Hunza/Legros

Posté par traverse le 20 avril 2009

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(l’auteur en cascade de glace récemment) 

Après Shimshal, déjà paru chez Glénat ,www.glenatlivres.com,  qui se passait dans les contreforts de l’Himalaya, voici Hunza, un thriller méditatif, une remontée dans l’âme de celles et ceux qui se savent perdus dans les vallées…

Il y a près de deux ans, Jean-Claude Legros publiat La dernière fois qui avait fait alors sensation (collection Je, www.couleurlivres.be ), …il persiste et signe ce très beau livre que je vous invite à découvrir…

  Les présentations des éditeurs : 07/03/2009 

Quinze ans après la disparition d’un couple de jeunes Belges, une voyante ressent leur présence au fond de la vallée interdite de Misgar, dans le pays Hunza, au nord du Pakistan. Azrar, militaire pakistanais, est chargé de surveiller les allées et venues dans cette région proche du Wakhan Corridor afghan, théâtre de nombreux trafics. Alpinistes familiers de ces contrées, Jeanne et Paul sont frappés par les visions de la médium. Dans sa description minutieuse des paysages et des modes de vie, ils retrouvent ce qu’ils ont connu lors de leurs séjours dans cette vallée. Ils décident de partir pour Misgar, où Azrar tue son ennui en noircissant les pages d’un cahier d’écolier. Une impossible quête  commence pour Jeanne et Paul, à la fois persuadés qu’ils retrouveront les deux disparus, et effrayés d’y parvenir. 

Jean-Claude Legros transforme une aventure personnelle en un roman où deux voix se répondent : celle d’Azrar, exilé volontaire dans son désert des Tartares, et celle de Paul,  traversé de doutes et de certitudes, qui raconte son parcours d’homme et de grimpeur, et son amour d’un pays où la montagne règne. Jean-Claude Legros est né en Belgique en 1950. Passionné de montagne et d’alpinisme, il participe à plusieurs expéditions nationales, notamment en Patagonie et au Pakistan. Dans ce pays, il tombe sous le charme de la vallée de la Hunza. Il n’aura de cesse d’y retourner, quinze années durant. Jardinier indépendant de profession, il aime aussi tondre les mots, jouer du sécateur dans les phrases, tronçonner des chapitres. Il a publié plusieurs ouvrages, dont Shimshal par-delà les montagnes, aux éditions Glénat. Il collabore régulièrement à des revues spécialisées :  Altitude, Vertical, Alpinisme et Randonnée, Cimes… 

Extrait

[Azrar] Les nuages s’enfonçaient dans le sol quand je suis né. Le brouillard était si dense que  personne n’y voyait rien. Quand Mère ressentit la douleur des premières contractions, Père sortit de notre cabane. «Je vais chercher la sorcière. Faites bouillir de l’eau.» J’étais le neuvième bébé nourri dans le ventre de Mère. Deux de mes aînés avaient disparu, emportés par la maladie des pauvres gens. Père se mit une bâche de plastique sur la tête, puis il partit. Nous ne l’avons jamais revu. Il prit avec lui la petite boîte à trésors et les quelques roupies qu’il possédait avec Mère. La sorcière ne vint pas et l’eau refroidit. Mes frères, et surtout mes soeurs, aidèrent maman. Elles ne savaient quels gestes faire. Je suis né dans l’affolement des unes et la lourde inquiétude des uns. Plus tard, quand je fus en âge d’entendre et de comprendre les mots, mes soeurs me racontèrent la pluie qui vida les nuages ce soir-là, et la peau de tambour que devint le toit de la cabane. De grosses gouttes martelaient la tôle. Le chameau du voisin poussait des cris de panse vide. Des chiens aboyaient. Je vagissais et pleurais comme un crocodile. L’orchestre de la vie jouait confusément des airs de cacophonie. Mère saigna beaucoup. Mes soeurs épongèrent. L’une s’occupa de moi, essayant de calmer mes hurlements de nouveau-né. Les autres se soucièrent de maman. Deux de mes frères partirent chercher de l’aide. Ils coururent longtemps : nos oncles et nos tantes vivaient à Pir Wadaï, le quartier des marchés et des autobus. Pendant quatre kilomètres, ils se faufilèrent entre les marchands de bambous, les camionnettes, les motos et les charrettes tirées par des hommes ou des chevaux. Abid, qui avait dix ans, et Ashrar, peut-être sept, s’égarèrent dans cet enchevêtrement de ruelles encombrées d’étals de légumes et de viandes. Nul ne les renseigna : à Pir Wadaï, chacun survit comme il le peut. L’autre est un rival. Quand ils rentrèrent chez nous, maman était morte, exsangue. Je vivais depuis trois heures.

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