Laide

Posté par traverse le 11 août 2010

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(…) Je me suis sentie longtemps laide. Je me rentrais toute à l’intérieur pour qu’on voie pas mes formes que je trouvais trop grosses. Mes cuisses, mes fesses, mes seins, tout était trop. J’ai essayé mille régimes et je me retrouvais encore plus mal foutue après qu’avant.

Je m’enlaidissais d’année en année, il ne semblait pas y avoir de limite. Des mecs me balançaient après m’avoir baisée, ils me traitaient comme une machine de chair, j’étais jamais heureuse même si je trouvais un certain plaisir à ces amours pitoyables. J’étais une masse, une tonne, une carcasse, pas une femme. Ou alors pas une femme comme j’aurais aimé être : ronde et sensuelle, en courbes et en peau lisse et parfumée. Un fantasme. Mais j’étais ce drôle de tas de femme qui ne s’aimait pas et que les hommes ne voyaient que la nuit dans leur désir dur.

Les femmes ne m’aimaient pas trop non plus. J’étais comme une preuve de ce qui ne tournait pas rond en nous. On était des corps qui étaient obsédés par des corps, et on disait n’importe quoi mais surtout pas ça. Je me sentais laide à côté des autres femmes parce que je leur renvoyais l’image de ce qu’elles n’auraient jamais voulu devenir.

Ca a duré pendant des années : laideur, déprime, envies de suicide, espoirs, rêves d’envol, je me cachais dans des robes sans formes, dans des couleurs de deuil. J’étais une femme sans existence, je n,’avais qu’un poids, une masse, de la graisse, pas d’existence pour moi ni les autres. J’étais une laide qui le savait, qui n’en faisait plus un secret, je me posais comme une femme laide et peu à peu ça a marché. J’avais un rôle, j’étais « la » laide.

Alors j’ai commencé à avoir ma place. On m’écoutait comme on écoute les aborigènes ou les pygmées. On se demandait comme on vivait là-dedans…Comme on vivait là-bas, dans cette planète de graisse. Avec les années, la graisse n’a pas vraiment fondu mais elle s’est mieux répandue. Je suis devenue une grosse et je ne me sentais plus laide. Je me suis tapé plein d’hommes. Je me vengeais de ces années d’insomnie et d’abstinence. Jusqu’à ce que je devienne simplement une vieille, aujourd’hui, je me sens une vieille. C’est plus lourd à porter la chair des gros et on vieillit plus vite. On est tout le temps à l’effort, alors on se tend, on se vide et on s’effondre plus tôt. Peut-être que ça m’a donné un destin ? En tout cas, je n’ai jamais eu la vie facile. C’est peut-être mieux ? Je ne sais plus. Faut pas que je pleure.

(…) témoignages.

Ces textes ont été envoyés par des personnes qui voulaient soutenir le projet de Italia Gaeta en train de rédiger Laide, à paraître en novembre dans la collection Je, www.couleurlivres.be.
Un récit fort, dans l’univers de la peintre mexicaine Frida Kahlo.

N’hésitez pas à envoyez vos mails, lettres, témoignages sur cette sensation « Laide », dont nous ferons une matière qui accompagnera ce livre né dans un atelier d’écriture d’été à Schaerbeek.

La laideur est moins horrible chez un démon que chez une femme.
[William Shakespeare], Extrait de Le Roi Lear

Italia Gaeta a baigné dans le monde des histoires…
Histoires narrées par son grand-père venu de son Italie natale
Histoires relayées par ses parents
Histoires agrémentées de récits de vie.

Aujourd’hui, elle est conteuse à son tour.
Elle plonge dans l’univers des contes traditionnels et ouvre la porte aux récits de vie… Elle nous entraîne dans Laide, son premier livre, son premier récit, jusqu’au doute, jusqu’à la confusion du réel et de l’imaginaire, jusqu’aux rires et aux larmes acides.

Elle aime s’attacher à ceux qu’on appelle les petites gens, qui sont souvent de terribles personnes, pour les faire (re)vivre à travers des récits qui semblent friser la légende qui est souvent l’héroïsme des humbles.

Avec Laide, elle explore un sujet brûlant, un « non-dit » presque inexprimable et qui renvoie chacune et chacun à son seuil : qui suis-je et que vais-je devenir ?

Esperanza vit en Belgique, d’origine italienne, entre les grands-parents, les enfants, les amants perdus. Elle est laide, d’une laideur à faire peur, comme on dit, mais son corps est désirable, sensuel et ne se prive pas de pousser à bout celles et ceux qui semblent tentés. Un jeu avec le Diable donc. Mais la diablesse est humaine et aime, dans sa laideur offerte.

Un extrait de son spectacle… »Mme sbatte ‘ o core »

4 Réponses à “Laide”

  1. muondo dit :

    bravo j’ai tout de suite reconnu Frida Khalo c’est vrai que c’est quand meme un sacré style! brvo pour ton blog!

  2. rifle targets dit :

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  3. shooting targets dit :

    shooting targets…

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  4. Lila dit :

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