Tentures fermées

Posté par traverse le 26 septembre 2008

Tentures fermées, il ouvre son ordinateur et se met à écrire. 

Le monde, tout à l’entour ne l’ennuie pas, il en souffre même plus qu’il ne voudrait, il pressent de terribles catastrophes qui s’annoncent entre deux pages.

Ce monde, il y est logé à la même enseigne que son voisin et ceux d’en face et de plus loin encore qu’il ne peut voir ou entrevoir les limites de son monde mais il sait que dans cet appartement, celui qu’il occupe depuis bientôt dix ans, des choses l’encombrent, des êtres manquent, des corps s’emmêlent dans ses souvenirs.  Ce monde est en lui et il ne peut mais veut se désencombrer des chose qu’il a entassées lentement au début, mais la vitesse s’accélère, et il lui reste aujourd’hui de moins en moins de place. De moins en moins de place pour y prendre place lui-même. 

Des mots, d’abord, tous ces mots qu’il a amassés depuis près de cinquante ans, ces mots vont enfin servir à autre chose qu’à nommer le monde et à l’habiter.  Aujourd’hui, il écrit pour désenchanter les illusions qui l’ont porté depuis si longtemps, une malédiction souvent, un rendez-vous de deuxième ordre avec la vie, une gabegie qu’il a prise pour de la liberté. 

Et sa liberté est entière ce matin.  Il s’est levé après une nuit désastreuse, il a marché une demi heure au parc et il est rentré, après avoir rempli le congélateur à raz bord. 

Il a ouvert l’ordinateur et s’est mis à écrire.  La porte fermée, il se sent parfaitement séparé de ce qu’il prétend tenter de découvrir depuis si longtemps, ce monde qui l’occupe et qui le tient d’un bras de glace à distance. 

Il a encore du temps, même si la vie rétrécit, il raccourcira certains chapitres, alignera les ellipses, embrigadera le lecteur dans des copinages douteux mais efficaces. 

Son appartement est constitué d’un hall de jour, d’un salon, d’une salle-à-manger, d’une cuisine dix-neuf cent trente donnant sur une terrasse où il a dressé un mur de plantes entre lui et les terrasses voisines, un hall de nuit conduisant à un chambre encombrée de livres et d’objets récoltés lors de voyages anciens, puis un bureau où il accumule les dossiers, les livres encore, les outils informatiques, un débarras qu’il n’ouvre que dans de rares occasions, une salle de bains qui évoque le Sud et des toilettes au plafond si haut qu’elles semblent la voie verticale vers un autre temps.  C’est là qu’il vit et que d’autres ont vécu. 

Mais c’est de cet enchevêtrement de vies et de choses passées qu’il a décidé de faire son récit. Non qu’elles soient particulièrement exceptionnelles, ces vies et ces choses, mais elles s’enfoncent en lui, comme une Venise funeste et il sait que le temps est venu de se délester pour ouvrir sa viande à de nouveaux organes.  (en cours)

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