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Emigration des lettres…

Posté par traverse le 31 mai 2013

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Le Portugal, le peuple portugais, vit des heures politiques, économiques, sociales, culturelles tendues où la crise de l’austérité ouvre la porte à des suppressions historiques. Nos amis et collègues portugais portent durement aussi le poids de cette régression sociale, dans les domaines artistiques, de l’éducation, des pouvoirs publics, de l’université, de la culture. Le tissu social que permettent aussi ces « instruments de l’esprit »…se déchire de jour en jour en

Jose Geraldo, avec qui je travaille depuis près de vingt ans, vient de m’envoyer ceci…

Les lettres même émigrent…

Que faire? Ecrire jusqu’à l’incompréhensible, jusqu’au chaos annoncé ou regagner ses lettres de haute lutte?

Bonne lecture!

Daniel Simon

 Normes Orthographiques

Narration populaire dont la lecture en public et à voix haute est déconseillée!

 

Je dédie cette nouvelle au Premier-Ministre de mon pays, lequel, en moins de deux ans de gouvernement, a déjà provoqué plus de mort et de souffrance que bien des criminels de guerre dans le cours de  toute une carrière.

 

 

Il y avait, il y a longtemps, un royaume où, comme dans toutes les nations, les gouvernants réclamaient des sacrifices au peuple, propageant des mensonges et supprimant des droits ancestraux au nom du bien de quelques uns et d’un futur sans promesses.

 

A la surprise de quelques ministres, la population n’a pas compris la politique suivie: les gens n’aimaient pas être volés, voir sessalaires baisser, les impôts augmenter, les emplois disparaître, le système national de santé, qui avait si bien fonctionné pendant tant d’années, fermer ses portes, et celui de l’éducation se dégrader jour après jour,  lui qui avait été jugé par certains comme exemplaire, tant et si bien  qu’il avait été imité par d’autres nations, les gens n’aimaient pas voir la justice servir seulement les intérêts politiques ou financiers, ou spéculateurs ; les théâtres fermaient leurs portes, les champs étaient ruinés et le pain chaque jour plus cher.

 

Le peuple, suivant une antique tradition, commença alors à émigrer et à chercher d’autres terres pour poursuivre sa vie.

 

Non, cette histoire n’est pas celle de mon pays… quoiqu’il ne faille pas s’étonner si d’aucun y trouvait quelques similitudes.

 

Non, dans mon pays les voleurs ont été élus par la majorité du peuple. Nous sommes pillés, exploités, spoliés, mais ce n’est pas la même chose. Ici le pillage a une légitimité démocratique.

 

Un jour, l’état de la Nation était déjà si catastrophique… si pitoyable que la lettre Z, suivant l’exemple des habitants du royaume, décida elle aussi de quitter le pays et de poursuivre sa vie dans sous d’autres cieux.

 

Ne pensez pas que cela a été une décision facile: comment le pays irait-il se gouverner avec une lettre de l’alphabet en moins?

 

La réalité, pourtant est que la lettre Z, outre d’être la dernière lettre de l’alphabet, fait auquel elle ne s’était jamais résigné — “il faut que quelqu’un soit le dernier”, lui disaient les autres lettres —, était une lettre peu utilisée. “Je ne manquerai pas tant que ça et n’occasionnerai pas beaucoup de fautes”, expliqua le Z au J peu avant d’émigrer.

 

Malgré que la lettre émigrée ne fût pas une des plus employées, son absence fut aussitôt perçue. Ce n’était pas facile de parler, ou écrire sans faire usage de la lettre disparue.

 

Le Premier-Ministre fut alors placé devant un dilemme: ou bien il tenait la fuite comme une action de rébellion et essayait de récupérer la lettre égarée à travers un mandat de recherche international, ou il décidait d’épargner au pays une lettre de l’alphabet. Dans ce cas il serait nécessaire d’établir une nouvelle norme orthographique pour remplacer la lettre disparue. Il choisit la deuxième résolution.

 

Le gouvernement a publié alors une nouvelle loi qui disait: “Dans tous les cas où il ne sera pas possible, la non utilisation de la lettre à présent non présente dans notre alphabet, la même sus-non-dénommée dernière lettre de l’alphabet doit s’orthographier avec deux xx”.

 

Quand peu après, la lettre V décida elle aussi d’essayer d’autres terres pour poursuivre son labeur orthographique, elle fut remplacée, sans difficulté, par la lettre B, laquelle a commencé à faire le travail de tous les deux sans aucune récompense supplémentaire.

 

Dans les mots du Premier-Ministre, la situation était non seulementcontrôlé, comme surtout était la preube irréfutable de sa ténacité pour ménager le pays, entamant par couper dans le gaspillage encore existant, en usant l’alphabet justement pour faire office d’exemple; les lettres de l’alphabet qui abaient déjà emigré, le XX et le B, n’étaient pas seulement l’abant-garde de l’abenir, comme faisaient boir, à trabers son exemple, à tous les citoyens superflus au pays, son deboir en face de la patrie d’émigrer et d’aider pour le salut national.

 

Dans ce cadre, il abait décrété le bannissement du royaume pour quelques autres lettres aussi inutiles, à saboir: le H, lequel n’est plus articulé pas même du tout par personne, était tout simplement aboli de l’alpabet, établissant les deux exceptions suibantes: quand la lettre disparue suibait un C on ortograpie X; quand c’est le cas d’un P on écrit F. Les lettres K, Q et Ç abec une cédille étaient elles aussi obligées d’émigrer et remplacées par la lettre C sans cédille, lacuelle, tel cue le B, accumulait des fonctions. La lettre W aussi, était désormais écrite BB. Le même arribait abec le Y, cui est debenu ortograficuement la lettre I. On ne sabait pas encore combien le paisépargnerait abec cette remoulage ortograficue, mais la promessed’encore plus de tranxages est arribée sans attente.

 

Le reste des lettres tint une séance, préoccupées par la situation. Les unes plaidaient cue l’eure était arribé de faire une grèbe général; les autres, cu’il fallait résister aux assauts du goubernement pour détruire l’alfabet et poursuibre à oubrer; les suibantes argumentaient cue le temps c’était pour renoncer et départir, cuitter le roiaume et laisser le premier-ministre abec un problème en fait grabe pour résoudre.

 

Le goubernement a anticipé toutes les prébisions, cuand le jour suibant a proclamé deux mesures supplémentaires: en premier, la taxation de tous les accents, lescuels sont debenus a etre regardes comme des marxandises de luxe, seulement passibles d’utilisation ecrite a trabers le paiement d’un taux millionnaire — curieusement c’etait pour implanter cette loi cue le goubernement a reactibe un ministere disparu il i a des siecles, celui de la censure, maintenant denomme des contrabentions ortograficues. Ensuite, a decrete encore une diminution de la xarge de utilisation de la lettre U, ci etait supprimee toutes les fois ce suibait les lettres C ou G.

 

Les lettres se rejoignaient de noubeau et craignaient pour leur abenir.Comment poubaient-elles surbibre? Celle politice etait celle-la?Celc’unes abec des trabaux doubles, des autres presce sans trabail. Ce pensexx-vous de ca?

 

C’etait cette meme annee ce le premier-ministre fut laureat pour le Nobel de la Patafisice. Dans son discour d’acceptation il a rapporté ce son rebe de creer la lange abec l’alfabet le plus bref parmi toutes les langes ecrites, etait deja non seulement une realite, comme en plus il souhaitait l’agrandir abec des nouveaux tranxages alfabetices au futur. Il profitait l’occasion solennel pour annoncer au monde ce la lettre U etait soopprimee en definitif de son roiaome et desormais ortografie abec oon O, cand elle sooibait oone boielle, oo deox OO cand c’etait le cas d’etre la premiere lettre d’oon mot, oo de sooibre oone consonne. Aox reporters ce looi on demande ce c’arriberait a la lettre soopprimee, il a repondoo c’elle serait bien traitee, ao cas oo elle resolbait de ne pas emigrer, coice il fallait en ce cas c’elle soit isolee doo monde.

 

Cand il a retoorne a son roiaome, rabi abec le prix recoo, il a resoos de finir abec la lettre I — en premeeer eel a pense a l’ecreere abec deox EE, comme le font les anglaees, majs apres jl s’a rappele ce les romajns ootjljsajent le J. Eel est reste emplee d’eencerteetoodes. Emplj d’jncertjtoodes. Alors eel a deceede de le faeere d’oone geese ploos arteesteece: les moees cee abaeeent oon R, de Septembre a Abreel, les moees ploos froeeds de l’annee, on ecreeraeet a la maneeere anglaeese, abec deox EE; les aotres mojs, sans R, de Maj a Aooot, les mojs ploos xaods, on ecrjbajt a la facon romajne, abec oon seole J. Ploos tard, comme c’est connoo, par des motjfs d’ordre fjnancjere, on est debenoo a l’ortografjer tooojooors abec oon J.

 

La goootte en soorploos est arrjbee cand le goobernement a demande ao people oon sacrjfjce encore et a voooloo approoober oone loj poor aboljr la dernjere lettre des mots abec cjnc lettres oo ploos, alleganoone epargn national d’encr tooote les ans de baleo de celce million.

 

La stoopefactio etaj genera. Malgr aboi ete approoobe a l’Assemble, c’etaj djffjcjl la mettr en pratjc. Aocoo ne pooobaj accepte oone loj ajns. Jamaj. Le peopl se soooleb. Sort pooo les rooe. La poljc sort aoss, arme joosc’ao dent.

 

A roogj comm des xjen enrage. Les lettre regarden. Et alor decjden de fajr greb, tooote ensembl, a deboote majntenan, a la proxajn ljgn

 

José Geraldo, le 13 Octobre 2012

(pour le portugais et pour la traduction française)

 

© Tous droits réservés à José Geraldo

(Ecrivain, metteur en scène, professeur,…de Coïmbra, Portugal) 

Edition française,

Traverse asbl, 2013

www.traverse.be

traverse@skynet.be 

Photographie de Daniel Simon

 

 

 

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