« Je vous écoute » extraits

Posté par traverse le 22 février 2009

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Dites, Madame, pourquoi vos livres sont écrits trop petits ?  

Dites, Madame, pourquoi vos livres sont jamais libres ?  

Dites Madame, vous n’auriez pas un livre qui parle de… ? Je ne connais plus, ni le titre, ni l’auteur, mais il est bleu et rouge, ça j’en suis sûr !  

Dites Madame, pourquoi vous fermez si tôt? 

Dites, Madame, vous ouvrez le samedi de Carnaval ? 

Dites Madame, des romans d’amour, vous en avez encore?  

Dites Madame, pourquoi, je ne dis pas Dites Monsieur ?  

Il y en a pourtant, des Monsieurs dans la bibliothèque !  Mais c’est comme ça. Parce que c’est souvent des Madames et que je me souviens surtout d’elles quand j’étais petit et que j’allais à la bibliothèque.  

Pourquoi je parle comme ça, ici dans ce livre, un peu comme les vieux, un peu comme les jeunes ? Je ne sais pas, il n’y a pas de raison raisonnable ni sérieuse. C’est juste pour le son, la voix, le souvenir des voix, le souvenir des paroles qui sont tombées à l’intérieur des lecteurs et qui vont si longtemps, jusqu’à la mort souvent, dans la proximité des souvenirs les plus forts. Juste pour faire entendre des lieux communs, des façons banales de dire mais qui sont souvent les seules qu’on écoute jusqu’au bout.  

Les livres parlent aussi dans la bibliothèque mais avec le temps, on n’y fait plus attention. Ils nous appellent quand on passe près d’eux, qu’on les frôle de l’épaule ou qu’on hésite à les  prendre en mains. Je suis sûr qu’ils appellent, qu’ils crient « Daniel, pourquoi tu ne t’arrêtes pas enfin? Ici, devant toi, ça crève les yeux, allons, rien que pour une semaine ? Sept petits jours et je serai sauvé… » Il y en a qui ont été retirés des rayons, parce qu’on les lisait plus. Je comprends qu’ils se défendent. Certains murmurent discrètement dès que vous vous êtes éloignés, comme pour ne pas vous déranger, d’autres se jettent à vos pieds dans des façons pas possibles. Ils tombent sur le dos en faisant un grand bruit, ou, ils glissent sous l’étagère pour que ce soit vous qui vous mettiez à genoux. Des manières, je vous dis, mais toujours de bonnes raisons.  

Ceux qui se font le plus remarquer, c’est les classiques… C’est terrible, à peine on s’est approchés qu’on les entend déjà avec des phrases que vous connaissez et d’autres qui vous disent rein mais qui sont belles, comme ça, sans connaître, c’est pour ça qu’on les appelle les classiques. On peut les entendre et on peut en parler aussi, sans jamais les avoir lus, tellement ils sont sonores et fiers d’eux, les classiques… Ca leur joue parfois des tours, devraient faire attention, c’est comme ça que petit à petit ils deviennent des livres qu’on ouvre plus tellement on croit connaître ce qu’il y a dedans et un jour, on les entend plus, on se dit qu’ils radotent et on passe, comme ça, avec un peu de pitié pour leur si longue solitude, mais c’est comme ça, ils l’ont souvent cherché !  

Parfois, je me dis que dans la bibliothèque, il y a les livres que je ne lirais jamais parce tout simplement ils sont déjà là et que j’aime les livres qui n’y sont pas. Bizarre  Moi, je n’aime pas lire, ça me fatigue trop, mais je regarde les images, et les livres de cuisine, c’est bon pour ça. Moi, c’est la même chose, mais je préfère les livres de guerre.  

Et moi, ce que j’aime vraiment, ils n’en n’ont pas à la bibliothèque, alors je viens boire un café et je regarde les autres lire, c’est reposant.  

Je suis tellement passionné par la lecture que je ne lis plus. Quand je prends un livre il faut que je l’achève la nuit-même et le matin, je dois aller travailler, vous comprenez, alors je ne lis plus.  

Un jour j’ai emprunté un livre et une carte est tombée. Une bête carte quoi, une photo de l’Atomium avec un Manneken-Pis dessus. C’était un mot d’amour. Il disait qu’il l’aimait et qu’il voulait la revoir. Elle était dans un livre sur la congélation. J’aime bien congeler les légumes frais, et des fruits l’été, et un peu de tout finalement. C’est moi qui l’ai eue, la carte. Y avait même un timbre. Mais il l’a pas envoyée. J’ai pas osé demander à la bibliothécaire, c’était qui ce Georges ? Maintenant je cherche surtout des livres avec des choses oubliées dedans, des signets, des mots, des tickets de tram, des notes de restaurant, et une fois, c’était la carte d’identité  d’un lecteur, mais ça c’est trop facile. Je l’ai rendue tout de suite. Pas de quoi fouetter un chat !.  

J’ai dû payer une amande récemment, je vous dis pas ! J’avais fait comme chez moi, dans mes livres, je souligne les mots difficiles et les idées importantes et parfois je note même les miennes, au crayon, en petit dans la marge. J’aime ça, écrire dans le livre des auteurs que j’aime. C’est comme si je parlais avec eux en secret. Et alors je le prête et les autres, ils comprennent ce que je suis et comment je réfléchis et ce qui me plaît, que j’adore ou que je déteste. C’est très intime parfois, mais ça passe avec le reste. Et alors les lecteurs à qui je prête mes pensées, parfois, ils achètent le livre parce qu’ils ont aimé comment je l’aimais et que je le disais. 

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