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Ne trouves-tu pas que le temps change?

Posté par traverse le 8 janvier 2012

Ne trouves-tu pas que le temps change? rectoweb

 

Une lecture…

Un meurtre peut être perpétré sans préméditation. Un assassinat, jamais. Ce sont les termes de la loi. L’un est passible de –seulement (!)- correctionnelle; l’autre,  presque automatiquement devra se défendre devant les Assises. Les peines seront jugées en fonction de la gravité des faits ( circonstances atténuantes – jeunesse troublée, troublante, perturbée, perturbante).

Daniel Simon est un assassin. Car il sait ce qu’il fait. Il sait ce qu’il écrit. De plus, je pense qu’il en jouit. Ô certes, il vit comme nous, comme vous, se demandant ce qu’il va manger ce soir, se  demandant quelles allées sur lesquelles il posera ses pas, où il se promènera, cet après-midi de printemps dans les allées du parc Josapha, non loin de chez lui. Il entrera dans des boutiques, dans des restaurants, dans des boîtes de nuits, dans des librairies, dans des bibliothèques. Il rencontrera des amies et des amis. Il parlera. Il agitera son écharpe et sa voix résonnera, parfaite et juste, percutante et (presque) sans appel – tant paraît vrai, parce qu’élaboré, pensé- le discours qu’il tiendra. Il aura la réplique juste (considérée par lui comme telle).

Daniel Simon est un assassin et un suicidaire. En quinze petites nouvelles, Ne trouves-tu pas que le temps change  décortique le regard qu’il pose (qu’il insère) sur nous (toi, moi, eux et elles). Il se gargarise – sans aucune forfanterie – des petits travers de ce pour quoi le monde actuel vit. Le gargarisme, parfois, provoque des vomissements. Là se trouve la force de ce livre: un espionnage des gestes, voire des actes, qui n’existaient mais n’existent plus car devenus banals, extirpés, oubliés d’un passé dont notre mémoire n’a plus aucune trace.

Dire que cette écriture me remue serait peu dire: elle me ramène à moi-même – disons plus raisonnablement – à une partie de moi-même. A chaque lecteur de trouver, dans ces mots, la part qu’il lui revient. Je crois qu’elle est énorme, tant nous sommes complices d’une analyse sans fioriture. Une gifle? Peut-être. “Prends-en plein la gueule”? Je n’irai pas jusque là. “Ose te regarder”. Sans aucun doute.

 Jean-Claude Legros

Daniel Simon. Ne trouves-tu pas que le temps change?  Le Cri, Nouvelles, octobre 2011, 125 pages, 15 euros.

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