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Littérature en voyage…

Posté par traverse le 31 janvier 2013

L’Ubiquité du voyageur/Maison Belgo-Roumaine

 

L'Ubiquité du voyageur/Maison Belgo-Roumaine

7 x croisements littéraires et plaisirs artistiques à Bruxelles

 

1

Jeudi 7 février 2013, à partir de 19h00

La littérature en voyage

Gjovalin Kola, écrivain albanais vivant en Belgique, raconte l’histoire méconnue de la dissidence en Albanie sous Enver Hoxha.

Patrick McGuinness, écrivain irlandais qui a récemment publié le roman ‘The Last Hundred Days’, évoque les derniers jours mouvementés de la dictature de Ceausescu.

Daniel Simon, poète bruxellois, fait une lecture-performance du texte

« L’ubiquité du voyageur ».

fichier pdf L’ubiquité du voyageur

Projection du film « La dernière fois que ma mère est morte »

(D’après « Quand vous serez », MEO, 2012, 10 min.) de Jacques Deglas.

fichier pdf La dernière fois que ma mère est mortevidéo

Présentation de quatre toiles de Calligraphismes: Saisons du voyage I, II, III, IV. 

Le poète bruxellois Fouad Sounni récite des textes du poète perse du onzième siècle Omar Khayyam et présente des extraits de son propre recueil Les portes de la mer.

Frank De Crits, poète bruxellois connu pour son sens de l’ironie et de l’euphémisme, anime la soirée et lit des extraits de son œuvre.

L’encadrement musical de la soirée est assuré par Azzouz El Houri au luth arabe et des improvisations au piano. La soirée littéraire s’achève en musique avec Quentin au Piano B-Art.

Entrée libre

Traduction, le cas échéant, en néerlandais et en français.

Arthis – La Maison Culturelle Belgo-Roumaine, Rue de Flandre 33, 1000 Bruxelles

 

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Face à face

Posté par traverse le 30 janvier 2013

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fichier pdf face à face

 Récit

1.

 

Il semble que ça a commencé comme ça…Il a perdu une dent. Bêtement, en tombant. Une incisive. Un trou noir. Le reste est encore plus simple, pas suffisamment d’argent et le trou est resté. Mais il n’a plus souri. Il a d’abord porté sa main à sa bouche pour masquer le trou. Mais on ne regardait plus que ça. Alors, il a fini pas retirer sa main et à parler, comme ça. On ne l’écoutait plus de la même façon. On regardait le trou et on avait peur de tomber dedans. Pourquoi ce trou n’était-il pas bouché ? On savait et on avait peur.

 

Il ne savait pas que cette dent changerait tout, que les regards l’éviteraient, que sa femme même, quand elle le revit un soir pour une futile raison, sa femme qui l’avait quitté quelques mois auparavant et qu’il n’avait pas vraiment regrettée, sa femme si attentive à la moindre irrégularité, sa femme donc, l’avait planté là, au milieu de ses affaires en désordre, dans l’usure d’une vie d’hésitation et de raccords douteux. Elle avait regardé sa bouche, elle avait fait « Oh ! » et elle s’était écartée d’un pas.

 

Il tenait un journal de sa dérive et écrivit ce soir-là,  sans passion particulière, dans une paresseuse sérénité : « Ca y est, mon compte est bon. Cette dent et plus un sou, plus rien qui me donne envie de me réparer, il suffit maintenant d’attendre. Tout se fera sans moi. »

 

Il nota aussi que les histoires se mêlent pour n’en plus faire qu’une, une sorte d’histoire générale où nous jouons les figurants intelligents, quelques mots de-ci de-là, des enfants, des maladies, des espérances somptueuses, des amours trop courtes et hop, l’histoire générale est en nous. Nous sommes des transporteurs. Il écrivit encore quelques impressions générales sur le temps qui reste et il referma le journal. Il ne l’ouvrirait plus de la suite.

 

Le vent frappe les vitres de son appartement, la pluie glisse lentement dans des illusions de tempête marine et il regarde ce dehors qui l’effraye et qui le force à se relever, chaque jour, à ouvrir une fois encore la porte et à sortir sans cette dent.

 

Il cherche à faire le compte de ce qui le jette à terre depuis le début. Peut-être, cette pauvreté qui se referme en lui n’a d’autre issue que de le faire vaciller avant de l’amener à choisir un soir sa façon de tomber.

 

Il tente de comprendre ce qui l’intrigue dans cette chute. Il se remémore, il enregistre, il capte, il tente d’enrayer la logique des images, il bouscule les scénarios simplistes, il cherche des erreurs de composition, il fabrique des théories fumeuses, il prend des poses devant l’inattendu qui vient, il explore ce qu’il ne fait qu’entrevoir et qui se rapproche, et aujourd’hui, il le sait,  c’est cette dent manquante qui le fait tomber. Il a le visage des pauvres qui ne se regardent plus, qui ne se pensent plus dans le regard des autres. Il a rassemblé en lui des indices de pauvreté qui trainaient sur ses traces. De petits indices qu’il faisait comme s’il ne les avait jamais aperçus. Mais il savait qu’ils étaient là, que lentement ça se déréglait, qu’il s’épuisait et que ça ne le préoccupait plus suffisamment, cet épuisement qui le tenaillait, il était au bord, il allait tomber, il le savait mais où et quand ?

 

2.

 

 

Cette dent est le dernier fil rompu. En quelques semaines, il est nu. Son emploi passe à la trappe des restructurations, son appartement devient alors trop cher, sa voiture tombe en panne, tout dérape et sa dent perdue le plante définitivement dans le décor.

 

Un ami l’héberge, cela dure quelques semaines, et logiquement, il se fait détester. C’est sa façon de se soustraire au soutien qui le renvoie à sa déliquescence…

 

Il passe l’hiver d’abris en abris, de samus en samus. Au printemps, il avait perdu trois dents.

 

Un assistant social lui propose de constituer un dossier pour lui obtenir l’aide nécessaire, on ne sait jamais, pour le tirer d’affaires. Mais il fait capoter le processus. Il restera sans dents, un point c’est tout.

 

Qu’importe, il faut y aller et tenter de ne rien soustraire au décompte, se dit-il, mais aussi loin qu’il se souvient, il se rappelle des larmes.

 

3.

 

Le printemps fut bref, l’été, arriva en cascades de moiteurs et de robes colorées. Ca lui plaisait de regarder sans avoir l’impression d’être vu. Il était devenu une silhouette, il encombrait un peu, mais on pouvait l’éviter sans effort. C’était un éclat dans la toile, simplement.

 

Il prit la décision un matin d’écrire une lettre. Une lettre à une association qui s’était occupée de lui un temps. Il voulait leur écrire sans plainte mais leur dire. Cette lettre commençait par quelques formules de politesse un peu vieillies et le texte qui suit. On dira plus tard qu’il avait tenté de se remettre sur pieds en choisissant un ton profératoire, qu’il s’était décidé à relever la tête, le temps de cette lecture…

 

« Il y a donc …

 

Les pauvres qui baissent la tête à la file au Centre public d’Aide social et ceux qui la relèvent dans le même lieu, les pauvres qui ne se montrent pas comme tels, les pauvres qui en remettent de saleté et de dégoût d’eux-mêmes, les pauvres qui nous rabattent le caquet de leur noblesse mesurée, les pauvres qui trainent la patte parce qu’ils ne savent plus que c’est une jambe qui les porte, pauvres d’esprit, de corps, de biens et de maison, pauvres de colère et de miséricorde, pauvres de pardon et de justice, pauvres de haut et de bas, de brève fin du jour et de nuit enneigée, pauvres d’horizons rétrécis et de ciels absents, pauvres de toutes sortes et de toutes couleurs, pauvres pères, mères et enfants, pauvres d’hier et d’héritage, pauvres sans merci ni soupçons, pauvres soudains et pauvres de longue haleine, pauvres rêvant du passé des autres et se vautrant dans le présent des absents, pauvres silencieux et pauvres dans la répétition discrète des sanglots, pauvres indiscrets et pudiques, pauvres puants et pauvres javellisés, pauvres excédentaires et pauvres résiduels, pauvres statistiques et pauvres ergonomiques, pauvres soucis pour les moins pauvres et pauvres gens pour l’ordinaire.

 

Ni haleine, ni souffle ni sourire, ni fleurs aux lèvres ni brindilles qu’ils mâchent, ni dents, estomac et bientôt ventre, ni jambes, ni bras, ni peau, ils marchent sans aller et vont où ils marchent sans le goût d’un retour, d’un endroit, d’une chose laissée et qu’ils voudraient saisir, ils n’ont langage ni paroles d’échanges, pauvres de froid et de chaleur, pauvres de caresses et de touchers légers, pauvres de confiance et de regards, pauvres du peu et en deçà, pauvres de mer qu’ils ne peuvent boire et de montagne qui les écrase, pauvres de livres et d’images aimées, pauvres de musique douce et de chants rassembleurs, pauvres d’embrassades et de fraternités, pauvres sans dieu et pauvres de dieux tout aussi pauvres, pauvres, il leur faudrait pour ne plus l’être, peut-être, une des ces choses ou plusieurs, on ne sait ce qui comble la peur des pauvres ou celle de ceux qui ne le sont pas encore :

 

-                                 une chanson qui revient le matin

-                                 un tablier pour la cuisine des amis

-                                 un mouchoir blanc pour ne jamais s’en servir

-                                 des allumettes au fond d’une armoire haute

-                                 des sous pour les courses demain

-                                 du miel en cas de rhume

-                                 du rhum aussi si la toux est mauvaise

-                                 des draps bien repassés dans le fond d’un placard

-                                 chemises et pantalons

-                                 jupes et collerettes blanches

-                                 bas et chaussures sans talons

-                                 escarpins pour le soir et cape pour le gel

-                                 écharpe et gants au cas où

-                                 cartes postales et lettres parfumées

-                                 un lit et un édredon de plumes

-                                 du sel et du poivre pour la soupe

-                                 du sucre pour les gâteries

-                                 une haleine de femme

-                                 une barbe d’homme bien rasée,

-                                 une longueur d’avance

-                                 des nuits d’une seule traite

-                                 un médecin au cas où

-                                 des livres, parfois, ça peut servir

-                                 du vin qui ne griffe pas la gorge

-                                 des nouvelles qui ne font pas frémir

-                                 des trains sans qu’on doive y sauter

-                                 des flics qui se penchent vers vous

-                                 des enfants qui passent sans vous voir

-                                 des pestes qui ne vous touchent plus

-                                 des foulards rouges en souvenir

-                                 des photos de la mer l’année dernière

-                                 des senteurs de santal et choses inutiles

-                                 des promesses tenues et d’autres oubliées

-                                 des jeux d’ombres à la tombée du jour

-                                 des siestes que rien ne vient éteindre

-                                 du pudding et toutes ces choses oubliées

-                                 des mots croisés dans la salle d’attente

-                                 des femmes qui passent dans la vitrine soudain

-                                 des voitures qui klaxonnent en avant des mariés

-                                 des voisins qui s’en vont en vacances chaque année

-                                 un chien qui jappe en vous voyant au loin

-                                 des pièces retrouvées dans une poche de manteau

-                                 un merci qui vient comme une flèche

-                                 une nuit de décembre plus longue que les autres

-                                 et le jour qui s’y met, un peu plus chaque jour, à relever la tête

-                                 … »

 

4.

 

Il posta la lettre. Attendit une réponse, une simple réaction. La pauvreté prend tout son temps, les figurants sont innombrables, le rôle est riche et subtil, il attendit donc longtemps.

 

On l’invita –des revues associatives, des forums de quartier, des assistants sociaux, un éditeur même – à raconter son histoire de dent perdue et de sa vie qui avait filé par ce trou noir.

 

Il tenta de reprendre tout à zéro, les rendez-vous, les entretiens, les coachings gratuits mais il savait où ça allait le mener, et il ne le souhaitait pas. Ce qui s’était passé avant ne l’intéressait plus. Et il n’était pas sûr de savoir ce qu’il voulait.

 

Il se retira, il se tut, ne répondit plus aux rares contacts qui tombaient au goutte à goutte dans sa vie au ralenti.

 

Il préférait  ne pas continuer.

 

Il retourna dans la rue. L’hiver fut rude. On perdit sa trace.

 

 

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Cabanes/13

Posté par traverse le 26 janvier 2013

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Le sol est humide et le ciel froid. L’ogre regarde la tribu des arbres dans la lumière qui tombe, là, au cœur des buissons et s’émiette sur le sol.

Un craquement, il relève la tête lentement et face à lui, le tronc large comme un mammouth,  le géant se détend dans les soupirs du vent et déplie ses branches jusqu’aux nuages. L’ogre frissonne, il sait qu’il est devant le seigneur des lieux, il garde les yeux grands ouverts devant Sa Majesté dressée.

Il n’a pas peur, il se sent chez lui, il écoute, il pense. « Le petit chat est mort », pourquoi cette phrase lui passe dans la tête à cet instant, il ne se souvient même pas de l’avoir entendue, pourquoi un petit chat et pourquoi est-il mort ? D’où vient cette phrase qu’il murmure maintenant au milieu des images qui lui bousculent la tête ? Il entend d’autres phrases maintenant, mets ton écharpe, regarde en traversant, mon dieu est-ce bête, qu’est-ce qu’on fait là ?

Cela vient comme ça, ça se bouscule comme si des paroles venaient le rejoindre sans qu’il ne fasse rien pour les appeler. Des paroles qui lui viennent au milieu de la forêt, des paroles de rien, des paroles sans intérêt mais qui sont là soudain et prennent toute la place. Le vent secoue les branches et le silence revient.

L’ogre se  relève, il a les fesses glacées et besoin de marcher. Il se met en route et passe près de Sa Majesté en baissant légèrement la tête avant de s’enfoncer dans les taillis. Des baies, des fruits rouges éclatent dans un jus sanglant sous ses pas. Il marche encore et les phrases le rejoignent à nouveau.

Son père, sa mère, ses copains, tout le monde parle maintenant et ça fait un bruit de cour de récréation. Il est si triste soudain qu’il sent les larmes perler à ses paupières. Toutes ces paroles lui roulent à l’intérieur sans qu’il ne puisse rien arrêter, les arbres restent sans voix et les nuages sont suspendus au-dessus de sa tête. Tout est à l’arrêt et son cœur bat plus vite, il l’entend dans sa tête qui frappe.

L’ogre d’un coup a peur et se met à courir à travers les branches basses qui lui fouettent les jambes. Que se passe-t-il ?

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Qu’en faites-vous du gel et des béatitudes de l’été

Posté par traverse le 25 janvier 2013

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Qu’en faites-vous du gel et des béatitudes de l’été, qu’en faites-vous des guerres en votre cœur dans cet écart, qu’en faites-vous des effrois sur lesquels vous vous retournez quand le jour tombe en vous et que les familles se resserrent autour d’une lampe comme on se chauffe les mains aux braises des combats, qu’en faites-vous des nuits si longues que l’enfance a le temps de remettre ses pieds dans les traces anciennes, qu’en faites-vous des désirs qui se cognent aux réflexes des amours, qu’en faites-vous ?

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« Récit de vie, entre vérité et sincérité : la cohabitation difficile? »

Posté par traverse le 23 janvier 2013

« Récit de vie, entre vérité et sincérité :  la cohabitation difficile? » 019-300x93

fichier pdf Vérité et sincérité du récit de vie…DS

Présentation de la Collection Je par Daniel Simon et rencontre avec le public: 

Italia Gaeta parle de « Lee » (Collection Je, éd. Couleur Livres):

 Cépages-Italia Gaeta et Dabniel Simon-7ans-2ème partie

« Récit de vie, entre vérité et sincérité :

la cohabitation difficile? »

La « Collection Je » a sept ans !

et une vingtaine de titres à son actif…chez Couleur Livres.

A Cépages le 23 janvier 2013 à 19h.

« Quand vint Zarathoustra en la plus proche ville qui se situe à la lisière des forêts, il y trouva nombreux peuple assemblé sur  la place publique; car annonce était faite qu’on allait voir un funambule »

Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche

 

Quand Georges Steiner, dans « Réelles présences »[1] écrit que l’on peut écrire n’importe quoi sur n’importe quoi, il nous rappelle la puissance de l’infini du langage. L’infini se déplie donc dans le  langage et c’est cette dimension d’illimité qui est à la base de notre goût du récit, à la puissance de la littérature.

 

Le monde est circonscrit à notre perception, à notre conception et à notre représentation. Notre représentation est l’arche dans laquelle nous convions les étranges expériences que nous vivons, projetons, imaginons, et c’est dans cette arche que nous logeons les récits issus de ces expériences. Ce sont des récits opportunistes, marqués de la variété du ton, du style, de la langue, du corps de l’auteur dans ses relations au monde. Mais des variations contrôlées, des déclinaisons qui font la matière d’un récit acceptable par l’auteur. Des variations qui disent ce qui n’a pas eu lieu, – cela a eu lieu, bien sûr, mais jamais comme le récit l’avoue ou le rapporte -, et le récit restitue alors dans une forme de vérité relationnelle une mémoire nécessaire à l’auteur et acceptable par lui. Acceptable en ce sens ou elle agrée l’auteur dans ses propres « refigurations »[2].

 

Le récit est construit sur la narration arrêtée d’un fait qui flottait en nous. Cette narration organise le désordre  dans l’ordre du récit en liant les faits, les impressions, les paroles périphériques engrangées par l’auteur (jugements, commentaires, interdits, autorisations des tiers,…) dans le rapport d’un vécu que l’on nomme alors « réel ».

 

Le récit sera d’autant plus sincère qu’il rappellera avec justesse les circonstances de l’épisode vécu, c’est-à-dire qu’il le raccordera à ce que le lecteur pressent, « connaît » de ce récit dans un effet de découverte et en même temps d’anticipation des faits et de la narration.

 

La sincérité que nous évoquons ici, réside  donc aussi dans le fait d’offrir au lecteur le sentiment d’anticiper sur des vérités, des informations à risque que l’auteur va distribuer tout le long du récit.

 

Plus simplement encore, le récit annonce ce que le lecteur a en commun avec l’auteur et cette impression commune, fondée sur des dérives hors des « lieux communs », forme un sentiment de sincérité partagé. Cette sincérité est marquée d’aspérités, de signes ; des traces plus que des faits, des ombres plus que des surgissements.

 

Cet opportunisme de la création et en l’occurrence ici du récit de vie, s’appuie  évidemment sur des assises simples à première lecture : cohérence du registre et du niveau de langue, conséquences des faits mise en avant plus que le rapport des faits, évitement de la condescendance de l’auteur face à son propre texte ( autocongratulation, fausse naïveté, lieux communs annoncés comme des découvertes, pygmalisation de l’auteur par son récit, théâtralité des événements, commentaires pseudo-moraux, évitement du Je profond,…).

 

La sincérité s’avance donc prudemment alors qu’elle est sans cesse annoncée. Cette sincérité, qui serait la marque de la vérité de l’auteur, se moque donc des effets narratifs, elle a besoin du dévoilement de l’intimité de l’événement.

 

La vérité se joue dans la dimension de risque pris par l’auteur. C’est le fameux texte de Michel Leiris, « L’âge d’homme »[3] qui développe cette part de risque dans le récit autobiographique ou le récit de vie sous la métaphore de la « corne de taureau » (de la tauromachie dans la littérature http://authologies.free.fr/leiris.htm  et De la tauromachie dans la littérature Michel Leiris (PDF) ).

 

Dans tout homme, il y a un salon, un grenier et une cave. Paul Claudel

 

La vérité, qui suppose la descente dans la cave ou la montée au grenier de l’auteur se nourrit de l’établissement de faits réels, autrement dit, de faits qui ne se cachent pas derrière un semblant de réel de circonstance, générique, un topos, un stéréotype moralisant ou apaisant en regard de la norme, un simulacre de réel. Cette vérité s’appuie, pour atteindre le lecteur, sur des indices de sincérité dans la relation des événements, des émotions et sentiments dont l’auteur va piquer son texte.

 

Cette sincérité n’a pas à voir avec le naturel ou la spontanéité du récit uniquement mais plutôt avec la présence du corps de l’auteur dans son texte (éléments de somatisation, métaphores de l’animalité,  usages de la ponctuation, registres et niveaux de langue,…), également avec le franchissement de certaines zones d’impudeur singulière ou collective, …

 

Sincérité et vérité sont donc en contreforts réguliers dans le récit de vie. Nous pouvons constater à quel point le récit de vie collecté ou produit en atelier d’écriture revendique d’abord une simple et première reconnaissance des événements dans lesquels l’auteur a été plongé. Cette reconnaissance donne lieu ensuite à un passage par la connaissance de nouvelles dimensions de cet événement lors de l’écriture. Cette connaissance se manifeste par de soudaines découvertes faites au fil de l’écriture et c’est à ce moment stratégique que beaucoup utilisent le masque. Le fameux « personnage » de soi pour masquer le moi.

 

La vérité, ses phénomènes, ses causalités secrètes, peuvent se transformer en découvertes embarrassantes pour l’auteur habité du souci, et souvent de l’illusion, de sincérité. Cette cohabitation difficile devient l’enjeu de l’écriture du récit de vie : construire, par l’expérience du moi, une position dans le mouvement collectif du « on » qui a produit sa propre moralisation.

 

Cette déviance en « je » du récit collectif se nourrit d’une nécessaire sincérité d’écriture et livre alors, de façon distincte du lieu commun, une vérité propre à l’auteur, passée par la « configuration » de l’écriture (Ricœur).

 

La « triche », le « jeu », le simulacre, le détournement de faits, l’approche périphérique aident à ajuster la sincérité de l’auteur dans son texte pour mieux conduire vers le lecteur le sentiment d’une vérité…

 

Ces transmutations esthétiques, morales, factuelles des expériences peuvent être le fait d’une insouciance du processus développé ici (de nombreux récits de vie deviennent souvent des « récits officiels de soi » sans que l’auteur, pour des raisons diverses, ne souhaite aller au-delà des vérités générales et des points de vue génériques.) ou au contraire la volonté stratégique de protection que l’auteur va déployer tout au long d’un récit à plusieurs niveaux. L’auteur se donne alors pour tâche d’enfuir dans ce qui peut être dévoilé, des vérités qui ne peuvent être mises à jour.

 

Un jeu de montré-caché est souvent la règle du récit de vie. Un jeu de dissimulation et de dévoilement conjoints. Les lecteurs du cercle des intimes ne s’y trompent généralement pas…

 

Enfin, le récit de vie, souvent moulés dans la forme de jeux littéraires patents vite épuisés, parvient à atteindre un des objectifs que la sincérité de l’auteur se donne : se distinguer, se décoller, de l’image de soi construite par le collectif.

 

Cette façon de faire un pas de côté déplace chez l’auteur tout « l’appareil d’écriture » : il s’agira de dire en dissimulant, de taire en laissant entendre, de sembler faire face tout en provoquant le regard latéral et l’écoute de l’en-deçà.

DS


[1] Réelles présences, Georges Steiner, Gallimard, Paris, 1990

[2] Temps et Récit, Paul Ricœur, Seuil, Points, Paris, 1991

[3] L’âge d’homme, Michel Leiris, Livre de poche, Paris, 1985.

© Ce texte peut être diffusé sous la condition de citer sa source

23 janvier 2013, Bruxelles

Calligraphisme de l’auteur

 

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L’ubiquité du voyageur à la Maison Belgo-Roumaine

Posté par traverse le 21 janvier 2013

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L’ubiquité du voyageur

Performance, Calligraphismes et vidéo.

« Laisse ici ta valise ou ton sac, laisse tes arguments d’aventures mystérieuses, tes désirs, tes illusions d’humanité réconciliée, laisse ces phrases toutes faites aux généreux immobiles, plantés dans le décor de l’immuable, laisse au pied de ta maison ce qui t’appelle, laisse le plus, et le moins encore sera de trop…Laisse ce qui te lasse et lâche ce qui te blesse, laisse les steppes d’amertume et les embruns mélancoliques, laisse ces fardeaux qui ne trompent que l’ennui d’être ici, laisse ton ombre lentement gagner les saisons du passé, laisse… »

Extrait de « L’ubiquité du voyageur », inédit.

Le 7 février, à l’occasion du Festival « Interlitratour », à la Maison Belgo-Roumaine, j’aurai le plaisir d’exposer six toiles « Calligraphismes » réalisées pour l’occasion. Elles accompagneront une lecture-performance d’un texte inédit « L’Ubiquité du Voyageur » à propos de cette étrange aventure du « voyage immobile ».

Il y a dans le voyage, un fantôme, une double image, comme un écho intérieur à la résonance géographique du mot. Voyager devient vite s’arrêter et être. Voyager, c’est aussi s’évader, se mettre hors de soi et (pour ?) ne pas partir. Voyager, c’est aussi aller à un endroit qui n’existe pas et qui est sans cesse inventé par le voyage, voyager, c’est perdre pied.

Le 7 février, en compagnie de deux autres écrivains, Gjovalin Kola (Albanie) et Patrick Mac Guinness (Angleterre) et du poète Frank De Crits et soutenu par les intermèdes musicaux de Azzouz El Houri, je proposerai également le film de Jacques Deglas, d’après mon texte (paru aux éditions MEO, « Quand vous serez », 2012) « La dernière fois que ma mère est morte ». Une variation en hommage, un « Stabat Mater », une façon de rendre compte du premier et dernier voyage.

Et enfin, les « Calligraphismes » tenteront de saisir sur la toile, un autre mouvement, sur lequel j’ai longtemps écrit, et qui m’a inspiré un autre voyage imaginaire, le voyage à pied, de Transylvanie à Paris, en 1904, de Brancusi (« D’un pied léger », éditions Le Taillis Pré, 2006)…

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Rencontre avec Marie Bruyns et Daniel Simon/Soignies

Posté par traverse le 21 janvier 2013

A la bibliothèque de Soignies…

 Rencontre avec Marie Bruyns et Daniel Simon

« Le rire de Schéhérazade et autres récits »:

ce que les médecins humanitaires n’osent pas dire,

Marie Bruyns l’a écrit…

Le rire de Schéhérazade et autres récits

 

« Il n’y a qu’à toi que je peux raconter ce qui va suivre. Et je sais d’avance ce que tu vas me dire après lecture : repose-toi.

Tu n’imagines pas ce qui m’est arrivé ce matin.

J’étais en route vers l’hôpital d’Herat. Je marchais dans une rue curieusement baptisée Student street (il n’y a plus d’université ici), tranquille dans la douceur matinale. À peine un souffle de ce vent sableux qui empoussière tout l’Afghanistan. Je marchais à l’ombre des pins parasols doucement balancés, le nez en l’air à écouter chanter les quelques oiseaux qui survivent à la famine et aux explosions. Pourtant, j’étais préoccupée par le cas de Farzana, dix ans, qui présente des plaies bizarres sur tout le corps. Je n’arrive pas à comprendre si c’est une maladie rare, de la maltraitance ou de l’automutilation. Ses parents ne sont pas pauvres et c’est la seule survivante d’une fratrie de huit. Difficile de saisir la dynamique d’une famille si différente des nôtres. Mes habituels casse-têtes humanitaires. »

Marie Bruyns a mené une carrière de gynécologue à Bruxelles et s’est engagée un temps comme médecin humanitaire à divers endroits de la planète. Avec Le rire de Schéhérazade et autres récits, elle transmet par le biais de la fiction les expériences vécues par ces expatriés volontaires au Congo, au Liberia ou encore en Afghanistan. Dans ce recueil de textes courts mais concentrés et puissants, se révèlent des hommes et des femmes qui pansent les plaies de peuples exsangues, fragilisés par la faim, la guerre et la maladie. Les médecins humanitaires quittent un monde aseptisé pour un autre, quasi moyenâgeux, où les médicaments sont le plus souvent insuffisants, lorsqu’ils ne disparaissent pas mystérieusement.

Les motivations de ces médecins de l’extrême sont variées mais tous ont à cœur de soulager les populations en détresse alors que tout concourt à leur échec : l’instabilité politique du pays, le joug des traditions religieuses ou encore l’opportunisme international. Tandis que certains s’obstinent, d’autres renoncent. Car dans cette aventure humaine, il y a aussi la confrontation à ses propres limites.

Lorsqu’on clôt ses quelques pages, Le rire de Schéhérazade et autres récits résonne encore un peu dans la mémoire du lecteur et offre un terrain propice à la réflexion.

L.S.

BRUYNS, Marie. Le rire de Schéhérazade et autres récits. Charleroi : Couleur livres, 2011. (Collection JE). 146 p.

  • une présentation de l’ouvrage,
    une approche des ateliers d’écriture consacrés au récit de vie,
    un court atelier d’écriture à partir de l’ouvrage présenté.Réservations obligatoires au 067/33.30.22 ou bibliotheque.soignies@skynet.be(20 personnes maximum)

    Ce que les médecins humanitaires n’osent pas dire, Marie Bruyns l’a écrit. Elle propose un ouvrage intéressant tant par sa qualité narrative que par la manière inédite dont l’expérience de la médecine humanitaire est abordée : http://bibliothequelaregence.wordpress.com/2012/11/14/le-rire-de-scheherazade-et-autres-recits/

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L’Ubiquité du voyageur/Maison Belgo-Roumaine

Posté par traverse le 17 janvier 2013

L'Ubiquité du voyageur/Maison Belgo-Roumaine

7 x croisements littéraires et plaisirs artistiques à Bruxelles

 

1

Jeudi 7 février 2013, à partir de 19h00

La littérature en voyage

Gjovalin Kola, écrivain albanais vivant en Belgique, raconte l’histoire méconnue de la dissidence en Albanie sous Enver Hoxha.

 

Patrick McGuinness, écrivain irlandais qui a récemment publié le roman ‘The Last Hundred Days’, évoque les derniers jours mouvementés de la dictature de Ceausescu.

 

Daniel Simon, poète bruxellois, fait une lecture-performance du texte ‘L’ubiquité du voyageur’.

Projection du film ‘La dernière fois que ma mère est morte’ (D’après « Quand vous serez », MEO, 2012) (10 min.)

Présentation de quatre toiles de Calligraphismes: Saisons du voyage I, II, III, IV.

 

Le poète bruxellois Fouad Sounni récite des textes du poète perse du onzième siècle Omar Khayyam et présente des extraits de son propre recueil Les portes de la mer.

Frank De Crits, poète bruxellois connu pour son sens de l’ironie et de l’euphémisme, anime la soirée et lit des extraits de son œuvre.

L’encadrement musical de la soirée est assuré par Azzouz El Houri au luth arabe et des improvisations au piano. La soirée littéraire s’achève en musique avec Quentin au Piano B-Art.

Entrée libre

Traduction, le cas échéant, en néerlandais et en français.

Arthis – La Maison Culturelle Belgo-Roumaine, Rue de Flandre 33, 1000 Bruxelles

 

2

Dimanche 10 février 2013, à partir de 15h00 (jusqu’à 18h00)

La poésie en résistance

Ehmed Huseynï est un écrivain, poète et philosophe connu pour sa virtuosité avec les mots. Ses vers libres dépeignent un univers de douleur et d’oppression. Il est accompagné de Rukiye Özmen, une jeune femme du nord du Kurdistan connue pour ses nouvelles et poèmes. Elle écrit principalement sur le quotidien des Kurdes, la révolte, l’oppression, les femmes et la jeunesse. Elle a publié à ce jour trois recueils de nouvelles et un recueil de poésie. Peter Holvoet-Hanssen, poète du cru, performer et jusqu’à l’année dernière poète de la ville d’Anvers, se présente en troubadour de la lumière et de l’ombre.

Les poètes sont accompagnés par le musicien kurde Hekimo, un ouvrier du nord du Kurdistan qui interprète des chants traditionnels. Il a déjà quelques albums à son actif.

Entrée libre, pas de traduction prévue

Ten Noey, rue de la Commune 25, 1210 Saint-Josse-ten-Noode

 

3

Mardi 12 février 2013, à partir de 19h00

Le rayonnement de l’Afrique

Karelia Iznaga raconte une histoire richement illustrée de l’influence africaine sur la poésie cubaine. Suit un récital de poésie africaine. José Surra, Uruguayen, qui est né et a grandi au pays du tango, illustre la riche influence de l’Afrique sur le tango.

Entrée libre

Présentation en néerlandais, textes en français, avec traduction simultanée

FZO, Rue Vanderlinden 17, 1030 Schaerbeek.

 

4

Jeudi 14 février 2013, à partir de 12h00 (permanent)

I book you

I Book You illustre l’amour du livre et nous invite à une réflexion sur l’illettrisme. Muntpunt monte à partir du 14 février une exposition-vitrine d’une magnifique collection internationale de jaquettes de livres. Cette collection a pu être constituée via l’appel DoeDeMee.be du studio graphique anversois Beshart à des graphiques et artistes du monde entier. Sur base des 100 meilleures jaquettes de tous les temps, un classement effectué par le magazine britannique The Observer, 100 artistes de 28 pays ont conçu 100 nouvelles couvertures. Le résultat a donné lieu à l’exposition 100 Book Covers to Fight Illiteracy, sous les auspices de l’Unesco. Toutes les jaquettes seront vendues aux enchères pour la bonne cause le 23 avril prochain. Muntpunt prévoit jusque-là toutes sortes d’activités avec ses partenaires dans le cadre de I Book You.

Pour plus d’informations, surfez sur le site www.muntpunt.be

Expo-vitrine gratuite, permanente jusqu’au 23 avril 2013, en néerlandais et en français

Muntpunt, Place de la Monnaie 6, 1000 Bruxelles

 

5

Jeudi 21 février 2013, à partir de 19h30

Poèmes sur le Danube

Attila József est la figure centrale de cette ode à la poésie hongroise. L’œuvre de ce poète révolutionnaire est le plus souvent de nature très personnelle, religieuse ou érotique. Plusieurs de ses poèmes ont été traduits en néerlandais et mis en musique spécialement pour cette édition d’Interlitratour. Peter Lombaert interprète l’œuvre d’Attila József avec beaucoup de conviction et fait accompagner ses ‘lieder’ d’œuvres de poètes hongrois de la seconde moitié du vingtième siècle, tels Sandor Csoóri et Janos Pilinszky. Cette soirée exceptionnelle de poésie se clôturera par une réception avec dégustation de spécialités hongroises.

Entrée: 3 euros, pas de traduction prévue (les poèmes sont récités en néerlandais)

Bibliothèque Publique Communale, Avenue d’Auderghem 191, 1040 Etterbeek

 

6

Samedi 23 février 2013, à partir de 15h00 (jusqu’à 17h30) 

Allée-retour / heen-en-terug

Allée-retour/ heen-en-terug – Littérature et migration, ou les vagues migratoires entre le Congo, la Belgique et le Brésil et leur impact sur la culture et la société. L’historien Eddy Stols a effectué de longs séjours au Brésil et a écrit notamment Brazilië, vijf eeuwen geschiedenis in dribbelpas (Le Brésil, récit de cinq siècles d’histoire). Bambi Ceuppens a étudié l’histoire africaine et l’anthropologie et est actuellement attachée au Musée Royal d’Afrique centrale de Tervuren. L’un et l’autre évoquent les liens entre la Belgique, le Congo et le Brésil et répondent à vos questions.

La soirée se clôture par une réception avec musique brésilienne.

Entrée libre

Présentation en néerlandais

Bibliothèque Publique, Rue Saint-Guidon 97, 1070 Anderlecht

 

7

Jeudi 28 février 2013, à partir de 20h00

Rencontre littéraire avec Dušan Šarotar

Dušan Šarotar est un des écrivains slovènes les plus productifs et les plus célèbres. Il a étudié la sociologie de la culture et la philosophie à l’Université de Ljubljana. Il est écrivain indépendant depuis 2000, mais aussi photographe, poète et scénariste. Sa présence est due non seulement à une invitation d’Interlitratour, mais aussi à la journée de la culture slovène qui doit avoir lieu le 8 février, en hommage à France Preseren.

Au cœur des intérêts de Šarotar, la mémoire, la douleur, le sentiment et l’âme humaine, des thèmes qu’il approche avec un langage poétique de la lenteur. Šarotar sera présenté et interviewé par Pavel Ocepek, lecteur a l’Université de Gand,

Entrée gratuite

Présentation en anglais, traduction simultanée en néerlandais

Passa Porta, Rue A. Dansaert 46, 1000 Bruxelles

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Cabanes/12

Posté par traverse le 9 janvier 2013

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L’ogre regarde le monde devant lui et il est grand. Par quoi commencer ? Par où aller dans la suite de cette histoire ? Rentrer chez sa mère, agrandir la cabane, chercher de la nourriture ? Il s’assied et réfléchit, longuement, tellement longuement que la lumière a changé maintenant et qu’elle ruisselle sur lui dans la douceur du matin. Il est heureux, il le sait et il comprend déjà que c’est pour cela qu’il restera dans sa cabane. Il n’a jamais été aussi heureux, seul et heureux.

Dans la profondeur de la forêt, il voudrait vivre toujours.

A la lisière de la forêt, il acceptera un jour d’aller à nouveau, et peut-être plus loin, mais c’est trop tôt aujourd’hui.

L’ogre cueille des baies, des fraises des bois, toutes ces petites billes rouges qui vont lui nouer le ventre bientôt mais il ne le sait pas encore, alors il mange et il mange encore jusqu’à ce qu’il soit rassasié. Une bonne lampée d’eau, tiens, la gourde est presque vide, il va devoir aller à la recherche d’une  source…

Il entend là, dans le proche lointain, les bruits de la vie du dehors et il décide alors de s’enfoncer plus loin dans les taillis, sous la charpente ondoyante qui murmure « Vas-y, l’ogre, vas-y, c’est le moment… ».

Et cela fait un bruissement qu’il ne peut ne pas entendre, alors il avance et le bruissement devient chuchotement, le chuchotement monte encore et c’est toute la forêt qui se serre les branches pour le soutenir dans cette grande aventure qu’il va commencer.

Il part vers l’Ouest, comme il l’a entendu souvent, vers l’Ouest, toujours à l’Ouest.

Il ira dans une autre direction plus tard s’il ne trouve rien. En route pour l’Ouest !

Il marche pendant deux heures, il croit que c’est deux heures, il n’en sait rien mais il le sent, ça doit être deux heures, oui. Ca sonne bien deux heures et ça permet de faire une pause.

 

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Soliloques de la rupture

Posté par traverse le 7 janvier 2013

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La littérature des cœurs brisés

Soliloques de la rupture

fichier pdf Soliloques de la rupture

 Un atelier d’écriture  sur la rupture, les abandons, la solitude du fond, le sommet du rien, la cadence des pleurs, les secousses du mouchoir, les mails en bois et les téléphones de pierre, la courbe qui descend, les siennes qui vous faisaient monter, son odeur qui flotte, la vaisselle qui mijote, bref de la douleur qui nous fait rire, après, quand on est morts.

(Animation, Daniel Simon)

Dates: 22, 29 mars de 18h30 à 21h dans la Bibliothèque de Schaerbeek.

(et une séance à décider par le groupe).

Participation : 60 euros pour trois séances et suivi mail.

L’atelier sera le préambule à une édition (papier et eBooks)

Une exposition sur les « Cœurs brisés » sera construite par l’asbl Traverse en 2013.

Inscriptions dès aujourd’hui : 12 places maximum.

http://aubergeatelier.unblog.fr/2013/01/12/est-ce-que-le-texte-est-juste/

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Feuillets de corde / « On s’occupe de vous! »

Posté par traverse le 7 janvier 2013

Feuillets de corde /

On s’occupe de vous! »

Le dimanche 27 janvier de 15 à 17 h,

lancement nouveaux Feuillets de corde

Revue littéraire effervescente éditée par Traverse asbl

au texte: Alain Germoz et à la gravure, Belgeonne.

C’est le numéro 8, celui qui clôture la série « Texte-Gravure ».

(Avec Eric Piette comme Invité)

Une nouvelle série commencera en février « Texte-Photographie »,

 sous la houlette de Ben Weisgerber (Photos) et Daniel Simon (Textes).

Entrée libre – Verre de l’amitié ». Les Feuillets sont offerts.

à la Librairie Cent Papiers, 23 avenue Louis Bertrand – 1030 Schaerbeek

http://www.100papiers.be/Site_3/Home.html

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La « Collection Je » a sept ans !

Posté par traverse le 7 janvier 2013

A Cépages le 23 janvier 2013 à 19h

La « Collection Je » a sept ans !

et une vingtaine de titres à son actif…

« Récit de vie, entre vérité et sincérité :

la cohabitation difficile? »

Le 23 janvier à 19h, Pierre Bertrand, Directeur des Editions Couleur livres et Daniel Simon (Coordinateur des Collections « Je » et « Je Contrepoints ») vous invitent à une rencontre autour du thème « Récit de vie, entre vérité et sincérité : la cohabitation difficile ? ».

Une Revue littéraire qui traite dans ce numéro de la transmission…

http://tempszero.contemporain.info/accueil

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Récit de vie en journée/Maison du livre

Posté par traverse le 7 janvier 2013

 www.lamaisondulivre.be

 

                                              Récit de vie en journée/Maison du livre le-temps-qui-nous-reste-300x300

(Photo: Ben Weisgerber)

Écrire ses émotions, ses expériences et en faire des récits de vie, voilà l’objectif de l’atelier.
L’écriture se fera chez soi à partir d’une consigne donnée par l’animateur à l’issue de chaque séance.

Lectures et commentaires feront la matière de chaque rencontre. Ce sera un espace de travail, un lieu où le temps et le dialogue (écoute, lecture,…) s’entrecroiseront…

Travailler en atelier, ce sera écouter la lecture des textes des autres et creuser collectivement des questions individuelles…
Le projet est d’accompagner chacune et chacun dans son écriture pour créer des récits en miroirs et en échos du vécu.

Animé par : Daniel SIMON, animateur d’atelier d’écritures, écrivain et éditeur, www.traverse.be
Dates :
10 mardis de 14h à 17h :
12/02, 26/02, 5/03, 19/03, 26/03, 9/04, 16/04, 7/05,14/05, 21/05
Public : adultes
Prix : 190 euros, acompte de 90 euros, possibilité de payer le solde en effectuant 2 versements de 50 euros ou 4 de 25 euros.
Nombre maximum de participants : 12

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Cabanes/11

Posté par traverse le 6 janvier 2013

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Le matin se lève mais l’ogre ne le sait pas encore, il ne connaît pas les petits matins dans l’herbe froide et le brouillard qui navigue de taillis en taillis, ça, il le découvrira bientôt.

Il est encore dans l’évanouissement paisible du sommeil et court dans des jardins arrosés de fontaines tournantes, baignés du chant triste du rossignol, piqué des moucherons de l’été tardif.

Il est avec sa mère, son père est loin, dans un autre pays où il travaille et d’où il téléphone régulièrement. Maman prépare de la limonade, de la vraie avec des citrons et du sucre dans des flacons glacés. Il fait si chaud que de la sueur coule dans ses yeux et en s’essuyant elle y mêle des traces de citron qui brûlent son regard bleu.

Elle revient sur la terrasse en portant fièrement un plat de fraises juteuses qu’elle  découpe avec le petit couteau à légumes et le sang coule dans le fond du saladier en verre décoré de poires et de pommes.

Ca sent les vacances éternelle et l’ennui des fins de journée quand le soleil se couche si tard que les hommes ne savent plus que faire, assis sur leurs chaises en fumant et en regardant le ciel parce que demain il va pleuvoir, peut-être.

Elle agite le sucre au-dessus des fruits presque écrasés et on dirait de la neige dans le soleil couchant. Elle lui coupe une large tranche de pain qu’il mange en trempant la mie dans le jus.

Au-dessus des arbres, des oiseaux sautent d’une branche à l’autre et font un tant de bruit qu’il pense tout-à-coup à son père qui est loin. C’est comme un téléphone qui sonnerait trop fort et qu’on ne décrocherait pas. Il est triste soudain et mâche lentement ses fraises qui chatouillent sa langue.

Bientôt il ira au lit et mettra du temps à s’endormir. C’est alors qu’il se réveille et entend tout ce qui l’entoure et qu’il découvre : les vaches au loin, les oiseaux partout, les cloches un peu plus loin encore, un autobus qui passe près de la maison de maman, des craquements, des rires et des gloussements, des bruits de toutes sortes qui le mettent debout.

Il a froid, c’est sa première vraie nuit dans les algues de l’aurore qui revient comme une marée calme recouvrir ce qui flotte dans le brouillard bleuté.

Il a faim et froid, un peu peur, mais le souvenir de la nuit le tient droit.

 

 

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Autour de Gabrielle Vincent

Posté par traverse le 5 janvier 2013

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Par Arnaud de la Croix

Le mercredi 16 janvier 2013 à 19h30

Conférence organisée dans le cadre de l’exposition consacrée à l’œuvre de Monique Martin (alias Gabrielle Vincent),

auteur de la célèbre série « Ernest et Célestine »,

qui se tient à la chapelle de Boondael ainsi qu’à la bibliothèque du 11 au 27 janvier 2013

Inscriptions :

02-5156406 ou 02-5156412

(pendant les heures d’ouverture de la bibliothèque)

Bibliothèque communale francophone d’Ixelles rue Mercelis, 19 – 1050 Ixelles

Horaires

Mardi 10 – 12h et 13 – 18h

Mercredi 13 – 19h

Jeudi 13 – 18h

Vendredi 13 – 18h

Samedi 9 – 13h

A l’initiative de Willy Decourty, Bourgmestre, de Yves de Jonghe d’Ardoye, Echevin dela Cultureet des membres du Collège des Bourgmestre et Echevins dela Communed’Ixelles

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Cabanes/10

Posté par traverse le 2 janvier 2013

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L’ogre est maintenant au cœur de la grande nuit et il sait que cette nuit ne le quittera plus, tout est là qu’il ne pourra oublier : craquements, brouillards, chahuts du vent dans les arbrisseaux, tout est dans son cœur pour toujours et c’est là qu’il pourra redevenir ogre quand il le voudra, quand ce sera nécessaire.

La pluie a cessé de tomber et le sol est détrempé, ça fait un bruit de chaussettes mouillées dans des souliers trop grands quand on marche sur les feuilles où on s’enfonce parfois jusqu’aux genoux. Mais l’ogre avance vers sa cabane, il va retrouver son temple, sa forteresse, son abri. Il a faim et se laisse aller à regarder là, au loin, vers la maison de sa mère, mais c’est maintenant beaucoup trop loin et il lui faudra se débrouiller seul le reste de sa vie d’ogre.

Il cherche des baies, des myrtilles, des mûres, des fraises des bois, mais rien, aucun de ces beaux mots dans le vocabulaire de sa forêt. Ici, il n’y a que champignons, moisissures, verdures, lichens et feuilles mortes. Alors, l’ogre se souvient de son paquet de petits Lu et se dirige en hâte vers sa cabane. Enfin, il est chez lui, tout est comme il l’avait laissé au milieu de la nuit, rien n’a bougé alors que tout change partout et tout le temps, rien ne le surprend ici et il aime ça.

Il se couche sur le matelas de fougères et de bruyères et mord dans un biscuit. C’est bon et chaud, ça a un goût de beurre, ça lui rappelle l’autre monde mais il ne faut pas s’habituer à l’autre monde, il suffit de s’y promener et ne pas s’habituer, c’est un monde dangereux et suffocant.

Il entame maintenant son deuxième biscuit et encore un troisième. Il boit une gorgée d’eau à sa gourde et se prélasse sur sa couche. Quel bonheur, quelle solitude bienfaitrice, quel sentiment de paix  infinie qu’il ne sait pas encore aussi fragile qu’un fil d’araignée que l’on arrache sans le voir, marchant la tête haute. D’un coup, l’araignée réveillée en sursaut tombe mais dans sa chute, elle file, elle file vite et encore plus vite un autre fil qui la suspend enfin dans la lumière qui filtre.

L’ogre se roule en boule et pense à certaines choses qui le rendent tout drôle, comme s’il allait pleurer, et puis non, ça vient de passer. Il ravale ce fréquent sentiment d’être si seul, l’impression d’être trop seul maintenant au milieu de cette solitude qui le rassurait un instant avant. Il s’endort difficilement dans la nuit qui se prépare à émigrer dans les vallées lointaines.

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