Cabanes/11

Posté par traverse le 6 janvier 2013

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Le matin se lève mais l’ogre ne le sait pas encore, il ne connaît pas les petits matins dans l’herbe froide et le brouillard qui navigue de taillis en taillis, ça, il le découvrira bientôt.

Il est encore dans l’évanouissement paisible du sommeil et court dans des jardins arrosés de fontaines tournantes, baignés du chant triste du rossignol, piqué des moucherons de l’été tardif.

Il est avec sa mère, son père est loin, dans un autre pays où il travaille et d’où il téléphone régulièrement. Maman prépare de la limonade, de la vraie avec des citrons et du sucre dans des flacons glacés. Il fait si chaud que de la sueur coule dans ses yeux et en s’essuyant elle y mêle des traces de citron qui brûlent son regard bleu.

Elle revient sur la terrasse en portant fièrement un plat de fraises juteuses qu’elle  découpe avec le petit couteau à légumes et le sang coule dans le fond du saladier en verre décoré de poires et de pommes.

Ca sent les vacances éternelle et l’ennui des fins de journée quand le soleil se couche si tard que les hommes ne savent plus que faire, assis sur leurs chaises en fumant et en regardant le ciel parce que demain il va pleuvoir, peut-être.

Elle agite le sucre au-dessus des fruits presque écrasés et on dirait de la neige dans le soleil couchant. Elle lui coupe une large tranche de pain qu’il mange en trempant la mie dans le jus.

Au-dessus des arbres, des oiseaux sautent d’une branche à l’autre et font un tant de bruit qu’il pense tout-à-coup à son père qui est loin. C’est comme un téléphone qui sonnerait trop fort et qu’on ne décrocherait pas. Il est triste soudain et mâche lentement ses fraises qui chatouillent sa langue.

Bientôt il ira au lit et mettra du temps à s’endormir. C’est alors qu’il se réveille et entend tout ce qui l’entoure et qu’il découvre : les vaches au loin, les oiseaux partout, les cloches un peu plus loin encore, un autobus qui passe près de la maison de maman, des craquements, des rires et des gloussements, des bruits de toutes sortes qui le mettent debout.

Il a froid, c’est sa première vraie nuit dans les algues de l’aurore qui revient comme une marée calme recouvrir ce qui flotte dans le brouillard bleuté.

Il a faim et froid, un peu peur, mais le souvenir de la nuit le tient droit.

 

 

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