LE LAMENTO DES GNONS

Posté par traverse le 31 mars 2010

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Texte pour acteurs et marionnettes

(Une voix off, ou peut-être dans la lumière d’une lampe basse, un homme lit, calmement, comme si tout était déjà joué. La scène pourrait être interprétée par des acteurs, des marionnettes ou, tout simplement, il s’agira peut-être d’un théâtre radiophonique. Le décor sonore est constitué de murmures, de chocs sourds, de soupirs, de bruits de bouche, de glossolalies d’enfants… comme si le père Fouettard et l’Enfant de Gnons étaient les figures sauvages, les coryphées de deux Chœurs surgis du chaos…)

(On ne voit que les deux visages étrangement maquillés : peau trop blanche, lèvres rouges et bien dessinées. père Fouettard a les sourcils sévères et l’œil brillant)

Le père Fouettard :
C’est dit, c’est fait, je suis le Père Fouettard, l’homme des coups, celui qui châtie tout qui passe à portée de main, celui qui aime ce qui passe à portée de main, je connais les vérités de corps passés au bleu, de corps noirs des bleus anciens. Je suis le Père qui défend les choses du ciel et de la terre, qui interdit, qui déclame le bien et le mal, le Père qui frotte le lard de ses enfants perdus, celui qui porte haut les coups qui retombent sur sa progéniture, le Père qui dit non quand sa main dit oui, celui qui rend fou l’enfant qui ne sait quoi lire de sa main ou de sa parole, je suis le Père haï, le Père au lyrisme mortel, le Père enfoncé dans l’amour trouble d’un temps qui effacerait tous les désirs, le Père absent qui martèle le corps de son enfant, ce Père-là, secret et détesté, aimé et abhorré, c’est dit, c’est dit.

(L’enfant des Gnons tend sa main au père Fouettard. Le père la prend délicatement)

L’enfant des Gnons :
C’est sur toi que je compte et je m’en remets à toi entièrement, mon Père, moi l’enfant des Gnons, le fils du père Fouettard, l’enfant des saccades et des secousses, l’enfant du tremblement de la main et des paroles, l’enfant des confusions et des contusions, l’enfant caché, l’enfant châtié, l’enfant perdu, l’enfant passé sous les fourches de ta colère, l’enfant vitriolé, lavé de toute les injures, plongé dans l’enfer de ta misère, l’enfant…

Le père Fouettard :
Je sais, je suis le maître de ce damné massacre, maître du monde et de l’enfer, maître des coups et des reproches et c’est moi, mon enfant que tu honoreras, que tu honores en tremblant, te plaignant et souffrant !
Ah ! Je hais cette suite de mots qui te résument ainsi !

L’enfant des Gnons :
C’est ton chant qui me hante, ton chant d’amour entendu au début, chant de désespérance pour toi et ma mère, et Archimère et l’Archipère, chant de larmes qui sont les miennes comme elles sont les tiennes…

Le père Fouettard :
…et le demeurent, et creusent, et perforent, et déchirent, et…

L’enfant des Gnons :
Mon père, pourquoi ?

Le père Fouettard :
Je t’ai procuré cette douceur de vivre, je t’ai donné cette peau sur laquelle je glisse la main les jours sans ivresse, je t’ai conçu entre le vin et les amandes, je suis ton seul avenir !

(L’enfant des Gnons prend son père dans les bras et le berce doucement comme un père berce son enfant)

L’enfant des Gnons :
Pourquoi, mon père, t’acharner à mentir ?
Tu parles d’amour et ton cœur craint le soir qui tombe, la nuit qui t’isole et t’abandonne, et tu fermes le poing sur une vieille tristesse que tu me reproches, à moi l’enfant des Gnons…

Le père Fouettard :
Des larmes me montent aux yeux quand tu me parles et pourtant je sens déjà ma main qui se raidit, je suis, n’oublie jamais, le père Fouettard, celui qui te condamne chaque jour, celui que tu pleures dans les coins de la maison, celui qui erre sans fin dans les couloirs de ta misère !

L’enfant des Gnons :
J’emporte quand je fuis, mes semelles et mes édredons, mes cahiers et mes gamelles, j’emporte tout ce que je peux emporter sauf cet amour que vous avez annoncé au seuil de mon entrée au monde !

(Le père Fouettard s’adresse au public avec force)

Le père Fouettard :
Cours, courez tous, enfants lâchés sur les boulevards du monde, enfants excédentaires, enfants aveugles nés de l’aveuglement, enfants ivres d’essence et d’ordures, enfants en loques et en lambeaux, cours, courez, vous échapperez peut-être au prochain repas de l’Ogre…

L’enfant des Gnons :
Ils ont de vraies familles là-bas…
Des familles taillées dans l’or des avantages, des familles rebondies et calmes, des familles au cœur pur et sans palpitations…
Ils ont des familles, des donjons, des baisers sucrés !

Le père Fouettard :
Envole-toi, ici la vie vaut son pesant de crimes, d’abandons et de larmes, envole-toi mon enfant, profite de mon égarement, de cet instant d’aveuglement et d’abandon qui me fait dire ce que tu veux tellement entendre et dont tu ne profiteras pas…
C’est peut-être là le secret de notre amour, de cet amour qui empuantit l’haleine de la plupart, de cet amour surgi de je ne sais quel enfer…

(Un temps)

Je sens déjà le fumet de ta douleur chatouiller mes narines, je sens l’effroi glacer ta peau, je sens des humeurs de terreur s’échapper de toi et flotter jusqu’à mon nez…
Envole-toi d’ici, enfant perdu, enfant plongé dans la famine et le mensonge, envole-toi, évapore-toi et vole jusqu’au cœur des hommes !

(L’enfant des Gnons se frotte tout le corps comme si des insectes violents rampaient dans ses chairs. Ses gestes comme ceux d’un enfant soumis à une intense douleur)

L’enfant de Gnons :
Je sens mes douleurs qui sont tes rhumatismes chaque fois qu’il va pleuvoir, mon père, qu’il va pleuvoir sur la saleté du monde… Je sens tout mon corps engourdi dans un tablier sombre, je sens mes muscles arrachés à leur calme mécanique et déjà minés par la suffocation, je sens, mon père, l’âge irrémédiable souffler dans le bec de tous mes os, je sens ce que certains nomment la perte du paradis, la poussée de l’enfer et que tous craignent sans hésitation, le joyeux inventaire des noms que leur donnent ceux qui ne croient ni aux saints ni aux diables, je sens que ces noms sont plus terribles encore car ils tombent à plat, chaque jour, devant les hommes habitués au pire !

(Le père Fouettard, debout, prend le fils sur son genou, la jambe posée sur une chaise, il le prend comme un butin, une pauvre bête tirée dans les fourrés)

Le père Fouettard :
Un jour, j’ai loué un costume d’apparat, large chapeau et feutre noir, gants de satin et cape de velours.
Les broches et les brocarts garnissaient mes atours…
Je suis parti rencontrer les princes et leurs ministres et j’ai parlé au nom de ma tribu et de la vôtre, disant que nous n’étions jamais que les formes imparfaites que les autres ont données à leur monde d’épouvante.
Oui, voilà ce que nous sommes, leur ai-je dit : des épouvantails harnachés les uns aux autres.

Le bras porte le coup sur le dos de qui doit le recevoir : c’est terrible et c’est ainsi, j’oserais presque dire que c’est bien. Ce monde est ainsi fait que la bêtise, la folie, la peur et l’envie fondent comme du plomb sur le dos des enfants trop vite nés !
Voilà ce que je dis au nom de ceux qui voulaient arracher les frusques des épouvantails, les éclairer de leur torche de colère, les révéler enfin pour ce qu’ils rêvent d’être : des petits enfants appelés à téter le sein et les caresses.

(L’enfant des Gnons se redresse)

L’enfant des Gnons :
Ils nous ont écoutés, nous avons promis maintes et maintes successions de chartes et d’arrêtés, je les ai crus et je les crois encore et je sais qu’ils sont tout autant frappés par notre détresse et notre impitoyable sort.
Je les ai crus et ils m’ont renvoyé.

(Un temps. Rires légers)

C’est donc en leur nom également que je te chanterai l’hymne du rassemblement, du veau gras et de la corne d’or !

(Un temps. Rires légers, encore, terribles)

J’entends dire : « Je connais les statistiques, les commentaires, je lis les notes en bas de page, les longues digressions morales, je sais que les plus grands principes cèdent devant la beauté des contrats ! »
Je suis ton fils avant tout, l’enfant des Gnons, et je le resterai encore longtemps, père Fouettard.
Je suis disséminé le long des routes et des trottoirs, je mange ce que les chiens me laissent, je dors sous l’arche de tes maisons je vends et suis vendu, on m’achète mon corps et mes cuisses trop lisses !
Je suis, père Fouettard, répandu un peu partout de par le monde, on m’écrase et je me lève un peu plus loin, on m’arrache et je me plais à repousser au même endroit !

Le père Fouettard :
Eêêêye ! Arrête !
Tu parles comme un pirate, un forcené des mers un coureur d’océans, tu parles comme un fou qui tire à boulets rouges sur tout ce qu’il rencontre !
Tu es une jeune bête, ton corps et tout ce qu’il contient m’appartiennent, tu es à moi à ceux qui parlent de ton père en mon nom.
Tu es ici pour nous servir, pour assouvir notre soif de plaisirs et de vices, tu n’es qu’un jeune cabri, une gazelle aux pattes entravées, un lionceau affamé qui rampe vers ma main
Tu n’es rien et je suis tout !
L’obéissance est ton sucre et la souffrance ton miel. Tu es à vendre et tu n’as pas de prix tellement tu te démultiplies. Tu es à cueillir d’Orient en Occident, à vendre et à acheter du levant au couchant !
C’est le siècle qui veut ça et qui l’a toujours voulu. Beau et bon siècle que celui pour ce commerce ultime !

(L’enfant des Gnons monte sur la chaise, semble narguer le père Fouettard…)

L’enfant des Gnons :
Je suis un fruit comme un épi dans un champ de maïs, un grain jeté au fond du moulin, une poussière dans l’œil maquillé des barbares, je suis… !

(Le père Fouettard lui donne une gifle, puis une seconde, une troisième encore, de plus en plus fort, frappe et se met à pleurer en frappant)

Je suis le sable sur lequel tu marches, les vagues que tu casses de ton torse puissant…

(Les coups, en pleuvant, marquent la saccade des pleurs du père fouettard qui, peu à peu, se fatigue. Pendant cette dérouillée, l’enfant Des Gnons proclamera bien haut et fort son texte pour couvrir le lamento des pleurs du père fouettard. La voix de l’enfant devient de plus en plus puissante)

Je suis… le cirage qui couvre tes bottes, la graisse qui coule le long de ton sabre,…
Je suis… ton passeport pour les matins de larmes, ton viatique pour des voyages en solitaire, je suis ta chose ramassée le long du chemin, cet objet que tu tords à plaisir, je ne suis plus qu’une voix qui crie mille noms que je porte et que tu mélanges à volonté, je suis la fille et le garçon, la sœur et le frère embaumés, je suis perdu dans les décombres de ton désir, je suis… la raison principale de ta tristesse et de ta honte et c’est pourquoi tu voudras me plonger dans l’acide, m’incendier, me hacher, me découper, me saler et me manger tous les matins, tu voudras me hisser à la plus haute vergue et me balancer dans le vent comme ton plus beau drapeau.

(Un temps)

Il y aura des inondations et je serai ton rempart de voluptés, il y aura des massacres et des autodafés et je serai celui qui ouvre les passages secrets où tu te cacheras roulé en boule contre moi en attendant la fin du vacarme…

Le père Fouettard :
Eêêêye, tais-toi !
Comment t’abandonner et me délivrer de toi ?
Comment me délivrer de moi et m’abandonner enfin au vertige ?

L’enfant des Gnons :
C’est la fin qui s’annonce, j’entends déjà le bruit des pas claquer dans les couloirs, on te tordra les pouces dans les fers, on te chargera de la puissance de ton amour et de la putréfaction qui te gagne, de cet amour étrange qu’ils feignent d’ignorer et que le mal envie, on te livrera aux regards des témoins, à leur langue, à leurs insultes, aux éclairs des appareils photos, aux bracelets d’acier, aux rares apitoiements, à la vindicte.

Oui, on te livrera à la colère du monde et je m’en réjouirai. Je danserai de joie en te voyant vaincu, j’exulterai en te sachant perdu.
Mais quand les juges auront lancé sur toi le sens et le sort qui t’attendent, je m’évanouirai en pensant à toi, mon père, je cèderai au plus terrible des chagrins car je te sais perdu ? Tu vas mourir bientôt et je dormirai alors dans des lits de soie fraîche.

Tu vas t’éteindre dans l’ombre des prisons et je fêterai ta disparition prochaine, c’est vrai, je ferai tout cela, et le pire et le meilleur aussi, mais c’est alors que je pleurerai en pensant à toi, perdu pour moi, que je te défendrai malgré toi, que je chercherai à te consoler alors que tu seras descendu dans la plus basse fosse.

(Un temps. Légère musique. Peut-être un « Stabat Mater » ?)

C’est ainsi que je ferai malgré la raison et l’ordre des jugements, en te maudissant mille et une fois, en te vouant aux gémonies, en embrassant ton image que je ne peux plus aimer, que je hais en pleurant !

Le père Fouettard :
Enfin !

FIN
Publié dans Archipel, N° 10

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Interculturalité et littérature

Posté par traverse le 30 mars 2010

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L’imaginaire flottant comme langue globale de la littérature

L’universel, c’est le local sans les murs.
Miguel Torga.

Exit Neandertal

L’évolution est telle que Cro-Magnon et Neandertal cohabitèrent il y a quelque centaines de milliers d’années. J’imagine que les clans cohabitaient, se rencontraient et développaient des stratégies de combat ou d’évitement. J’imagine qu’ils s’observaient, qu’ils pouvaient même échanger des objets, des signes, des émotions. Mais Neandertal disparut et ce fut Cro-Magnon qui poursuivit sa longue histoire jusqu’à nous.

Ces deux branches de l’espèce hominidé avaient l’une et l’autre des chances égales de se perpétuer, nous rappellent les paléontologues. Mais ce fut Cro-Magnon qui l’emporta dans la course de « cohabitation » car, toujours selon les experts de la question, c’est lui qui aurait développé des éléments de langage suffisant et aurait été capable de mettre en récits la vie de la Tribu.

Je ne doute pas du fait que Cro-Magnon et Neandertal ne faisaient pas que coexister même s’ils ne pouvaient se reproduire. Ils devaient rêver des uns et des autres, se craindre ou se désirer, se caricaturer, se mettre à imiter les faits et gestes de l’Autre.

Des mondes étaient associés dans des imaginaires primitifs mais ils étaient probablement contaminés par l’existence de tous.

Puis Cro-Magnon s’élança vers l’aventure du langage et des formes. Les langues, liées aux territoires et à l’alimentation de base naquirent. Les langues du blé, du riz, du mil se développèrent jusqu’à instiller dans chacun des membres de ce monde en marche des figures de représentation, des images, des rites qui se croisèrent régulièrement avec ceux des peuples voisins ou même singulièrement éloignés.

Les langues s’imprégnèrent les unes les autres, elles portaient des traces du langage voisin, elles développaient des représentations mixtes et dans l’Empire romain, les peuples soumis par Rome et désireux de s’inscrire dans la pax romana étaient nommés, les Flavius. Le nom romain remplaçait le nom gaulois ou perse ou germain. Les Flavius avaient été intégrés à la grande Rome en perdant une part de leur identité pour en gagner une plus large. Ils parlaient cependant leurs langues, matinées des emprunts de la langue dominante, le latin. Le gallo-romain se développait, des scénarios de cosmogonie se différenciaient, des récits évoquaient les traces des autres civilisations. Cela ne se fit pas sans casse, ni sans souffrance, ni sans lutte, mais cela se fit.

Cosmopolitisme du réel, interculturalité des imaginaires

Dans quel monde perclus de naïveté saint-sulpicienne sommes-nous aujourd’hui, pour croire qu’une interculturalité se développe dans l’assentiment et la paix, lisses comme des vœux pieux. C’est d’une relation « chaude » qu’il s’agit, d’un frottement râpeux, d’un échange violent parfois et jamais sans risque. Les discours sur l’interculturalité commencent à laisser entendre un, déni de la différence au nom de cette même différence érigée en qualité première. Pour quelles raisons ? Probablement parce que rien n’a été mis en, place pour penser cette dimension interculturelle à temps. Et qu’il ne reste aujourd’hui, sur le réel antagoniste, que des emplâtres langagiers qui ne trompent que les aveugles et les sourds.

Cosmopolitisme, pluriculturalité, oui, mais de quoi s’agit-il quand on parle d’interculturalité et précisément d’interculturalité dans la littérature ?

Cette interculturalité suppose que nous échangions, à notre insu même, des valeurs qui sont supposées, faire lever dans chacun de nous une pâte insoupçonnée, bonne comme un pain béni. L’ironie est utile aussi, me semble-t-il, quand on évoque cette dimension autant érigée en évidence qu’en obligation.

Cela suppose que nous nous empruntions des valeurs, des signes, des codes qui nous augmentent. Vaste programme que des générations contestent dans les faits. Nos tribus cohabitent, se frôlent, se mêlent aussi mais au prix de quels dénis ? Cette interculturalité, territoriale et culturelle, est politique et on sait que cela passera par la Loi. Et cette Loi sera le référent commun, né dans le débat de l’Agora.

Dans la littérature, il en va tout autrement. Des langues et des récits représentent ce que nous jouons sur l’arrière scène de notre monde. Ils sont en perpétuelle mutation et traduisent, déforment, idéalisent des rapports de force qui produisent en nous de nouvelles découvertes, si ce n’est des éclaircies de vérité. La littérature, les littératures, plutôt, obéissent à des codes et des référents civilisationnels et politiques parfois étrangement éloignés et cependant au même travail. Ces littératures racontent des lieux communs de notre humanité traversés de singulières et improbables péripéties. Quelque chose de tendu est à l’œuvre dans ces croisements et des chocs sourds se laissent deviner. La figure de l’un dans une littérature est dominante un temps pour disparaître plus tard ou se retourner en figure dominée.

« Les autres »

Dans un petit village italien aujourd’hui, les habitants, ayant pourtant tous connus les difficultés de l’immigration dans leurs trajectoires familiales, nomment les étrangers débarquant dans leur village, « Les autres ». Ca semble choquant pour les bonnes âmes tentées par la grande fusion, mais au-delà de cette nomination rude et même apparemment excluante, « les autres » semblent aussi être marqués par un désir, une érotisation même. Des récits se conjuguent dans ce désir-là et « Les autres » vont devoir montrer pattes blanches pour devenir peu à peu, Michele, Mohamed, Kenan, Diallo, etc.…Le prénom, sacre de la différence et de l’identité, est aujourd’hui revendiqué comme trace positive de multiculturalité. Flavius est mort.

La littérature française, nombre de littératures européennes, ont érotisé le rapport à l’homme noir, par exemple. Et réciproquement. Des façons d’intégrer l’autre dans le récit convenu du temps, ce qui n’excluait pas la puanteur raciste et l’aveuglement historique.

Puis le sanglot de l’homme blanc (Pascal Bruckner) contribua à agiter dans les récits des blancs des figures abjectes de l’ancien colon et, dans les récits des noirs, ceux-ci se barricadèrent dans les figures de victimes expiatoires. Puis les récits se transformèrent pour décliner des représentations plus complexes, plus subtiles, plus paradoxales. Aujourd’hui, il est mal venu de traiter l’homme blanc en figure positive, le « black » par contre monte à la Bourse des valeurs. La langue française, par exemple, se déploie dans plusieurs continents qui impriment au langage les vertus et les fantômes du temps et de l’endroit.

Gageons que nous devrons compter avec la langue française des caraïbes encore plus en ce vingt et unième siècle naissant dans le chaos. Haïti, forcément, va faire remonter dans notre langue française, après le séisme qui fait table rase apparente d’un morceau d’île, des flux qui nous traversent tous : peur, compassion, solidarité, incompréhension, désolation, …

Et les littératures vont nous confronter aux interdits que cette tragédie éveille aussi en nous. L’humanitaire du « Sauvons Haïti » sera inévitablement contrebalancé par les questions et les récits que les écrivains vont en faire. Des terreurs plus parfondes vont remonter, des espoirs plus anciens se faire entendre à nouveau. Les écrivains par ailleurs, tout de suite, nous ont dit qu’ils se posaient les questions des Haïtiens, du point de vue des Haïtiens et pas de celui de notre grand besoin de Consolation. Ils rappelaient que ce travail se faisait en français, dans une langue partagée, non dans des intersections territoriales ou nationales, mais dans une intertextualité inévitable. Nos récits sont marqués au plus profond de la langue par des empreintes locales qui viennent à nous tout naturellement dans les dispositifs littéraires qui nous renvoient à notre étrange étrangeté reflétée dans celle de l’Autre.

L’intertextualité, comme première étape

L’intertextualité, cette façon de faire échos dans chaque nouveau texte à un texte dispersé, enfoui, incertain mais résonnant en nous, ne serait-ce pas là, la véritable première étape de l’interculturalité dans la littérature ?

Nous avons des images, des couleurs, des accents syntaxiques qui nous viennent de la littérature du voisin, proche ou lointain, ami ou ennemi, réel ou fantasmé. Et de cette intertextualité, le monde d’aujourd’hui commence à percevoir les effets en temps réel. Les migrations accélèrent la cadence du temps, des dispositifs d’imaginaires se croisent avec une célérité jamais atteinte.

Des littératures se confondent à certains endroits dans des récits si proches qu’on ne sait plus à qui il appartiennent vraiment. A moins que cette incertitude ne forge encore plus d’arguments à l’imaginaire. Petit Poucet voit ses morceaux de pain mangés par les oiseaux et élabore alors un système plus résistant. Les cailloux le mènent droit à la Maison de l’Ogre. Voilà le résultat de ne pas s’être perdu dans la Grande Forêt. Les filles de l’Ogre y laisseront la vie et Poucet et ses frères reviennent en enfants prodigues. Un autre récit commence alors…

Cette interculturalité dans la littérature est tantôt chantée comme une ode à la rencontre poétique, tantôt analysée dans ses rapports de pouvoirs de représentations de l’Autre. Des crédos s’expriment, des pensées se développent, des désirs se dévoilent. Mais chacun parle, en ce domaine, d’une expérience intime de la langue et de la littérature. Et cette expérience est traversée par le langage, des langues, des imaginaires flottants qui ne cessent de rebondir contre d’autres imaginaires plus durs à tel ou tel endroit et qui repoussent ou intègrent en les modifiant ( comme tout système traite une nouvelle information à transmettre après l’avoir augmentée de la mémoire des mouvements précédents) ces expériences de vie et de langage.

L’interculturalité est ici chimique et non physique comme le discours culturel et politique semble vouloir nous le faire admettre. Cette chimie transforme en permanence des éléments apparemment disparates en les agrégeant ou en les déstructurant. Il ne s’agit ni de bien, ni de mal. Il s’agit simplement de reconnaître que rien d’innocent ne se trame dans cette matière.

Des rapports de force se modulent, modèlent les figures de représentation et la sauce s’élabore. Il me semble que la salade serait plus le terme à employer dans le cas de cette interculturalité littéraire. La sauce, la salsa globale, condamne les éléments épars à se désagréger et à se mélanger dans un goût unique et souvent infantile. La salade, elle, permet de distinguer tous les morceaux. Et de créer des formes combinées en empruntant des éléments à la pluralité.

La littérature est experte en cette matière de salade…Elle est créatrice de chimères. Elle met au jour ces êtres improbables et constitués de fragments d’êtres réels dispersés. La licorne n’est-elle pas une figure particulièrement parlante pour chacun, d’où qu’ils viennent, puisqu’elle n’existe que dans notre imaginaire et ses représentations ?

Notons que le pire est déjà fait en matière interculturelle, la world machine a réactivé le principe du kitsch. En gommant ce qui résiste pour le couler dans ce qui se laisse entendre sans distinction… La littérature n’a que faire de cette interculturalité-là, au contraire, elle y perdrait son pouvoir d’antidote à la Bêtise commune, de quelque culture qu’elle soit.

Des archipels contre des continents ?

En quoi la littérature-monde, ce beau programme déclaré en 2007 dans le manifeste, « Pour une « littérature-monde » en français » (Michel Le Bris, Jean Rouaud et Eva Almassy) fait la différence ? Le concept de littérature-monde devrait désigner toute littérature écrite en langue française. Le concept de « littérature francophone » est lui, en réalité, appelé à désigner les œuvres produites en français par des écrivains, dont la langue natale n’est pas le français. Nous sommes dans une interculturalité d’ouverture culturelle, dont la langue est le seul vecteur, contre le concept politique de littérature francophone.

Quand le poète et essayiste martiniquais Edouard Glissant (écrivant en français, et non, écrivain français, comme certains l’indiquent) parle de Tout-monde et développe cette belle idée de pensée archipélienne, c’est-à-dire d’une pensée faite d’ilots qu’il s’agit§ de rejoindre en nageant, en allant à gué, en prenant des risques de non-savoir d’un ilot à l’autre. C’est dans le mouvement de lien entres ces positions insulaires que la pensée contemporaine s’exprime : dans des flux plus que dans des bastions. Cette pensée archipélienne nous invite à poser les pieds sur des fragments de cultures et de savoirs épars et à en faire un archipel, un chapelet d’îles où nous allons en traversant des gués ou en nageant d’un ilot à l’autre. C’est dans ce mouvement, probablement que l’interculturalité la plus radicale s’invente. Dans la nécessité de poser le pied sur un élément connu en traversant des zones floues et incertaines. Edouard Glissant ne fait rien d’autre que d’exprimer dans une intelligence et même une pensé poétiques limpides ce qui nous arriva à chacun sur cette terre après la tragédie de la deuxième guerre mondiale, de la Chute du Mur, des mondes rapiécés et des cultures locales appuyées sur (ou contre ?) Globalia.

Enfin, la langue, débarrassée des anecdotes du récit, porte en elle les traces de cette tension entre des traitements, des cultures, des épisodes différents. Les mots s’obscurcissent ou s’éclairent, se réchauffent ou se refroidissent de l’usage du temps et du lieu. La langue est occupée de l’intérieur par l’histoire et la géographie (qui souvent se traduit de façon majestueuse dans l’oralité) et ne constitue un véritable point d’appui à la majorité que dans le cas où elle se relie à une histoire et à une expérience partagées.

Les décrets, obligations administratives et consorts ne sont que des embrouilles morales qui font que la langue devient politiquement correcte ou ce que l’on voudra mais certainement pas une langue de référence, en lien direct avec l’imaginaire. Qu’il faille forcer les imaginaires à pratiquer et à produire une autre langue, plus propre, plus nette, plus lisse, plus en rapport avec le consentement général, est une autre affaire. Et qui n’a rien à prouver. La méthode est connue. Perdre de la langue chacun le sait, c’est perdre une liberté fondamentale, celle de penser dans le retrait silencieux qui précède la parole…

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La confusion des débats

Posté par traverse le 29 mars 2010

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Ca y est, après la Vache folle, le Réchauffement de la Planète (voire), c’est le Voile…
Pas celui de Marie, non. Celui des femmes musulmanes qui tiennent à leur liberté de le porter n’importe où, n’importe quand. Et ce n’est pas une mince affaire, c’est une question qui excite les tenants de la démocratie souvent si légers dans leur dialogue avec l’histoire, la mémoire des luttes, la réalité des sociétés.

Le Voile, ce n’est pas une question de stylisme ou d’élégance non plus. Certaines le portent avec piercing, string et autres fariboles vestimentaires. D’autres s’en enveloppent comme pour se prémunir d’un contact impur avec le reste du monde. Dans le nouement dudit foulard, des règles subtiles nous disent à quelle tendance le voile fait référence.

Vous me direz qu’on s’en fiche ? Evidemment, la mode, c’est une question privée. Mais il ne s’agit pas de ça, voyons, il s’agit d’une question ESSENTIELLE dans notre monde de tOOOléérance (tiens, le tollé est rance ?). Il s’agit d’une question fondamentale alors qu’on pensait s’être débarrassé de ces signes religieux encombrants (…et prescrits, c’est ça le problème) en Europe il y a quelques dizaines d’années.

Mais non, on aime ça chez nous les débats vides, les prises d’otages morales « au nom du respect et de la liberté », on aime ça, le dialogue de cultures quand il s’agit de perdre son temps à côté de situations sociales lourdes : décrochage scolaire, fermetures d’entreprises, augmentation du coût de la santé, fatigue devant des délits commis avec une allégresse cynique et barbare et finissant régulièrement par…rien, rien du tout, voyons, pas de vagues.

La question démographique, les agressions systématiques à la vie privée par le Global numérique…ça ne compte pas, voyons, la question des questions c’est celle du Voile, du foulard, de la liberté religieuse, oh pardon, je ne sais plus ce qu’il faut dire, je ne sais plus ce que l’on peut dire, puisque la réalité est telle que dans la société de communication il faut surtout ne rien dire.

En fait, il n’y a probablement pas grand chose à dire si ce n’est « Mamzelle, sachez que votre liberté, la mienne, passeront toujours après les termes du Contrat social, que vos états d’âme, littéralement ne comptent pas plus que les miens dans la balance, que vous confondez la liberté avec l’hystérie de la liberté à tout prix, renvoyant ainsi l’équilibre social durement établi en matière de limites entre la sphère privée dans l’Espace public à une sorte de consumérisme du « c’est mon droit »… ».

Et votre liberté individuelle, vos états d’âme, les miens, ceux de mon voisin ont un espace pour être pris en compte : l’espace politique qui fait fi du religieux, qui tente de garder à distance les tenants du religieux. Mais aujourd’hui, les tenants du tout religieux le voient d’un mauvais œil. Nous sommes devant la montée des intégrismes naturels au nom des la liberté d’expression, et c’est le comble. Nous sommes aussi devenus une société de l’irresponsabilité, une société du « on » quand il s’agit de responsabilité et du « je » quand il s’agit du jouir.

L’avortement est remis fondamentalement en cause, le Créationnisme gagne dans toutes les écoles, des étudiants affirment que la laïcité est une « croyance comme une autre ». La confusion des genres intellectuels, l’agressivité verbale, la menace physique sont devenus la norme. Et je vois peu, tous religieux confondus, de manifestations pour cette absolue nécessité de la séparation des genres et de la reconnaissance que des systèmes marchent peu ou prou en fonction du niveau d’émancipation de ceux qui y vivent.

Cette émancipation devient un terme obsolète : elle n’existe ni dans le rapport à la consommation, ni dans la relation au monde du travail (le management nettoie le sang des murs, comme l’écrivait Jean-Pierre Le Goff, mais c’est le même qu’au 19ème siècle : violent et pervers), ni dans la sphère de l’éducation familiale (toute matière éducationnelle et morale, la hiérarchie des valeurs émancipatrices ont subi un transfert massif de l’aire familiale (familles multiples sans référents) à l’école, croulant sous les rendez-vous ratés (entre le savoir et l’épanouissement dans le travail, entre les relations de transmissions, entre les enseignants et les enseignés, entre l’Institution et les comportements privés (GSM en classe, rackets, porno langage, effritement des nuances relationnelles, cécité devant l’autre, …)

Olala quel sujet, le Voile ! Voilà un sujet majeur alors que la régression de l’inculture pseudo théologique s’installe dans les écoles devant des enseignants otages de la pression, des insultes, des anathèmes et des dénonciations pour discrimination des étudiants censés étudier pour se préparer à une vie active.

Et les débats culcul la praline se déclinent d’écoles en écoles, les mêmes nunuches s’appuient sur des vides culturels pour affirmer ou infirmer la même chose, « C’est dans l’Coran, ma Sœur, c’est pas dans l’Coran, mon Fère, j’te jure c’est dans l’Coran, ma sœur ! ». Et des animateurs, des profs, des invités en remettent une couche. Chacun a droit à l’expression, c’est entendu mais malheureusement entendu comme tel. Faudrait avoir un appui à son avis, mais ça, m’sieurs, dames, ce n’est pas nécessaire.

Ce qui est important c’est que ces dames voilées et ces messieurs « dévoilés » (bien sûr, le port du Voile est un choix librement consenti par chacune …blablabla…Là, faudrait arrêter de prendre les citoyens pour des chicons…) s’expriment, et réclament, et opposent, et s’indignent et… Chacun a un avis, comme une bouche, des bras, un cul et beaucoup de vent qui circule dans tout ça.(1)Et chacun d’y aller du pour ou du contre mais toujours de la même façon : un peu de philo, un peu de « moi je pense », un peu de « je déclare », un peu de « respect » , un peu de « dialogue », un peu d’interdit et d’outrance, un peu de silence et le tour est joué.

Moi, la liberté, je veux ! Allons, Mesdames et Messieurs les Politiques, courageux et probes, conscients de la régression que suppose l’acceptation de tels comportements, dites-le net, vous ne savez plus que faire pour rester neutres alors que ces demoiselles ne le sont en rien. La trouille est aux commandes, le déni de débordement nous pète en pleine face, on rase les murs et on attend qu’une solution miracle nous vienne toute cuite sur un plateau.

Mais sont-ce ces demoiselles ou ces dames qui poussent le bouchon trop loin ou y a-t-il « derrière » elles des pouvoirs cachés ? Certes, la religion, le religieux considérés comme valeurs refuges et identitaires semblent le dernier refuge des citoyens qui se sentent solitaires et non solidaires (en Europe, Rien n’a été prévu, conçu, construit pour régler et réglementer les immigrations sollicitées par l’Europe, sauf des discours et des affirmations allant de concert avec les menaces et les ostracismes).

A peine vous interrogez-vous sur la question démographique des migrations, à peine êtes-vous ressenti comme un partisan des extrêmes. Ce serait intéressant de (re)lire Hannah Arendt à propos de ces façons de censure que la classe moyenne met en place à son endroit et des outils qu’elles inventent pour fustiger et exclure celles et ceux qui osent s’interroger sur les diverses dimensions des questions liées aux sursauts totalitaires.

Les flux migratoires (qui ont toujours existé et qui, personnellement, ne m’inquiètent en rien) sont ressentis, étant donné la question du nombre (liée, entre autres, aux perceptions territoriales), comme des situations historiques aux conséquences collatérales. La question peut et doit être posée, quitte à l’épuiser par l’étude du réel, sinon elle sera logée ou cachée dans d’autres choix dont l’extrême droite n’est qu’un des avatars.

Interroger, c’est ne pas souscrire au Discours lénifiant global. C’est ne pas Croire, c’est ne pas être obligé d’« aimer » l’autre. J’avoue n’aimer que les gens aimables à mon sens et ne pas m’inquiéter par ailleurs de vivre avec celles et ceux que je « n’aime pas ». La culture est faite pour le « vivre côte à côte » et non le « vivre ensemble » (dans une galère, on vit ensemble dans la seule loi du Tyran). Sachant que la Loi, issue du Débat politique est là pour nous protéger les uns et les autres, nous qui ne nous aimons pas suffisamment que pour être frères ou sœurs. Voisins suffit et la Loi est construite pour cette fonction. Le juridique corrigé par le religieux, voilà de quoi je vois venir les ombres les plus épaisses.

Ce n’est donc ni le Voile, ni quoi que ce soit de religieux qui soit inquiétant mais la façon dont le débat porté par les partisans du « tout religieux » parviennent de façon perverse à en déplacer sans cesse l’enjeu. Par la façon dont nous avons la Trouille de répondre NON et de le replacer ce Débat, cette Dispute, comme l’écrivaient les philosophes des Lumières, dans des espaces qui échappent au prurit du « C’est mon droit », par la façon dont la moindre question renvoie celui qui la pose à des positions que la socio-culture (un peu de tout et le tour est joué) diabolise de slogans à l’emporte-pièce. Propagande et culpabilité, voilà les armes qui font avorter les débats légitimes mais politiquement incorrects.

Je me souviens que dans les films de Fellini, des gamins soulevaient les soutanes des curés en s’en moquant. La calotte était ridicule, ça puait la contemption et le pipi mental… Fellini soulignait un peu avant sa mort qu’il ne pourrait plus, dans l’état actuel de l’Europe, construire les films qu’il avait réalisés des années 50 aux années 80. Impossible, plus de pognon pour ça, plus de producteurs pour payer un artiste qui montrait des gosses allant dans des bordels comme on va au cinéma (souvent, c’était mitoyen dans l’Italie qu’il nous racontait)).

J’aimerais qu’on puisse voir un gamin d’aujourd’hui relever les cottes du Nikab et faire un doigt d’honneur à la dame offusquée. Liberté de création voyons, gaillardise bien européenne. Mais non, ma grande, nenni mon grand, ça c’est fini, c’est un manque de respect coupable de flagellation et d’amputation. C’est au minimum des emmerdes sans nom. Ca s’appelle la régression au nom de Dieu.com.

Et ça n’en finit pas de bavarder au nom de la liberté alors que la tolérance est toute autre, c’est une façon de combattre et non d’accepter, une façon d’enfoncer les forteresses de bêtise (pas celle du voile, mais celle du débat autour de la …chose).

Le seul voile qui nous bouche la vue de l’avenir aujourd’hui, le pur, le vrai, le grand, c’est celui-là : le voile de la méconnaissance, de l’inculture et de la frustration. On venait d’en finir auprès des siècles de luttes, de sacrifices pour que la Cité ne soit plus empestée de ces effluves religieuses et des pestilences des potentats de la « banlieue Dieu » et hop, c’est r’parti pour un Tour. Et pas n’importe lequel, c’est le Tour de « je me tire dans le pied et j’aime ça ».

Parce que le Voile de quelques femmes issues d’une autre culture, d’un autre temps ont ce besoin-là de reconnaissance narcissique, sociale, culturelle et que nous souffrons de ne pouvoir dire non à ce « besoin » ou à cette culture-là » au risque d’être mal aimés? Non, il me semble que la perversité vient du fait que tout simplement nous confondons des femmes libres ou instrumentées avec des citoyennes libres de parler et de se battre pour leurs idées tout en respectant la Loi du Politique.

Ca ne me regarde que faiblement de régresser au nom d’un plus de liberté qui se masque sous la forme d’une nouvelle Tutelle, par contre ça me regarde beaucoup de me battre pour que des systèmes soient émancipatoires et combattent ceux qui ne le sont pas) à moins de rêver, comme beaucoup me semble le faire de parler à la place de, de s’occuper avec tant d’attention des états d’âme, de se complaire dans la schizophrénie culturelle (je fais une chose dans un état de relative liberté et au nom de celle-ci, je soutiens celles et ceux qui veulent sa régression.)

Le débat a lieu. Il est capital puisqu’il touche la tête des femmes qui déclarent dès la puberté, que c’est « ma liberté ». Il y en a même une, complètement « nikabée » qui déclarait récemment sur une chaîne française que « ma liberté passe avant la Loi ». Aï, aïe, aïe, surtout ne rien dire. Surtout pas, vous êtes foutu alors pour trois générations au nom de :
- racisme
- xénophobie
- irrespect
- inculture
- intolérance
- provocation
- nationalisme
- perversité
- aveuglement
- incompréhension
- irréalisme
- idéalisme
- fascisme
- imbécillité
- régression
- choc des civilisations
- …
- (ou de toute injure qui assimile par exemple un anti-islamisme à l’antisémitisme…avec la légèreté que suppose une cécité rédhibitoire sur la question de l’histoire des Génocides)

Je ne pense pas non plus qu’il s’agisse d’ostraciser de quelque manière que ce soit les femmes « issues de l’immigration », ce serait une faute de débat car à l’instant il me serait répondu, et c’est là que l’on se fait flinguer à vue : « Mais elles sont françaises, belges ou syldaves cher Monsieur…». Non, il s’agit tout simplement de rappeler avec une extrême fermeté alors qu’il semble, dans la population que des limites d’intolérance ont été dépassées, que l’Individu n’est pas libre, qu’il est assujetti à un Contrat social.

Relisons Montesquieu et ne jetons pas le voile sur cette question centrale : comment allons-nous définir un Contrat du vivre ensemble qui ne soit fondé sur la Reconnaissance individuelle mais sur l’égalité des droits et responsabilités dans un Etat laïque helléno-judéo-chrétien qui a déjà eu tant de mal à se dispenser des folies confusionnelles ou intégristes depuis un siècle ? Vous aimez la régression, alors votez l’émotion identitaire. Vous aimez la démocratie, alors combattez les communautarismes, les identités définies dans le repli. Mais pour cela il faudrait à ce fameux Etat propose plus qu’un discours socio-cul aux migrants, et ensuite, aux citoyens de tous ordres.

Il faudrait que l’Europe affirme des valeurs partageables par tous et toujours passées par le Débat public d’où le religieux serait systématiquement renvoyé à une part intime de chacune et de chacun et jamais considéré comme le Tout sur lequel le reste s’appuie.

Il s’agirait d’inclure et non d’exclure, tout simplement, et de construire une éducation validée par des valeurs émancipatrices de chacune et de chacun.

Le système qui veut la liberté de chacune et de chacun au-delà de la Loi est nocif et ne fonctionne pas. Il suffit de lire l’histoire.

Je viens chez toi et je suis chez moi en respectant les Lois de chez Nous.

En tout état de cause, que dire, que faire dans ces conditions de flottement, comme on dit d’une roue qu’elle est voilée quand elle ne tourne plus rond ?

Débattre ? Certainement mais sans cette peur qui sidère nombre de nos contemporains (la peur d’une quelconque dénonciation au nom d’un racisme ou autre déviance supposée dès lors qu’on défend avec certitude et fondement ses valeurs de liberté et de laïcité).

Rions aussi devant la légèreté des menaces et la peur si facile de ces mêmes contemporains qui jouent les Bouvard et Pécuchet de la tolérance fondante (comme le fondant au chocolat : légèrement croustillant sur le dessus et fondant et mou à l’intérieur) : ils essayent de faire avec le Voile, comme on fera ensuite avec la confusion des valeurs et des genres.

Flaubert, décidément, un magnifique spécialiste de notre bêtise se régalerait de ce fondant débat.

(1) Boudu sauvé des eaux, de Jean Renoir (Michel Simon, interprète Boudu et dit « Ce qui est terrible, c’est que tout le monde a ses raisons… »)

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La semaine du récit de vie à la Maison du Livre

Posté par traverse le 29 mars 2010

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Ateliers d’écriture – La semaine du récit de vie à la Maison du Livre, Saint-Gilles

du 12 au 16 avril de 14h à 18h

En cinq après-midi, nous allons travailler à partir d’éléments biographiques puisés dans le patrimoine photographique familial de chaque participant. Ecrire des récits, fléchis par la fiction, arrimés aux fantômes que la photographie révèle, construire des séquences biographiques ou fictionnelles à partir de ce matériau, voilà le projet de ces cinq rendez-vous. Le principe est simple : une photo par jour, un récit par jour et cinq séquences comme une main ouverte sur des temps mélangés.

CONFIDENCES(c’est le nom de la soirée) : A la fin de la semaine, le 16 avril à partir de 19h, chaque participant (e) et nos invités (celles et ceux que vous connaissez, des « anciens » d’autres ateliers, des auteurs désireux de venir lire (maximum 7 minutes par texte et participant (e)…) liront à micro ouvert…. Une occasion de confronter des approches d’écriture et de lectures en public des récits de l’intime…

Renseignements: www.lamaisondulivre.be 02/5431220 – Prix : 100 euros, acompte de 50 euros

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Deux ateliers de fictions en été

Posté par traverse le 25 mars 2010

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Adultes : du 2 au 6 août de 14h à 17h.

Fictions brèves et récits à partir d’extraits de films de l’histoire du cinéma à la Bibliothèque 1001 pages, 1, Place de la Reine -Schaerbeek avec Daniel Simon et Christian Van Tuijcom.

PAF 110 euros payables en plusieurs fois.

Jeunes adultes et Ados, « Je fais mon cinéma » :

Du 5 au 9 juillet, 14h à 17h. Avec Jacques Deglas, Christian Van Tuijcom et Daniel Simon à la Bibliothèque Sésame, Schaerbeek

Ecrire de l’image, du mouvement, des récits, un scénario pour passer à la réalisation et au dépôt sur Internet, voilà l’objet de l’Atelier.

Ecrire une situation, créer des personnages, établir un scénario, apprendre à le critiquer, puis à la réaliser et à le diffuser sur le Net, ce sera notre Rencontre de l’été avec les Jeunes adultes et les Ados intéressés.

En cinq après-midis de 14 h à 17h, trois animateurs expérimentés (écriture, voix, images, Net) accompagneront celles et ceux qui souhaitent devenir les auteurs de leur premier film court.

Une projection des œuvres réalisées aura lieu dans le cadre de la Bibliothèque Sésame par la suite.

Organisation Traverse asbl avec Sésame (Bibliothèques de Schaerbeek)

A partir de 15 ans.

Aucune expérience requise et tout le matériel sera offert par les organisateurs.

Droit d’inscription : 110 euros payables en plusieurs fois au compte 068-2144376-24 de Traverse asbl

Renseignements/inscriptions : Daniel Simon – 86/14 avenue Paul Deschanel – 1030
02.216.15.10 ou 0477.76.36.22 daniel.simon@skynet.be

A l’initiative de M. Georges Verzin, Echevin de l’Instruction publique, de la culture et des bibliothèques

Site : www.traverse.be (Cliquez sur Avanti! Et vous arriverez à la page Ados et Jeunes adultes)

Clip de Jacques Deglas à propos de l’atelier d’été

http://www.youtube.com/watch?v=qFc5ENPiGv0

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Journal d’une génération (qui connut le politique et fond dans l’émotion)

Posté par traverse le 24 mars 2010

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L’éternité, c’est quoi?
C’est la mer allée avec le soleil.

A. Rimbaud.

Toute génération connaît son point limite, celle des années soixante atteint sa maturité fatidique en l’an 2000. De sombres histoires d’Etats, des abandons ou des alliances nouvelles donnaient aux tyrans des airs d’humanité retrouvée. Hasan II accueillait le vieux Mobutu malade qui mourut dans le Royaume du Maroc moqué et trahi par la plupart de ceux qui l’avaient soutenu. On payait au Congo libéré par Kabila (père) un poulet en millions de « prostates ». C’était le nom donné par les Kinois aux Zaïres dévalués qu’on payait alors par liasses tombant en morceaux. Le Mur était définitivement en fragments (recyclés en souvenirs et en œuvres d’art) et avait entraîné avec lui des pans entiers de l’Histoire et des hommes. Des cultures s’étaient défaites d’un coup, le socialisme et le marxisme en avaient pris définitivement dans l’aile et la morale, celle que les naïfs assoiffés de pureté attendaient de l’Est ou d’Orient, nous prenait de court par son cynisme et son archaïsme violent.

L’armoire à secrets attendue était vide et ce qui en sortit ne fut qu’un bref moment de réjouissance presque ancienne : des hommes se gratifiaient de nouvelles reconnaissances et des frontières tombaient pour en laisser apparaître d’autres, lointaines et floues, celles de la pauvreté morale de tous, du désespoir de chacun et du vide d’idées fortes et porteuses d’espérances. La jouissance du libéralisme s’instilla au cœur de chaque mouvement humain, de chaque comportement. La fête, la jouissance, le plaisir, l’accomplissement effréné de soi devenaient les vertus cardinales de toute société démocratique.

Les effets collatéraux de l’antique « jouir sans entraves » (68 était refroidi et passé aux célébrations) se faisaient sentir au plus profond : les élites, même issues du travail et de l’ascenseur social ou culturel, étaient suspectes de tout, les pouvoirs confondus avec les plus nécessaires autorités et les médiocraties de tous bords trouvaient dans la socio-culture et la médiatisation perpétuelle des alliés de poids. Par la proximité des institutions culturelles dévouées au lisse et au contentement des fragiles marges intérieures de la classe des consommateurs et par notre sidération devant les dispositifs de réalité mis en place systématiquement (du plus bas, au plus haut, jusqu’à celui du Corps du Prince, de l’Elu, du Manager, de l’Intellectuel, de l’Artiste, de l’Expert,…), les épines tombaient une à une des roses auxquelles rêvaient encore la plupart d’entre nous.

Un lourd passé rentrait à nouveau dans l’Histoire en faisant ressurgir un présent tragique : les pauvres arrivaient en masse et les oasis où ils pensaient se reposer se tarissaient à vue d’œil. Des débats tonnaient un peu partout à propos des conditions de parcage des envahisseurs légitimes. La présence des plus démunis de la terre sur le sol des démocraties marquait le temps d’un nouveau désordre : celui qui devrait donner naissance à des valeurs de réconciliation humaine, à des rédemptions tant attendues chez l’Homme blanc. Mais les pauvres ne sont jamais ceux que l’on connaît, ils sont d’un autre ordre ceux qui nous déterminent à agir : ce sont des inconnus, des Gaspards arrivés dans un grand trouble dans nos villes bruyantes et qui posaient leur silence et leur besoin de consolation sur la table des Chevaliers du droit, de l’égalité, de la fraternité et de la liberté qui était déjà si encombrée des Dossiers infinis que les mêmes Chevaliers ne parvenaient à traiter dans l’esprit des Lois de la reconnaissance universelle.

Ce qui arriva alors, ce fut l’annonce d’une limite au passé sous la forme d’un Bug immense et rédempteur, un Tabula rasa qu’on espérait en secret. Les temps numériques allaient renvoyer les anciennes inquiétudes à l’an Mil et on en sortirait enrichis d’une terrible découverte : les temps avaient changé. Il ne se passa rien. La fête fut lourde à digérer et l’Europe, à cet endroit précis en profita pour frapper du poing le front de chacun en y laissant l’empreinte de l’Euro. C’était notre victoire, celle qui transformait les anciens chaos en monnaie d’espoir et d’entreprises communes.

Et pendant ce temps, les pauvres ne cessaient de s’agripper aux trains d’atterrissage des avions, de se réfugier dans les soutes des navires et des camions transporteurs…Des familles entières arrivaient dispersées et vivaient dans des conditions de clandestinité qui ne cessaient de moudre dans le cœur des hommes, des arrivants et des accueillants, ce qu’il y avait de plus ancien : l’évidence d’être chez soi et le rêve de se porter en dehors des enfers vers ce qui apparaît comme un lieu de bénédiction. Les uns et les autres se sont regardés sans se comprendre et ils ne pouvaient vraiment se parler car ils ne pouvaient se comprendre. Alors ils échangèrent des phrases rituelles : le nombre de viols, les violences de tous ordres passées dans les récits attendus, des catastrophes sans fin parfois incontrôlables. En face, en balbutiant presque, c’étaient des programmes, des urgences, des discours, des aides coordonnées, des emplâtres, des drames, des impasses, des colères rentrées.

(à suivre)

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Notules

Posté par traverse le 23 mars 2010

Notules dans Textes dantealighier
C’est un concert de lieux communs que j’aimerais diriger comme une chorale de bric et de broc, des phrases qui ne veulent plus rien dire tant elles rassemblent.

Le jazz est l’activité la plus intelligente que le malheur ait produite.

Respect est l’avatar d’Anastasie.

Parler à quelqu’un suppose aujourd’hui qu’on soit d’abord d’accord, le dialogue va de soi.

De plus en plus de mails à propos de ce qu’il ne faut pas dire hors connections.

Ecrire est toujours un plaisir pour ceux qui ne supportent pas la littérature.

L’amour pose d’emblée la question du mensonge et la solitude du temps la referme aussitôt.

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Il y a des masses, des choses compressées

Posté par traverse le 21 mars 2010

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Il y a des masses, des choses compressées qui n’appartiennent en rien à la géologie, des vagues et des abysses, mais aussi des sols, des remparts, des parois de choses jamais dites, des murailles de lois et d’inouï, de l’air où nous rêvons d’aller quand le temps est si lourd et jamais à portée, il y a des repos, des faiblesses qu’on repousse en attendant le temps de notre effondrement.

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Des vagues, des ressacs et du silence soudain

Posté par traverse le 14 mars 2010

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Des vagues, des ressacs et du silence soudain, comme la nuit pique l’oeil dans le soleil, et ça repart d’un coup, sans nous, alors que le livre est ouvert à la dernière page et qu’un chagrin si vif nous prend alors qu’on lisse la couverture d’une main légère en regardant ailleurs tandis que s’éparpillent des phrases mises dans le bout à bout des chimères nocturnes.

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Livre ouvert, l’armoire libère des odeurs

Posté par traverse le 9 mars 2010

Livre ouvert, l’armoire libère des odeurs qui se bousculent et flottent dans la pièce, là du plomb fondu et des fumées de soufre, les pirates activent le feu, au-dessus des vols d’oiseaux sombres et des cris lointains qui se perdent dans l’horizon de la fenêtre, sur le sol des sels et des micas sonores où je marche en écrasant des senteurs de cendres, dans le fond de la pièce, des marais où rougeoient des éclats de ciel qui tombent et se plantent dans l’eau noire, un léger vent humide me touche le front, ma main ferme le livre et d’un coup ma chambre est en ordre.

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Notules de Foire du Livre

Posté par traverse le 8 mars 2010

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Tu veux voir quelque chose de spécial ?
- Non, tu sais, je vois comme ça…

Peu de religieux à la Foire, si ce n’est devant certains auteurs où les files sont impatientes et silencieuses. Pas de voiles ni de cornettes. Le numérique serait-il une hypostase d’un dieu caché que l’on honore surtout en privé ?

Les éditeurs sont heureux : du monde, des achats, de l’intérêt et des débats (où le politique fait la foule).

Pas d’alternatif cette année : tout dans le même sac. Pour et contre au même étal.

Des profs en visite et des enfants, des jeunes qui courent. C’est congé.

Les fumeurs dans le froid dehors en regardant la neige tomber silencieusement dans de fins tourbillons.

Difficile de s’asseoir pour partager un avis. Alors on marche en parlant devant des auteurs et des éditeurs qui regardent, parfois las, le flux du public. Un bord à bord toujours sous la garde muette des titres et des collections où on lit l’évidence d’un métier : attirer le lecteur n’est pas une mince affaire. La fatigue est là : chaleur et bruits, la Foire, quoi.

Des personnes et des femmes handicapées avancent imperturbables et fendent les flots de leurs chaises silencieuses.

Les poupons au plus bas, ils vont dans des poussettes à hauteur des mollets qui flânent.

On trinque : du vin, des apéritifs, des boissons régionales. Le livre est un gourmand : il appelle d’autres plaisirs aux agapes.

Des retrouvailles, des surprises, des têtes oubliées et des sourires soudain. La rencontre est le lien que le livre provoque dans la tribu des lecteurs.

Ceux qui lisent des livres qui les renvoient à ce qu’ils savent et connaissent déjà ; les autres qui choisissent des lectures qui les perdent et les envoient dans ce qu’ils ne connaissaient pas. Les deux sont des lecteurs amoureux. Et pour des raisons pas si éloignées, chacun prend du temps de lecture sur l’obligé.

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