Cabanes /17

Posté par traverse le 13 mars 2013

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 http://www.centredelagravure.be/Page_Generale.asp?DocID=12703&expo=Actu&la=2&langue=FR 

David Lynch (en ce moment au Centre de la Gravure)


Tout se suit et ne se ressemble pas dans ce qui crépite sur la vaste plaine du jeune cerveau de l’ogre, tout se bouscule et virevolte, tout tremble et résonne, rien ne se fixe ni ne se pose.

 

L’ogre est ainsi fait, il ne comprend pas toujours les évidences de chacun mais s’y connaît assez pour séparer le sucre du sel et renvoyer aux mensonges les illusions sordides qu’on lui prépare pour longtemps.

 

Alors, tout va, tout vient dans cette brume cérébrale, il est petit, debout dans la cuisine de sa mère, une lumière d’été tombe en douceur sur le frigo, il regarde en biais et dehors et dedans, toujours hésitant sur le lieu où s’enfuir, et sa mère lui parle et parle et parle encore qu’il rapetisse à chaque mot, alors il fait un rêve, un rêve qu’il sait sa seule chance de vivre, un rêve qui passe comme une flèche et qui file encore dans le ciel de sa vie, une flèche envoyée dans l’avenir de l’ogre, il le sait,  comme une trace de ce petit présent dans le futur du grand.

 

Il neige d’un coup sur l’été et des ralentis blancs accueille un personnage qu’il ne distingue pas, une sorte de géant, un homme à l’allure lourde, un bonhomme de cendres sur tout ce blanc laiteux, il avance et marche tête haute, il parle mais l’ogre n’entend rien, les rêves sont muets pour nous mettre à l’abri des bêtises communes, l’ombre se rapproche et l’ogre aperçoit un  trait, puis l’autre, un autre encore qui lui ressemblent peut-être, c’est lui, de loin, dans ces frimas soudains, qu’il distingue à présent, lui qui va devenir cet homme et qui sera un jour le vengeur des ogres enfermés, bousculés, insultés, salis et moqués par la horde des pères, c’est lui qui passe assez près pour faire un signe à l’ogre, un geste qu’il attendait avant de se jeter du pont dans la rivière glacée, mais ce signe est arrivé à temps et l’ogre respire enfin, la vengeance est lointaine et légère comme les flocons de neige qui tombent en silence et recouvrent le monde.

 

Mille choses voyagent dans la tête de l’ogre, des vertes et des pas mûres, des beautés carnassières et des amours futures, le temps n’existe pas encore, la terre est sans limites et c’est là, c’est juré, qu’il connaîtra la joie d’avoir franchi le pont.

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