Cabanes/18

Posté par traverse le 15 mars 2013

Cabanes/18    images-4

Estampe, David Lynch 

 

 

La neige parfois fond d’un seul coup et le soleil écrase alors l’image dans l’horizontale de sa lenteur.

 

L’ogre est à la mer, celle du Nord, la grise et jaune avec un soleil rare et des vagues hargneuses, elle est à lui comme un territoire d’enfance sans partage, les vieux vont sur la digue si heureux d’être heureux, petits bonheurs et crottes de chiens, maman est allongée sur une serviette rouge, lunettes de soleil et chapeau de paille, ses jambes et ses bras sont blancs, le blanc des vacanciers trop sages et l’ogre la regarde comme un gisant sans fard qu’on a oublié là.

 

Le sable crisse entre les dents de l’ogre, il s’en souviendra plus tard quand il mangera des chairs plus fermes à ne jamais déguster sur les plages publiques. Ce qui séduit dans le déduit n’est pas affaire de morale mais de confort et d’égoïsme partagé.

 

Enfin la pluie  chasse tout ce monde sous les terrasses se parfumer de glaces, de gaufres et de crevettes à l’abri des bourrasques. Il aime cet air vague de ceux qui ne savent que faire de ce temps épargné. Ils vont comme des pauvres, le ticket à la main pour le match de l’année, mais se font rembarrer à l’entrée des tribunes pour des questions idiotes qui occupent la vie.

 

Il faut se retourner parfois sur un passé cruel qui nous vit naître et grandir dans l’ennui des familles, la mine dans la main et le cœur sous les pieds. L’ogre a de la chance, des vestiges ne cessent de border sa route sans intérêt. C’est en passant par là qu’on affûte ses meilleurs coutelas et qu’on rêve de pirates sans merci et sans peur balançant à la mer les pleureuses et les lâches aux requins réjouis du fretin des humains.

 

Mais les rêves ont une fin et ne servent qu’à supporter le jour qui va si bête dans l’ordre des apparences. L’ogre va se réveiller et se lever aussi pour chasser cet ennui qui vous prend le matin parfois par temps chagrin. Il tremble, il s’ébroue, il remue et  il ouvre les yeux.

 

Le ciel au-dessus est plus large qu’hier et il y reconnaît quelques traces de nuit où il se sent si bien, des vallées de nuages où coulent des torrents bleus qui emballent le monde comme un cadeau princier.

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