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Rage de vivre avec Kenan Görgün…

Posté par traverse le 21 février 2014

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Kenan Görgün

Cela fait des années que nous travaillons Kenan Görgün  et moi à des projets, des rencontres (Tables de Je avec la Revue Je des éditions www.couleurlivres.be, Checkpoint  Festivals,…), que nous sommes embarqués dans une véritable rencontre, celle des rives qui se rapprochent pour étrangler la matière du temps (de l’âge, de la culture, du style, …). Nous avons beaucoup partagé et j’espère que les dieux nous accorderont encore d’autres occasions.

 

Je pense que c’est un écrivain hors pair, mais pas en raison de son talent qui est patent, de son style et de son érudition, non, en raison de quelque chose de plus profond qu’Istanbul et Bruxelles (ou paris, Berlin, Madrid,…) (pour faire court) ont semé en lui: une sorte de dérive historique, de glissement dans plusieurs temporalités simultanées (comme le provoque toujours cette mégalopole où il vit en ce moment avec son épouse). Ces présences fractales d’un écrivain dans l’Histoire se mesurent à sa capacité à déplacer les angles de vue, à faire exister d’autres évidences, de nouvelles irrigations mémorielles, à planter de véritables mines dans notre représentation d’évidence du monde.

 

Chaque fois que je l’ai lu j’ai été frappé  par cette façon qu’il a, comme ça, comme si c’était simple, de relier autrement les événements du monde, de lier autrement (que nous, européens de l’Ouest, Européens ayant vécu une histoire européenne helléno-judéo-chrétienne  à mille lieues de celle que les Ottomans, puis les Turcs semblent avoir vécu. Et c’est faux. Kenan nous le rappelle. L’Islam apparaît quand une partie commune de l’Histoire a été forgée entre l’épaule atlantique et l’épaule asiatique de la Turquie actuelle. La Grèce ancienne, va de l’Albanie à une partie de la Turquie, rappelons-le.  Cette histoire est fondée dans de terribles batailles historiques et aussi dans le développement d’un système culturel et d’une civilisation exceptionnelle, essentiellement cosmopolite.

 

Alors, portant toute cette histoire en lui, ces deux histoires, cette myriade d’histoires enchevêtrées, comment imaginer Kenan Görgün nous raconter ses histoires sous la forme de westerns ou de road movies labellisés « écrivain turco-belge ou belgo-turc » ? Et à l’évidence, combien de manuscrits, de scénarios n’a-t-il pas encore sous le coude, que la frilosité des éditeurs hésite à diffuser. En fait, l’affaire, les affaires d’édition, de littérature, de « dialogues », de frictions entre l’histoire et la fiction, sont plus complexe ; nous savons que l’édition est passée sous juridiction de guerre et que les bombes et les procès ne sont plus des rodomontades institutionnelles. Ici, je pense à un texte en particulier qui fut PRESQUE publié par tout le monde puis arrêté dans son élan. Je l’ai lu ce texte, RITUEL, et il pose des questions que peu osent placer dans le débat multi-culturel-religieux-politique-stratégique…contemporain. Je peux aisément citer ce titre car il reste inédit à ce jour.

 

Puis, nous avons travaillé sur des histoires de fantômes…Nous avons évoqué le pays d’origine des parents des enfants de l’immigration, la fascination/répulsion qu’il peut exercer sur ces héritiers des migrants de la première heure (J’habite un pays fantôme), enfin nous avons abordé des rives plus intimes où il a pêché son superbe Anatolia Rhapsody (remarquable, limpide, à l’encontre des simagrées « -du « vivre-ensemblisme » des pleutres), une vraie rhapsodie, une couture de récits qui porte en soi ce que la Cité déploie dans chaque citoyen et qu’ils ne peuvent épeler isolément. Il nous faut  alors des aèdes, des bardes (comme il les évoque si bellement dans son récit) pour prendre en charge ces récits douloureux, tragiques, collectifs et intimes et les rendre audibles par tous.

Kenan Görgün y déploie là tout son talent, sa rage de vivre (il aime Mingus, je le sais, ça ce lit…) et nous allons parler ensemble de tout ça mardi à Schaerbeek

(C’est une proposition des Bibliothèques de Schaerbeek, de l’Echevinat de la Culture et de l’asbl Traverse).

C’est gratuit et ça peut rapporter gros. A vous de jouer.

Daniel Simon

Voilà l’annonce Bibliothèques:  http://www.mabiblio.be/?p=399

Quand ? Le mardi 25 février 2014, à 20h.
Où ? À la bibliothèque Sésame (Boulevard Lambermont, 200 – 1030 Schaerbeek).
Combien ? Entrée libre.

 

Une Réponse à “Rage de vivre avec Kenan Görgün…”

  1. Jean-Pierre Orban dit :

    Superbe article, Daniel Simon. Si fin et vrai!

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