Un mal ancien

Posté par traverse le 2 janvier 2011

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Conte

Des âmes bien nées avaient décidé de s’élever au-dessus de la mêlée. C’était leur raison d’être : vivre avec cette conscience que tout pourrait advenir, le mal en premier, chaque matin, et que chaque soir tomberait sur un peu plus d’entendement.

Cette assemblée majestueuse finit par devenir bien trop aérienne. Elle s’éloignait et commença à s’en inquiéter. Elle avait évidemment depuis longtemps trouvé des solutions aux joutes territoriales qui troublaient le pays.

La peur, la haine, le mensonge, l’exclusion faisaient rage tranquillement. Sans fusils ni grenades. Avec la défiance réciproque des frères ennemis qui ne se reconnaissent plus et qui vont dans la forêt s’embrocher en invoquant des dieux enragés.

Le pays se déchirait dans des semblants de rires, de fraternités et de rencontres sportives qui ne trompaient personne. Le mépris de ces hommes et de ces femmes entêtés et obtus faisait naître une colère qui allait tout salir définitivement. Il fallait trouver une sortie de secours, quelque chose qui vaille le déplacement, qui donne envie de se lever.

De là-haut, ce pays en triangle méritait une réponse hors du cercle ou du carré qui semblaient les seules formes reconnues. Il fallait profiter de cet écart triangulaire, en faire une forme parfaite, y inscrire des destins sans pareils, des vies assouplies au rustre usage des frontières et des lois.
Il leur fallait descendre sur terre, avancer les pieds bien ancrés. Rude affaire.

Ca allait mal, bien moins mal qu’ailleurs mais ce mal médiocre, sans envergure, sans ambition, glissait dans la vie de chacun. On souffrait, on se détestait, on se parlait du bout des lèvres, on se réunissait, on faisait des budgets aussi faux que la vie des gens qui s’éreintaient à survivre dans cette sauvagerie climatisée, mais ça continuait.

Noël passa, le gel recouvrait tout, chacun resta chez soi dans la chaleur des écrans et des cadeaux. Le printemps poussa vite du nez et des énergies nouvelles naquirent. Des forces brutales qui trouvaient embouchure dans chacun déboulèrent et trouvèrent leur cible : le temps.

Le temps manquait, il ne fallait plus trainer. Les affaires s’étaient lentement déplacées vers d’autres centres. Babel s’érigeait. Les encombrements de l’âme ne comptaient plus, chacun s’y mettait et lançait ses torpilles. Le temps s’était accéléré, les jours passaient dans une lisse glissade vers l’habitude du moins.

Un matin, la presse annonça une vague épidémique nouvelle, une sorte de choléra qui mettait à bas femmes et hommes un peu partout. Les ventres se crispaient, des tornades de douleur s’y déployaient et on se vidait lentement.

Une diarrhée générale déplaça les frontières et toucha les êtres les plus vigoureux. Bizarrement les vieillards et les enfants y échappaient. L’OMS déclara que cette incongruité médicale était due à la production d’enzymes excentriques. Le métabolisme adulte seul en fabriquait. Le mal était curable mais le temps pressait. Il fallut faire des choix.

La recherche accéléra le mouvement, on fit face au plus pressé. Les hôpitaux débordaient, les Ministres y allaient d’annonces en annonces parlant de plus en plus simple, jusqu’ aux inévitables « « ensemble dans le même bateau », « tous rassemblés dans l’épreuve », « unis dans le destin»,…

On se mit à y croire.Des idées nouvelles jaillirent, les combats d’hier s’étaient adoucis, de plus légitimes inquiétudes avaient surgi.

Des remèdes apparurent bientôt. Les décès ralentirent, et un matin, la bonne nouvelle éclata : le choléra était vaincu.

Le pays, hagard, se releva. Mais les habitudes des enfants et des vieux avaient été mises en place et les convalescents durent s’y faire. Le monde avait changé sans eux. Ils étaient encore trop faibles que pour s’y opposer.

Le temps passa lentement et ceux d’hier retrouvèrent de nouvelles vigueurs…

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