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Nous n’irons plus à l’Amour Fou, les lauriers sont coupés….

Posté par traverse le 15 novembre 2009

(en réaction, en suite, en écho,…à mon texte déposé ici en septembre, « A l’amour fou« …Merci à Isabelle Telerman)

…L’adolescente hyper mûre que j’étais y fêta la fin de ses humanités, avec quelques autres rhétoriciens à la recherche de la gloire.
Nous accompagna ce soir-là un professeur de français qui enseignait dans la section moderne et qui ne côtoyait pas directement la crème gréco-latine dont nous faisions partie.
Mais la nuit, tous les chats sont gris et les petites heures effacent les disparités pour faire place aux confidences de conversations plus profondes, là où la différence générationnelle s’estompe et devient un vrai lieu d’échange.
Les professeurs de français restent des modèles inégalés en matière d’identification.
Celui-ci était un homme raffiné, à la silhouette mince, habillé d’un manteau gris de facture classique- malheureusement déjà marié et inscrit dans une relation plutôt épanouissante, ce qui chez moi reformulait dans une énième version les traces anciennes d’un Œdipe incomplètement résolu.
Avec lui, nous avons parlé des nouveaux philosophes-il n’y a pas de nouvelle philosophie, disait-il- et de livres bien sûr, surtout de ceux que nous n’avions pas lus.
A cette époque bénie où fumer dans un café était aussi naturel que se laver les dents- aujourd’hui, tout adulte placé dans une situation similaire oscillerait entre l’incitation à la débauche et la non-assistance à personne en danger-, j’ai grillé l’un après l’autre des petits cigarillos au tabac amer qui me piquait la langue en fin de nuit. Mais la féminité naissante est à la recherche de confirmation et fumer permettait de se projeter de profil, la cigarette entre les lèvres, tandis que le pouce allumait d’un mouvement sec la flamme d’un briquet, ou d’animer la main d’un mouvement gracieux, ce qui symbolisait l’autonomie réelle, en puisant dans le réservoir des identités multiples offertes au cinéma.
Je me souviens d’ être rentrée à l’heure où il est trop tard pour aller se coucher . J’ai rebondi dans la journée naissante avec l’impulsion d’une balle de tennis et n’ai conservé de cette nuit blanche aucune autre stigmate qu’une sensibilité linguale à chaque gorgée de café.
Plus tard, dans une tranche de vie où j’étais convaincue de le rencontrer, je suis retournée à l’Amour Fou, face à un jeune ténébreux torturé par un hypothétique avenir littéraire et dont les postures inspirées me réduisaient à un état de sidération peu productif.
Depuis, j’ai appris que l’amour n’est pas cette acidité du manque célébrée par les Romantiques, pas plus que la négation du lien au profit d’une liberté farouchement préservée, encore moins des conflits tumultueux qui masquent l’absence d’intimité.
Plus récemment -ce qui signifie dans un temps encore si proche et pourtant déjà éloigné-, j’ai rejoint un homme à l’Amour Fou, avec la fraîcheur d’une jeune fille qui s’échappe de l’autorité paternelle.
Je m’étais laissé séduire par sa présence discrète et par le contenu poétique de ses petits mots. Un soir, il m’avait délicatement débarrassé de mes vêtements. Transgressant la règle la plus élémentaire de protection, je ne m’étais pas résolue à rompre le charme de l’instant en sortant d’un tiroir une petit boite plate, que j’aurais tendue avec un sourire embarrassé qui aurait signifié : sers-toi….
Aussi me suis-je rendue le lendemain matin à la pharmacie la plus proche. Au comptoir, j’ai commandé le plus naturellement du monde une pilule du lendemain que, de retour à la maison, j’ai avalée sans délai.
Au fur et à mesure que s’écoulait la matinée, j’ai ressenti la fatigue occasionnée par la dose exorbitante d’hormones que je m’étais infligée. Les yeux rivés sur l’horloge, j’ai guetté minute par minute la survenue potentielle d’une déferlante nauséeuse qui aurait définitivement compromis le traitement.
Midi a sonné et avec lui s’est envolé tout risque d’effet secondaire.
Je me suis rendue au rendez-vous et je me suis attablée face à cet homme que je découvrais, dans cet endroit qui n’avait conservé du passé que le nom, décoré de toiles monochromes et éclairé par la majesté d’une suspension baroque, focalisant le regard dès l’entrée.
Comme une jeune femme qui attend un heureux événement, j’ai été incapable d’avaler quoi que ce soit
Mon convive commanda une salade périgourdine, qu’il mangea de bon appétit. A plusieurs reprises, il interrompit le récit de sa vie antérieure pour me demander si je me sentais bien.
Aujourd’hui, lorsque nous évoquons lui et moi nos débuts, il me voue une reconnaissance éternelle de nous avoir épargné les soucis inutiles d’une grossesse non désirée et il reconnaît volontiers de ne pas avoir anticipé grand-chose. En effet, si à mon âge procréer ne serait plus raisonnable- nous avions chacun déjà fait des enfants…-, la probabilité de tomber enceinte est toutefois loin d’être nulle.
Aussi, à chaque jour passé ensemble, il me bénit d’avoir jeté les bases d’un avenir à deux.

Isabelle Telerman.
5 novembre 2009

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14 Réponses à “Nous n’irons plus à l’Amour Fou, les lauriers sont coupés….”

  1. Pivoine (Marie-Françoise) dit :

    J’aime beaucoup ce récit qui me fait penser à un endroit bien connu de moi, naturellement.

  2. best movies dit :

    J’aime beaucoup ce récit qui me fait penser à un endroit bien connu de moi, naturellement.

  3. Apotheke dit :

    belle histoire bien

  4. Facebook dit :

    Plus récemment -ce qui signifie dans un temps encore si proche et pourtant déjà éloigné-, j’ai rejoint un homme à l’Amour Fou, avec la fraîcheur d’une jeune fille qui s’échappe de l’autorité paternelle.

  5. Pharmacie dit :

    Je suis d’accord avec les avis precedents

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