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Le Saint et l’Autoroute, un roman qui ne perd pas la …farce.

Posté par traverse le 30 juillet 2011

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DS et GA à l’Association des Écrivains belges, 15 juin, 2011.
Présentation du Saint et L’Autoroute.
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Un écrivain est comme une énigme. On le prend pour un messager et il est le message : Pessoa quand il écrit Messagem, dans le relais de Camoes, par exemple. L’écrivain est ce chainon manquant dans la psyché humaine, il est cette forme de parole qui tente de faire entendre le silence de chacun et l’impossibilité d’atteindre cet endroit où tout est suspendu, le temps, la mort, l’illusion… Il est cet archiviste des situations ratées qui font l’histoire de notre humanité. Il est, dans tous les cas, aujourd’hui, une sorte d’athlète de l’inutile. Le réel s’accélère, les vitesses du monde le disputent au virtuel, le dérisoire est tragique et le kitsch, la forme morale du temps…Dans tous les cas, cet étrange comptable de l’hubris humaine est un ovni du dix-neuvième siècle tombé dans le vingt-et unième. Il a une place, mais elle compte si peu dans la panoplie des fonctions sociales…D’où, peut-être, cette liberté sans cesse ravivée que la littérature éprouve et met en jeu.

Gérard Adam, est de ces écrivains qui ont décidé de soumettre leur art au goût inextinguible de la liberté. Cette capacité de prendre en charge toutes les formes de récit s’est encore accentuée depuis Qôta-Nih, son œuvre-somme publiée en 2009 chez le même éditeur et qui faisait état des soubresauts, des agonies et des coups de reins érotiques et joyeux d’une époque condamnée à l’excès. Il y a une par des Ténèbres (1) de Conrad dans ce livre, un sombre voyage dans les marasmes et où la beauté soudain apparaît comme une évidence baroque : elle met le récit en perspective et des effets de miroitements naissent grâce à sa présence.

Dans Le Saint et l’Autoroute (2), Gérard Adam change de cap, et pourtant, une même inquiétude traverse le livre : la question du Mal, l’écrasement des êtres dans leur médiocre et joueuse habitude de vivre, qui est probablement une des formes du courage d’exister la plus répandue. Il installe son opus dans un petit village, Orsennes, tranquille et magnifiquement banal mais où aboutit en impasse une autoroute sans objet. Un homme, Armand Garret, représentant en montres Smash, entre dans ce paysage. Il est à l’image du lieu, sans énigme apparente, bon vivant et amoureux d’opérette. L’occasion de son entrée en scène : une panne de voiture un vendredi soir à l’entrée d’Orsennes. Il cherche abri, auberge et bon feu. IL apprend très vite les incongruités qui font la fortune du lieu : l’autoroute, bien sûr et un saint martyr que l’on fête justement dans le temps du week-end de son arrivée forcée.

Ce Saint n’est sans doute qu’une légende…Mais nous voyons entre en scène des personnes que Maupassant n’aurait probablement pas reniés : un ancien curé transfiguré en druide pour l’amour d’une naine de jardin, un successeur aux tendances intégristes, un certain philosophe champion de l’athéisme, un adepte génial du petit salé, un bourgmestre grand maître de la confrérie des Gras Couchés qui use de la force tranquille des dictateurs de province pour faire tourner son manège électoral, quelques joueurs de couillon et une fée incongrue promise à un handicapé mental…Dans ce faux polar où l’auteur joue avec volupté en certains endroits avec les lois du genre, apparaît la commissaire Alizée Trouillot, flic à contre-emploi, qui hérite d’une enquête pas banale à son retour de vacances. Crime, enquête, suspects et coupables…Tout y est, l’humour en plus et une certaine légèreté qui fait d’une œuvre de divertissement peu à peu un prétexte à une méditation-promenade dans les lisères d’un régionalisme « surjoué »…

Gérard Adam nous balade dans une humanité qu’il connaît, c’est aussi celle de sa région natale et il nous fait des signes de connivence réguliers, façon de dire qu’il n’est pas dupe : ceci est un roman, une empoignade avec le réel sous la forme pacifique que seuls les romanciers peuvent entreprendre. L’ironie, même silencieusement méchante, n’est pas un sentiment que l’auteur ignore dans le chef de ses personnages…Ils sont grotesques, lourds parfois comme les vanités des petits, mais justes comme des héros anonymes : nécessaires à la marche du monde et invisibles souvent quand on commence à les scruter.

La force de Gérard Adam, dans toute son œuvre, c’est de laisser entrevoir ce qui nous emble parfois si lisse, si commun et d’en faire une varieta ou une tragédie. Souvent les deux enchâssées l’une dans l’autre. Et dans Le Saint et L’Autoroute, l’auteur s’amuse littéralement à nous convier à une farce qui grince, ruine et balaie dans des situations où fument les plats de la nostalgie d’un temps où le temps prenait le temps. Et puis, l’auteur le sait, la règle d’une bonne dramaturgie, c’est la concentration d’un temps, d’une action et d’un lieu et le déplacement de ce qui semble grave vers une certaine légèreté…de l’être.

Daniel Simon

1- Au cœur des Ténèbres, Joseph Conrad, Mille et Une Nuits, Paris, 2008.
2- 2. Le Saint et L’Autoroute, Gérard Adam, MEO Editions, Bruxelles, 2010.

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