Comment priver un enfant de son père

Posté par traverse le 1 octobre 2009


…Père, coupable, forcément coupable…

Dans les années 70-80, les divorces se clôturaient généralement, en ce qui concerne la vie et l’intérêt des enfants, par un droit de garde lâché du bout des doigts par des Juges qui estimaient que, bien sûr, les pères étaient un appoint, un surcroît disait-on avant, rien de plus, pour l’éducation des enfants issus du couple.

Ces pères allaient le payer cher! Le féminisme était passé fraîchement par là, nécessaire et légitime, mais l’hystérie du combat mena bien des Juges femmes à déclare sans ambages: « Vous êtes un homme, donc vous ne connaissez rien à l’éducation. Votre enfant vous sera donc confié quelques heures par mois…. » Des témoignages, des associations de pères, des paroles de filles et de fils font peser la balance dans le sentiment d’une radicale injustice en cette matière. Le débat à propos des pensions alimentaires et des qualités de disponibilité des parents avait lieu, légitimement encore, mais n’empêche, les pères, après leur fonction de géniteur, pouvaient circuler, il n’y avait plus rien à voir.

Casse, douleurs, réparations difficiles, c’était le prix de la liberté (!).Trente ans plus tard, la question n’est plus posée de la même façon, des stratégies perverses se sont mises en place. Sans compter sur le fait que les enfants peuvent devenir de véritables enjeux émotionnels, affectifs et financiers, la pédophilie vient de sortir du placard de Barbe-Bleue…

En France, l’affaire D’Outreau, a récemment mis à jour de façon tragique le dysfonctionnement de la justice la plus élémentaire. PRESUME INNOCENT et non COUPABLE ne semblait plus le fondement démocratique de ce qui met le citoyen anonyme à l’abri des abus judicaires d’un Ancien Régime mâtiné de la moderne bien-pensance des travailleurs sociaux et autres pourfendeurs du vice et des maltraitances.

Cette bien-pensance aujourd’hui va jusqu’à un aveuglement insupportable. Des jeunes gens peuvent en toute insouciance accuser leur père des pires vilénies et ça y est, la boîte de Pandore est ouverte, le père s’avère coupable, forcément coupable… Suicides, vies brisées, enfances manipulées, aujourd’hui, c’est la perversion de certaines mères, connaissant le talon d’Achille de la moralité publique, qui innove dans la stratégie de destruction. Elles s’attaquent là où ça fait le plus mal: l’abus sexuel d’un enfant par son père.

L’affaire est bien réglée, la justice et les travailleurs sociaux sont sidérés par leur sens du devoir et de la protection, ils mâchent leurs sentences, sanglotent, déclarent, protègent et passé muscade, exit le père…

Marcello Sereno a connu cet enfer, version belge. Il est condamné pour « attentat à la pudeur avec violence ou menaces » sur la personne de sa fille. Il vient de publier (1) un livre d’exception à propos de ce qu’il a vécu avec sa fille et la mère de celle-ci, l’accusant des pires vices, et de ce qu’il a pu, à force de ténacité dans la résistance à l’implosion, reconstruire pas à pas.

Avec sa fille, la vie reprend lentement, ayant obtenu un droit de visite, il peut aujourd’hui entrevoir une sortie de ce tunnel machiavélique. Il a perdu son travail, il est marqué et un réseau d’amitié et de solidarité a pu le tenir debout et lucide. Il clame son innocence, souligne un dysfonctionnement ordinaire de la justice et poursuit sa réflexion, rigoureuse, pointue, universelle même, au sujet de nos institutions. Il écrit avec une empathie rare chez ceux qui ont été plongés à ce point dans la déréliction, il déploie l’affaire et personne ne s’y perd. Il étale les arguments et nous sommes sidérés devant la facilité avec laquelle une telle accusation peut être portée.

C’est un intellectuel, un citoyen, un écrivain qui pose un jalon d’importance: oser nommer les intérêts, les failles, les lâchetés, les oublis, les aveuglements… Et pourtant, étrangement, c’est comme d’un livre d’apaisement que je suis sorti, après lecture. Il ne s’agit évidemment pas ici de trancher, de prendre position dans l’affaire privée de l’auteur (ma conviction est faite mais ce n’est pas l’enjeu ici…)

L’affaire a commencé en janvier 2001. Près de dix ans plus tard, Marcello Sereno publie son témoigne et ses réflexions. Près d’une décennie pour broyer la matière la plus infâme qui puisse toucher un père et nous rendre majeurs en nous invitant à réfléchir et à nous éloigner des tyrannies émotionnelles d’un temps, le nôtre, qui doit produire des coupables rapidement, au risque de défaire ce que nous appelons, dans un terme ancien, le Contrat social…

Cet ouvrage devrait faire partie de la bibliothèque des écoles sociales, des universités des cabinets de psys, des Juges et des moralistes patentés…

(1) M. SERENO. « Comment priver un enfant de son père ». Editions Jeunesse et droit, Paris-Liège, 2009, 22 euros.

http://www.jdj.be

Une Réponse à “Comment priver un enfant de son père”

  1. joelle baumerder dit :

    Daniel, tu es un comité de salubrité publique à toi tout seul!!!
    Avec mon admiration pour l’intelligence de ta colère toujours intacte.
    Tiens, tu me donnes envie de le rencontrer, ce Sereno !
    Je t’embrasse!

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