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Voeux 2009

Posté par traverse le 29 décembre 2008

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2008 s’éloigne et nous a laissés étonnés, épatés, effarés…

Que 2009 nous enthousiasme…. 

 

 

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Très peu de choses demeurent

Posté par traverse le 23 décembre 2008

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Très peu de choses demeurent des illusions que nous soufflons dans le poumon du temps. Je vais souvent exténué et lève des armées de doutes et d’ignorances sans leur payer la solde du repos. Demain ne dit qu’un temps dans lequel nous flottons en nous prenant la gorge comme on saisit une planche. Demain est un principe, une aube, un crépuscule, une voix qui se lève ou un souffle qui s’éteint. Demain n’a que faire des futurs et le bref est une éternité posée sur une lame. 

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Sauver l’école

Posté par traverse le 20 décembre 2008

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Dessins de Serge Goldwicht

L’école à brûler Daniel Simon 

 

 Aujourd’hui des jeunes, souvent des enfants, mettent le feu aux 

écoles, aux crèches, aux centres de jeunesse et de culture. Ils brûlent 

et saccagent ce qui devrait les accueillir et les accompagner vers 

l’émancipation sociale si ce n’est le bonheur. 

Daniel Simon se glisse peu à peu dans la peau d’un de ces enfants. 

Pour percevoir cette fureur plus que pour l’expliquer. Cette descente 

dans la colère d’une génération suit le fi l d’un récit qui met en scène 

et en jeu les objets, les relations, les signes, les symboles d’une école 

qu’il fréquente depuis cinquante ans. 

C’est à un inventaire joyeux et amoureux, nostalgique parfois, qu’il 

met la main. De l’élève au professeur qu’il est devenu, il y a aussi son 

approche de l’intérieur : il fait du théâtre dans les écoles, il forme 

des enseignants, il raconte des histoires, il présente ses livres et ceux 

des autres. 

Mille entrées pour raconter le péril d’une école sous haute tension 

aujourd’hui…

 

E(cole)P(arents)E(ducateurs) Mars – Mai 2009

 

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Revue de la Maison de la Francité n° 54

2e trimestre 2008    Brèves

Sauver l’école

Voici une approche toute personnelle de l’école à travers ses odeurs, ses bruits et ses cris par un auteur qui la fréquente depuis cinquante ans. De l’élève au professeur qu’il est devenu, Daniel Simon retrace la naissance de la colère d’une génération à l’égard de l’institution scolaire. Autrefois respecté, le métier de professeur aujourd’hui méprisé reste pourtant vital dans notre société. Teinté d’humour, de tendresse et d’espoir, un récit qui suscite la réflexion.

Daniel SIMON, L’école à brûler, Bruxelles,
Couleur livres, 2008, Collection Je.

L’école à brûler n’est pas un souhait ni une plainte nostalgique d’une école parfaite (qui n’a jamais existé) mais la tentative de description d’un processus de dégradation. La narration de cette maladie annoncée de l’école se nourrit de l’expérience de l’auteur et des épisodes d’une génération qui a vu peu à peu se dénouer les liens qui fondent le vivre ensemble 

La Carnet et les Instants, n° 152 (juin-septembre 2008)

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Merci Leoparleur… et son Grand Lustucru http://www.lastfm.fr/music/L%C3%A9oparleur

(si il y avait une musique de livre, ce serait pour L’école…, celle-ci…Régalez-vous…)

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L’école à brûler/L’école sous tension

Posté par traverse le 20 décembre 2008

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REGARD

L’école sous tension

Monique Verdussen

Pourquoi apprendre ces choses « que je sais même pas à quoi ça sert ».

De ce livre, on ne se dit pas qu’il est beau, attachant, bien ou mal écrit. Il est juste nécessaire. Dans l’air d’un temps qui n’est plus ce qu’il fut, où personne n’entend personne, où chacun se rassure comme il peut à coup d’idées convenues, de réflexes simplistes ou de gestes destructeurs. Et l’école, celle qui va mal sans que l’on en saisisse toujours les raisons profondes, semble le révélateur de ce malaise ambiant. On n’y chante plus avec l’insolence provocatrice mais inoffensive d’hier « les cahiers au feu ». L’école, on la brûle. Par défi. Par désespoir. Par ce sentiment qu’ont certains jeunes de n’y apprendre pas ce qu’il faut pour vivre, pour avoir un métier, pour être parmi les autres dans une existence qui ne ressemble pas à celle de son père. Et surtout pas à celle de sa mère.

Sur ce sujet éminemment d’actualité, Daniel Simon propose un parcours à entrées multiples pour approcher de l’intérieur ceux et celles qui attendent de cette école plus peut-être ou autre chose que ce qu’elle peut donner. Faisant appel à ses souvenirs, l’écrivain remonte à l’école de son premier jour avec larmes, sentiment d’abandon, peur de l’inconnu, ignorance de ce qu’il convient de « dire ou pas dire ». Il dit l’arène d’apprentissage qu’est une cour de récréation. Il s’attendrit sur la petite sœur qui le rassurait de ce bruit en lui « qui me met parfois hors de moi ». Il évoque la curiosité faite d’attraction et d’inconnu que l’on éprouve, à l’adolescence, pour les filles d’à côté et fixe l’instant de douceur d’une maîtresse attentive qui « aide à tenir debout ». Il se glisse dans l’ennui de l’internat dont on hait les « geôliers » même quand on les plaint et où l’on se rêve une vie de l’autre côté des murs bien qu’encore protégée des horreurs du monde que l’on comprend mal. Les guerres. Les violences. Les défaites de parents « qui s’engueulent comme des tarés », les usines qui ferment, la normalité de la laideur

L’enfant, les enfants dans la tête desquels s’insinue l’auteur de « L’école à brûler » ne veulent plus que ça dure tout ce temps trop long à attendre d’être grand et de pouvoir faire les choses selon leurs envies et leurs espérances. « Font tout pour nous dire que c’est beau bon bien cette école, font tout ce qu’il faut, mais rien pour voir vraiment de quel mal je souffre, de quoi je me défais. »

Et, un jour, l’école brûle. Mêlant les temps, les voix, les registres d’écriture, Daniel Simon suit, sans outrance polémique mais avec une attention compréhensive, le parcours qui, de l’amour/haine d’autrefois, a basculé dans une fureur destructrice face à laquelle « je sais plus quoi faire », se désespère le directeur d’une école désormais sous tension. En parallèle, il met en exergue l’incompréhension des contestataires face aux adultes « qui veulent que j’apprenne des trucs que je sais même pas à quoi ça sert ».

Daniel Simon est écrivain et éditeur. Il fait du théâtre dans les écoles et forme des enseignants. Il vit de près ce dont il écrit.

La Libre Belgique du 19 décembre 2008

(dessins de Serge Goldwicht)

www.couleurlivres.be

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Une place au village en DVD…une idée de cadeau!

Posté par traverse le 17 décembre 2008

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 Une place au village

Tatiana de PERLINGHI EST AUTEURE, SCENARISTE, CINEASTE…et nous aimons bcp ce qu’elle fait, avec Jack (Jacques MORIAU)…Un coup de coeur donc…

Tatiana de Perlinghi et Jacques Moriau

52min – PAL – Version originale FR – st EN – 2008

Mésnil l’Eglise, un tout petit village perdu sur les hauteurs de la Famenne en Belgique, un village comme un monde. Un monde où se côtoient vieux cultivateurs et néo-ruraux, traditions et utopie écologique. Un monde à l’avenir incertain, pris entre déclin agricole, extension des banlieues dortoirs et projets futuristes. Mais à Mesnil, cette année, la rénovation de la place va décider de ce que sera le village de demain. Comme une métaphore de ce futur en mutation, la place du village, que certains veulent aménager, embellir, ouvrir à l’extérieur, et que d’autres rechignent à voir changer.« Une place au village » est une chronique en quatre saisons d’un village en mutation, où 50 enfants d’horizons culturels très différents devront trouver leur place… »

Liste technique :
Réalisation : Tatiana de Perlinghi et Jacques Moriau
Image : Gilles Descamps et Olivier Servais
Son : Gilles Laurent et Jean-François Levillain
Montage : Julie Brenta
Montage son : Gilles Laurent

Produit par :
Iota Production
Liste des coproducteurs :
ARTE G.E.I.E.
RTBF – Unité documentaire
Wallonie Image Production (WIP)
Carlier Bois S.A.
avec le soutien
du Centre du cinéma et de l’audiovisuel de la communauté française de Belgique et des télédistributeurs wallons et de Kiwanis Club de Liège

Festivals :

Mention spéciale du Jury, Festival Caméras des Champs 2008 (Ville-sur-Yron, Lorraine)
Festival Résistances, Foix, juillet 2008
Festival Européen du Cinéma et du Monde Rural, Lama, Haute-Corse, juillet-août 2008
A travers champs, Rochefort, septembre 2008
Ekotop internationa festival of sustainable development film, 2008
Liens : http://www.iotaproduction.com

Prix du DVD : 

REF.doc0034 - 14.52 €

(TVAC, hors frais d’envoi)

 

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Je ne sais pas dessiner mais je dessine

Posté par traverse le 16 décembre 2008

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Les stages les plus longs durent 5 jours, très intensifs. Parfois 2 jours, parfois 1 jour. Ou une heure et demie dans son atelier. Maximum 5 personnes à la fois. Certains reviennent régulièrement. Ou ils vont chercher d’autres choses, ailleurs. Il leur dit « Prenez un carnet avec vous dans le tram, laissez-vous aller, vous progresserez, par tâtonnement, vous ne pouvez faire que progresser ». Ils n’apprennent pas à dessiner ; ils dessinent. 

Celui qui a eu l’idée, c’est Daniel Simon. Ecrivain. Et animateur d’ateliers d’écriture, pratique qui flirte avec l’une de ses passions, le récit de vie. Chez Couleurs Livres, dans la collection et la revue qu’il a si joliment appelées « Je », il a publié quelques livres qui sont des récits de vie remarquables tant par le récit que par l’écriture, comme L’Usine de Vincent De Raeve ou Parle-moi de ton absence de Saber Assal. Et voici, un soir, à bavarder autour de cette idée qu’au fond tout le monde a une vie à raconter, qu’il dit à son ami peintre (on ne peut plus dire ça, je sais, il faut dire plasticien, mais je ne m’y fais pas) : Pourquoi pas un récit de vie dessiné ? Pourquoi parlerait-on de soi seulement par l’écriture ? Pourquoi pas par le dessin ? 

Un bic et des petits points
 

L’ami s’appelle Serge Goldwitch. Peintre mais aussi philosophe. De lui, Jacques Sojcher publia en 1980 déjà, dans son célèbre numéro spécial de la revue de l’ULB si bien nommé La Belgique malgré tout, un article prémonitoire puisque c’était un récit de vie. Goldwitch y relatait ses premières amours de dessinateur avec le papier de soie que son père utilisait pour donner des formes pleines aux vêtements qu’il vendait dans sa boutique de Nivelles. Le père peignait à ses heures tandis que la mère préparait la carpe farcie traditionnelle du Yiddishland. Sous la plume de Serge naissaient déjà des monstres. Il y a dans sa peinture la mémoire d’un Jérôme Bosch, libérée de la croyance aux enfers. Même prolifération, mêmes cauchemars mais au second degré. Pointes d’humour et de légèreté dans un monde dont on sait quand même qu’in fine, on sera dévoré mort ou vif par d’antipathiques bactéries.  Depuis longtemps, Goldwitch, homme postmoderne, mariait volontiers son art tantôt avec le design, tantôt avec la communication. Alors des ateliers de dessin comme récit de vie, il n’a pas dit non. Mais comment déclencher l’acte spontané du dessin ? Goldwitch trouve la solution dans ses propres difficultés : « Quand j’ai une baisse de régime, je commence à faire des petits points sans idée préconçue, qui me mettent au bout d’un moment dans un état de conscience altérée. Fort de cette expérience personnelle, j’ai testé cette démarche. C’est l’exercice de base. Au bout d’un quart d’heure, n’importe quel adulte qui n’a jamais dessiné, qui a toujours cru qu’il ne savait pas dessiner, se met à dessiner. Et pas des stéréotypes. Les filles ne font pas des cœurs, les garçons ne font pas des voitures. Et plus ils pratiquent, plus ça sort. »  Magie ? Non, plutôt une sorte de brutalité bonhomme. -Qu’est-ce que je dois amener ? On travaille avec quoi ?

 -Un stylo bille. 

 -Un stylo bille ? Mais, ce n’est pas de l’art ! 

 -C’est très intéressant, vous verrez. Pas cher. Et on ne peut pas effacer (c’est un de ses trucs : ne jamais effacer les traces de ce qu’on fait. Les ratures ça donne souvent des dessins très intéressants). 

 -On fait des petits points. Un seul objectif : remplir toute la feuille. 

 -Toute la feuille ! Mais ça fait mal au bras ! Et d’ailleurs, mon bic ne marche pas. 
Il rigole : « Effectivement, ils se débrouillent pour que ça ne marche pas. Mais évidemment ça marche. Les hommes ne regardent même pas ce qu’ils font. Je leur dis : Il faut regarder. Vous allez chercher à l’intérieur, un visage. Puis ce visage, on va le compliquer, le préciser. Puis des corps, les renforcer. Peut-être deux visages, ça fait penser à quelque chose, et au bout d’une heure et demie, on a quelque chose. » 

Mais non, c’est pas du Picasso !
 

Goldwitch découvre vite que la plupart des gens ont peur de dessiner. « Ils disent tout de suite : Je ne sais pas dessiner. Ou Ce n’est pas beau. Dès l’âge de cinq ans, les enfants ont une idée de ce qui est beau et de ce qui ne l’est pas. De ce qui est du gribouillage et de ce qui n’en est pas ». Ouvrons le Robert : gribouillage signifie « Dessin confus, informe ». Gribouiller égale mal dessiner. « Et bien dessiner, ajoute Goldwitch, c’est représenter, au sens des académies du 19e siècle. Or la représentation varie. Une main, ce n’est pas forcément Dürher ou Da Vinci. C’est aussi Reiser. À chacun de trouver sa manière. Freinet disait ça très bien : laisser faire les enfants. Il faut s’adresser aux parents. Leur dire : donnez des outils à vos enfants et n’intervenez pas. Ne dites pas : C’est beau, ce n’est pas beau. Ne dites pas : Ce n’est pas comme ça qu’on fait. Ne dites pas : Ça ne ressemble à rien. Ne dites pas : C’est du Picasso. Aujourd’hui, on enseigne aux enfants comment faire du Miro. On ne les fait pas dessiner. Un petit triangle rouge, un carré bleu. Regardez, c’est du Miro. Et tout le monde de s’extasier. Mais l’enfant n’a rien donné. Rien ne n’est passé en lui. Ou alors, pire encore, on les fait colorier des photocopies. Les parents et l’école castrent leur spontanéité. Donc il faut apprendre à desserrer ces freins. A prendre le temps. À lever les angoisses. À mettre de côté tous ces stéréotypes ». 

L’univers du rêve
 
L’expérience montre que même quand ils se sont lancés, c’est pas encore gagné. Au moment où ils dessinent, ça leur fait un bien fou. C’est puissant. Mais après les parents ou les maris les descendent (évidemment, à 99% ce sont des femmes qui s’inscrivent aux stages), genre : ça ne ressemble à rien et en plus tu paies pour ça ! Elles reviennent penaudes. Ou des enfants qui font un dessin super fort mais ne veulent pas qu’on le montre : Que vont dire les autres ? Faudrait pas qu’on se moque et qu’on leur dise : C’est du Picasso ! Alors en route pour l’exercice suivant. Par exemple un dessin que chacun doit poursuivre comme des cadavres exquis. Ou des visages en ligne ; ne pas penser, aller très vite. Ou dessiner des petites pierres, mais toutes différentes. Au début c’est horriblement difficile : la majorité des gens dessinent des pavés. Goldwitch termine un « Manuel du non savoir dessiner » où il décrit tous ces exercices et leurs objectifs : éducation du regard. Voir de très près. De très loin. Développer l’intuition. Activer d’autres zones du cerveau. Même que ça excite certains responsables de ressources humaines. Goldwitch est invité dans les entreprises. Le premier quart d’heure est difficile, puis viennent les rires, la détente et les dessins. Dans les écoles, c’est la même chose. Pour dessiner, un enfant et un adulte sont sur pied d’égalité. Les adultes ont un stock d’images plus important. Mais sinon, il s’agit de la même démarche : entrer dans l’univers du rêve. Goldwitch n’est jamais dans l’interprétation de ces rêves. « Je n’interdis pas de commenter, ce qui est raconter, mais d’interpréter psychologiquement ». Il n’y a pas de docteur Goldwitch. Même si la plupart de ses stagiaires se donnent le bonheur d’explorer leur imaginaire, le but du dessin spontané n’est pas thérapeutique mais autobiographique. Il s’agit bien de se raconter à soi-même et aux autres. Très joliment, Goldwitch a appelé sa méthode l’autopictographie. Et il avoue volontiers que l’expérience, menée depuis trois ans maintenant, a aussi profondément modifié son propre travail de … plasticien.

Michel Gheude
Le blog de Michel Gheude

Le site de Serge Goldwicht
http://www.dessinspontane.be/serge-goldwicht.html

Article paru dans Le Ligueur N°40 de 3 décembre 2008

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Conférence Nobel J.M.G. Le Clézio

Posté par traverse le 14 décembre 2008

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© LA FONDATION NOBEL 2008
Les journaux ont l’autorisation générale de publier ce texte dans n’importe quelle langue après le 7 décembre 2008 17h30 heure de Stockholm. L’autorisation de la Fondation est nécessaire pour la publication dans des périodiques ou dans des livres autrement qu’en résumé. La mention du copyright ci-dessus doit accompagner la publication de l’intégralité ou d’extraits importants du texte.

Le 7 décembre 2008

Dans la forêt des paradoxes

Pourquoi écrit-on ? J’imagine que chacun a sa réponse à cette simple question. Il y a les prédispositions, le milieu, les circonstances. Les incapacités aussi. Si l’on écrit, cela veut dire que l’on n’agit pas. Que l’on se sent en difficulté devant la réalité, que l’on choisit un autre moyen de réaction, une autre façon de communiquer, une distance, un temps de réflexion.

Si j’examine les circonstances qui m’ont amené à écrire – je ne le fais pas par complaisance, mais par souci d’exactitude – je vois bien qu’au point de départ de tout cela, pour moi, il y a la guerre. La guerre, non pas comme un grand moment bouleversant où l’on vit des heures historiques, par exemple la campagne de France relatée des deux côtés du champ de bataille de Valmy, par Goethe du côté allemand et par mon ancêtre François du côté de l’armée révolutionnaire. Ce doit être exaltant, pathétique. Non, la guerre pour moi, c’est celle que vivaient les civils, et surtout les enfants très jeunes. Pas un instant elle ne m’a paru un moment historique. Nous avions faim, nous avions peur, nous avions froid, c’est tout. Je me souviens d’avoir vu passer sous ma fenêtre les troupes du maréchal Rommel remontant les Alpes à la recherche d’un passage vers le nord de l’Italie et l’Autriche. Cela ne m’a pas laissé un souvenir très marquant. En revanche, dans les années qui ont suivi la guerre, je me souviens d’avoir manqué de tout, et particulièrement de quoi écrire et de quoi lire. Faute de papier et de plume à encre, j’ai dessiné et j’ai écrit mes premiers mots sur l’envers des carnets de rationnement, en me servant d’un crayon de charpentier bleu et rouge. Il m’en est resté un certain goût pour les supports rêches et pour les crayons ordinaires. Faute de livres pour enfants, j’ai lu les dictionnaires de ma grand-mère. C’étaient de merveilleux portiques pour partir à la reconnaissance du monde, pour vagabonder et rêver devant les planches d’illustrations, les cartes, les listes de mots inconnus. Le premier livre que j’ai écrit, à l’âge de six ou sept ans, du reste s’intitulait Le Globe à mariner. Suivi tout de suite par la biographie d’un roi imaginaire appelé Daniel III – peut-être était-il de Suède ? Et par un récit raconté par une mouette. C’était une période de réclusion. Les enfants n’avaient guère la liberté d’aller jouer dehors, car les terrains et les jardins autour de chez ma grand-mère avaient été minés. Au hasard des promenades, je me souviens d’avoir longé un enclos de barbelés au bord de la mer, sur lequel un écriteau en français et en allemand menaçait les intrus d’une interdiction accompagnée d’une tête de mort.

Je peux comprendre que c’était un contexte où l’on avait le désir de s’enfuir – donc de rêver et d’écrire ces rêves. En outre, ma grand-mère maternelle était une extraordinaire conteuse, qui réservait aux longues heures d’après-midi le temps des histoires. Ses contes étaient toujours très imaginatifs, et mettaient en scène une forêt – peut-être africaine, ou peut-être la forêt mauricienne de Macchabée – dont le personnage principal était un singe doué de malice, qui se sortait toujours des situations les plus périlleuses. Par la suite, j’ai fait un voyage et un séjour en Afrique, où j’ai découvert la forêt véritable, à peu près dépourvue d’animaux. Mais un D.O. du village d’Obudu, à la frontière des Camerouns, m’a fait écouter le crépitement des gorilles sur une colline voisine, en train de frapper leurs poitrines. De ce voyage, de ce séjour (au Nigéria où mon père était médecin de brousse) j’ai rapporté non pas la matière de romans futurs, mais une sorte de seconde personnalité, à la fois rêveuse et fascinée par le réel, qui m’a accompagné toute ma vie – et qui a été la dimension contradictoire, l’étrangeté moi-même que j’ai ressentie parfois jusqu à la souffrance. La lenteur de la vie est telle qu’il m’aura fallu la durée de la majeure partie de cette existence pour comprendre ce que cela signifie.

Les livres sont entrés dans ma vie un peu plus tard. C’était sous la forme de plusieurs bibliothèques que mon père avait réussi à réunir et qui provenaient de la dispersion de son héritage lorsqu’il avait été expulsé de sa maison natale à Moka (Ile Maurice). C’est alors que j’ai compris cette vérité qui n’apparaît pas immédiatement aux enfants, à savoir que les livres sont un trésor plus précieux que les biens immeubles ou que les comptes en banque. C’est dans ces volumes, la plupart anciens et reliés, que j’ai découvert les grands textes de la littérature universelle, le Don Quijote illustré par Tony Johannot, La vida de Lazarillo de Tormes ; The Ingoldsby Legends, Gulliver’s Travels ; les grands romans inspirés de Victor Hugo, Quatre-vingt Treize, Les Travailleurs de la Mer, ou L’Homme qui rit. Les Contes drôlatiques de Balzac, aussi. Mais les livres qui m’ont le plus marqué, ce sont les collections de récits de voyage, pour la plupart consacrés à l’Inde, à l’Afrique et aux îles Masacareignes, ainsi que les grands textes d’exploration, de Dumont d’Urville ou de l’Abbé Rochon, de Bougainville, de Cook, et bien sûr le Livre des Merveilles de Marco Polo. Dans la vie médiocre d’une petite bourgade de province endormie au soleil, après les années de liberté en Afrique, ces livres m’ont donné le goût de l’aventure, ils m’ont permis de pressentir la grandeur du monde réel, de l’explorer par l’instinct et par les sens plutôt que par les connaissances. D’une certaine façon ils m’ont permis de ressentir très tôt la nature contradictoire de la vie d’ enfant, qui garde un refuge où il peut oublier la violence et la compétition, et prendre son plaisir à regarder la vie extérieure par le carré de sa fenêtre.

Dans les instants qui ont précédé l’annonce, pour moi très étonnante, de la distinction que m’octroyait l’Académie de Suède, j’étais en train de relire un petit livre de Stig Dagerman que j’aime particulièrement : la collection de textes politiques intitulée Essäer och texter (La Dictature du Chagrin). Ce n’était par hasard que je me replongeais dans la lecture de ce livre caustique et amer. Je devais me rendre en Suède pour y recevoir le prix que l’association des amis de Dagerman m’avait donné l’été passé, afin de rendre visite aux lieux de l’enfance de cet écrivain. J’ai toujours été sensible à l’écriture de Dagerman, à ce mélange de tendresse juvénile, de naïveté et de sarcasme. À son idéalisme. À la clairvoyance avec laquelle il juge son époque troublée de l’après-guerre, pour lui le temps de la maturité, pour moi celui de mon enfance. Une phrase en particulier m’a arrêté, et m’a semblée s’adresser à moi dans cet instant précis – alors que je venais de publier un roman intitulé Ritournelle de la Faim. Cette phrase, ou plutôt ce passage, le voici : « Comment est-il possible par exemple de se comporter, d’un côté comme si rien au monde n’avait plus d’importance que la littérature, alors que de l’autre il est impossible de ne pas voir alentour que les gens luttent contre la faim et sont obligés de considérer que le plus important pour eux, c’est ce qu’ils gagnent à la fin du mois ? Car il (l’écrivain) bute sur un nouveau paradoxe : lui qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont loisir de s’apercevoir de son existence. » (L’écrivain et la conscience)

Cette « forêt de paradoxes », comme l’a nommé Stig Dagerman, c’est justement le domaine de l’écriture, le lieu dont l’artiste ne doit pas chercher à s’échapper, mais bien au contraire dans lequel il doit « camper » pour en reconnaître chaque détail, pour explorer chaque sentier, pour donner son nom à chaque arbre. Ce n’est pas toujours un séjour agréable. Lui qui se croyait à l’abri, elle qui se confiait à sa page comme à une amie intime et indulgente, les voici confrontés au réel, non pas seulement comme observateurs, mais comme des acteurs. Il leur faut choisir leur camp, prendre des distances. Cicéron, Rabelais, Condorcet, Rousseau, Madame de Staël, ou bien plus récemment Soljenitsyne ou Hwang Seok-yong, Abdelatif Laâbi ou Milan Kundera ont eu à prendre la route de l’exil. Pour moi qui ai toujours connu – sauf durant la brève période de la guerre – la possibilité de mouvement, l’interdiction de vivre dans le lieu qu’on a choisi est aussi inacceptable que la privation de liberté.

Mais cette liberté de bouger comme un privilège a pour conséquence le paradoxe. Voyez l’arbre aux épines hérissées au sein de la forêt qu’habite l’écrivain : cet homme, cette femme occupés à écrire, à inventer leurs songes, ne sont-ils pas les membres d’une très heureuse et réduite happy few ? Imaginons une situation extrême, terrifiante – celle-là même que vit le plus grand nombre sur notre planète. Celle qu’ont vécue jadis, au temps d’Aristote ou au temps de Tolstoï, les inqualifiables – les serfs, serviteurs, vilains de l’Europe au Moyen-Âge, ou peuples razziés au temps des Lumières sur la côte d’Afrique, vendus à Gorée, à El Mina, à Zanzibar. Et aujourd’hui même, à l’heure que je vous parle, tous ceux qui n’ont pas droit à la parole, qui sont de l’autre côté du langage. C’est la pensée pessimiste de Dagerman qui m’envahit plutôt que le constat militant de Gramsci ou le pari désabusé de Sartre. Que la littérature soit le luxe d’une classe dominante, qu’elle se nourrisse d’idées et d’images étrangères au plus grand nombre, cela est à l’origine du malaise que chacun de nous éprouve – je m’adresse à ceux qui lisent et écrivent. L’on pourrait être tenté de porter cette parole à ceux qui en sont exclus, les inviter généreusement au banquet de la culture. Pourquoi est-ce si difficile ? Les peuples sans écriture, comme les anthropologues se sont plu à les nommer, sont parvenus à inventer une commun- ication totale, au moyen des chants et des mythes. Pourquoi est-ce devenu aujourd’hui impossible dans notre société industrialisée ? Faut-il réinventer la culture ? Faut-il revenir à une communication immédiate, directe ? On serait tenté de croire que le cinéma joue ce rôle aujourd’hui, ou bien la chanson populaire, rythmée, rimée, dansée. Le jazz peut-être, ou sous d’autres cieux, le calypso, le maloya, le sega.

Le paradoxe ne date pas d’hier. François Rabelais, le plus grand écrivain de langue française, partit jadis en guerre contre le pédantisme des gens de la Sorbonne en jetant à leur face les mots saisis dans la langue populaire. Parlait-il pour ceux qui ont faim ? Débordements, ivresses, ripailles. Il mettait en mots l’extraordinaire appétit de ceux qui se nourrissaient de la maigreur des paysans et des ouvriers, pour le temps d’une mascarade, d’un monde à l’envers. Le paradoxe de la révolution, comme l’épique chevauchée du chevalier à la triste figure, vit dans la conscience de l’écrivain. S’il y a une vertu indispensable à sa plume, c’est qu’elle ne doive jamais servir à la louange des puissants, fût-ce du plus léger chatouillis. Et pourtant, même dans la pratique de cette vertu, l’artiste ne doit pas se sentir lavé de tout soupçon. Sa révolte, son refus, ses imprécations restent d’un certain côté de la barrière, du côté de la langue des puissants. Quelques mots, quelques phrases s’échappent. Mais le reste ? Un long palimpseste, un atermoiement élégant et distant. L’humour, parfois, qui n’est pas la politesse du désespoir mais la désespérance des imparfaits, la plage où le courant tumultueux de l’injustice les abandonne.

Alors, pourquoi écrire ? L’écrivain, depuis quelque temps déjà, n’a plus l’outrecuidance de croire qu’il va changer le monde, qu’il va accoucher par ses nouvelles et ses romans un modèle de vie meilleur. Plus simplement, il se veut témoin. Voyez cet autre arbre dans la forêt des paradoxes. L’écrivain se veut témoin, alors qu’il n’est, la plupart du temps, qu’un simple voyeur.

Témoin, il arrive que l’artiste le soit : Dante dans La Divina Commedia, Shakespeare dans The Tempest – et Césaire dans la magnifique reprise de cette pièce, appelée Une Tempête, dans laquelle Caliban, à cheval sur un baril de poudre, menace d’emmener avec lui dans la mort ses maîtres détestés. Témoin, il l’est parfois de façon irrécusable, comme Euclides da Cunha dans Os Sertões, ou comme Primo Levi. L’absurde du monde est dans Der Prozess (ou dans les films de Chaplin), son imperfection dans La Naissance du jour de Colette, sa fantasmagorie dans la chanson irlandaise que Joyce a mise en scène dans Finnegans Wake. Sa beauté brille d’un éclat irrésistible dans The Snow Leopard de Peter Matthiessen ou dans A Sand County Almanach d’Aldo Leopold. Sa méchanceté dans Sanctuary de William Faulkner, ou dans Première neige de Lao She. Sa fragilité d’enfance dans Ormen (Le Serpent) de Dagerman.

L’écrivain n’est jamais un meilleur témoin que lorsqu’il est un témoin malgré lui, à son corps défendant. Le paradoxe, c’est que ce dont il témoigne n’est pas ce qu’il a vu, ni même ce qu’il a inventé. L’amertume, parfois le désespoir, viennent de ce qu’il n’est pas présent au réquisitoire. Tolstoï nous fait voir le malheur que l’armée napoléonienne inflige à la Russie, et pourtant rien n’est changé dans le cours de l’histoire. Mme de Duras écrit Ourika, Harriet Beecher Stowe Uncle Tom’s Cabin, mais ce sont les peuples esclaves qui changent leur propre destin, qui se révoltent et fondent contre l’injustice les résistances marronnes, au Brésil, en Guyane, aux Antilles, et la première république noire en Haïti.

Agir, c’est ce que l’écrivain voudrait par-dessus tout. Agir, plutôt que témoigner. Ecrire, imaginer, rêver, pour que ses mots, ses inventions et ses rêves interviennent dans la réalité, changent les esprits et les cœurs, ouvrent un monde meilleur. Et cependant, à cet instant même, une voix lui souffle que cela ne se pourra pas, que les mots sont des mots que le vent de la société emporte, que les rêves ne sont que des chimères. De quel droit se vouloir meilleur ? Est-ce vraiment à l’écrivain de chercher des issues ? N’est-il pas dans la position du garde champêtre dans la pièce du Knock ou Le Triomphe de la médecine, qui voudrait empêcher un tremblement de terre ? Comment l’écrivain pourrait-il agir, alors qu’il ne sait que se souvenir ?

La solitude sera son lot. Elle l’a toujours été. Enfant, il était cet être fragile, inquiet, réceptif excessivement, cette fille que décrit Colette, qui ne peut que regarder ses parents se déchirer, ses grands yeux noirs agrandis par une sorte d’atttention douloureuse. La solitude est aimante aux écrivains, c’est dans sa compagnie qu’ils trouvent l’essence du bonheur. C’est un bonheur contradictoire, mélange de douleur et de délectation, un triomphe derisoire, un mal sourd et omniprésent, à la manière d’une petite musique obsédante. L’écrivain est l’être qui cultive le mieux cette plante vénéneuse et nécessaire , qui ne croît que sur le sol de sa propre incapacité. Il voulait parler pour tous, pour tous les temps : le voilà, la voici dans sa chambre, devant le miroir trop blanc de la page vide, sous l’abat-jour qui distille une lumière secrète. Devant l’écran trop vif de son ordinateur, à écouter le bruit de ses doigts qui clic-claquent sur les touches. C’est cela, sa forêt. L’écrivain en connaît trop bien chaque sente. Si parfois quelque chose s’en échappe, comme un oiseau levé par un chien à l’aube, c’est sous son regard éberlué – c’était au hasard, c’était malgré lui, malgré elle.

Mais je ne voudrais pas me complaire dans une attitude négative. La littérature – c’est là que je voulais en venir – n’est pas une survivance archaïque à laquelle devrait se substituer logiquement les arts de l’audiovisuel, et particulièrement le cinéma. Elle est une voie complexe, difficile, mais que je crois encore plus nécessaire aujourd’hui qu’au temps de Byron ou de Victor Hugo.

Il y a deux raisons à cette nécessité :

D’abord, parce que la littérature est faite de langage. C’est le sens premier du mot : lettres, c’est-à-dire ce qui est écrit. En France, le mot roman désigne ces écrits en prose qui utilisaient pour la première fois depuis le Moyen Age la langue nouvelle que chacun parlait, la langue romane. La nouvelle vient aussi de cette idée de la nouveauté. A peu près à la même époque, en France l’on a cessé d’utiliser le mot rimeur (de rime) pour parler de poésie et de poètes – du verbe grec poiein, créer. L’écrivain, le poète, le romancier, sont des créateurs . Cela ne veut pas dire qu’ils inventent le langage, cela veut dire qu’ils l’utilisent pour créer de la beauté, de la pensée, de l’image. C’est pourquoi l’on ne saurait se passer d’eux. Le langage est l’invention la plus extraordinaire de l’humanité, celle qui précède tout, partage tout. Sans le langage, pas de sciences, pas de technique, pas de lois, pas d’art, pas d’amour. Mais cette invention, sans l’apport des locuteurs, devient virtuelle. Elle peut s’anémier, se réduire, disparaître. Les écrivains, dans une certaine mesure, en sont les gardiens. Quand ils écrivent leurs romans, leurs poèmes, leur théâtre, ils font vivre le langage. Ils n’utilisent pas les mots, mais au contraire ils sont au service du langage. Ils le célèbrent, l’aiguisent, le transforment, parce que le langage est vivant par eux, à travers eux et accompagne les transformations sociales ou économiques de leur epoque.

Lorsque, au siècle dernier, les théories racistes se sont fait jour, l’on a évoqué les différences fondamentales entre les cultures. Dans une sorte de hiérarchie absurde, l’on a fait correspondre la réussite économique des puissances coloniales avec une soi-disant supériorité culturelle. Ces théories, comme une pulsion fiévreuse et malsaine, de temps à autre ressurgissent ça et là pour justifier le néo-colonialisme ou l’impérialisme. Certains peuples seraient à la traîne, n’auraient pas acquis droit de cité (de parole) du fait de leur retard économique, ou de leur archaïsme technologique. Mais s’est-on avisé que tous les peuples du monde, où qu’ils soient, et quel que soit leur degré de développement, utilisent le langage ? Et chacun de ces langages est ce même ensemble logique, complexe, architecturé, analytique, qui permet d’exprimer le monde – capable de dire la science ou d’inventer les mythes.

Ayant défendu l’existence de cet être ambigu et un peu archaïque qu’est l’écrivain, je voudrais dire la deuxième raison de l’existence de la littérature, car celle-ci touche davantage au beau métier de l’édition.

L’on parle beaucoup de mondialisation aujourd’hui. On oublie que le phénomène a commencé en Europe à la Renaissance, avec le début de l’ère coloniale. La mondialisation n’est pas une mauvaise chose en soi. La communication rend le progrès plus rapide, en médecine, ou en sciences. Peut-être que la généralisation de l’information rendra les conflits plus difficiles. S’il y avait eu internet, il est possible que Hitler n’eût pas réussi son complot mafieux – le ridicule l’eût peut-être empêché de naître.

Nous vivons, paraît-il, à l’ère de l’internet et de la communication virtuelle. Cela est bien, mais que valent ces stupéfiantes inventions sans l’enseignement de la langue écrite et sans les livres ? Fournir en écrans à cristaux liquides la plus grande partie de l’humanité relève de l’utopie. Alors ne sommes-nous pas en train de créer une nouvelle élite, de tracer une nouvelle ligne qui divise le monde entre ceux qui ont accès à la communication et au savoir et ceux qui restent les exclus du partage ? De grands peuples, de grandes civilisations ont disparu faute de l’avoir compris. Certes de grandes cultures, que l’on dit minoritaires, ont su résister jusqu’à aujourd’hui, grâce à la transmission orale des savoirs et des mythes. Il est indispensable, il est bénéfique de reconnaître l’apport de ces cultures. Mais que nous le voulions ou non, même si nous ne sommes pas encore à l‘âge du réel, nous ne vivons plus à l’âge du mythe. Il n‘est pas possible de fonder le respect d’autrui et l’égalité sans donner à chaque enfant le bienfait de l’ecriture.

Aujourd’hui, au lendemain de la décolonisation, la littérature est un des moyens pour les hommes et les femmes de notre temps d’exprimer leur identité, de revendiquer leur droit à la parole, et d’être entendus dans leur diversité. Sans leur voix, sans leur appel, nous vivrions dans un monde silencieux.

La culture à l’échelle mondiale est notre affaire à tous. Mais elle est surtout la responsabilité des lecteurs, c’est-à-dire celle des éditeurs. Il est vrai qu’il est injuste qu’un Indien du grand Nord Canadien, pour pouvoir être entendu, ait à écrire dans la langue des conquérants – en Français, ou en Anglais. Il est vrai qu’il est illusoire de croire que la langue créole de Maurice ou des Antilles pourra atteindre la même facilité d’écoute que les cinq ou six langues qui règnent aujourd’hui en maîtresses absolues sur les médias. Mais si, par la traduction, le monde peut les entendre, quelque chose de nouveau et d’optimiste est en train de se produire. La culture, je le disais, est notre bien commun, à toute l’humanité. Mais pour que cela soit vrai, il faudrait que les mêmes moyens soient donnés à chacun, d’accéder à la culture. Pour cela, le livre est, dans tout son archaïsme, l’outil idéal. Il est pratique, maniable, économique. Il ne demande aucune prouesse technologique particulière, et peut se conserver sous tous les climats. Son seul défaut – et là je m’adresse particulièrement aux éditeurs – est d’être encore difficile d’accès pour beaucoup de pays. A Maurice le prix d’un roman ou d’un recueil de poèmes correspond à une part importante du budget d’une famille. En Afrique, en Asie du Sud-Est, au Mexique, en Océanie, le livre reste un luxe inaccessible. Ce mal n’est pas sans remède. La coédition avec les pays en voie de développement, la création de fonds pour les bibliothèques de prêt ou les bibliobus, et d’une façon générale une attention accrue apportée à l’égard des demandes et des écritures dans les langues dites minoritaires – très majoritaires en nombre parfois – permettrait à la littérature de continuer d’être ce merveilleux moyen de se connaître soi-même, de découvrir l’autre, d’entendre dans toute la richesse de ses thèmes et de ses modulations le concert de l’humanité.

Il me plaît assez de parler encore de la forêt. C’est sans doute pour cela que la petite phrase de Stig Dagerman résonne dans ma mémoire, pour cela que je veux la lire et la relire, m’en pénétrer. Il y a quelque chose de désespéré en elle, et au même instant de jubilatoire, parce que c’est dans l’amertume que se trouve la part de vérité que chacun cherche. Enfant, je rêvais de cette forêt. Elle m’épouvantait et m’attirait à la fois – je suppose que le petit Poucet, ou Hansel devaient ressentir la même émotion, quand elle se refermait sur eux avec tous ses dangers et toutes ses merveilles. La forêt est un monde sans repères. La touffeur des arbres, l’obscurité qui y règnent peuvent vous perdre. L’on pourrait dire la même chose du désert, ou de la haute mer, lorsque chaque dune, chaque colline s’écarte pour montrer une autre colline, une autre vague parfaitement identiques. Je me souviens de la première fois que j’ai ressenti ce que peut être la littérature – Dans The Call of the Wild, de Jack London, précisément, l’un des personnages, perdu dans la neige, sent le froid l’envahir peu à peu alors que le cercle des loups se referme autour de lui. Il regarde sa main déjà engourdie, et s’efforce de bouger chaque doigt l’un après l’autre. Cette découverte pour l’enfant que j’étais avait quelque chose de magique. Cela s’appelait la conscience de soi.

Je dois à la forêt une de mes plus grandes émotions littéraires de mon âge adulte. Cela se passe il y a une trentaine d’années, dans une région d’Amérique centrale appelée El Tapón de Darien, le Bouchon, parce que c’est là que s’interrompait alors (et je crois savoir que depuis la situation n’a pas changé) la route Panaméricaine qui devait relier les deux Amériques, de l’Alaska à la pointe de la Terre de Feu. L’isthme de Panama, dans cette partie, est couvert d’une forêt de pluie extrêmement dense, dans laquelle il n’est possible de voyager qu’en remontant le cours des fleuves en pirogue. Cette forêt est habitée par une population amérindienne, divisée en deux groupes, les Emberas et les Waunanas, tous deux appartenant à la famille linguistique Ge-Pano-Karib. Etant venu là par hasard, je me suis trouvé fasciné par ce peuple au point d’y faire plusieurs séjours assez longs, pendant environ trois ans. Pendant tout ce temps, je n’ai rien fait d’autre que d’aller à l’aventure, de maison en maison – car ce peuple refusait alors de se grouper en villages – et d’apprendre à vivre selon un rythme entièrement différent de ce que j’avais connu jusque là. Comme toutes les vraies forêts, cette forêt était particulièrement hostile. Il fallait faire l’inventaire de tous les dangers, et aussi de tous les moyens de survie qu’elle comportait. Je dois dire que dans l’ensemble, les Emberas ont été très patients avec moi. Ma maladresse les faisait rire, et je crois que dans une certaine mesure, je leur ai rendu en distraction un peu de ce qu’ils m’ont appris en sagesse. Je n’écrivais pas beaucoup. La forêt n’est pas un milieu idéal pour cela. L’humidité détrempe le papier, la chaleur dessèche les crayons à bille. Rien de ce qui marche à l’électricité ne dure très longtemps. J’arrivais là avec la conviction que l’écriture était un privilège, et qu’il me resterait toujours pour résister à tous les problèmes de l’existence. Une protection, en quelque sorte, une espèce de vitre virtuelle que je pouvais remonter à ma guise pour m’abriter des intempéries.

Ayant assimilé le système de communisme primordial que pratiquent les Amérindiens, ainsi que leur profond dégoût pour l’autorité, et leur tendance à une anarchie naturelle, je pouvais imaginer que l’art, en tant qu’expression individuelle, ne pouvait avoir cours dans la forêt. D’ailleurs, rien chez ces gens qui pût ressembler à ce que l’on appelle l’art dans notre société de consommation. Au lieu de tableaux, les hommes et les femmes peignent leur corps, et répugnent de façon générale à construire rien de durable. Puis j’ai eu accès aux mythes. Lorsqu’on parle de mythes, dans notre monde de livres écrits, l’on semble parler de quelque chose de très lointain, soit dans le temps, soit dans l’espace. Je croyais moi aussi à cette distance. Et voilà que les mythes venaient à moi, régulièrement, presque chaque nuit. Près d’un feu de bois construit sur le foyer à trois pierres dans les maisons, dans le ballet des moustiques et des papillons de nuit, la voix des conteurs et des conteuses mettait en mouvement ces histoires, ces légendes, ces récits, comme s’ils parlaient de la réalité quotidienne. Le conteur chantait d’une voix aigüe, en frappant sa poitrine, son visage mimait les expressions, les passions, les inquiétudes des personnages. Cela aurait pu être du roman, et non du mythe. Mais une nuit est arrivée une jeune femme. Son nom était Elvira. Dans toute la forêt des Emberas, Elvira était connue pour son art de conter. C’était une aventurière, qui vivait sans homme, sans enfants – on racontait qu’elle était un peu ivrognesse, un peu prostituée, mais je n’en crois rien – et qui allait de maison en maison pour chanter, moyennant un repas, une bouteille d’alcool, parfois un peu d’argent. Bien que je n’aie eu accès à ses contes que par le biais de la traduction – la langue embera comprend une version littéraire beaucoup plus complexe que la langue de chaque jour – j’ai tout de suite compris qu’elle était une grande artiste, dans le meilleur sens qu’on puisse donner à ce mot. Le timbre de sa voix, le rythme de ses mains frappant ses lourds colliers de pièces d’argent sur sa poitrine, et par-dessus tout cet air de possession qui illuminait son visage et son regard, cette sorte d’emportement mesuré et cadencé, avaient un pouvoir sur tous ceux qui étaient présents. A la trame simple des mythes – l’invention du tabac, le couple des jumeaux originels, histoires de dieux et d’humains venues du fond des temps, elle ajoutait sa propre histoire, celle de sa vie errante, ses amours, les trahisons et les souffrances, le bonheur intense de l’amour charnel, l’acide de la jalousie, la peur de vieillir et de mourir. Elle etait la poésie en action, le théâtre antique, en meme temps que le roman le plus contemporain. Elle était tout cela avec feu, avec violence, elle inventait, dans la noirceur de la forêt, parmi le bruit environnant des insectes et des crapauds, le tourbillon des chauves-souris, cette sensation qui n’a pas d’autre nom que la beauté. Comme si elle portait dans son chant la puissance véridique de la nature, et c’était là sans doute le plus grand paradoxe, que ce lieu isolé, cette forêt, la plus éloignée de la sophistication de la littérature, était l’endroit où l’art s’exprimait avec le plus de force et d’authenticité.

Ensuite j’ai quitté ce pays, je n’ai plus jamais revu Elvira, ni aucun des conteurs de la forêt du Darien. Mais il m’est resté beaucoup plus que de la nostalgie, la certitude que la littérature pouvait exister, malgré toute l’usure des conventions et des compromis, malgré l’incapacité dans laquelle les écrivains étaient de changer le monde. Quelque chose de grand et de fort, qui les surpasse, parfois les anime et les transfigure, et leur rend l’harmonie avec la nature. Quelque chose de neuf et de très ancien à la fois, impalpable comme le vent, immatériel comme les nuages, infini comme la mer. Ce quelque chose qui vibre dans la poésie de Jallal Eddine Roumi, par exemple, ou dans l’architecture visionnaire d’Emanuel Swedenborg. Le frisson que l’on éprouve à lire les plus beaux textes de l’humanité, tel le discours que le chef Stealth des Indiens Lumni adressait à la fin du dix-neuvième siècle au Président des Etats-Unis, afin de lui faire don de la terre : « Peut-être sommes nous frères… »

Quelque chose de simple, de vrai, qui n’existe que dans le langage. Une allure, une ruse parfois, une danse grinçante, ou bien de grandes plages de silence. La langue de la moquerie, les interjections, les malédictions, et tout de suite après, la langue du paradis.

C’est à elle, Elvira, que j’adresse cet éloge – à elle que je dédie ce Prix que l’Académie de Suède me remet. À elle, et à tous ces écrivains avec qui – ou parfois contre qui j’ai vécu. Aux Africains, Wole Soyinka, Chinua Achebe, Ahmadou Kourouma, Mongo Beti, à Cry the Beloved Country d’Alan Paton, à Chaka de Tomas Mofolo. Au très grand Mauricien Malcolm de Chazal, auteur, entre autres de Judas. Au romancier mauricien hindi Abhimanyu Unnuth, pour Lal passina (Sueur de sang), la romancière urdu Hyder Qurratulain pour l’épopée de Ag ka Darya (River of fire). Au Réunionnais Danyèl Waro, le chanteur de maloyas, l’insoumis, à la poétesse kanak Dewé Gorodé qui a défié le pouvoir colonial jusqu’en prison, à Abdourahman Waberi le révolté. À Juan Rulfo, à Pedro Paramo et aux nouvelles du El llano en llamas, aux photos simples et tragiques qu’il a faites dans la campagne mexicaine. À John Reed pour Insurgent Mexico, à Jean Meyer pour avoir porté la parole d’Aurelio Acevedo et des insurgés Cristeros du Mexique central. À Luis González, auteur de Pueblo en vilo. À John Nichols, qui a écrit sur l’âpre pays dans The Milagro Beanfield War, à Henry Roth, mon voisin de la rue New York à Albuquerque (Nouveau Mexique) pour Call it Sleep. À J.P. Sartre, pour les larmes contenues dans sa pièce Morts sans sépulture. À Wilfrid Owen, au poète mort sur les bords de la Marne en 1914. À J.D. Salinger, parce qu’il a réussi à nous faire entrer dans la peau d’un jeune garçon de quatorze ans nommé Holden Caufield. Aux écrivains des premières nations de l’Amérique, le Sioux Sherman Alexie, le Navajo Scott Momaday, pour The Names. A Rita Mestokosho, poétesse innue de Mingan (Province de Québec) qui fait parler les arbres et les animaux. À José Maria Arguedas, à Octavio Paz, à Miguel Angel Asturias. Aux poètes des oasis de Oualata, de Chinguetti. Aux grands imaginatifs que furent Alphonse Allais et Raymond Queneau. À Georges Perec pour Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cou? Aux Antillais Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, au Haitien René Depestre, à Schwartz-Bart pour Le Dernier des justes. Au poète mexicain Homero Aridjis qui nous glisse dans la vie d’une tortue lyre, et qui parle des fleuves orangés des papillons monarques coulant dans les rues de son village, à Contepec. À Vénus Koury Ghata qui parle du Liban comme d’un amant tragique et invincible. À Khalil Jibran. À Rimbaud. À Emile Nelligan. À Réjean Ducharme, pour la vie.

À l’enfant inconnu que j’ai rencontré un jour, au bord du fleuve Tuira, dans la forêt du Darién. Dans la nuit, assis sur le plancher d’une boutique, éclairé par la flamme d’une lampe à kérosène, il lit un livre et écrit, penché en avant, sans prêter attention à ce qui l’entoure, sans se soucier de l’inconfort, du bruit, de la promiscuité, de la vie âpre et violente qui se déroule à côté de lui. Cet enfant assis en tailleur sur le plancher de cette boutique, au cœur de la forêt, en train de lire tout seul à la flamme de la lampe, n’est pas là par hasard. Il ressemble comme un frère à cet autre enfant dont je parle au commencement de ces pages, qui s’essaie à écrire avec un crayon de charpentier au verso des carnets de rationnement, dans les sombres années de l’après-guerre. Il nous rappelle les deux grandes urgences de l’histoire humaine, auxquelles nous sommes hélas loin d’avoir répondu. L’éradication de la faim, et l’alphabétisation.

Dans tout son pessimisme, la phrase de Stig Dagerman sur le paradoxe fondamental de l’écrivain, insatisfait de ne pouvoir s’adresser à ceux qui ont faim – de nourriture et de savoir – touche à la plus grande vérité. L’alphabétisation et la lutte contre la famine sont liées, étroitement interdépendantes. L’une ne saurait réussir sans l’autre. Toutes deux demandent – exigent aujourd’hui notre action. Que dans ce troisième millénaire qui vient de commencer, sur notre terre commune, aucun enfant, quel que soit son sexe, sa langue ou sa religion, ne soit abandonné à la faim ou à l’ignorance, laissé à l’écart du festin. Cet enfant porte en lui l’avenir de notre race humaine. À lui la royauté, comme l’a écrit il y a très longtemps le Grec Héraclite.

J.M.G. Le Clézio , Bretagne, 4 novembre 2008

 

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Alpha et Récits de vie

Posté par traverse le 14 décembre 2008

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Pour celles et ceux qui pratiquent le récit de vie, voici un numéro du Journal Alpha comme une véritable mosaïque de points de vue…

Ma contribution: « Le récit de vie comme une fabrique de liens »

A découvrir et à faire connaître…

 courriel: journal.alpha@lire-et-ecrire.be   02/5027201  (Secrétaire de rédaction, Sylvie-Anne Goffinet qui a remarquablement piloté ce numéro. Edit. responsable: Catherine Stercq)

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Vous serez encore

Posté par traverse le 9 décembre 2008

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Vous serez encore, alors que les nuages passent sur vos têtes et que vous nettoyez vos âmes pour les vendre, vous serez encore, alors que le Couchant se défait des murmures, vous serez encore hésitant dans le soleil qui tombe en vous comme on réchauffe la mort qui vient en soufflant sur ses mains, vous serez encore à cet instant dans des vertus de pacotille toutes enrubannées du sucre des désirs, vous serez dans le sinistre et dans le droit sans connaître de la bête son dos ou son poitrail, vous serez comme on marche sur une planche tout au milieu des mers et vous ne distinguez alors plus rien qui vous assure, vous êtes soit une ombre soit un corps qui se tend mais rien ne fait obstacle à cette lame qui refroidit si près et qui sera bientôt sur vous, ce couteau si glacé qu’il ne vous inquiète plus dans le sommeil qui vient et que vous appelez, vous serez cette chose perdue, ce ballot sans destin qui roule sans à-coups et vient buter là, au bord des palissades construites patiemment entre là et ici, vous serez étonné de ne plus rien comprendre et de ne distinguer ni le jour ni la nuit, vous serez où vous rêviez d’être, éloigné des secousses du Nord, des morsures et des écartèlements, les yeux encore fermés d’avoir tant attendu, la peau dans l’étirement des blancheurs maghrébines et des femmes soudaines au corps tout embrouillé de vent, vous serez peut-être dehors ou peut-être dedans, les chants sont doux et furieux à la fois, les bouches se défont dans des baisers de fontaines glacées, les lames un court instant ne vont plus vers vos tempes, vous êtes délié des promesses anciennes et vos pantalons tombent, vos chemises s’envolent, vos souliers s’écornent, le ballot se dégonfle et ici, dans le Maghrib puissant, puant et sans vergogne, votre sablier peine à compter son temps, vous êtes en l’Occident des arabies funestes, vous arrivez sur des terres de bombances, de joies et de misères, vous n’ êtes plus qu’une ombre dans l’armoire des ombres et vous ouvrez la bouche pour chanter et pour mordre, à pleine voix dans le tempo des sauterelles et des lapins sauvages, vos lèvres sont aux lèvres des déserts, alors vous êtes en cet endroit du bleu où les lames viennent enfin dans des vols de moineaux par-dessus l’olivier. 

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Salon littéraire arabe 11, 12, 13, 14 décembre Bruxelles

Posté par traverse le 9 décembre 2008

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J’ai le plaisir de vous inviter à ces journées autour de

« A l’Occident de notre arabité »….

Je lirai mon texte  Vous serez encore, extrait de 

«  Maghreb-Occident à pleines dents « 

le samedi 13 décembre…Bienvenue… 

Jeudi 11 décembre 18h30

 Inauguration du Jardin des poètes (Place en face du CCA) par Monsieur le Bourgmestre de Saint-Josse  Jean Demannez. 

19h00  Inauguration du Salon littéraire arabe par Madame la Ministre Fadila Laanan, suivie du discours  de Claude Javeau (Président du CCA), suivie d’une réception. 

20h00  Guitares mauresques : conférence/spectacle d’Abdelaziz  Kacem avec la participation de musiciens et de la chorale du CCA sous la direction d’Elias Bachoura.  

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Vendredi 12 décembre 

17h00 

L’Occident raconté en arabe  Lectures de nouvelles et de passages narratifs, en langue arabe, avec Maha Hassan, Maati Kabbal,  Rasha Hilwi, Kamal Ayadi, Mohamed Zelmati.   

18h00  L’Occident et moi Rencontre, en langue arabe, avec Salah Niazi. Modérateur:  Taha Adnan. Considéré comme la dernière grande plume de la  génération des années cinquante en Irak Salah Niazi  aime à se définir comme un poète au coeur arabe et  à l’esprit occidental.   

20h00  Dans les villes fuyantes de Mohamed Berrada en partenariat avec Moussem et Passa porta Soirée de lecture de textes choisis à partir des oeuvres du romancier marocain Mohamed Berrada. La  thématique de la ville est l’unité qui les relie dans  une cohérence dramatique.  Avec Allal Bourqia, Abdelmalek Kadi et Mohamed Berrada. Music: Abid Bahri et Fabien Degryse.  (Lectures en arabe / français / néerlandais). Lieu:  Passa porta  PROGRAMME Informations et réservations : 02/218 64 74 ou  accueil-cca@skynet.be – www.culture-arabe.irisnet.be 

                                              Dimanche 14 décembre

10h45  Clôture du Salon littéraire arabe en commémoration du 60ème anniversaire de la Nakba.  11h00 Femmes et littérature en Palestine aujourd’hui :  rencontre, en langue arabe, avec les écrivaines  palestiniennes Bissan Abou khaled, Rasha Hilwi et  Asmaa Azaiza. Modérateur: Murad Al-Sudani (Président de la Maison de poésie de Ramallah). 

12h00  Chants pour la Palestine avec la chorale de femmes  d’AWSA-Be (Arab Women’s Solidarity Association- Belgium).  Entrée gratuite. Au Centre Culturel Arabe  2 rue de l’Alliance, 1210 Bruxelles Info 02/218 64 74 ou accueilcca@skynet.be                                                                           

                                                           Samedi 13 décembre 

13h30  Maghreb–Machrek: regards croisés  Conférence, en langue arabe, avec Maha Hassan, Farida  El Atifi, Venus Faiq, Amar Meriach, Kamal Ayadi, Mohamed Masad et Majid Matroud. Modérateur :  Abdelmounem Chentouf. 

15h30  La culture arabe est-elle universelle ? Conférence avec Lucas Catherine, Abdelaziz Kacem,  Xavier Luffin et Issa Aït Belize. Modérateur : Maati  Kabbal. 

Podium poétique : partenariat avec la Maison Internationale de la  Poésie-Arthur Haulot.  19h30  1ère séance de lecture avec Salah Niazi, Jean-Luc  Wauthier, Bissan Abou khaled, Lieven De Cauter,  Rose-Marie François, Venus Faiq, Murad Al-Sudani, Haidar Chemais, Amar Meriach, Habib El Amrani, Mohamed  Masad, Daniel Simon, Majed Mattroud.  20h30  Pause 21h00  2ème séance de lecture avec Farida El Atifi, Marie-  Clotilde Roose, Diya Aljanabi, Emad Fouad, Taher  Alwan, Jean Maison, Abdelhamid Farag, Ghoubari El Houari, Patrick Lowie, Asmaa Azaiza, Zuher Al  Jobory, Stephan Van Puyvelde, Khairi Hamdan, Taha  Adnan.  (Lectures en arabe / français / néerlandais). Intermèdes musicaux avec l’auteur compositeur  Yasser Tairi. 

PROGRAMME  ABOU KHALED Bissan, née à Damas en 1969. Elle est médecinchercheur auprès de l’Université de Liège et l’auteure de plusieurs  recueils de poésie ainsi que de scénarios poétiques. 

ADNAN Taha, né en 1970 à Safi, il a grandi à Marrakech et réside  depuis 1996 à Bruxelles. Il a publié plusieurs recueils de poésie.  Directeur du salon. 

AÏT BELIZE Issa, né dans le Nord du Maroc en 1954 dans une famille berbère, il navigue dès l’enfance, parmi plusieurs cultures. Etudes secondaires à Rabat, supérieures en Economie en Belgique  où il vit. Il vient de publier deux romans. 

AL JOBORY Zuher, né à Bagdad en 1965. Il publie ses textes dans la presse arabe et son dernier recueil de poésie est sous presse. 

AL-JANABI Diya, est né en 1960 à Bagdad. Ses textes en vers et  en prose sont publiés dans de nombreux périodiques irakiens et arabes. Il vient de publier un recueil de poésie. 

AL-SUDANI Mourad, né en 1973 dans la région de Ramallah, est poète et journaliste. Il est l’auteur de nombreux essais et de  recueils de poésie. Il dirige la revue Al-Choaraa (les poètes) et préside la Maison Palestinienne de la Poésie à Ramallah. 

ALWAN Taher, né à Bagdad où il a enseigné le cinéma, il vit actuellement en Belgique. Auteur de courtes nouvelles et de poèmes,  il a aussi réalisé des films documentaires sur les conditions de vie des enfants et des femmes dans l’Irak en proie à la guerre. 

AYADI Kamal est un écrivain journaliste tunisien qui vit à Munich. Dramaturge, poète, il collabore à nombre de journaux et périodiques  tunisiens. Il vient de publier deux recueils de nouvelles. 

AZAIZA Asma, née en 1985 au village Dabborya au nord de la Palestine.  Journaliste et écrivaine, son oeuvre poétique et en prose  est publiée dans divers journaux et périodiques ainsi que dans  des anthologies palestiniennes.  BERRADA Mohamed, né à Rabat en 1938, est considéré comme  le chef de file du roman moderne marocain. Critique littéraire  et traducteur, il a été de 1976 à 1983 président de l’Union des  écrivains marocains. Berrada a appartenu au courant littéraire qui a expérimenté de nouvelles techniques d’écriture. Traducteur de  Barthes et Le Clézio en arabe. Son oeuvre de romancier, saluée par les récompenses les plus prestigieuses du Maroc (prix du Mérite  Culturel 1999, prix de la Critique 2004…), est avant tout celle d’un esprit libre.

PARTICIPANTS  Salon littéraire 

Informations et réservations : 02/218 64 74

accueil-cca@skynet.be – www.culture-arabe.irisnet.be 

CATHERINE Lucas, né en 1947. Il a réalisé plusieurs films documentaires  sur la Palestine dont “Les Palestiniens en Israël” en 1976. Il est l’auteur de plusieurs livres consacrés au monde arabe  dont « Les derniers Morisques, la fin d’Al Andalus » qui vient de  paraître. 

CHEMAIS Haidar, né en 1925, ce poète libanais résidant à Bruxelles écrit en arabe littéraire et en dialecte libanais. Sa poésie fait l’éloge de l’amour de la famille, des amis et de la patrie.     

CHENTOUF Abdelmounem, né en 1968 à Larache au Maroc. Il est  écrivain et traducteur. Il a publié des essais, des traductions et des nouvelles dans plusieurs journaux arabes. 

DE CAUTER Lieven, né en 1959 à Tielt en Belgique. Il enseigne l’histoire de l’art et la philosophie à l’école de cinéma RITS, à  l’école de danse PARTS et à l’Université catholique de Louvain. Il a publié plusieurs titres dans le domaine de l’archéologie, des  essais et un recueil de poésie. Il est l’initiateur du BRussels Tribunal  et co-fondateur de la ‘Plate-forme pour la Liberté d’Expression’. 

EL AMRANI Habib, né en 1944 à Fès au Maroc. Il a écrit des nouvelles et des recueils de poésie dont un publié en Belgique. Il se définit, non sans humour comme un joyeux « rimailleur».   

EL ATEFI Farida, née à Laksar Lekbir au nord du Maroc, réside  en France depuis 1999. Elle est poétesse, sociologue et critique littéraire. Auteure d’un premier recueil de poésies en Egypte, elle  publie ses textes et ses articles dans des magazines, journaux et  sites arabes. 

EL HOUARI Ghoubari, né en 1973 à Casablanca. Il réside à Liège en Belgique depuis 1999. Il écrit pour plusieurs journaux marocains et a publié son premier recueil de poésie en 2005. 

FAIQ Vénus, est née à Sulaymaniyya .Cette écrivaine d’origine  kurde est aussi une journaliste bilingue (arabe et kurde). Ses textes en vers et en prose sont publiés au Kurdistan irakien ainsi  que dans les journaux d’expression arabe et kurde, publiés en Europe. 

FARAG Abdelhamid est poète égyptien originaire d’Alexandrie résidant à Bruxelles. Il écrit en arabe littéraire ainsi qu’en dialecte égyptien. Il a publié un recueil de poésie. 

FOUAD Emad, né en 1974 dans le village Elphar’awnia (la pharaonique)  dans le delta du Nil. Il travaille dans la presse égyptienne  et arabe depuis 1996 et réside en Belgique depuis 2004. Il a  publié plusieurs recueils de poèmes.  PARTICIPANTS  arabes de Bruxelles 

FRANÇOIS Rose-Marie, est poète, philologue, romancière et rhapsode belge. Auteure de poèmes, récits, romans, essais, spectacles, ses oeuvres sont publiées en divers pays et traduites dans  une douzaine de langues. 

HAMDAN Khairi, né à Naplouse en 1962, est un poète et romancier palestinien. Il est ingénieur de formation et il travaille dans le journalisme. Il vit depuis plus d’un quart de siècle à Sophia, en Bulgarie. Il a publié cinq recueils en langue bulgare. 

HASSAN Maha, née en Syrie en 1966, est une journaliste et écrivaine syrienne d’origine kurde. Censurée dans son pays, elle vit en France et a publié un recueil de nouvelles ainsi que plusieurs  « romans électroniques » sous forme de feuilletons. 

HILWI Rasha , née à Akka en 1984, est écrivaine et journaliste palestinienne. Ses textes sont publiés dans des journaux et revues palestiniens et arabes.  KABBAL Maati , né au Maroc. Il réside à Paris où il est chargé  des actions culturelles à l’Institut du Monde Arabe. Ecrivain, journaliste et professeur de philosophie, il collabore régulièrement  à Libération, au Monde diplomatique ainsi qu’au Magazine  littéraire. Il a publié plusieurs recueils de nouvelles en arabe et  en français. 

KACEM Abdelaziz,,est poète, critique littéraire, traducteur,  essayiste bilingue (arabe et français). Membre correspondant de l’Académie Européenne des Sciences, des Arts et des Lettres. Président  d’honneur de la Maison Internationale de la Poésie (Bruxelles), il est l’auteur de nombreux recueils et d’essais de littérature  générale et comparée. 

LOWIE Patrick, est un écrivain belge de langue française publié  en Belgique et en France. Il est également éditeur, metteur en scène. Ecrivain-voyageur Polyglotte, il est l’auteur de nombreux  romans et nouvelles. 

LUFFIN Xavier, est chargé de cours à l’ULB, où il enseigne au  département de langue et littérature arabes. Il effectue des recherches sur les rapports entre le monde arabe et l’Afrique, mais  aussi sur la littérature arabe contemporaine, notamment soudanaise.  Il a traduit quelques oeuvres – romans, pièces de théâtre,  nouvelles – de l’arabe vers le français et a créé un site consacré à la littérature soudanaise. 

MAISON Jean, Poète botaniste, cet arpenteur tisse ses chemins intérieurs, de la solitude à l’amour d’une Dame, de l’émerveillement à l’éveil spirituel. Il a publié plusieurs recueils. 

MASSAD Mohamed, né en 1967 à Casablanca. Il est écrivain,  poète et traducteur. Il a publié des nouvelles, un recueil de poésie  et a participé à l’écriture d’une anthologie de Poésie contemporaine.  Il réside actuellement en Allemagne. 

MATROOD Majid, né à Bagdad en 1963. Il a publié de nombreux  textes dans la presse arabe et un recueil de poésie à Damas. Il vit actuellement en Belgique.  MERIACH Amar, né en 1964 à Blida en Algérie où il a travaillé comme journaliste. Il a été rédacteur en chef d’El Qasida une revue spécialisé en poésie moderne. Il a publié plusieurs recueils de poésie. Il vit en France depuis 2000.

                                                           PARTICIPANTS 

NIAZI Salah, né à Nasiriyya en Irak en 1935 et vit en exil à  Londres depuis 1963. Il est considéré comme la dernière grande plume de la génération des années cinquante. Poète, romancier,  essayiste, traducteur, il était avec sa revue Al-Ightirâb Al-adabi (L’exil littéraire) un véritable pont entre deux rives. 

ROOSE Marie-Clotilde, née à Bruxelles le 26 février 1970, enseigne la philosophie, la sociologie de l’art et les sciences humaines, en Province de Hainaut. Prix Charles Plisnier 2006. Animatrice du Cercle de la Rotonde. 

SIMON Daniel, né en 1952 à Charleroi. Écrivain, metteur en scène indépendant, il anime de nombreux ateliers d’écriture. Il est l’auteur de recueils de poésie, de nouvelles et de nombreux  textes dramatiques. 

VAN PUYVELDE Stephan, né en Inde en 1978 et vit à Liège. Il est l’auteur de divers recueils, de pièces de théâtre, de nombreux poèmes et d’un roman.  WAUTHIER Jean-Luc, né à Charleroi en 1950. Ecrivain détenteur  de plusieurs prix littéraires, il a publié une vingtaine d’ouvrages (poésie, nouvelles, essais). Rédacteur en chef du Journal des  Poètes, il vient d’être élu Président de la Maison Internationale de la Poésie. 

ZELMATI Mohamed, né en 1967 à Errachidia (Maroc). Il est membre de l’Union des Ecrivains du Maroc. Il a publié un recueil de nouvelles et réside actuellement en Belgique où il exerce le métier d’enseignant en langue arabe. 

La chorale d’AWSA-Be unit une dizaine de femmes qui chantent en arabe dans un cadre laïque et multiculturel. Son répertoire très  varié, nous fait voyager à travers le Mashreq et le Maghreb, avec des chants classiques et modernes, d’artistes connu(e)s comme  Fairouz, Marcel Khalifé, Abdelwahab, Dahmane El Harrachi … 

Informations et réservations : 02/218 64 74 ou  accueil-cca@skynet.be – www.culture-arabe.irisnet.be   

Centre Culturel Arabe Wallonie-Bruxelles asbl  Organisme essentiellement culturel, laïque, indépendant de tous pouvoirs ou représentations ethniques, politiques ou cultuelles, de toute pression au niveau des pouvoirs des pays arabes, pratiquant le libre examen et attentif à toute expression de pensée, accueillant les représentants de tous les rites, de toutes les religions et tous les courants philosophiques se mouvant dans le respect absolu de l’être humain et de ses droits, le CCA situe son action comme « l’expression arabe des cultures de Belgique ». 2 rue de l’Alliance, 1210 Bruxelles – Belgique tél. : +32 (0)2 218 64 74 fax. : +32 (0)2 217 61 31 courriel : accueil-cca@skynet.be – site internet : www.culture-arabe.irisnet.be  N° compte bancaire : 068-2078401-09 

Avec le soutien du Ministère de la Communauté française, de la Commission Communautaire Française, de la Région de  Bruxelles-Capitale et de la Commune de Saint-Josse-ten-Noode. 

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Le brûle-tout

Posté par traverse le 8 décembre 2008

jar001.jpg Des briques en papier journal compressé, des débris de toutes sortes, des déchets glanés au fil des promenades, des saletés sans pareil reconverties en combustibles, c’était ça sa vie. Tenir avec la merde des autres, la façonner pour l’enfourner ensuite dans la gueule de son brûle-tout, tout au fond de la cuisine. 

Il a tout brûlé jusqu’à ce que la cheminée s’encrasse et que ce soit la maison qui prenne feu, un soir de dimanche, quand tout le monde cuvait les malheurs du jour et se préparait à fatigue de la reprise. Ca avait flambé si vite que sa femme partie faire quelques courses découvrit un tas de brandons presqu’éteints à son retour. Un trou dans le paysage, un trou noir, voilà ce qu’était devenu sa vie en cette fin d’après-midi. Sa femme le regarda longtemps dans le désir de le tuer, de le détruire définitivement et lui prit la main. Ils s’assirent tous les deux devant les cendres et ne pleurèrent pas. Tout était presque froid et la nuit estompait déjà cet encombrement de misères. 

Trois mois plus tard exactement, il avait reconstruit, dans un torchis solide sa cabane et sa femme s’activait de tous côtés pour donner à leur terrier un air de maison. Il avait sauvé le brûle-tout de l’incendie et il demanda à sa femme de l’approvisionner en charbon de bois dorénavant. Il fallait bien que les ruines consumées servent encore et elle dut brûler sa maison une deuxième fois. Son mari se chauffait des souvenirs comme d’autres se saoulent lentement en prétextant le désastre de leur vie alors qu’ils sont surtout dans le goût d’une ivresse qui leur permet à bon compte d’échapper au galop du monde. Les années passèrent entre les épaules des géants qui se méprisaient au-delà de toute convenance. Les blocs s’affrontaient en égrenant les massacres comme d’autres des chapelets. Les vies ne valaient rien mais chacun aujourd’hui dans le flux des technologies douces s’en rendait compte et un désespoir infini emplissait jusqu’au cœur des enfants. Les parents parlaient du monde devant eux comme si la fin était pour demain et ils oubliaient qu’ils fabriquaient ainsi des sauvages prêts à tout pour survivre, des enfants sourds et avides, des adolescents égoïstes et désespérés. Ces femmes et ces hommes qui prenaient leur marmaille pour des victimes expiatoires entraient ainsi dans un monde où la vertu n’avait plus court et le respect, cet immonde respect que les populaces évoquaient comme un dieu Baal sans pardon, couvrait tout de son obscure et infinie bêtise. La censure avait un nouveau nom que les engourdis d’émotions répétaient sans vergogne comme une antienne. Les temps étaient rudes et l’embolie proche. 

L’homme et la femme vivaient, vivotaient, survivaient et claquaient le reste comme du mauvais vin, d’un coup, sans respirer en nettoyant la première rasade d’une deuxième jusqu’à ce que le goût s’éparpille dans des venelles d’alcool où ils allaient bras dessus bras dessous, enfin libres dans leur bulle éthylique. On chercha à les remettre en selle. Des aides sociales arrivèrent, juste insuffisantes que pour vivre. Alors, ils suçotaient ces renforts et pissaient chaque matin sur quelques mots de vocabulaire qu’ils aveint écrit à l’huile de moteur sur les pavés de leur cour : respect, dignité et toutes ces choses qui flottaient dans l’air comme de sales virus avant les premiers gels. Ils pissaient et les mots rayonnaient dans des coulis poisseux qui allaient se perdre dans le tout-à-l’égout. 

La vie l’emporte sur ce qui la menace, quel que soit le prix des victoires, et le couple prit ses aises dans ces comptoirs sinistrés des anciennes cités ouvrières. Il tenait bon, s’épouillait consciencieusement de toutes les simagrées morales qu’on tentait de lui faire avaler. Ils étaient sans espoir mais libres, enfoncés dans la vie sans rémission, acharnés à ne faire confiance qu’aux malins et à fuir les idéalistes qui sont des agents de malheur absents à l’appel des troupes. Mais chaque jour leur système vacillait, les efforts pour se protéger du mal commençaient à tourner court. Leur inquiétude était cotée en Bourse, comme toute la cohorte de leurs émotions. Elles servaient à vendre, à conquérir des marchés, à avilir des nations pour mieux les conquérir. Tout s’effritait dans des cynismes bon teint mais la peur gagnait le ventre de chacun. De vielles rancunes s’avivaient, des terreurs passées remontaient à la surface, les ombres de l’avenir prenaient les formes du passé et la bricole remplaçait l’audace. 

Ils avaient la trouille mais la vie suivait son petit bonhomme de chemin et ils comptaient sur le temps qui passe pour les enlever à leur insu à toutes ces simagrées et les laisser un soir sur le bord de la route, remplis comme des outres. Game over ! C’est ce que répétait l’homme. Game over ! Ca l’amusait cette façon d’adolescent de signer la fin. Ca l’amusait ces phrases toutes faites que les adultes bafouillaient sans plus les comprendre. Ca l’amusait tellement qu’il se saoulait chaque jour un peu plus. Comme une élégance qu’il se permettait alors que l’ivresse tombait dans le coeur des enfants comme un fil à plomb. 

Ils se saoulaient pour ne plus répondre aux semblants de phrases qu’on leur lançait encore, par compassion, par habitude ou dans une allégresse qu’ils avaient fini par comprendre. Leur pauvreté rassurait, elle était visible, exposée aux regards des plus faibles mais eux tenaient encore debout et la dégradation du couple, finalement, faisait chaud au cœur. Il tombait lentement jusqu’au KO final et dans ce mouvement, les autres se redressaient pour mieux voir. Des banques, des maisons bien pensantes, des politiques maladroits tombaient chaque matin et c’était pour beaucoup un temps béni ou enfin le sel de la terre vous piquait la langue. Une bonne guerre, ou quelque chose comme ça, c’est ce que disaient leurs mines apeurées. Ils rêvaient des Huns, des Barbares mais les appelaient de leurs vœux. Ils avaient l’air goguenard des gens au courant des secrets les plus fous. Et ils vivaient de plus en plus vilement, sans espoir, victimes de leur naissance plus que de leurs adversaires. 

Alors le couple apparut comme une providence dans ces airs de retraites. La femme avait grossi mais son sourire prenait de plus en plus de place dans un visage tout en chaudes rondeurs avinées. L’homme s’était tassé mais ses grands bras battaient toujours la mesure de son enthousiasme méticuleux. Ils étaient les vieux de l’impasse et on allait les consulter comme des pities clandestines. Le couple comprit l’aubaine. Les gogos étaient les héros du temps. Ils se faisaient plumer en direct, mépriser en gros plans, avilir en prime time sans broncher. C’était comme une deuxième nature chez beaucoup cette façon de se dégrader dans l’illusion de la sincérité. 

Ils recevaient maintenant sur rendez-vous. On leur glissait un billet, certains leur remplissaient le frigo comme si ils avaient ainsi bichonné leur âme. C’était navrant mais rentable. Il y en avait même qui pissaient comme les Maîtres le faisaient sur les mots d’huile noire. L’homme et la femme prospéraient dans cette impasse de prédictions qui prenaient les malheurs de chacun pour des aubaines. Il leur suffisait d’annoncer des temps de restriction qui augureraient d’une suite heureuse et chacun rentrait chez soi, le courage au ventre pour tenir un jour, une semaine de plus. 

Ces dieux de basse-cour faisaient concurrence à l’Imam du coin et au curé togolais qui poussaient ses ouailles devant lui comme un pâtre ses chèvres. Il n’avait pas perdu l’accent et on s’amusait à l’imaginer à la traite de ses plus fidèles brebis….Mais les affaires roulaient au temps du choléra. Chaque désastre valait sa part de semailles oratoire et le vin augmentait leur talent vaticinateur. Un jour, à bout d’arguments, l’homme annonça qu’une femme, seule une femme pourrait les sortir des ornières du passé. Comme une Jeanne des temps nouveaux, souriante et réaliste, généreuse et affairiste, simple et si complexe, comme la féminité….Il insistait sur cette idée : la féminité, les femmes et chacun y allait de son baratin tolérant. Les hommes étaient des guerriers et les femmes des nourricières, de grands seins répandus au-dessus des bouches affamées des enfants perdus du siècle… 

Et ils repartirent chez eux en amplifiant la nouvelle, une femme allait sortir des urnes comme un Sabra sort de l’ombre pour frapper. C’était la bonne nouvelle du temps. Une femme, finalement, l’idée était assez neuve, vu sous cet angle. Ils n’y croyaient pas vraiment mais cette idée apaisait. Le couple fignola ses fables, elle serait peut-être la première d’une longue lignée déjà de femmes au pouvoir. Mais  celles-là étaient des hommes comme les autres. Elles aimaient le pouvoir, la violence des affrontements, la banalité des mensonges. Ce qui allait arriver enfin, c’était le temps d’une nouvelle alliance, celle du féminin et de l’universel… 

Les clients abondaient et la joie revenait dans les cœurs. L’espérance était le prix commun auquel chacun était prêt à consentir. Et tant qu’à faire pourquoi pas une femme, après tout ? Le brûle-tout tournait à plein rendement, les fumées étaient plus légères et le couple peu à peu, dans ces temps si obscurs, se mit à prospérer… 

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Ventre de papier en tournées

Posté par traverse le 5 décembre 2008

J’ai le plaisir de vous annoncer les tournées de ce spectacle créé à Huy en 1986 et qui est représenté en ce moment par trois compagnies (France et Belgique) .
Bienvenue, si vous êtes en France, en ce moment, pour le découvrir…

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Prochainement le spectacle Ventre de papier de Daniel Simon (éditions Lansman)

 Samedi 13 décembre à 15h 

 Maison de quartier de la Bouletterie – Saint-Nazaire (44)

Spectacle gratuit

 Lundi 15 décembre à 14h30 

 Pour les élèves de l’école Georges Tanchoux – MJC de La Baule

Vendredi 16 (séances scolaires dans l’après-midi ) et le samedi 17 janvier à 20h30 Athanor- Guérande (44) 

Renseignements et réservations auprès de la Compagnie BANC PUBLIC

Autres dates à venir très bientôt….

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       Cie BANC PUBLIC

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    20, rue de la Mairie

    44420 LA TURBALLE

    02 40 23 77 98

    Cathy BOUESSE

Directrice artistique

    06 64 81 24 06

    banc_public44@yahoo.fr

    Nadège DREAN

    Secrétaire de diffusion

    cie.bancpublic@yahoo.fr

 

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Vincent’s roof

Posté par traverse le 5 décembre 2008

Image de prévisualisation YouTube

Au cas où vous le sauriez pas votre serviteur parle un excellent Franglais. En attendant les versions wallonne et latine,  allez jeter un oeil sur www.vote4vincent.be

Et que ça circule, diantre !

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