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Rencontre littéraire belgo-arabe « Du côté de chez Wallâda » 23, 24, 25 octobre/09

Posté par traverse le 23 octobre 2009

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http://www.culture-arabe.irisnet.be/  http://traverse.unblog.fr/2009/10/04/884/ 

4ème Salon littéraire arabe « Du côté de chez Wallâda »
Hawa Djabali
 

Il y avait au XIème siècle, en ce pays que les Arabes nommaient « le pays des Vandales », et qui a gardé ce nom pour une toute petite partie de son territoire, dit : « Andalousie », une princesse très lettrée qui tenait salon littéraire. Elle n’était bien sûr ni prude ni voilée, maniait le verbe comme un sabre effilé, avait un sens de l’honneur démesuré (dieu nous garde des Andalouses disaient les hommes possédant un peu d’expérience). Le poète Ibn Zaydûn la raconte: 

« J’aime un tyran, le sers, et lui me fait affront.
Le musc vole et s’épand aux manches de sa robe,
Si je le vois, me plains d’aimer, il se dérobe.
Je rêve quelque chose entre nous…A quoi bon ? »
 

Elle était ombrageuse, emportée, très belle disait-on, très instruite, et recevait dans son salon,  en cette Espagne arabe bouillonnante, tout ce qui pensait, s’enflammait, écrivait.
Elle incarnait cet idéal féminin, insécable de l’action poétique, qui avait, depuis toujours, hanté la culture arabe : beauté intellectuelle, beauté de l’être de chair, beauté des manières, en trio. Ibn Zaydûn le traduisait ainsi :
 

« Elle est branche odorante et fruit, lune en son plein,
Ses regards dérobés infinis magiciens,
Le brocard de ses joues miroitement du vin,
Ses mots, aussitôt dits, perlent sur le chemin,
Et l’eau que je goûtais à ses lèvres, ivresse… » 
(la traduction est d’André Miquel)
 
Onzième siècle de l’ère romaine chrétienne et toute cette liberté ! Et nous, vingt siècles plus tard ? Et nous, que disons-nous ? Au mois d’octobre, allons faire un tour du côté de chez Wallâda. Oui, jouons à ça au Centre arabe !  Poésie arabe, évidemment, ibère, comptons sur les poètes catalans et espagnols du Sud, poésie berbère, bien sûr, ils étaient là, poésie des romanisés de tout poil, Mare Nostra oblige, et poésie des Gaulois, des Vandales et des Goths actuellement en Belgique, il n’est jamais trop tard, en poésie, pour se rencontrer et se re-rencontrer! 

Wallâda, une voix contemporaine ?
Taha Adnan
 

Wallâda bint Al Moustakfi, fille du dernier calife omeyyade dans le Royaume de Cordoue… Etre princesse c’est peu de chose mais Wallada était, et reste,  l’expression d’une poésie féminine andalouse, et cela s’inscrit dans le temps. De mère grecque, elle est le symbole manifeste d’une Andalousie métisse.   La racine de son nom, en arabe, signifie «   mettre au monde « … Wallâda veut donc dire féconde. Oui, une extraordinaire fécondité artistique : elle n’est plus à démontrer mais on peut fièrement l’évoquer et s’en inspirer. Wallâda, la femme, la flemme, la princesse, la poétesse, la belle, la rebelle, la cruelle, l’amoureuse, la mystérieuse, la joyeuse, la boudeuse, la taquine, la coquine,  reste dans les mémoires pour deux choses:  son histoire d’amour tapageuse avec le grand poète andalou Ibn Zaydoun -encore une idylle rendue célèbre par la poésie- et son fameux salon littéraire à Cordoue.  Wallâda… S’investir dans le champ des belles-lettres et de la poésie c’était s’imposer dans un environnement masculin. Malgré l’assassinat de son père, elle fait face à la vie : elle  garde son statut de princesse, mieux : sa noblesse de caractère et sa dignité de femme. Comme du temps de son père, elle continue à animer son « Majlis Adabi »: un Salon littéraire destiné à accueillir les poètes et artistes qui viennent de tous les coins de l’Andalousie du XIème siècle, des gens de cultures multiples, témoignage de cette civilisation riche d’un très grand raffinement.  Bruxelles, cette capitale au nom féminin, aujourd’hui, a beaucoup de ressemblances avec la Cordoue de jadis: ville mosaïque à vocation multiple. Une palette de couleurs, de cultures, de langues et d’appartenances… Elle mérite donc bien son propre « Majlis » littéraire ! Nous en sommes à la quatrième édition de ce Salon.  Cette année, le Salon est un hommage à Wallâda et, à travers elle, à toutes les voix fécondes qui, comme Wallâda, ont appris à user de leur liberté 

Programme de la IVème édition, du 23 au 25 octobre
Vendredi 23/10 
A 18h00 :
- Réception et Accueil du public et des invités
- Ouverture de l’exposition des oeuvres de Mohamad TRIKI et de Samia SMAHI 

A 19h, petit souper andalou (payant), boissons (payantes)

Samedi 24/10 

A 15h00, rencontres avec :
Manhal alsarraj, Allal Bourqia, Lucienne  Stassaert, Bart Vonck, Siham Bouhlal, Duna Ghali, Mohamed Miloud Gharrafi, Antonio Lopez Pena, Chantal Maillard, Abdul Hadi Sadoun et Jamal Boudouma.
 
Animées par Michel Leclerc, Taha Adnan, Hawa Djabali 

A 20h30, le podium, récital et lecture par:
Mohamed Miloud Gharrafi, Bart Vonck, Abdul Hadi Sadoun,
Daniel Simon
, Jamal Boudouma, Antonio Lopez Pena, Djamal Benmerad, Jah Mae Kân, Tom Nisse, Adolfo Barbera et Taha Adnan. Avec la participation des poétesses. Puis, veillée dans les locaux du CCA 

Dimanche 25/10  Rencontre informelle avec les poètes à partir de 10h et déjeuner dîner (payant) si envie
14h: Reprise de la pièce de Nabil Ghachem: Menthe, thym et huile d’olive
 

Toutes les activités du se déroulent au Centre Culturel Arabe   Institut Européen de la Culture Arabe
2 rue de l’Alliance, 1210 Bruxelles  -  Info 02/218 64 74 ou
culture-arabe@skynet.be 

En collaboration avec la maison Internationale de la poésie Arthur Haulot  le soutien du Ministère de la Communauté Française, de la Commission Communautaire Française, de la Région de Bruxelles Capitale, du CGRI et de la Commune de Saint-Josse-Ten-Noode 

 

Voici en bas de la page 10 (à droite) la publication d’une traduction arabe de 2 de mes poèmes

http://81.144.208.20:9090/pdf/2009/12/12-29/qad.pdf

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Quelque chose qui traîne

Posté par traverse le 22 octobre 2009

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Quelque chose qui traîne en nous, une parole d’il y a si longtemps, un frisson qui glace la langue, une page blanche sur laquelle nous allons en rêvant de marges assurées, une phrase qui glisse entre deux côtés et nous laisse efflanqués et sans voix, quelque chose qui traîne et bientôt nous rattrape, en quelques mots l’affaire est faite.

 

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Cette flèche qui commence à tomber

Posté par traverse le 18 octobre 2009

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Cette flèche qui commence à tomber en soi en un endroit parfois entrevu emporte avec elle un inachèvement sans fin, s’enfonce dans une cible gelée tout au fond et frappe de plus en plus près le présent sur un amas fragile de jours sans importance.

 

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C’est comme si le froid entrait en nous

Posté par traverse le 14 octobre 2009

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C’est comme si le froid entrait en nous par de sombres entrées, comme s’il bousculait ce qui tenait à peine dans le soleil et les hommes se marchent encore plus sur les pieds, se bousculent sans se voir, s’échappent au plus vite de la proximité et vont vers leur terrier où ils mâchent de mauvaises rancunes en regardant le ciel à travers la fenêtre. Ils pleurent tête basse devant la télévison, leur femme et parfois leurs enfants. Ils ruminent des phrases, des meurtres, des vengeances et aucune caresse ne peut les atteindre avant le temps de la publicité.

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Il n’y a pas de raison particulière

Posté par traverse le 10 octobre 2009

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Il n’y a pas de raison particulière et soudain le pont qui le traversait et liait en lui les ombres aux paroles s’effondre en ce matin d’été mais la lumière peut-être est moins généreuse qu’il ne l’espérait depuis si longtemps, un rien en plus ou en moins et il bascule alors dans des plaines ou des fossés, il ne sait plus où est sa place ni la tribu qui l’accueillera d’un côté ou de l’autre. Il ne sait plus si cette lumière qui tremble en lui est froide ou rassurante, il n’y a pas de frontière, rien que des passages, des frictions qui le rendent absent du monde si grand où se perdent les fossés et les plaines, à l’infini.

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A l’amour fou

Posté par traverse le 8 octobre 2009

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(un soir à Anderlecht)

…A l’Amour fou, j’avais un jour déposé sur la banquette un recueil de nouvelles, que je venais de terminer et qui pesait dans ma main des mois de grignotement des heures de la nuit, j’étais amoureux et je lui dis que nous pouvions aller je ne sais plus où, pour marcher un peu avant d’aller plus loin, et la salle en longueur, la fumée des cigarettes (quel bonheur, ça empestait à l’aise), le parfum de la fille, les lumières du dehors, l’addition en sortant, j’avais tout oublié. Le lendemain, retour et plus de nouvelles. La fille était restée et j’ai dû écrire tout autre chose…

Une autre fois j’y avais retrouvé un ami polonais qui venait de Varsovie, il m’attendait devant un thé fumant, ses moustaches lui donnaient un air d’anglais désargenté, c’était comme un cliché de l’Europe du temps, il avait l’air, et c’était tout ce qu’il avait… Ses zlotys ne valaient rien au-delà du mur. Le reste tenait, je le compris bientôt, dans son sac à dos bourré jusqu’à la gueule de conserves de canard en gelée (…kachka…toujours kachka…au cas où, disait-il, c’est tout ce qu’il avait pu emporter pour ne pas crever de faim) et de champignons des bois en bocaux, interdits à l’exportation, des produits de luxe, une valeur nationale, un patrimoine de pourriture, ajoutait Florian. Se faire piquer avec ces bocaux à la frontière vous garantissaient les pires ennuis. Innocemment, j’en ai passés des dizaines à chaque fois, avec des vinyles de jazz, des affiches de théâtre et des carnets de moleskine, des centaines, où je note encore aujourd’hui les bribes d’une vie qui s’est vite désencombrée des bêtises obligées et des admirations forcées. Le communisme froid de la RDA, traversée au pas de course pendant le trajet retour vers la Belgique immobile, me donnait de ailes, et du coeur au ventre.

Florian m’avait confié un soir de trop de vodka « Vous voulez le socialisme? Allez, prenez-le, nous vous le laissons volontiers…Nous, nous cherchons autre chose… ». Je ne suis pas sûr qu’ils aient trouvé ce dont ils rêvaient,…Chez eux aussi, l’hyperbole de la vanité et de la vulgarité est devenue la morale des pauvres, aujourd’hui bardés de visas. J’en vois chaque jour au coeur de Bruxelles, oscillant d’une jambe sur l’autre sur les trottoirs, buvant les yeux fermés leur canettes de 50 cls de bière, puis s’affaissant pour cuver au pied d’un immeuble. Ils sont chez eux, dans cette bulle alcoolique où des airs de polonité doivent leur arriver dans des bruits de trams et de sirènes. Ils sont abattus, frappés comme des boeux à l’abattoir, d’un coup sur la tempe, mais l’agonie est longue et le prix de la bière monte.

Je pense souvent à Florian qui annonçait il y a vingt-cinq ans ce que je note aujourd’hui sur ces carnets d’une époque tranchée. La bêtise des affaires, la violence des communicateurs, l’émotivité si mal jouée des politiques et le cynisme comme viatique de base.Je les vois, ces nouveaux polonais travaillant comme des sourds avant de retourner chez eux se construire une baraque à Gdansk, avec écran plat, surgélateur et console de jeux intégrée. Entre deux chantiers, ils chantent et boivent comme des trous. Ils travaillent pour demain, et demain est de plus en plus loin. Comment vas-tu Florian?

(L’Amour fou, bar resto d’Ixelles bien connu et, heureusement parfois mal fréquenté, a fermé cet été…)

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Dans mon quartier

Posté par traverse le 5 octobre 2009

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Dans mon quartier tout entouré de brumes, j’ai vu ce matin
Une mère marocaine poussant ses enfants, trois à gauche, trois à droite,
Sur le trottoir en écartant les bras, elle avance comme une oie
Emportant ses petits vers l’arrêt du tram, une vieille
Nettoyait son trottoir et grommèle, ils marchent en clapotant
Dans la savonnée qui emporte mégots, sanies et crottes de chiens
Aussi bien nourris qu’eux, les ailes de la mère s’ouvrent, se ferment
Comme des volets quand le soir tombe, la vieille recule
Et compte tous ces pieds qui passent devant elle,
« Ici, vous aimez plus les chiens que les enfants,
Ça se voit tout de suite » lance la mère à travers son foulard
Et accélère le pas des oisillons qui suçotent des bonbons en silence,

Dans mon quartier en partant ce matin, je n’ai rien entendu
De la conversation téléphonique d’une vieille congolaise
Qui traversait la rue au mépris des voitures et parlait sans écouter
D’autres nouvelles que celles du pays, une jeune turque allait
Encapuchonnée de noir et des robes si lourdes
Tout autour de la taille, la tête dans des confits de paroles
Anciennes qui ne s’arrêtent jamais et viennent alors la peine,
L’amertume et la joie de ce monde dans le flux des appels,
Des étudiants pauvrement élégants fumaient en attendant le bus,
Ils tiraient si profond sur leur cigarette qu’on les voyait,
Flotter au-dessus du trottoir, légers et prêts à s’envoler,
Des vieux promènent leur par-dessus dans les allées et baissent
Le regard vers leur chien tant aimé alors que des hommes cherchent
L’occasion de se fâcher avec le monde entier et portent leur cannette
De bière au bout des doigts comme on le fait d’un pendule avant de décider
De vivre ou de mourir ici dans des frimas d’exil et d’espoirs bricolés,

(…)

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Des nouvelles de Jodi de DDL?

Posté par traverse le 4 octobre 2009

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« Les temps vont vite, les corps s’usent et les âmes tombent…Cela se passe à NY USA, cela pourrait se passer dans une autre mégalopole où le monde bascule. C’est histoire de quelques
heures de la nuit de deux personnes, Jodi, la jeune serveuse de bar et Elridge, le chanteur de blues. C’est presque un roman, une façon de balancer son temps comme on tenterait de dévoiler un secret. Un thriller politico-érotique où le dérapage est la règle. Des personnages typés et des réinventions du genre. Avec quelques noms-clefs. Pour surfer. Sur fond de bière et de whisky, de blues, de hip-hop et de l’électricité que produisent les villes tendues. Jodi, c’est une histoire d’aujourd’hui traversée d’une pudeur qui conduit à une émotion forte. C’est un conte noir et un roman de fées, une parodie et une tragédie. C’est surtout un livre qui peut se lire comme on chantonne, parfois, dans la nuit des bars, en regardant le jour qui se lève et qu’on hésite à rentrer chez soi. C’est là que Jodi nous attend… »

Didier de Lannoy, Jodi, toute la nuit

Vient de paraître dans JE, la collection des Récits

ISBN 978-2-87003-518-4 / juin 2009
128 pages / format 14*21 cm / 13 euros

www.couleurlivres.be

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Paru dans le magazine C4

 » (…) l’été 2009 nous réservait un pur chef-d’ouvre ! Depuis le Cul de
ma femme mariée, paru il y a quelques années, on attendait impatiemment un
nouvel ovni de DIDIER DE LANNOY. Eh bien, le voici : Jodi, toute la nuit,
publié par Couleur livres, Collection « je » (4, rue Lebeau, 6000 Charleroi).
En quatrième de couverture, Gauthier de Villers nous met l’eau à la bouche :
C’est un livre sur la liberté des opprimés et des hors de compte, leur
liberté par le geste et la parole, dans l’amour, la haine, la révolte, la
violence.

Et c’est un livre sur la liberté de l’écriture, qui met la
littérature hors de ses gonds, mais prend le lecteur dans ses rêts. Que
celui qui trouve ailleurs ce style, ce ton, cet univers… le signale à
l’éditeur. Peu de chance que ça arrive, car l’ami DDL malmène (pour notre
plus grand bonheur) la langue comme personne.

Son préfacier, In Koli Jean Bofane, nous prévient : « Les psychologues, philologues
et autres philosophes courront le risque de se casser les dents à l’analyse
de Jodi,toute la nuit. Les chirurgiens des nerfs, le médecin légiste, les spécialistes en
urologie, eux, auront du mal à discerner le rôle exact tenu par l
es hémisphères du cerveau, par les ventricules du cour ou les spermatophores
dans l’élaboration de cette narration. » Quant à l’auteur lui-même, il
annonce la couleur en exergue du chapitre premier : Ceci est l’histoire de
Jodi. Thriller politico-érotique étatsunien, virtuel et mystique ? Pulp
magazine en noir et blanc, snuff-movie ou BD japonaise ? Avec quelques
noms-clefs. Pour surfer. Sur fond de bière et de whisky, de blues et de
sundama, de hip-hop et de house, de crack et d’ecstasy, de trash music et de
gangsta rap. Entre tout et rien, amour et perversité, clip et farce, puzzle
et jeu de piste, manifeste et mascarade, cuistrerie et piraterie, collage et
façadisme, branlette et muflerie, érotisme juvénile et délinquance sénile,
stéréotypes et chausse-trapes, enchaînements funestes et contradictions
grossières, aphasie et logorrhée, chewing-gum et pied de nez, lieux communs
et faux-semblants, outrance belge et brosse à dent chinoise, désuétude et
prémonition, conte noir et roman de fées, parodie et tragédie, cartoon et
wildlive, strip-tease amateur et apparition mariale. Ces aventures sont
censées se passer à New York City, United States of America mais pourraient
aussi bien être arrivées ailleurs.

Disons, pour faire simple, que l’ambiance délétère de la mégalopole en question
est plutôt celle de Gotham City qu’aucun Batman ne sillonnerait pour la nettoyer.
C’est le récit de quelques heures de la nuit de deux personnes
(Jodi, serveuse de bar et Elridge, chanteur de blues) qui ne se connaissent
pas vraiment même si elles bossent ensemble, quelques nuits par semaine,
dans le même rade. Autour d’eux, gravite toute une faune interlope de paumés,
de clodos, de tapineuses boucanées, de flics-nervis, d’alcoolos ou junkies, de glandeurs ou
fourgueurs, car il existe un « sud » dans tous les pays du monde et, à
l’intérieur de chaque ville, il y a toujours des gens qui habitent « de
l’autre côté du rail », de l’autoroute ou de l’aéroport… dans les mauvais
quartiers (alors que « le capitalisme en crise s’éploie sur tous les
continents comme une pieuvre affamée, avide de sucer et de gober les ultimes
moelles et les humeurs extrêmes »).

Le chapitre 5 (opinion d’un PDG) serait à faire analyser dans tous les établissements d’enseignement. Plus loin, le monologue de l’héroïne, racontant sa putain de vie à Manya
(alias Man), le voyageur (celui qui vient de quelque part ailleurs), l’en-cas de Jodi pour
une nuit seulement, puis sa description de ce que pourrait être le bonheur
pourraient bien vous secouer de larmes. Il y a du Céline et du Joyce chez
Didier de Lannoy, qui nous balance ici dans les gencives un bouquin qu’on
n’est pas prêt d’oublier et qu’on a d’ailleurs envie de relire tout de suite
une fois digéré le choc de l’anti happy-end. (…) »

André Stas

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La femme …en bilingue au Centre culturel arabe

Posté par traverse le 4 octobre 2009

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Le 24 octobre dès 20h30 au Centre culturel arabe (Rue de l’alliance,2, 1200 Bruxelles) dans le cadre de la semaine culturelle annuelle, je vous invite à une soirée de lectures en arabe et français de poèmes au thème assez libre et de préférence lié à la femme. J’ai le plaisir d’y être invité grâce aussi au partenariat de la Maison internationale de la poésie.

Vous serez encore, alors que les nuages passent sur vos têtes et que vous nettoyez vos âmes pour les vendre, vous serez encore, alors que le Couchant se défait des murmures, vous serez encore hésitant dans le soleil qui tombe en vous comme on réchauffe la mort qui vient en soufflant sur ses mains, vous serez encore à cet instant dans des vertus de pacotille toutes enrubannées du sucre des désirs, vous serez dans le sinistre et dans le droit sans connaître de la bête son dos ou son poitrail, vous serez comme on marche sur une planche tout au milieu des mers et vous ne distinguez alors plus rien qui vous assure, vous êtes soit une ombre soit un corps qui se tend mais rien ne fait obstacle à cette lame qui refroidit si près et qui sera bientôt sur vous, ce couteau si glacé qu’il ne vous inquiète plus dans le sommeil qui vient et que vous appelez, vous serez cette chose perdue, ce ballot sans destin qui roule sans à-coups et vient buter là, au bord des palissades construites patiemment entre là et ici, vous serez étonné de ne plus rien comprendre et de ne distinguer ni le jour ni la nuit, vous serez où vous rêviez d’être, éloigné des secousses du Nord, des morsures et des écartèlements, les yeux encore fermés d’avoir tant attendu, la peau dans l’étirement des blancheurs maghrébines et des femmes soudaines au corps tout embrouillé de vent, vous serez peut-être dehors ou peut-être dedans, les chants sont doux et furieux à la fois, les bouches se défont dans des baisers de fontaines glacées, les lames un court instant ne vont plus vers vos tempes, vous êtes délié des promesses anciennes et vos pantalons tombent, vos chemises s’envolent, vos souliers s’écornent, le ballot se dégonfle et ici, dans le Maghrib puissant, puant et sans vergogne, votre sablier peine à compter son temps, vous êtes en l’Occident des arabies funestes, vous arrivez sur des terres de bombances, de joies et de misères, vous n’ êtes plus qu’une ombre dans l’armoire des ombres et vous ouvrez la bouche pour chanter et pour mordre, à pleine voix dans le tempo des sauterelles et des lapins sauvages, vos lèvres sont aux lèvres des déserts, alors vous êtes en cet endroit du bleu où les lames viennent enfin dans des vols de moineaux par-dessus l’olivier.

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Comment priver un enfant de son père

Posté par traverse le 1 octobre 2009


…Père, coupable, forcément coupable…

Dans les années 70-80, les divorces se clôturaient généralement, en ce qui concerne la vie et l’intérêt des enfants, par un droit de garde lâché du bout des doigts par des Juges qui estimaient que, bien sûr, les pères étaient un appoint, un surcroît disait-on avant, rien de plus, pour l’éducation des enfants issus du couple.

Ces pères allaient le payer cher! Le féminisme était passé fraîchement par là, nécessaire et légitime, mais l’hystérie du combat mena bien des Juges femmes à déclare sans ambages: « Vous êtes un homme, donc vous ne connaissez rien à l’éducation. Votre enfant vous sera donc confié quelques heures par mois…. » Des témoignages, des associations de pères, des paroles de filles et de fils font peser la balance dans le sentiment d’une radicale injustice en cette matière. Le débat à propos des pensions alimentaires et des qualités de disponibilité des parents avait lieu, légitimement encore, mais n’empêche, les pères, après leur fonction de géniteur, pouvaient circuler, il n’y avait plus rien à voir.

Casse, douleurs, réparations difficiles, c’était le prix de la liberté (!).Trente ans plus tard, la question n’est plus posée de la même façon, des stratégies perverses se sont mises en place. Sans compter sur le fait que les enfants peuvent devenir de véritables enjeux émotionnels, affectifs et financiers, la pédophilie vient de sortir du placard de Barbe-Bleue…

En France, l’affaire D’Outreau, a récemment mis à jour de façon tragique le dysfonctionnement de la justice la plus élémentaire. PRESUME INNOCENT et non COUPABLE ne semblait plus le fondement démocratique de ce qui met le citoyen anonyme à l’abri des abus judicaires d’un Ancien Régime mâtiné de la moderne bien-pensance des travailleurs sociaux et autres pourfendeurs du vice et des maltraitances.

Cette bien-pensance aujourd’hui va jusqu’à un aveuglement insupportable. Des jeunes gens peuvent en toute insouciance accuser leur père des pires vilénies et ça y est, la boîte de Pandore est ouverte, le père s’avère coupable, forcément coupable… Suicides, vies brisées, enfances manipulées, aujourd’hui, c’est la perversion de certaines mères, connaissant le talon d’Achille de la moralité publique, qui innove dans la stratégie de destruction. Elles s’attaquent là où ça fait le plus mal: l’abus sexuel d’un enfant par son père.

L’affaire est bien réglée, la justice et les travailleurs sociaux sont sidérés par leur sens du devoir et de la protection, ils mâchent leurs sentences, sanglotent, déclarent, protègent et passé muscade, exit le père…

Marcello Sereno a connu cet enfer, version belge. Il est condamné pour « attentat à la pudeur avec violence ou menaces » sur la personne de sa fille. Il vient de publier (1) un livre d’exception à propos de ce qu’il a vécu avec sa fille et la mère de celle-ci, l’accusant des pires vices, et de ce qu’il a pu, à force de ténacité dans la résistance à l’implosion, reconstruire pas à pas.

Avec sa fille, la vie reprend lentement, ayant obtenu un droit de visite, il peut aujourd’hui entrevoir une sortie de ce tunnel machiavélique. Il a perdu son travail, il est marqué et un réseau d’amitié et de solidarité a pu le tenir debout et lucide. Il clame son innocence, souligne un dysfonctionnement ordinaire de la justice et poursuit sa réflexion, rigoureuse, pointue, universelle même, au sujet de nos institutions. Il écrit avec une empathie rare chez ceux qui ont été plongés à ce point dans la déréliction, il déploie l’affaire et personne ne s’y perd. Il étale les arguments et nous sommes sidérés devant la facilité avec laquelle une telle accusation peut être portée.

C’est un intellectuel, un citoyen, un écrivain qui pose un jalon d’importance: oser nommer les intérêts, les failles, les lâchetés, les oublis, les aveuglements… Et pourtant, étrangement, c’est comme d’un livre d’apaisement que je suis sorti, après lecture. Il ne s’agit évidemment pas ici de trancher, de prendre position dans l’affaire privée de l’auteur (ma conviction est faite mais ce n’est pas l’enjeu ici…)

L’affaire a commencé en janvier 2001. Près de dix ans plus tard, Marcello Sereno publie son témoigne et ses réflexions. Près d’une décennie pour broyer la matière la plus infâme qui puisse toucher un père et nous rendre majeurs en nous invitant à réfléchir et à nous éloigner des tyrannies émotionnelles d’un temps, le nôtre, qui doit produire des coupables rapidement, au risque de défaire ce que nous appelons, dans un terme ancien, le Contrat social…

Cet ouvrage devrait faire partie de la bibliothèque des écoles sociales, des universités des cabinets de psys, des Juges et des moralistes patentés…

(1) M. SERENO. « Comment priver un enfant de son père ». Editions Jeunesse et droit, Paris-Liège, 2009, 22 euros.

http://www.jdj.be

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Dans ce désordre

Posté par traverse le 1 octobre 2009

Dans ce désordre où nous allons, dans des jachères, des ambitions, des épuisements si longs et de sauvages amours, dans cet enivrement patient de connaissances et de douleurs anciennes, sans attendre aucun port qui ne soit déjà nommé, dans des matins d’été si lourds que l’automne tombe enfin sur nous comme le sommeil sur les paupières d’Ulysse, dans une hâte ralentie à retrouver Ithaque, nous allons sur une route disparue que nous chantons parfois, et heureux nous foulons cette piste qui colle à nos semelles, plus légers désormais comme un vent qui s’enfuit.

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…dans un seul arbre…

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La maison de mes parents

Posté par traverse le 1 octobre 2009

« Interdit de mémoire » de Ana Fernandez, vient de paraître chez Luc Pire. Ce 24 septembre avait lieu une rencontre autour du premier roman de l’auteur argentine, hantée par la question de l’exil. Un premier opus fort qui interroge les chassés-croisés entre la génération des parents et celle des enfants rentrés au pays pour comprendre…Deux exils, en somme, qui se dévoilent dans la rencontre…

Dans l’entretien que j’avais le plaisir de mener avec elle, Ana Fernandez a clôturé par cette magnifique formule: « L’Argentine, mon pays d’origine, c’est comme la Maison de mes parents, la Belgique, c’est ma maison. Mais je suis toujours chez moi dans la maison de mes parents… »

Pierre Ergo, son traducteur et adaptateur de l’espagnol au français, poète lui aussi, a témoigné de la langue subtile de l’auteur. Il nous a lu un poème,Ithaque de Constantin Cavafis qui reliait dans le sillage lointain d’Ulysse, les trois générations présentes dans la salle…

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