Ecart(s)magazine N°2

Posté par traverse le 26 mars 2013

Une équipe, jeune, liégeoise, crée  Ecartsmag  avec talent: graphisme, justesse éditoriale, qualité numérique…Bravo!

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Ecart(s) Magazine, trait d’union entre arts et société, propose, à chaque numéro, des pistes d’investigation et de réflexion sous la forme de reportages atypiques, de cartes blanches et d’illustrations autour d’une thématique unique.

Ludique et décalé, Ecart(s) Magazine use du détournement et fait la part belle au visuel. Petit ou grand détour, autorisez-vous un écart de conduite…

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 (ma contribution…)

« Ze Mony » 

« Cela mérite vos applaudissements ! » et ça applaudit, ça valse, ricoche, pleure, rit, touche et envoie au cœur du public.

Parfois la fonte me saisit, honte de laisser trainer mon regard sur ces avant-soirées putassières, honte d’être pris comme cible dans ce pauvre monde des avant-soirées. Mais rien à faire, je m’aventure, je glisse entre deux cadeaux vulgaires d’une chaîne à l’autre et je vérifie l’état des désastres, comme d’autres, la météo, chaque matin, avant le travail. Puis, je coupe, j’en ai assez, ça me suffit pour me redonner courage. Je comprends qu’ils aient supprimé les cours de morale, ça ne tenait plus, fallait être aveugle pour ne pas comprendre que ça tient, tout ça tient, avant ou après les révolutions de printemps-hiver, de jasmin-choucroute et tutti quanti, ça tient comme ça, avec ça, et de façon de plus en plus sommaire.

Sur scène, « Ze Mony », la seule autorité qui vaille,  « Ze Mony » a aplati sans vergogne toutes différences, « Ze Mony », le seul pouvoir de la proximité a renvoyé chacune et chacun à sa commune humanité.

« Ze Mony » entre en scène, règne, rayonne, illumine, travaille et tarabuste les frustrations de tous, ronge la selle du cavalier qui s’effondrera plus loin, hors champ, et lamentablement, blatère, aboie, roucoule, geint, grogne, siffle tandis que les sourires baillent, les rires s’exténuent, le public s’amuse.

La violence et l’obscénité ne sont rien tant que les montreurs d’aspirateurs, les démonstratrices de coupe-légumes, les potiches en escarpins aux jambes infinies, nunuches à l’œil vif, sont en piste et aimés de tous. L’horloge tourne, le désir monte, l’hystérie gonfle, l’argent se montre, les Fous du roi sont au travail, la culture gagne, la guerre continue, on est heureux…

La magnificence d’un système réside dans son évidence, pas dans ses dorures. Ceux qui dérident, ramassent le crottin, en placent une bien bonne, font signe aux enfants et embrassent les voisins, c’est nous. On a mis sa plus belle robe, son tee-shirt moulant, l’entrain est de mise, la nation est rassemblée, du blanc au noir, du beur au bauf, on s’amuse ensemble, on est les cocus de la farce, le vivre ensemble version prime-time.

Nous, de haut au bas, nous tout entier, la nation rassemblée, du politique à l’assassin, du chercheur à la hardeuse, nous, modestes ou arrogants, mais nous qui marchons dans la lumière et les sourires, nous parfaites icônes de ce que nous fûmes, avant, quand nous n’étions que des individus, des électeurs, soldats, médecins, ajusteurs, infirmières et OS, nous les damnés de la terre, les enfants de l’avenir, nous, le peuple, la plèbe, la masse, sommes devenus le public, la plus-value de ces fonctions anciennes, nous sommes le Client.

Le Client de base, celui fabrique le spectacle qu’il regarde, le Client infini (« Ce n’est qu’un jeu, à une autre fois »), le Client toujours heureux d’être là, arraché d’ici, dans la lumière, là, sous le regard de ceux qui sont n’y sont pas et votent et téléphonent, soutiennent et encouragent.

Les enfants suivent, meilleurs clients encore, ils jouent aux enfants mignons, ils sont vifs et veules, malins et nauséeux, ils font le buzz et on leur fait la bise.

Enfants-soldats et de combats douteux, ils y vont, déjà perdus dans l’horizon clinquant des sentiments contrefaçons.

Alors, je sors, je promène mon chien et sous les arbres de l’allée, je vois trembloter les images des écrans où « Ze Mony » travaille…sous nos applaudissements.

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