• Accueil
  • > Archives pour septembre 2010

Nous querellons les miséreux

Posté par traverse le 28 septembre 2010

« Nous querellons les miséreux pour mieux nous dispenser de les plaindre. »

Vauvenargues

Publié dans carnets | Pas de Commentaire »

Je me suis pâmé

Posté par traverse le 20 septembre 2010

(…) Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j’en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L’admirable, c’est qu’ils excitaient la Haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fais très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j’ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d’ordre. C’est la haine qu’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton (…)

Lettre de Gustave Flaubert à Georges Sand, le 12 juin 1867.

Publié dans carnets | Pas de Commentaire »

Je reviens lentement à moi

Posté par traverse le 17 septembre 2010

160820101555.jpg
Je reviens lentement à moi, trop de bonheur récent a failli me distraire, assis sur le banc froid devant l’appartement flottant dans la lumière sale de l’hiver, je vois que la maison familière que je voulais équiper de mes désordres et des enfants volages que mes amours s’étaient refusés jusqu’alors, était cet appartement aux fenêtres circulaires d’où je contemplais la pluie glisser sur les vitres trop fines, une mince feuille de verre m’abritait alors du désastre de cet homme assis sur un banc public de couleur verte craquelée comme une mousse détrempée au pied des grands arbres de l’allée, je le voyais cet homme dénué et dépouillé aux larges épaules froissant lentement une feuille de papier, la pliant soigneusement avant de la chiffonner, de la déplier encore, de la jeter enfin dans la poubelle qui déborde et n’en veut pas de sa feuille, je le vois à l’instant qui la ramasse, enfonce les détritus profondément dans la gorge de treillis, sent entre ses doigts poissés un peu des déjections du monde et d’une main ferme enfin enfourne le papier au cœur des emballages et des canettes.

Je percevais que cet homme n’était pas là pour donner cœur à un souvenir, si ce souvenir avait été heureux ou malheureux, peu importait alors la trace des souvenirs laissée dans la mémoire de cet homme attentif au mouvement du vent dans les branches, au léger craquement des branches tout au-dessus de lui et qu’il imaginait prêtes à se déchirer du tronc et à s’effondrer sur lui, c’était bien cette idée qu’il n’aurait plus un pas à faire, que sur ce banc de repos, il pourrait attendre qu’une branche, une seule se détache et tombe parfaitement sur le sommet de son crâne, l’assomme définitivement, le tue en somme à son insu, sans qu’un seul mouvement ne lui ne soit encore nécessaire pour acheminer sa carcasse au terme de sa route, c’était bien à son image, cet accident stupide, sans effort, l’effaçant soudain du paysage, rendant à ce banc, un après-midi de janvier, sa fonction de calme accueil où les oiseaux se posent en chipotant du bec quelques croûtons détrempés et lui qui rêvait encore à cet instant de littérature, le visage trop blanc dans la froideur du soir qui s’annonce déjà derrière les cimes les plus éloignées du parc, la nuque bizarrement inclinée vers l’arrière comme s’il se reposait et qui le fera passer inaperçu encore quelques minutes dans son effondrement définitif aux yeux des rares passants de l’avenue encore calme à cette heure. Mais les arbres sont solides et les passants attentifs aux irrégularités des corps, on ne meurt que rarement ainsi, se dit-il en pestant contre la littérature qui avive en chaque chose ce qui la détourne de son destin de chose, la déplace lentement à l’extérieur d’elle-même, aux périphéries du nom qui l’enferme, dans ce que le souvenir essaye de retourner, comme une peau de lapin encore chaude et qui livre entièrement, sans chichis l’histoire funeste du lapin, de tous les lapins écorchés et de nous, les mains chaudes devant la dépouille qui nous dit précisément quelque chose du souvenir de notre ancienne mort et qu’il faudra retrouver intacte un soir ou un matin, seul le hasard, là se manifeste.

Il est donc assis, survivant au grotesque, lesté de toutes ces bizarreries qui font que le monde se donne encore le droit de croire aux loups et à ceux qui les montent, tout dévoré aussi d’ amour pour une femme muette qui n’en finit pas de l’épuiser, mâchonné dans la gueule d’une histoire épuisante, tout chahuté de cet amour pour une femme, la dernière, la première, il ne sait plus, elle est ce qui relie en lui la raison à l’incertitude, le désir au calme projet de la quiétude, il la voit livrée, sans retenue, ouvrant son corps de ses propres mains pour qu’il s’y fourre tout entier, et il rit parfois devant tant d’effort pathétique pour le faire disparaître et la combler enfin, il la voit ramassée comme une loutre dans la chaleur du lit, enroulée tout autour d’elle-même et qui se satisfait de sa propre spirale, le visage chiffonné déjà très enfermé dans la torpeur du deuil d’un bonheur qu’elle semble avoir déjà perdu, le sourire prompt au réveil mais mal encore dessiné dans le brouillard de la mélancolie qui s’ébroue tout autour des yeux.. Elle est ce qu’il sait d’elle, un peu, trop peu pour la raconter mais assez pour l’inventer ; il se reconnaît en visiteur approchant une ombre dans un jardin, elle tourne entre les haies, glisse derrière les massifs, fait frissonner les buis alors qu’il la croit encore dans la brume des saules. Elle meurt, se détache, volette dans le bruissement des joncs plantés dans la fontaine, flotte sur l’eau calme toute embuée de chaumes et se creuse en tourbillons pointus pour aller se mêler aux noires solutions de la terre. Elle émerge du sommeil toute éberluée et s’éloigne de lui dans cet entre-deux vague qui la protège encore. Elle se réveille et sourit déjà à sa disparition.

Le vent pousse le museau dans le feuillage, les enfants rentrent de l’école, les mères allongent le pas, les vieux s’étonnent encore une fois de ce remue-ménage, il hésite, se lève, plonge la main dans la poubelle, détache la boulette de papier qu’il vient d’y jeter, déplie, lisse et lit : « Ramasse des bouts de bois, de la ferraille, des rognures d’ongles, des bavures de bébés, des paroles agonies, ramasse tout ce qui flotte autour de toi et qu’aucun naufrage sauf le tien ne parviendra à justifier, ramasse tout ce temps gâché, perdu au fond des nuits où tu te promets de te lever le lendemain en gardant l’œil fixé sur ce que ton époque revendique, ramasse ce qui traîne et que tu as failli fouler aux pieds, ramasse encore et encore, fourre tout dans les poches de ton manteau, de tes pantalons troués et tachés des salissures du jour, ramasse et ferme-la, voilà ce que je me dis depuis le jour où, convaincu de l’indifférence du monde à la morale des enfants j’ai décidé de ne plus grandir mais d’écrire pour tenter d’arrêter le « grandissement » comme on dit « vieillissement » quand le dos commence à raidir et les chairs à tomber, voilà ce que je suis dit, à peine sorti du temps officiel de mon enfance le cœur rompu d’abandons et de tristesses, le cœur évadé dans les yeux et les yeux couchés sur les pages d’un livre. Je me suis dit alors qu’il serait bon de changer de route, ne pas prendre celle toute droite qui allait me mener entre diplômes et décomposition à la satisfaction d’avoir pesé de tout mon poids dans le sens, légèrement penché sur son axe, du monde embobiné de souffrances et de délires propres à recommencer sans cesse la fabrique de bébés, à recommencer le souffle saccadé du sperme, à renouer avec le goût de l’aube, du matin, de l’aurore, que sais-je, à reprendre le fil du consentement et à tirer sa part, à s’user les coudes sur des codes empesés, je me suis dit cette route tu n’arriveras pas à la parcourir sans te mettre à y croire toi aussi, je me suis dit cela et bien d’autres bêtises quand on trouille devant le revolver ou le couteau qu’on pourrait si facilement retourner contre soi et hop, c’est terminé, la grande terrine est prête, attendez, j’arrive, je serai la part du pauvre, l’alouette dans le pâté, celui qui a choisi de voir et de voir encore tout ce qui simplement lui passe devant les yeux, oui, gamin, tu useras toutes tes forces à ce pari-là, tu vas rater ta vie pour mieux pouvoir l’écrire… »

Mais ce n’est pas ce qu’il voudrait lui dire, des poèmes tout enchantés d’espoirs, voilà ce qui lui conviendrait mais il ne sait plus écrire ces machins-là, ces broutilles bonnes à vanter sa boutique, il ne sait plus écrire ces petites misères du cœur amoureux, il dit la forme d’un visage, le parfum d’un cheveu, la chaleur d’un ventre en pensant aussitôt à la féroce investiture du temps qui passe, il dit l’épouvantable crainte d’être bientôt confondu avec le vent mais toujours l’habite le faste des retrouvailles, l’épuisante bataille de l’orgueil contre la tristesse des départs, la résistance des cœurs à se laisser bercer, voilà ce qu’il dit pour ne pas entonner des chants d’amour, des litanies d’amour, des berceuses et des comptines d’amour. Elle attend qu’il souffle dans ses os, dans ses flûtes d’enchantement, qu’il soit la baleine, Achab et Jonas tout à la fois, qu’il patiente dans l’écume en reniflant le large mais les harpons menacent, ils volent déjà vers lui, il les voit chavirer dans le ciel, hésiter, tournoyer sans jamais se méprendre sur la cible qu’ils visent, il les sait impitoyables de précision, jamais ils ne coupent le fil mais le scient lentement ; et l’océan est là qui le porte et l’attend, elle va sur les vagues en se moquant de lui, tantôt elle murmure et tantôt elle se tait, fixe en souriant ses yeux capitonnés, elle est où il la voit et déjà elle n’est plus mais la vague est puissante et s’efforce au départ, elle hisse la chair jusqu’aux sommets d’écume et se retire soudain le laissant étonné au milieu d’un grand vide, ébarbouillé de nuages et de frissons, il retombe lentement, enfin, au creux d’un noir liquide, tout étonné encore de cette légèreté qui l’abrita un instant du chaos.

Publié dans Textes | 1 Commentaire »

Portraits et paysages intérieurs

Posté par traverse le 14 septembre 2010

images.jpg

Un nouvel atelier d’écriture dans un lieu intime…De la plume au hamac.

« de la Plume au Hamac » – 197 rue Washington à 1050 Ixelles – 02/3439002

Quatre dimanche, dans l’intimité d’un nouveau lieu, Plume et hamac, pour écrire ces visages et ces paysages qui flottent en vous… Des images, des traits, des émotions pour « tirer le portrait » de l’automne jusqu’au pied de l’hiver. Ecrire dans le jour qui descend ces mouvements qui nous traversent et qui forment la vie…

Animation de l’atelier : Daniel Simon, écrivain, éditeur et animateur d’atelier d’écriture.

10 octobre, 31 octobre, 21 novembre, 12 décembre de 15h à 17h30

80 euros/personne pour 4 séances, payables en trois virements ou sur place la première fois.

Publié dans carnets | Pas de Commentaire »

 

maloë blog |
Lucienne Deschamps - Comedi... |
HEMATOME |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Ballades en images
| back
| petits bricolages et autres...