissements où nous irons chacun. Maintenant tout est posé dans une pupille qui se ferme et nous marchons dans cette douce extinction.

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Ecrire un récit de vie

Posté par traverse le 6 avril 2008

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« On ne peut communiquer une expérience sans raconter une histoire » 

                                                                       Walter Benjamin  

(Les ateliers d’écriture sont des lieux de silence, de lecture et d’apprentissage de quelque chose qui se tend entre l’écriture, la littérature et le rêve d’une saisie provisoire de ce qui encombre ou flotte en nous. Ce sont aussi des lieux qui sont le contraire de l’affirmation commune: des lieux pour jouer, pour se détendre, pour s’abandonner au doux voisinage des mots…Dans ce lieu, on y redevient soudain graves au sortir d’un rire, sidérés devant une trouvaille inattendue, scrutateurs de l’opacité intermittente du monde, attachés à la vraisemblance et à l’observation minutieuse des choses, peu à peu libérés des obligations de l’invention. Originalité et spectacularité, là, peuvent disparaître. Ne demeure que l’invitation à rendre compte de la forme de ce qui émerge du fatras des mémoires et des expériences. Simplement de la forme. Le sens, le lourd et flasque sens, n’a besoin de quelque écriture que ce soit. Mais une phrase tenue le temps rêvé est nécessaire pour aménager cet endroit où nous tentons de vivre. Dans les ateliers d’écriture des questions reviennent sans cesse. Questions techniques, formelles, esthétiques mais qui nous renvoient en permanence à notre volonté réelle ou à notre capacité à vivre des perceptions et à en rendre compte pour que le monde ne cesse d’être désirable…Ces carnets sont une des traces de ces conversations régulières…)

       Ecrire un récit de vie suppose de laisser émerger souvenirs, faits, dates, circonstances et d’accorder ces événements dans le sens d’une « histoire », la sienne en train de voyager, ou rapportant des traces de voyage.              

       On pourrait dire que le récit de vie tente de rassembler « les » histoires du sujet observant le monde, ou encore le sujet observant le sujet en train de marcher, ou encore, le sujet dissout dans le paysage, ou encore le paysage disparaissant sous le regard des hommes qui l’habitent, ou encore…             

       En fait, le récit de vie se saisit de la géographie pour lui faire rendre gorge et c’est l’histoire intime des gens qui s’en dégage alors, des histoires de frontières, de cuisine, d’amours, de départs,.…              

       Ces histoires se profilent dans la matière du récit de vie. Ce n’est pas la fiction qui est en jeu mais la tentative de ne pas faire de fiction…Le projet est évidemment impossible: toute écriture est une représentation, donc une fiction aussi minimale soit-elle.                     

       Ecrire un récit de vie, c’est donc accepter de raconter une histoire qui aura « infusé » dans la mémoire (de la sienne, de celle des autres) et d’en reconnaître les signes forts tout au long d’une chimie étrange qui s’appelle l’écriture…                    

       Le récit de vie se situe dans un lieu au croisement de multiples chemins ou positions d’observations: la mémoire affective et collective, le souci de soi et de la reconnaissance de son identité, le désir de « révéler » (dans le sens photographique…) son expérience, son aventure humaine… 

De l’horizontal et du vertical 

       Le récit de vie est avant tout un récit, c’est-à-dire une histoire relatant une expérience et se développant dans un espace et un temps choisis par l’auteur. Ces temps et espaces vont varier tout le long des péripéties mais l’auteur veillera en permanence en ne pas perdre de vue le socle de sa narration.      

       D’où parle-t-il ? De quel endroit du souvenir ? A quelle hauteur place-t-il son regard ? Surplomb, hauteur d’homme, contre-plongée, sont des hauteurs de regard et de mémoire qu’il convient de vérifier continuellement.       

       Le récit de vie traverse de la géographie et fore de l’histoire dans cet espace horizontal. Il y a là un véritable croisement de mondes à laisser entendre au lecteur ? C’est de ce croisement que le récit de vie s’empare : il se nourrit d’un paysage, d’un mouvement, d’une traversée, d’un balayage pour faire écho d’un tremblement de perception, pour laisser apparaître ce que la vue ressuscite, pour dresser un état des lieux d’une remémoration de quelque chose de vue et de déjà vu…        

       Le récit de vie fait surgir de l’intime du grandiose, laisse apparaître le singulier dans la surface des choses, extrait l’instant de la cristallisation des lieux. Il fait entrevoir ce qui existe au-delà de nous et nous construit dans cette reconnaissance…              

       Le récit de vie se joue des prospectus et des exploits repliés sur eux-mêmes. Il dénoue la géographie qui était enfermée dans les catalogues et les index, il instaure le temps de la découverte, à chaque fois…        

       Le récit de vie aborde le paysage avec un regard synthétique (le personnage découvre les lieux, les populations, les événements et les restitue dans leur contexte) et s’accordera le temps de voir ce qui faisait défaut ou accroc, ou bien encore ligne de partage dans l’image (il sera alors analytique)… 

De la vitesse et du mouvement                      

       Le style, c’est le changement de vitesses du récit. Il importe, dans le récit, de varier les vitesses d’écriture afin de rendre compte du mouvement interne du voyage.                     

     Les temps du récit peuvent signifier de la durée, de l’instant, une pause, une respiration,…Ces temps seront les charnières internes au récit de vie, ils créeront les mouvements (chorégraphiques) entre les positions d’arrêt, de regard, de réflexion, de notation…                            La ponctuation sera, évidemment, entièrement à notre service : le point virgule est à la phrase ce que la méditation est à l’action,…Mais cette ponctuation peut se limiter à un essentiel extrêmement concentré : encore une fois, il importe de traduire dans le texte le mouvement du voyage, ses étapes, ses haltes, ses décisions soudaines, ses pointes de regard et ses longs travellings mélancoliques. 

Du micro et du macro                             

       Le détail, le minuscule, l’infime, le fugace, le volatile même sont les traces du récit vécu, passé par l’expérience de la création ou de la réinvention.                             

     Il y a de la transparence dans les lieux que l’on traverse, ils livrent du microscopique, comme les  « rognures d’ongles » des legs de François Villon.                            Ces instants, ces indices, ces coups d’œil sont au récit, ce que le détail est au personnage : sa matière, ce qui le différencie, ce qui le tire hors de soi et le livre à notre entendement…                           

      Le large, l’ample, le vaste, le panoramique sont des façons de rendre compte autant du paysage que de notre regard accueillant l’immensité.                              L’environnement, pour autant qu’il soit perçu comme tel, doit environner les personnages…Il s’agit de déployer les objets et les occurences dans le récit de vie de telle sorte que la matière de l’espace imprègne le récit. Les couleurs, les masses, les fissures, les lumières, les zones désertes ou habitées sont des objets que le récit de vie doit nous faire apparaître comme du matériau neuf, de la pure découverte. Non pas des lieux, mais ce qu’ils évoquent et éveillent en nous.                             

      Enfin, les alternances d’infime, les saccades de presque rien, les suites de vastes étendues formeront la qualité du récit de vie en écho avec la qualité du regard, c’est-à-dire à sa capacité à voir « la lumière entre les couleurs » comme le disaient les impressionnistes. 

De la légèreté des détails 

      Le détail peut également détruire le récit, lui enlever tout son souffle, le conduire à la répétition obsessionnelle de l’anecdote…L’arbre qui cache la forêt peut également dissimuler la profondeur de ce que le lecteur entrevoit dans la forêt opaque mais nommée dans son opacité.     

       Le détail léger, bref, faisant raccord avec d’autres aplats peut soudain être une charnière qui ouvre l’étendue dans la profondeur ou provoquer l’arrêt…sur image…      

       Le détail, quand il dissimule la structure ou ne fait qu’ornementer s’approche plus de la notation kitsch que de la perception du fugace… 

(à suivre) 

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Il parle en posant sa main comme une vague

Posté par traverse le 5 avril 2008

Il parle en posant sa main comme une vague sur l’horizon et je me sens sur la terre dans l’empan de ce geste qui ouvre des espaces où mon regard se perd dans la fumée des cigarettes que nous fumons avec tant d’attention. Il parle et je le sais là-bas, tout au bout de son bras, en train de visiter des territoires anciens où nous allons chacun à notre tour. 

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Une poussière dans l’oeil

Posté par traverse le 4 avril 2008

Une poussière dans l’oeil et le monde bascule dans cette impureté du regard et des pleurs qui ne sont jamais loin, enfermés dans de fragiles cadenas, indolents et sévères, tendus vers le secret des inquitétudes majeures. Une poussière dans l’oeil agrandit sans un son un gouffre où nous tombons.

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