Monstres-moi qui tu es

Posté par traverse le 25 août 2010

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Cet article est paru au début de l’année, il est en liaison aussi avec Laide

n.c.
Samedi 23 janvier 2010

Les enfants aiment les monstres et ceux-ci le leur rendent bien. Dans la galerie des monstres qu’on leur propose, on en voit de toutes les formes et de toutes les humeurs. Les parents les voudraient gentils et rigolos. C’est pourtant si gai d’avoir peur.
Ils peuvent être méchants ou gentils, bleus, avec des poils ou des cornes. Les monstres qui peuplent aujourd’hui l’imaginaire collectif sont issus de l’imagination des artistes et de l’industrie du divertissement. Certains arrivent sur la pointe de leurs pieds griffus pour faire bouh dans le dos quand d’autres déboulent avec la légèreté d’un troupeau de velociraptors.
Le complément nécessaire d’un monstre, c’est un cerveau d’enfant, écrivait Paul Valéry. Est-ce à dire que, de nos jours, ce sont des enfantillages ? Qu’il faut avoir le cerveau encore malléable et ouvert aux vents de l’irrationnel pour « croire aux monstres ? » Pas si vite, le plus important n’est pas là, il est dans la proposition inverse. L’enfant a besoin de se confronter aux monstres avec lesquels il donne forme à toutes ces peurs sans nom, à toutes ces frousses tapies dans l’obscurité de son inconscient.

Fais-moi peur !

Dans le grand marché aux monstres, le choix est vaste et bien balisé. Catégorie d’âge par catégorie d’âge, chacun y trouve son compte et reçoit les monstres auxquels il a droit, de la maternelle aux grands enfants qui aiment aussi jouer à se faire peur.
Pour les plus jeunes, il y a une tendance très nette, depuis quelques années, à rendre les monstres sympas et rigolos, certains diront à les affadir. « Monstres et cie », le film que Pete Docter a réalisé pour Pixar a marqué un tournant. Alors qu’ils sont payés pour faire peur aux enfants, Sully et Bob « n’a qu’un œil » Razowski se révèlent être les créatures les plus drôles et adorables qui soient et deviennent vite les meilleurs amis de la petite Bouh. À côté de ce chef-d’œuvre, on trouve nombre de films et de livres où les monstres ont perdu leur pouvoir d’effroi comme une mayonnaise trop délayée. Cette mise à distance des monstres, dans les séries pour enfants, remonte à bien des années plus tôt. En 1969, les studios Hanna Barbera créent « Scooby-Doo » pour calmer les protestations des parents contre des dessins animés jugés trop violents. Dans la série, on suit une bande d’ados avec leur benêt de chien résoudre des mystères et, de fait, combattre zombies, vampires, momies et autres loups-garous bien inoffensifs. Dans le cahier de charge de la série, il était dit qu’il fallait divertir et rassurer les chérubins et surtout ne pas les effrayer. Peut-être pas une bonne idée. Parce que la frousse est d’abord un jeu de cache-cache entre imaginaire et réalité. Les enfants adorent se faire peur. Quand on raconte une histoire et qu’on crée des moments de suspension, ils savent qu’ils sont en dehors de la réalité. Ils savent aussi que l’issue sera positive, note Laurence Corten, conteuse et animatrice auprès d’enfants, de la maternelle à la fin de la primaire.

Lorsqu’il parut en 1962, le livre « Max et les Maximonstres », de Maurice Sendak, suscita la polémique auprès de certains parents, scandalisés de voir de telles connivence et promiscuité physique entre l’enfant et ses créatures imaginaires. Loin de les dompter, voilà qu’il se laisse entraîner dans leurs jeux dangereux. L’auteur répliqua qu’il fallait se garder de sentimentaliser le monde de l’enfance et que ce n’est pas en les surprotégeant qu’on obtiendrait des enfants heureux et prêts à faire face aux réalités du monde adulte. Aujourd’hui, le film ne suscite guère de protestations. Si ce n’est que l’accouchement fut difficile : après la vision test, Spike Jonze vit sortir de la salle des enfants plus effrayés qu’il n’était permis. Face à l’œuvre achevée, les distributeurs se sont d’ailleurs trouvés en mal de catégories pour caser un film qui s’éloignait du formatage des films de monstres pour enfants.

Le loup ne fait plus recette

Écrivain et auteur de plusieurs pièces jeune public autour de la figure du monstre, Daniel Simon voit dans cet affadissement du monstre un retrait face à un monde perçu comme trop violent, trop effrayant. Mais comment dompter ses peurs si l’on se retrouve confronté à un adversaire qui manque de consistance ? C’est entamer une traversée sans armes et sans biscuits. L’inquiétude est générale. Il y a une tendance à ne pas vouloir reconnaître notre part monstrueuse, une répulsion aussi liée à la peur du corps. Les parents veulent des monstres gentils parce qu’ils n’arrivent pas à rassurer leurs enfants s’ils ont, eux-mêmes, peur du terrorisme, des fins de mois difficiles, des pandémies mortelles ou de catastrophes climatiques. N’en jetez plus. Ils craignent de briser le cocon de l’enfance, pensant que leurs enfants ne seront pas assez forts pour digérer leurs peurs. Mais en surprotégeant leurs enfants, ils les privent d’une aventure extraordinaire qui est celle de la vie.

Jadis, les monstres qui peuplaient les récits racontés au coin du feu étaient ancrés dans une mémoire transgénérationnelle et les parents racontaient une histoire qui leur avait fait peur. De nos jours, les monstres de répertoire ne tiennent plus le haut de l’affiche. Le loup ne fait plus recette. Faut dire qu’il ne fait plus peur à personne, le pauvre. Aujourd’hui, la bête joue le figurant dans des publicités pour la vodka et il est le triste pensionnaire d’une cage à Plankendael. Dans les histoires pour la jeunesse, il est un peu malmené, ridiculisé et n’arrive certainement jamais à croquer le Chaperon Rouge à la fin. Du coup, les enfants d’aujourd’hui sont un peu surpris quand ils découvrent la fin dramatique de la fillette dans le conte de Perrault où le chasseur ne vient pas la sauver. Dans une version orale plus ancienne, la fin est encore même plus sanglante puisque quand la petite fille arrive chez la Mère-grand, le loup lui propose, depuis le fond du lit, de manger un peu de ragoût bien sûr constitué des restes de l’aïeule que la bête n’a pas consommés…

Les monstres archétypaux ont laissé la place aux monstres consommables qui passent avec les saisons et puis souvent disparaissent. Dans les récits d’heroic fantasy ou dans les séries animées de science-fiction, les héros dézinguent du monstre à la tonne, mais ces créatures sont sans histoire, sans enjeu, juste des faire-valoir grouillants et griffus pour les super-pouvoirs des héros. Ainsi sur Pandora, la planète du film « Avatar », les monstres ne sont qu’une masse d’écailles de griffes et de dents, ils font partie du décor. Pour faire peur, les monstres ont besoin d’être nommés, attendus, inscrits dans une narration du dévoilement. Le monstre le plus terrifiant, c’est celui qu’on ne voit pas, ou le plus tard possible. Le public qui se rue en masse pour voir le film de James Cameron comme les ados passionnés par les sagas d’heroic fantasy ne cherchent pas particulièrement à goûter au sel de la peur, mais plutôt à s’évader de la réalité et se réfugier dans l’imaginaire.

Ouverts au monstrueux

Aime les monstres et tu accepteras la différence, c’est une thématique qui sous-tend beaucoup de récits pour la jeunesse. Encore faut-il pour cela les avoir d’abord considérés avec effroi avant de se raviser. La différence n’est pas nécessairement monstrueuse aux yeux des enfants. Il ne viendrait à l’idée de personne de qualifier de monstres les délirantes créatures qui peuplent les tendres récits de Claude Ponti. Les Na’vis qui s’ébattent dans les forêts luxuriantes de la planète Pandora sont peut-être des monstres aux yeux de certains soudards venus piller leur planète, mais certainement pas aux yeux plein d’amour que Jake Sully et son avatar posent sur la belle créature bleue. Du coup, le vrai monstre, c’est le colonisateur blanc. Ben oui, on finit toujours par être le monstre de quelqu’un.

Spontanément les enfants sont bien plus ouverts au monstrueux et à la différence que les parents ne se l’imaginent. Dans la vraie vie, comme au cinéma. Daniel Simon, qui se rend souvent au Portugal, raconte que sur une des places de Lisbonne, un homme souffrant d’importantes déformations physiques et d’une maladie de la peau fait la manche. Quand une famille passe devant, c’est presque toujours les parents qui pressent le pas, alors que les enfants s’attardent pour regarder. On voit l’enfant rattraper la maman pour lui demander de l’argent, retourner vers le « monstre » et lui donner de l’argent. Il y a une vraie curiosité de l’enfant et elle est proportionnelle aux peurs transmises et vécues par les parents, car les peurs des parents deviennent celles des enfants.

La fabrique des monstres n’est pas près de se mettre au chômage technique. Ceux du dehors sont là pour tenir la dragée haute à ceux du dedans. Si votre enfant dit qu’il y a un monstre sous son lit, ne dites pas que ça n’existe pas. Donnez-lui un balai qu’il pourra enfoncer dans le groin baveux de la créature qui mugit sournoisement. Et tant qu’à faire, ça lui permettra d’éliminer quelques poussières. Et surtout dites-lui que vous avez fait pareil à son âge. Sans avoir peur.

http://archives.lesoir.be/-titre-monstres-moi-qui-tu-es-titre-_t-20100119-00RVZZ.html

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Laide

Posté par traverse le 11 août 2010

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(…) Je me suis sentie longtemps laide. Je me rentrais toute à l’intérieur pour qu’on voie pas mes formes que je trouvais trop grosses. Mes cuisses, mes fesses, mes seins, tout était trop. J’ai essayé mille régimes et je me retrouvais encore plus mal foutue après qu’avant.

Je m’enlaidissais d’année en année, il ne semblait pas y avoir de limite. Des mecs me balançaient après m’avoir baisée, ils me traitaient comme une machine de chair, j’étais jamais heureuse même si je trouvais un certain plaisir à ces amours pitoyables. J’étais une masse, une tonne, une carcasse, pas une femme. Ou alors pas une femme comme j’aurais aimé être : ronde et sensuelle, en courbes et en peau lisse et parfumée. Un fantasme. Mais j’étais ce drôle de tas de femme qui ne s’aimait pas et que les hommes ne voyaient que la nuit dans leur désir dur.

Les femmes ne m’aimaient pas trop non plus. J’étais comme une preuve de ce qui ne tournait pas rond en nous. On était des corps qui étaient obsédés par des corps, et on disait n’importe quoi mais surtout pas ça. Je me sentais laide à côté des autres femmes parce que je leur renvoyais l’image de ce qu’elles n’auraient jamais voulu devenir.

Ca a duré pendant des années : laideur, déprime, envies de suicide, espoirs, rêves d’envol, je me cachais dans des robes sans formes, dans des couleurs de deuil. J’étais une femme sans existence, je n,’avais qu’un poids, une masse, de la graisse, pas d’existence pour moi ni les autres. J’étais une laide qui le savait, qui n’en faisait plus un secret, je me posais comme une femme laide et peu à peu ça a marché. J’avais un rôle, j’étais « la » laide.

Alors j’ai commencé à avoir ma place. On m’écoutait comme on écoute les aborigènes ou les pygmées. On se demandait comme on vivait là-dedans…Comme on vivait là-bas, dans cette planète de graisse. Avec les années, la graisse n’a pas vraiment fondu mais elle s’est mieux répandue. Je suis devenue une grosse et je ne me sentais plus laide. Je me suis tapé plein d’hommes. Je me vengeais de ces années d’insomnie et d’abstinence. Jusqu’à ce que je devienne simplement une vieille, aujourd’hui, je me sens une vieille. C’est plus lourd à porter la chair des gros et on vieillit plus vite. On est tout le temps à l’effort, alors on se tend, on se vide et on s’effondre plus tôt. Peut-être que ça m’a donné un destin ? En tout cas, je n’ai jamais eu la vie facile. C’est peut-être mieux ? Je ne sais plus. Faut pas que je pleure.

(…) témoignages.

Ces textes ont été envoyés par des personnes qui voulaient soutenir le projet de Italia Gaeta en train de rédiger Laide, à paraître en novembre dans la collection Je, www.couleurlivres.be.
Un récit fort, dans l’univers de la peintre mexicaine Frida Kahlo.

N’hésitez pas à envoyez vos mails, lettres, témoignages sur cette sensation « Laide », dont nous ferons une matière qui accompagnera ce livre né dans un atelier d’écriture d’été à Schaerbeek.

La laideur est moins horrible chez un démon que chez une femme.
[William Shakespeare], Extrait de Le Roi Lear

Italia Gaeta a baigné dans le monde des histoires…
Histoires narrées par son grand-père venu de son Italie natale
Histoires relayées par ses parents
Histoires agrémentées de récits de vie.

Aujourd’hui, elle est conteuse à son tour.
Elle plonge dans l’univers des contes traditionnels et ouvre la porte aux récits de vie… Elle nous entraîne dans Laide, son premier livre, son premier récit, jusqu’au doute, jusqu’à la confusion du réel et de l’imaginaire, jusqu’aux rires et aux larmes acides.

Elle aime s’attacher à ceux qu’on appelle les petites gens, qui sont souvent de terribles personnes, pour les faire (re)vivre à travers des récits qui semblent friser la légende qui est souvent l’héroïsme des humbles.

Avec Laide, elle explore un sujet brûlant, un « non-dit » presque inexprimable et qui renvoie chacune et chacun à son seuil : qui suis-je et que vais-je devenir ?

Esperanza vit en Belgique, d’origine italienne, entre les grands-parents, les enfants, les amants perdus. Elle est laide, d’une laideur à faire peur, comme on dit, mais son corps est désirable, sensuel et ne se prive pas de pousser à bout celles et ceux qui semblent tentés. Un jeu avec le Diable donc. Mais la diablesse est humaine et aime, dans sa laideur offerte.

Un extrait de son spectacle… »Mme sbatte ‘ o core »

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