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Musée des Manuscrits/Lectures Torrekens/Kovačič

Posté par traverse le 20 mai 2013

Lectures – rencontres autour de la littérature européenne…lectures par des écrivains européens et…belges cette fois-ci, le 16 mai 2013 dans plusieurs lieux de Bruxelles.

http://www.literaturenights.eu/2013/city/brussels/location/?lang=fr

 

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Jérémy Lambert de Institute of Polish Culture

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Jeroen Olyslaegers et Michel Torrekens

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http://www.citybooks.eu/fr/villes/citybooks/p/detail/une-autre-joue

 

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Daniel Simon

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Photos Eric Piette

Musée des Lettres et Manuscrits

 Daniel Simon lira en français ces deux auteurs :

 

Jeroen Olyslaegers lira en néerlandais ces deux auteurs:

Lojze Kovačič / Slovénie

Lojze Kovačič est né en 1928 à Bâle, d’un père slovène et d’une mère allemande. En 1938, la famille est expulsée de Suisse et doit s’installer sur le territoire de l’actuelle Slovénie. Kovačič a vécu une enfance difficile dans un grand dénuement et, tout juste à sa majorité, a souvent connu des démêlés avec les autorités à cause de ses écrits. Ses œuvres sont largement autobiographiques et traitent régulièrement de sujets existentiels comme la vie et la mort, le déplacement et l’exil, le rêve et la réalité. Kovačič a obtenu de nombreux prix littéraires, y compris la plus haute reconnaissance nationale slovène dans le domaine de la création artistique, le prix Prešeren. Il est mort à Ljubljana, en 2004.

 http://laquinzaine.wordpress.com/2011/11/17/lojze-kovacic-les-immigres-lenfant-de-lexil-tome-i/

Les Immigrés

Traduction : Andrée Lück Gaye

Sa trilogie autobiographique Les Immigrés (1984-1985) a été élue « roman du siècle » par les critiques littéraires slovènes et a été traduite en allemand, français, espagnol et néerlandais. Le roman s’ouvre sur l’expulsion de sa famille de Bâle. Pour le narrateur de dix ans, cela ne s’apparente au début qu’à une aventure. Il ne comprend pas ce qui se trame et décrit le voyage avec une naïveté déconcertante. Ce n’est qu’arrivé en Slovénie qu’il commence à saisir que le déclin de sa famille est inévitable. La Slovénie, le pays féérique, devient l’enfer, un abîme social, culturel et mental. Kovačič décrit méticuleusement, avec audace et sincérité le monde objectif de tous les jours, dans un style limpide et direct.

Michal Torrekens / Belgique

Michel Torrekens est né à Gembloux le 25 avril 1960. Depuis 1990 il signe des articles et des critiques de livres pour le journal Le Ligueur dont il est rédacteur en chef adjoint depuis 1996. Par ailleurs il est membre du Conseil de rédaction de la revue de critique littéraire Indications et y a publié plusieurs analyses de romans. Il est également chroniqueur de la revue Le Carnet et les Instants et y lance en 2010 une nouvelle rubrique intitulée « Mon éditeur et moi ». Il publie régulièrement des nouvelles dans des revues telles que La Revue générale, Marginales, Europe, Le Spantole, Archipel, etc. Il est l’auteur de trois publications chez des éditeurs belges, suisses et français : L’herbe qui souffre (1997), Fœtus fait la tête (2001), Le géranium de Monsieur Jean (2012).

Le Géranium de Monsieur Jean

Comment vivre dans un espace de quelques mètres carrés ? Son confinement conduit Monsieur Jean à retrouver des petits bonheurs oubliés : le toucher d’une peau aimée, la saveur d’un verre d’eau, l’odeur de l’herbe coupée, la vision fugitive d’un vol de martinets… L’existence ne l’a pas épargné ‒ ce n’est qu’à la fin du livre que s’éclaircira le mystère de la disparition de sa femme au Pérou ‒ mais Monsieur Jean espère encore secrètement une ultime réconciliation. Avec lui-même et avec ses proches… Récit simple et pudique, Le Géranium de Monsieur Jean pourrait faire sienne la phrase de Jean-Jacques Rousseau : « J’ai retrouvé la sérénité, la tranquillité, la paix. »

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Le trou noir

«J’ai beaucoup réfléchi ces dernières semaines », dit

Pauline qui interrompt le cours soudain rapide de mes

pensées.

« J’ai eu des moments très difficiles à la Commission

européenne. Une sorte de crise existentielle. Je ne voyais plus

le sens de mon travail. On est là-bas pour progresser sur

l’échiquier d’une carrière, mais tout cela manque d’humanité.

Paradoxalement, on se consacre à de grandes questions,

mais nous le faisons dans une ambiance totalement

aseptisée, où l’on est en négociation continuelle, où l’on se

soupçonne en permanence. Entre ressortissants de pays

différents, entre groupes politiques, entre services, les alliés

ne sont jamais que d’un temps et de circonstances.

 

Et puis j’ai beaucoup repensé à toi, à maman, à nous. Il me semble

que j’ai passé ces dernières années à combler le vide qu’elle

a laissé. Bien sûr, tu nous en as beaucoup parlé quand nous

étions enfants, et tu as bien fait, mais je crois que cela ne m’a

pas suffi…

 

Je me suis lancée dans une course folle contre le

temps, mais le temps a fini par me rattraper. »

J’écoute Pauline et j’ai l’impression d’immerger d’une

longue plongée en apnée, de respirer à nouveau à l’air libre.

Pauline m’explique, rationalise, analyse. Ces paroles, je les

devinais déjà dans ses silences, mais sans pouvoir les interpréter.

Comme une partition qu’un musicien ne réussirait

pas à déchiffrer. Pauline a décidé de devenir l’interprète

de ses silences. Je regarde la photo de sa mère. Elle ne lui a

jamais autant ressemblé qu’aujourd’hui.

 

—J’ai repensé à toute cette période. Je me suis souvenue

que je ne voulais pas écouter maman quand elle évoquait les

préparatifs de son voyage. Elle nous avait offert des livres sur

le Pérou, ses paysages, sa faune, de superbes ouvrages avec

de grandes photographies. Bernard et France en parlaient

avec enthousiasme. Sais-tu que je viens de les ouvrir pour la

première fois il y a deux mois ?

— Deux mois ! Tu ne les avais jamais regardés auparavant?

— Non, je ne voulais pas. Ils avaient d’ailleurs suivi

Bernard et France dans leurs déménagements. C’est chez eux

et grâce à eux que je les ai retrouvés.

— Ils ne m’ont rien dit…

— Je ne sais pas s’ils ont soupçonné l’importance que ces

livres représentaient pour moi. Ils avaient fini par sombrer

dans le grand trou noir qu’avait créé en moi la disparition

de maman. Une sorte d’amnésie. J’avais voulu tirer le rideau

sur ces années pénibles. Et puis, peu à peu, ma mémoire est

revenue baigner de ses vagues cette plage désertée. Et j’ai

compris…

— Tu as compris. Qu’est-ce que tu as compris ?

— J’ai pris conscience que je n’avais jamais accepté le

voyage de maman, ni les précédents. J’avais huit ans, je n’ai

jamais pu le dire clairement, mais j’aurais voulu empêcher

ce départ. Et comme je n’y parvenais pas, je t’en ai voulu de

ne pas être intervenu, de ne pas avoir essayé de stopper ce

projet. J’étais convaincue que personne ne tenait compte de

mon avis.

— Et aujourd’hui, tu le crois encore ?

— Aujourd’hui ? Aujourd’hui… Si je savais ce que j’en

pense exactement. Je cherche simplement à ne plus vivre de

regrets ou de rancoeurs cachées. »

— Et tu crois que j’aurais vraiment pu interdire à ta mère

de partir ?

— Bien sûr que non. Mais je ne l’ai compris que très

récemment. Quand je me suis opposée à mon chef de service,

figure-toi. Tout à coup, m’est apparu le visage de maman

dans ses grands jours. C’est d’ailleurs pour cela et quelques

autres petites choses que je ne t’en parle qu’aujourd’hui.

 

Le fil de notre conversation se dévide avec bonhomie.

Nous n’en tenons pas encore le bout. Pas encore. Sur l’appui

de fenêtre, mon géranium a atteint son plein épanouissement,

avec de belles feuilles vertes et des corolles de fleurs

resplendissantes.

— Et qu’entends-tu par d’autres petites choses ?

— Cela me trotte dans la tête depuis quelques semaines.

Ce ne sont pas des décisions faciles à prendre quand votre

situation professionnelle a été acquise à la force du poignet.

 

Mais voilà, le fil s’est tendu, tendu et il a fini par lâcher. Voilà

ce que je voulais t’annoncer : j’ai donné ma démission à la

Commission européenne. C’est fait. Je l’ai remise avant-hier.

 

Michel Torrekens, Extrait de « Le géranium de Monsieur Jean »,

Edition Zellige, Léchelle, France, 2012

 


 Les Immigrés

“© Študentska založba and heirs”

Dehors, parallèles au train, il y avait une rue, des arbres, tout le reste était dans l’obscurité. C’était monotone et désert comme un chemin de traverse.

« Venez, je vais vous montrer quelque chose, » dit Vati. « Laisse les enfants tranquilles, nous allons dormir« … Vati me saisit par le bras avec une détermination dont il n’avait jamais fait preuve auparavant et nous longeâmes le bâtiment gris de la gare. Derrière une grande maison sombre de l’autre côté de la rue, c’était de plus en plus lumineux. « Regarde, » dit-il. Au milieu du ciel noir, je vis soudain un éclatant château de verre. C’était quelque chose !

« Un château de verre, » dis-je. À ce moment-là, c’était vraiment ça. La lumière imprégnait ma peau, mon manteau, mes cheveux, elle me frôlait comme un spectre. Je ne sentais plus aucun des miens à côté de moi.

« Comme c’est beau, » dit Maman derrière moi, qui portait Gisela éveillée dans les bras. Quand même, elle aussi finissait par reconnaître que c’était beau. La lumière nous rendait visibles, comme s’il faisait jour, elle transformait le trottoir et nous captivait comme un arbre de Noël… Le château de verre comportait une tour et un long bâtiment dont on ne voyait pas les fenêtres. Il était suspendu  à un nuage… flottait-il comme la lune ? Sur quoi était-il donc posé ? Entre lui et la ville, n’y avait-il que de l’air ? Je ne voulais rien demander pour qu’on ne me force pas à partir. Mon costume marin de Bâle, les boutons, l’ancre, tout était imbibé d’une lumière jaune topaze qui semblait miroiter. La rue où nous regardions le château de verre était dans une obscurité cotonneuse, des lumières descendaient en grappe et brillaient entre les grandes maisons … On ne pouvait rien faire d’autre que de rester là à regarder.

Nous dûmes retourner à nos bagages et traverser la route en direction des arbres puis les rails du tramway. Au milieu de la nuit profonde, la porte d’une grande maison sombre était ouverte et éclairée. Derrière le comptoir se tenait un homme en gilet rayé, de nombreuses clés étaient accrochées au mur derrière lui. Vati lui parla et l’homme lui répondit dans cette langue qui, ici aussi, dans cette maison, entre les chaises et les tables, ne voulait pas se détacher de mes rêves… On nous donna une clef fixée à une grande poire en bois. Un autre homme nous aida à porter nos bagages quand nous montâmes l’escalier recouvert d’un tapis rouge. Arrivés à l’étage, nous nous heurtâmes à des murs lambrissés de place en place, puis nous tournâmes à gauche où continuait cet escalier qui n’en finissait pas. Dans un coin du couloir, à côté d’une petite table, une porte s’ouvrit. C’était notre chambre, étroite, avec de petits lits blancs et un divan… un miroir et une cuvette toute mignonne. Le château blanc brillait à travers la fenêtre. Je voulus dormir sur le divan près de la fenêtre. Vati et Maman me laissèrent faire de mauvaise grâce. Ils s’allongèrent sur le lit double, et mirent Gisela au milieu. Quand ils eurent éteint la lumière, le château brillait doucement dans la chambre jusqu’à la hauteur de  mon oreiller. Je m’accroupis pour regarder. Maman qui, de son lit, voyait ma tête à la vitre m’enjoignit à voix basse de m’allonger.

Le matin… l’oreiller sous ma tête avait une odeur inhabituelle… je bondis quand je me réveillai soudain… De l’autre côté de la fenêtre, à l’endroit où hier soir brillait le château blanc en verre… on voyait un vieux bâtiment qui ressemblait à une ruine laide, brunâtre… une tour carrée esquintée et sa couronne en pierre trouée fermement plantée dans les nuages au-dessus d’elle. Je n’en croyais pas mes yeux… Mais je me dis en vitesse que le château de verre ne se voyait peut-être pas le jour car il était transparent… Les murs gris brun tavelés et le clocher carré se trouvaient au sommet d’une colline boisée… au-dessus de la coupole rougeâtre d’une église, de la couverture en zinc de la cour de l’hôtel, trempée par une averse jusqu’à en être noire… La pluie ne cessa pas, m’empêchant  de voir les murs de verre du château, du palais de la veille… Il était possible aussi que la terre bouge tellement vite que, maintenant, le palais de verre apparaissait à des gens à l’autre bout du monde.

J’appelai Vati dès qu’il remua les sourcils. Je lui dis que le château n’était plus en verre mais en pierre. Il bondit du lit, en caleçon long et en maillot et se pencha vers la fenêtre par-dessus mon épaule. Je m’attendais à ce qu’il se passe quelque chose quand son regard toucherait le château en ruine… mais rien ne bougea. « Tu sais, hier soir, il était seulement illuminé, » dit-il.

Je ne manquai pas lui rappeler que, la veille, je lui avais dit que le château était en verre et qu’alors il ne m’avait pas répondu.

« Tu te l’es seulement représenté comme ça. »

« Il était en verre. »

Maman dit : « Chut ! Taisez-vous, vous allez réveiller Gisela. » Je lui dis ce qui s’était passé. « Eh bien, c’était seulement un éclairage électrique.« 

Vati sauta dans son lit car il avait froid aux pieds… bien sûr pour se rendormir !… Comment était-ce possible ? Encore une fois, ils m’avaient mené en bateau, sinon menti. Dehors, il n’y avait rien et, dans la chambre où ils étaient, tout était redevenu comme par le passé, cassé, amer, comme je ne sais combien de fois. Je me rejetai en arrière et fermai les yeux. J’entendis Vati qui se rasait. Il se tenait devant le miroir au-dessus du robinet et il traînait rsh ! rsh! le rasoir sur ses joues. C’était la première fois que je le voyais se raser, c’est vrai, mais le château marron gris et sa curieuse tour ne changeaient pas.

Nous déjeunâmes dans une belle salle du rez-de-chaussée. Je dus rester avec Maman et Gisela car mon père partit régler quelque chose en ville. Je me postai à la fenêtre. Ce château était peut-être en vieille pierre parce que des nobles y vivaient… de vieux chevaliers, leurs écuyers et leurs chevaux, peut-être même le Prince blanc ou le Prince noir. C’était peut-être mieux ainsi, car s’il avait été en verre, il n’aurait abrité que des princesses.

 

 

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