Ce n’est pas une critique! Feuillets de corde N°11

Posté par traverse le 27 août 2013

 

Ce n’est pas une critique! Feuillets de corde N°11 dsc_02231-300x300

 

« Ceci n’est pas une critique », plutôt une interprétation erronée ou un détournement, un amalgame, un débat glissant, un dialogue piégé, une analyse tendancieuse, une lecture partiale, un jugement à l’emporte-pièce, un conseil d’ami, une remarque fielleuse, une réaction mielleuse, un coup bas, une fusillade, un attentat, un règlement de comptes, une trahison commune, un lâchage général, une alliance perverse ou un avis bienveillant ?

La gestuelle idoine consiste alors à lever la main devant soi paume de paix vers l’interlocuteur, poignet cassé vers l’intérieur, yeux grands ouverts, bouche arrondie (avec variations jusqu’au cul de poule), voix haut placée, yeux baissés. Le ton se  pose, le rythme ralentit, la douceur s’installe, le corps s’incline légèrement vers l’avant, le recul se prépare, et enfin le silence. Le tout agrémenté de « Mais… » (toujours placé au plus tôt de la remarque),  « C’est mon simple avis », « Enfin, c’est ce que je pense », et autres fariboles pour mieux lâcher sa mitraille.

Mais ce n’est pas une critique.

DS

Lancement du n° 11 des Feuillets de corde 
Revue effervescente paraissant 6 fois l’an
"Ce n’est pas une critique"
Photo : Helder Wasterlain
Texte : Catherine Ysmal
Dimanche 15 septembre, de 15h à 17h.
Librairie 100 papiers, 23 avenue Louis Bertrand à 1030 Schaerbeek
Vos textes et contributions sont les bienvenues, lectures ouvertes!

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Sous influence/Vanaise/Musée du masque de Binche

Posté par traverse le 24 août 2013

Sous influence 

Ivan Vanaise

Vitraux

Musée du Masque de Binche

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Sous influence,

Ivan Vanaise crée des vitraux,

rend hommage à la Commedia dell’arte

et aux étapes et rites de la vie en cours.

 

Exposition organisée par le Musée du masque de Binche 

(Rue Saint Moustier, 10 – 7130 Binche).

du 6 au  29 septembre 2013

Le vernissage a eu lieu le 5 septembre 2013 à 19h00

© Les photos des vitraux d’Ivan Vanaise ont été réalisées par Olivier Desart, régisseur au musée du Masque de Binche.

 Lors de la séance inaugurale, Fabio Mangolini, acteur de la Commedia dell’arte, proposera au public présent une incarnation des personnages de la  Commedia.

Catalogue édité par les Editions Couleur Livres asbl et réalisé par Daniel Simon.

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Dans le jardin, l’atelier

Deux établis, des outils accrochés au mur, des réglettes de plomb, des éclats colorés, des feuilles de verre de couleurs et de matière diverses rangées dans des loges de bois, des vitraux en préparation, des dessins, des encadrements fraîchement peints et mis à sécher sous la lampe…

 

La forme est dans le verre, elle court dans les reflets, les épaisseurs de la tranche, les miroitements de la lumière. La forme flotte dans le verre avant d’être choisie.

 

La forme a toujours été là, infinie, hors de l’atelier, du jardin, là-bas, au loin, dans des lieux d’abandon où les formes se reposent. Elles attendent la plume, le stylet, le calame, le burin, le pinceau, le grattoir et la pointe, mais elles sont prêtes, inattendues, aux horizons d’un imminent départ.

 

Il manipule la vitre, la retourne, la caresse de la paume, la tourne et la retourne, bas, haut, gauche, droite, la forme va apparaître, il le sait mais il ne la connaît pas encore. Elle court, là, dans les reflets, elle va s’arrêter pour se distinguer de toutes les autres, elle va surgir de l’indistinct coloré et de la lumière, des réseaux, des veinules et des traces, elle est bientôt là, il l’entrevoyait, retourne encore la matière, et enfin, elle est là, il la suit des yeux, la main approche, se retire, tout n’est pas encore fixé, elle tremble.

 

C’est maintenant dans les entours que sa main s’aventure, dans ce qui n’est pas encore entrevu, en suspens dans la rétine des expériences, des mémoires, des émotions qu’un éclat réveillera.

 

La main pressera contre la matière, tracera des formes fugaces, esquissera des vallées et des pics, forcera le barrage des perspectives et des raisons, prendra le biais, raccourcira et allongera, la forme soudain prend, elle ne scintille pas encore, elle grommelle, elle articule mal sa figure, elle hésite, elle se rétracte mais les traces sont là, dans le regard, tout est vif, sacré, tout se rejoue, la maison, le verre, l’esquisse, le futur.

 

Le papier suit, le crayon et le papier, des traits, des deuils, des amours, des repentirs. L’homme avance dans la saisie de ce qui rôde encore.

 

Retour à l’établi, une feuille de verre, des flammes bleues ondulent dans la masse. Il fait glisser le papier sur la vitre, il s’arrête, il a trouvé le point d’appui, c’est là que la valse va commencer, c’est là que la mise en scène se construit.

 

Tout s’accélère, les feuilles de verre se succèdent et sont offertes à la lumière de la lampe, les couleurs s’irisent, les matités se concentrent, les éclaboussures jettent leurs feux.

 

L’homme choisit, dépose, déplace, repose, range, reprend, recommence et soudain, frémissements, il s’arrête, c’est celle-là qui conviendra, c’est elle qui cachait les figures esquissées juste avant, la découpe va commencer.

 

Les heures et les jours passent, le vitrailleur a découpé, ouvert les ailes des plombs, enchâssés les fragments de verre, mis en place l’ensemble, refermé les ailes et soudé le tout.

 

Masticage, ponçage et nettoyage suivront. L’atelier est encombré, des vitraux sont rangés, des encadrements profilés, des vernis étalés.

 

L’histoire va enfin commencer, une histoire de transparence et de regards perdus dans les aléas maîtrisés des formes et de la matière.

 

Une histoire de familles, de temples et de regards levés. Les vitraux ont besoin de lumière comme les vivants et les cryptes, parfois, leur servent d’abri en temps de bouraques et de saccages.

 

Une histoire de fragiles paraboles empruntées au chœur de l’homme.

 

Le vitrailleur ferme la porte de l’atelier, le jardin frémit dans la rosée du matin, l’aube se lève, le vitrailleur regarde la lumière qui perle dans les arbres, il rentre chez lui.

 

Daniel Simon,

Août 2013.

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« Ce n’est pas une critique »

Posté par traverse le 22 août 2013

fichier pdf Lancement du n11
Lancement du n° 11 des Feuillets de corde 
Revue effervescente paraissant 6 fois l’an
"Ce n’est pas une critique"
Photo : Helder Wasterlain
Texte : Catherine Ysmal
Dimanche 15 septembre, de 15h à 17h.
Librairie 100 papiers, 23 avenue Louis Bertrand à 1030 Schaerbeek
 
Lectures ouvertes, n’hésitez pas à venir lire vos contributions sur le thème
Animation: Eric Piette et Daniel Simon
traverse@skynet.be
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Des poètes sur Radio Panik

Posté par traverse le 18 août 2013

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A Radio Panik, une heure d’émissions (« Rêveries nocturnes ») autour de poètes choisis par Eric Piette et Daniel Simon: Daniel Fano, Ovide, Achille Chavée, Jean-Claude Pirotte, Sapho, Sony Labou Tansi, Michaux, Pessoa, Dugardin, Jouffroy, Cocteau, Toulet, White… Entre prose et poésie, la littérature sera fraternelle.

Ecoutez: http://www.mixcloud.com/reverienocturne/r%C3%AAveries-nocturnes-6-09072013/

Lectures: Sylvie Girault, Milady Renoir, Daniel Simon, Eric Piette, sous la houlette de Lauren Herfeld
N’hésiter pas à partager - Ecoutez radio Panik ! :: radio panik 105.4 fm
En vous branchant sur le 105.4 FM, vous pénétrerez plus avant dans l’œil du cyclone…

 

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Aaah, les frites!

Posté par traverse le 18 août 2013

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Toujours plus bas, toujours plus bête, toujours plus fat, toujours plus gras, toujours plus ras, toujours plus joyeux et obscène, toujours, toujours plus con, toujours plus magnifiquement racoleur pour nos petits en batterie, voilà (roulements de tambours), le distributeur automatique de frites !

L’actualité est dure, l’Islam chauffe, l’Afrique pédale, l’Europe s’emballe dans des draps noirs et bruns, les autocars renversent dans les ravins, les trains déraillent, les avions tombent, les bateaux coulent, c’est triste, oui, mais c’est normal, c’est le temps de l’élagage, mais les frites…

Aaah, petite qui pose sur la photo de prom’ ou de com’ contre quelques sous envoyés à ta chère maman, petite, comme tu a l’air biesse avec tes frites en gros plan et la sauce qui va te tomber sur le menton, biesse comme celles et ceux qui bâillent mâchoires ouvertes dans le métro, tram et bus, libres et cons, amygdales au vent, avant de retéléphoner ou de pianoter sur leur GSM, ah comme c’est triste cette nouvelle de frites distribuées dans l’anonymat d’une machine (petit commerce menacé, relations sociales dynamitées, qualité frelatée, et ma sauce, ma bonne sauce que je pouvais avoir un fifrelin en plus si j’étais gentil avec la dame ou le monsieur).

Aaah, les frites, cet or du pauvre, ce bâtonnet de la faim dernière, cette mine roborative pour les damnés de la terre et des sorties de minuit, les frites sont en perdition, c’est bien le cauchemar climatisé (merci Mister Miller) qui se déroule dans nos vies si précieuses et si fraîches. Aaah, les frites !

(Biesse: en wallon, un peu bête, gentiment bête, assez bête, totalement à la masse, au choix)

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Voz/Eric Piette/Radio Panik

Posté par traverse le 18 août 2013

 A propos de Voz, à Radio Panik (Rêveries nocturnes), la nuit du 12 au 13 août 2013. Avec Yannick Gueuning (Son), Eric Piette, Sylvie Girault, Daniel Simon et sous la houlette de Lauren Herfeld à propos de Voz de Eric Piette…

Eric Piette en entretien avec Daniel Simon: 

http://www.mixcloud.com/reverienocturne/r%C3%AAveries-nocturnes-1213082103/

 

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(Editions Le Taillis Pré, Belgique)

Extrait de l’argumentaire du jury du Prix Nicole Houssa 2012 (Académie royale de langue et de littérature française de Belgique) :

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Eric Piette est né à Charleroi en 1983. Après des études de romanes à Namur, il s’oriente vers la philosophie morale à l’ULB. Il a obtenu son agrégation avec un mémoire sur Spinoza.

Éric Piette fait partie de ces poètes comme Cendrars, Larbaud ou Pirotte que l’on peut appeler sans hésitation aucune « ces étonnants voyageurs ». Voz (qui signifie trainen serbe) témoigne d’ailleurs de ses nombreuses pérégrinations dans le monde et particulièrement les Balkans, une écriture qui traverse ainsi Serbie, Croatie, Turquie ou s’inspire d’atmosphères de villes comme Istanbul, Belgrade ou Amsterdam. Le poète français Christophe Mahy qui préface cet ouvrage écrit d’ailleurs fort justement que : « Éric Piette laisse sa voix se perdre dans le brouhaha du monde, comme une bouteille jetée à la mer, et que la vie ramène obstinément à lui. » La ville approchée ou le paysage décrit ne sont en fait que prétextes au questionnement sur  lui-même, sur l’amour ou ses proches et tout particulièrement la figure du père. Éric Piette pourrait probablement faire sienne cette phrase de Otavio Paz dans Le singe grammairien où le poète mexicain écrivait : « À chaque tournant, le texte se dédoublait en un autre… Je me rends compte à présent que mon texte n’allait nulle part, sinon à la rencontre de soi-même. » Ceci me semble particulièrement bien s’appliquer au livre d’Eric Piette.

 

 

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Hollywood-Bollywood

Posté par traverse le 18 août 2013

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Une femme danse, ses seins lourds tendent son chemisier carmin, elle tourne sur elle-même, s’offre à la caméra en douceur, remue ses hanches et balance ses fesses en cadence où rebondissent des clochettes d’argent. Ses yeux noirs et brillants éclairent le visage par saccades, au rythme de la musique, ses paupières se lèvent et retombent en contrepoint. Les bras se dressent soudain et les bracelets glissent jusqu’au coude. Elle frappe dans ses mains au ralenti. Les musiciens la regardent fascinés, ils augmentent le rythme de la mélodie et la caméra filme maintenant en travelling arrière pour terminer le plan dans un zoom avant du visage de la danseuse où des perles de sueur glissent lentement sur le maquillage. Les instruments s’arrêtent net, elle baisse la tête, des oiseaux s’envolent dans le ciel. 

 

Jim travaille sur cette séquence depuis plus d’une heure. Il passe et repasse les images, scrute l’écran de son ordinateur sans bouger. Il n’est plus dans sa boutique de vidéos « Hollywood Dreams », il disparaît dans « Kuch kuch Hota Hai » de Karan Johar, il succombe au parfum de la danseuse qu’il découvre, scène après scène, un film après l’autre…Il a passé la nuit devant « Lagaan », « Verre Zaara, le classique « Pakeesah » et bien d’autres dont il oublie le nom aussitôt.

 

Il s’est décidé récemment, il s’y est mis sérieusement, il a compris le message de ses clients, il va augmenter le chiffre, faire exploser les statistiques et les prévisions, les Pakis lui ont dit, « Hollywood, fini, maintenant Bollywood ! ».

 

Et des Pakis, il en connaît un tas, ceux de la nuit, les night-shops, les snacks à deux balles, les vendeurs de légumes,…Il les voit parler avec les arabes, toujours en train de comparer des vedettes, des stars, des films qu’il ne connaît pas. Il les regarde, ils sont heureux.

 

Alors, il s’y est mis, il a cherché sur Internet, a déniché quelques films chez ses clients. Les autres, il les a commandés à son fournisseur. Un matin, un commercial lui a détaillé le catalogue des offres bollywoodiennes.

 

Des milliers de titres. Des comédies, des drames, des musicaux, il a tout écumé. Il apprend vite, il commence à s’y retrouver, il a le nez fin, il reconnaît les talents, il apprécie les genres, il découvre les codes. Mais Jim ne peut se passer de ce qu’il aime avant tout, Hollywood, les comédies musicales, les films des Studios en Technicolor, les romances,…

 

Il regarde ces épopées américaines et il comprend l’Amérique, il comprend les américains, et donc il comprend mieux le monde, dit-il. L’Amérique, c’est du cinéma et le cinéma, c’est les images du réel sans le réel. Tout est nettoyé et devient cinéma. Il  aime ça, le nettoyage par le cinéma. Il dit souvent que le cinéma, c’est le meilleur moyen de rester en vie. Enfin, un truc comme ça.

 

Mais les affaires sont les affaires, Hollywood et Bollywood se disputent le marché. Les anciens pauvres deviennent les nouveaux riches. Ils commencent à lancer des modes, les émigrés ont envie de rêver dans leurs couleurs à eux, leur musique, leurs clichés, leurs ritournelles. Jim a décidé de marcher sur deux jambes, il a une idée. Il va se le faire lui-même son cinéma. Il va y mettre son grain de sel. Chez les uns, trop de baisers suspendus, chez les autres, trop de baises attendues.

 

Alors, Jim se met au montage, il glisse une longue scène de danse   au cœur de « Laurence d’Arabie », sous la tente du chef bédouin joué par Anthony Quinn, là où il dit, en se retournant vers ses guerriers qui se massent autour de la tente, « Je suis une rivière pour mon peuple ! ». Juste avant la marche vers Akaba, Jim, greffe la nouvelle scène assortie d’un baiser mielleux infini et les guerriers arabes peuvent se lancer alors à l’assaut des Turcs plus gaillardement encore. Peter O’Toole n’en revient pas, lui qui se croyait la seule femme du film, dans ses élégances de voiles blancs.

 

Jim mêle les genres, corrompt les usages, ouvre de nouvelles merveilles dont il est, la nuit,  le premier artificier. Les clients ne s’y sont pas trompés, ils ont apprécié les scènes plus chaudes au cœur des lamentations kitches des deuxièmes couteaux de la filmographie indienne et les amateurs hollywoodiens ont goûté avec volupté à ces remakes balancés de grâces asiatiques.

 

Jim a créé un nouveau catalogue, une sorte de temple pour initiés et le vendredi soir, on fait la file devant sa boutique. Il s’attaque maintenant aux classiques, aux films familiaux, à tout ce qui peut accueillir le mélange des désirs et la violence des frustrations. Le cinéma amplifie son voltage, l’électricité file dans tous les sens, Jeanne d’Arc se met à brûler avec aisance sur son bûcher, ses hanches frissonnent dans les flammes, ses yeux se lèvent vers les cieux dans des abandons de sitars et de tablas.

 

« La Charge de la Brigade légère » se fracasse maintenant contre l’ennemi après une pause de chants amoureux au pied de cataractes brumeuses. Le monde se donne tout entier dans ce cinéma des croisements, rien ne résiste à la fécondation de Jim.

 

Ca a duré une bonne année.

 

« Jim, où es-tu ? Jim, enfoiré, t’es où ? Lord Jim, mon bon, quand vous aurez le temps ? Jimmy, s’il-te-plaît, Jim, Jim, Jim… »

 

Toute la journée, Jim par-ci, Jim par-là,  il n’en pouvait plus Jim, Jim le frimeur, le débonnaire, le téméraire, le trafiquant, l’honorable escroc, Jim est fichu le camp, Jim a amassé une somme rondelette, a fini de payer les traites de la boutique et a engagé un vendeur. Il a créé une boîte de production mixte, America-India. Il envisage un bureau à New-York et un autre à Mumbai. En attendant, il passe sa vie dans les avions entre les deux continents. Durant ses trajets, il a le temps de travailler à ses scénarios.

 

Sa boutique est toujours pleine et ses clients tambourinent la nuit sur les volets métalliques tagués depuis des lustres, des tags orientaux, des allusions indiennes, des yeux ouverts un peu partout et d’autres fermés plus perçants encore dans leur luminescente couleur.

 

Ils attendent le retour de Jim, ils rêvent d’un cinéma permanent dont Jim serait le Prince bienveillant. Ils sont heureux depuis les premiers bidouillages cinématographiques de Jim mais Jim s’en est allé, exit Jim, foutu le camp. En Inde, en Amérique ? Personne ne le sait, Jim a vidé les lieux, reste un Hollywood flanqué d’un « B » majestueux qui traine sur la façade, comme un clin d’œil sibyllin du maître des lieux.

 

Certains pensent que Jim a dû se dissoudre dans le cinéma, qui est la vie sans les merdes, comme il aimait à le répéter. « La vie, sans les emmerdes », et il riait en glissant un nouveau DVD dans le lecteur.

 

Daniel Simon

 

 

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La joie des éduqués

Posté par traverse le 15 août 2013

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Il ne s’agirait pas de voir l’ennemi en l’autre (ce qui est très mal porté en ces temps de coutures apprêtées) mais plutôt dans ce qu’il y a de plus pacifié en soi.

La part d‘éduqué en nous, celle que nous nommions  l’évolué (1) face à l’indigène dans le Congo ex-colonial, consiste en un résidu humaniste qui a survécu dans une socio-culture de l’abondance (négationniste par le lissage, le nivellement, l’évitement, la réconciliation, la dégradation, l’égalitarisme des dénis, le rabotage des perspectives, le mêlement, le résumé, l’exotisme, …).

L’éduqué  aime les choses culturelles, les événements, les pèlerinages muséaux, la littérature du consentement, l’écologie des arts et la joie des savoirs anciens.L ‘éduqué ne sait rien du monde et il en connaît pourtant de si belles images.

C’était l’objet de son éducation. Il rêve le monde dans des ritournelles de lieux communs et des salmigondis de vérités éternelles, il chasse l’autre dans le bien systématique de son aveuglement tolérant. L’éduqué est bas et veule, parce que l’éduqué a oublié qui il était.

Cet éduqué, au fil des ans, a détruit de mille façons les aspérités, les angles, les arrêtes, les impasse, l’objection, la salissure et la fermentation, … Il a simplifié dans l’évitement de la complexité, il a ignoré les exigences de l’Histoire dans son obsession du bonheur dans la liberté.

L’art a été dévalué au bénéfice de la culture sous-alimentée par assujettissement et aides variables. L’éduqué a du monde une vision simple. Elle renvoie aux illusions qu’il prend pour morale. A ses espoirs, ses croyances et intérêts. L’éduqué sait aussi qu’il va sombrer bientôt. Il n’a pas de point d’appui.

La joie des éduqués

 

La pluie tombe souvent, de longues périodes durant, puis, le gris du ciel et parfois le soleil. Puis la pluie. La morosité coule le long des vitres et on regarde la rue le cœur vide. Ca va comme ça, ça se passait comme ça, ça aurait pu se passer autrement, et on le sait, mais ça se passe comme ça, en glissement interminables.

 

C’est aux éduqués que la tâche a été confiée. On n’est touchés chez eux par rien de particulier si ce n’est la caducité de leur regard, leur surdité chantante, la commodité avec laquelle ils oublient ce qu’ils ont prononcé la veille.

 

On ne leur connait rien de précieux ni de particulier,  ils sont la brume sur la plaine, l’écume des vagues, ils sont volatiles et légers,  ils répandent autour d’eux une sorte de coulis de merveilles un peu sales, habitués au vide et au contentement. Ils ont des idées puissantes, des phrases, des mots, des bijoux parfois, leur cœur n’est transporté de rien et leur savoir tourbillonne dans des espaces étriqués. Ignorants de tout dans l’appétit sans faim des enfants fatigués, leur désir de croître s’est à peu éteint dans un besoin d’apparaître vif et sans quartiers qui les jette sur la scène de sages simagrées.

 

Les éduqués ont pour les choses communes des idées sans mesure, ils peuvent s’émouvoir de tout et de rien, ignorer ce qu’ils glorifient soudain,  tendus vers un azur où chacun cherche sa place dans l’ascenseur général.

 

Ils aiment les visions partagées et sortent éblouis des lieux où ils se rassemblent, dans le sépulcre des inanimés et des inertes, dans la vaste cité des musées et des choses aimables, ils aiment vivre ensemble ces joies de passage entre deux occupations nécessaires.

 

De la même façon, ils se réjouissent en famille dans des embrassades dominicales, bercés de contes, de légendes et d’histoires sans apprêts qui font office de rites sans dangers. Ils s’abreuvent à des calices emplis de vertus anciennes qu’ils rêvent au présent tant leur avenir les plonge en toute naïveté dans les effrois et les ténèbres.

 DS, août 2013

(à suivre)

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Ecriture / Littérature, Cécile Wajsbrot

Posté par traverse le 11 août 2013

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Ecriture / Littérature, Cécile Wajsbrot

 » (…) Dans mon essai « Pour la littérature », je pars de la constatation qu’on emploie de plus en plus le mot écriture, de moins en moins celui de littérature.

L’écriture, c’est ce qui s’attache avant tout au langage au détriment d’un contenu.

Littérature, c’est ce qui préserve à la fois le contenu, le sens, et le langage. Cela pour aller vite car c’est évidemment plus complexe.

L’écriture est d’essence narcissique.

La littérature prend les autres en compte. L’idée de cet essai était de contribuer à ce qu’on reparle de littérature. (…)  »

http://www.linternaute.com/sortir/auteurs/cecile-wajsbrot/cecile-wajsbrot-chat.shtml

Dans les Ateliers d’écriture, même dits « littéraires », l’expression par la phrase, le texte d’un Moi en Narrateur ou toutes autres explorations apparaissent souvent détachées des exigences de la littérature.

Le mot, pour le mot, la phrase pour la phrase, des idées, des effets, de la sincérité, de la vérité, mais le sentiment de recul est souvent (pas généralement) d’assister à la mise à jour d’un projet identitaire, narcissisme souvent, qui se poserait en dehors de toute histoire, comme si l’écriture était en flottement intemporel, hors l’histoire…

Une des remorques récurrentes dès lors qu’un récit, qu’un texte se détache apparemment de tout contexte déclaré, c’est qu’il deviendrait alors universel (et prendrait le statut, ipso facto, d’ un texte inerte appelé fable, conte, parole étrangère,…)

DS

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Rêveries nocturnes 11 (06/08/2013)

Posté par traverse le 8 août 2013

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SPECIAL FEUILLETS DE CORDE…
       

Rêveries nocturnes vous plonge dans les feuillets de cordes:
Merci Yannick Gueuning , Eric PietteSylvie GiraultMilady Renoir, Lauren Hertzfeld pour cette émission spécial « Feuillets de corde »…

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