Tentures fermées

Posté par traverse le 26 septembre 2008

Tentures fermées, il ouvre son ordinateur et se met à écrire. 

Le monde, tout à l’entour ne l’ennuie pas, il en souffre même plus qu’il ne voudrait, il pressent de terribles catastrophes qui s’annoncent entre deux pages.

Ce monde, il y est logé à la même enseigne que son voisin et ceux d’en face et de plus loin encore qu’il ne peut voir ou entrevoir les limites de son monde mais il sait que dans cet appartement, celui qu’il occupe depuis bientôt dix ans, des choses l’encombrent, des êtres manquent, des corps s’emmêlent dans ses souvenirs.  Ce monde est en lui et il ne peut mais veut se désencombrer des chose qu’il a entassées lentement au début, mais la vitesse s’accélère, et il lui reste aujourd’hui de moins en moins de place. De moins en moins de place pour y prendre place lui-même. 

Des mots, d’abord, tous ces mots qu’il a amassés depuis près de cinquante ans, ces mots vont enfin servir à autre chose qu’à nommer le monde et à l’habiter.  Aujourd’hui, il écrit pour désenchanter les illusions qui l’ont porté depuis si longtemps, une malédiction souvent, un rendez-vous de deuxième ordre avec la vie, une gabegie qu’il a prise pour de la liberté. 

Et sa liberté est entière ce matin.  Il s’est levé après une nuit désastreuse, il a marché une demi heure au parc et il est rentré, après avoir rempli le congélateur à raz bord. 

Il a ouvert l’ordinateur et s’est mis à écrire.  La porte fermée, il se sent parfaitement séparé de ce qu’il prétend tenter de découvrir depuis si longtemps, ce monde qui l’occupe et qui le tient d’un bras de glace à distance. 

Il a encore du temps, même si la vie rétrécit, il raccourcira certains chapitres, alignera les ellipses, embrigadera le lecteur dans des copinages douteux mais efficaces. 

Son appartement est constitué d’un hall de jour, d’un salon, d’une salle-à-manger, d’une cuisine dix-neuf cent trente donnant sur une terrasse où il a dressé un mur de plantes entre lui et les terrasses voisines, un hall de nuit conduisant à un chambre encombrée de livres et d’objets récoltés lors de voyages anciens, puis un bureau où il accumule les dossiers, les livres encore, les outils informatiques, un débarras qu’il n’ouvre que dans de rares occasions, une salle de bains qui évoque le Sud et des toilettes au plafond si haut qu’elles semblent la voie verticale vers un autre temps.  C’est là qu’il vit et que d’autres ont vécu. 

Mais c’est de cet enchevêtrement de vies et de choses passées qu’il a décidé de faire son récit. Non qu’elles soient particulièrement exceptionnelles, ces vies et ces choses, mais elles s’enfoncent en lui, comme une Venise funeste et il sait que le temps est venu de se délester pour ouvrir sa viande à de nouveaux organes.  (en cours)

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Des héros discrets

Posté par traverse le 21 septembre 2008

 

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  Ils viennent de partout, écoles, usines, familles, prisons, hôpitaux, centres culturels, bibliothèques, ils découvrent, prennent position, s’installent, parlent d’écriture, d’emblée, ils en rêvent, ne savent plus que dire, se préparent au pire qui serait de comprendre qu’ils ne pourront jamais y arriver seuls, alors se rassemblent, s’encouragent, se soutiennent, comparent la qualité des ateliers passés, rêvent de celui-ci, anticipent leurs résultats, s’inventent de lourdes préoccupations récentes, des mariages, des naissances, des enterrements, des bouleversements métaphysiques soudains, des parents morts et des maladies secrètes, se nourrissent de malheur ou d’un excès de bonheur trop exubérant, évoquent Dieu, le Diable, le sexe, le trou, le grand  trou du remords, la vie passée à des choses trop humaines, puis se reprennent, se contredisent, reconnaissent l’importance de la durée, de l’ennui dans la naissance d’une œuvre, combattent pied à pied la peur de disparaître dans l’insuffisance de leur ambition, citent leurs dernières trouvailles, tombent au même instant dans un modeste silence, se rapprochent néanmoins du plus important qui est d’être là, d’avoir trouvé et pris le temps sur le temps, de se reconnaître le droit à cette bizarre comédie d’écriture, ils redressent la tête, se découvrent un destin, une famille, du moins une tribu d’errance, certains se connaissent depuis si longtemps, ils écrivent ensemble depuis une éternité, se lisent et se commentent avec tant de complicité qu’ils en deviennent exceptionnels, ils tournent autour de la bête, ne l’approchent que rarement, crèvent de peur, ne peuvent pas en parler encore, la dynamique doit se reconstruire à chaque fois, les présentations auront lieu ce soir, sont un peu tendus, savent que le jeu qu’ils jouent n’est pas très net, affirment le jour en rêvant de la nuit, ont peur du noir et le redoutent encore plus dans la solitude qu’ils prétendent atteindre, déballent leurs petites affaires, dictionnaires, ordinateurs portables, crayons de couleurs, fiches et outils déclencheurs d’imaginaire, ont appris que ça se travaille comme le reste, mais ne savent pas toujours comment travailler le reste, échangent des revues spécialisées, des adresses de sites Internet, des souvenirs, de la peur au ventre, du désir au cœur et des banalités. 

(…)

Ici seront déposés régulièrement les textes des participants aux ateliers d’écriture que j’anime….Podcasts prochainement… 

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Révolutions de palais

Posté par traverse le 21 septembre 2008

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Littérature à la Dolce Vita

Lectures dans le cadre de la Fureur de lire 2008 

 Révolutions 

Me 12 et Je 13 novembre à 20h 

Performances/Slam/Lectures/Débats/Rencontres Les écrivains sont : Alexis Alvares Barbosa, Nicolas Crousse,  Daniel Simon, Françoise Pirart, Françoise Nimal, Théophile de Giraud, Jean-Luc De Meyer ,… 

Durant ces 2 jours, l’Atelier de la Dolce Vita entre en révolution.  En révolutions plus précisément, car il faut durant ces deux jours s’attendre à une déclinaison du thème.  De nombreux artistes ont en effet répondu à notre invitation et présenteront des projets qui nous feront (r) évoluer dans leurs univers.  Nous pourrons nous délecter de courts textes de slam après avoir écouté une nouvelle, puis passer d’un court métrage à un morceau de musique électronique doublé d’une performance.  L’Atelier de la Dolce Vita  en pleine mutation y trouvera assurément de quoi nourrir sa dynamique.  A noter : l’humour ne sera jamais loin. 

Informations détaillées et parcours des écrivains sur demande ou sur notre site dés aujourd’hui dans ce cadre, je présente:

 « Révolutions de palais » 


Le projet consiste en une lecture performance d’un texte à propos des lieux communs de la pensée et de la langue qui sont les véhicules des fausses émotions avant le temps des impassibles..(le texte sera composé de plusieurs « mansions » (sortes d’étapes qui vont de l’enfer au paradis dans la scénographie du Moyen Age ) qui permettront des lectures fragmentées et/ou même des lectures chorales. 
La performance sera accompagnée d’une projection vidéo. Daniel Simon, né en 1952 à Charleroi

Ecrivain, metteur en scène indépendant, formateur en communication, il collabore également à plusieurs projets au Portugal, Maroc, RDCongo, Roumanie, Tunisie,…Anime des Ateliers d’écriture depuis 25 ans. Chroniques, articles, entretiens, collaborations culturelles diverses… Publie des poèmes (à L’arbre à paroles, L’Ambedui et récemment, « D’un pas léger » aux éditions Le Taillis Pré), des textes dramatiques (une vingtaine de pièces jouées ou publiées (Lansman, Aven, Archipel,…), des nouvelles (« L’échelle de Richter », chez
Luce Wilquin),… Anime
la Revue de Récits de Vie
JE et la collection de livres du même nom où il vient de publier un récit, « L’école à brûler ». Vit entre Bruxelles et ses lieux voyage… 
Blog : http://traverse.unblog.fr   -  daniel.simon@skynet.be  0477/763622      02/216.15.10     

Informations pratiques      Prix du spectacle: 8€   

Contacts  37a rue de la Charité, 

1210 Bruxelles  Tél./Rép. : +32 (0) 2 223 46 75 GSM: 0494/ 79 86 07  Site web: www.atelierdolcevita.be  E-mail : info@atelierdolcevita.be Plan d’accès  

Accès métro Arts/Loi ou Madou  Parking possible Rue Joseph II Rue Scailquin                Accès bus 

STIB 69, 63, 65, 66

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Ateliers d’écriture à la Maison du Livre

Posté par traverse le 18 septembre 2008

Bonjour, il reste encore quelques places…si vous êtes intéressé(e)…n’hésitez pas à me contacter…

Bonne rentrée

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L’Auberge espagnole des écrits en cours

Vous êtes à la veille d’un projet à écrire et vous souhaiteriez un accompagnement régulier ? Vous écrivez un texte de longue haleine et vous souhaitez mieux baliser votre travail par la lecture critique d’un tiers ?
Vous vous posez de multiples questions à propos de telle ou telle dimension de votre manuscrit et vous souhaiteriez gagner du temps en entreprenant un dialogue régulier avec un lecteur-animateur ?
L’Auberge espagnole (on y mange… ce qu’on y apporte) des écrits en cours s’ouvre pour vous dès octobre. Huit séances par an, des rendez-vous individuels à la carte, des réactions par courriels,… voilà le menu ou la carte de l’Auberge… Ces 8 séances seront collectives et certaines, plus centrées sur des « Focus » de chaque manuscrit.

Animé par : Daniel SIMON, écrivain, animateur d’ateliers d’écriture, éditeur
Dates : 8 jeudis de 14h à 17h, du 23 octobre au 28 mai
Prix : 135 euros non remboursable

 

Ecrire un récit de vie

Ecrire un récit de vie, c’est approcher le souvenir et l’émotion d’une expérience, d’un moment de vie, et tenter d’en faire état en faisant remonter de multiples sensations, perceptions et sentiments nés alors… Mais cetteécriture s’enrichit aussi des émotions qui affleurent pendant l’écriture du récit. Comment mettre tout ça en forme ?
Comment ne pas banaliser son expérience intime en évitant de la réduire à un langage qui rigidifierait cette mise à jour par l’écriture ?
C’est le projet de l’atelier de récits de vie où les textes écrits à domicile seront « ouverts » en ateliers afin de mieux faire entendre la voix singulière de chaque auteur…

Dates : 10 jeudis de 18h à 20h30
Du 25 septembre au 4 décembre
Prix : 160 euros
acompte de 100 euros non remboursable

Responsable des ateliers et stages : Gitla Szyffer  au 02/543.12.22

Attention, en cas de désistement, les frais d’inscription ne seront pas remboursés.

 

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Dans ce soleil troué

Posté par traverse le 6 septembre 2008

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 Dans ce soleil troué, des galops et des hennissements anciens devalent dans le sable et les allées perdues…

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Aller

Posté par traverse le 6 septembre 2008

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Je parlais de voyages comme d’autres épèlent le nom des dieux, des femmes ou des enfants perdus. C’était l’été et la ville s’était enfoncée dans une torpeur qui réjouissait les amants qui rêvent des tropiques.

Aller, dans les nuages et les prés enfoncés dans l’ombre des matins, aller dans les épis et les soupirs, aller.

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Quelques ateliers animés en 2008 par Daniel Simon

Posté par traverse le 24 août 2008

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Bibliothèque Mille et Une pages et Traverse asbl 

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Les rendez-vous du mercredi 

Ateliers d’écriture de fictions 

avec Daniel Simon à la Bibliothèque Mille et une pages de Schaerbeek 

1, 8, 15, 22, 29 octobre,  5, 19, 26 novembre,  3, 10 décembre de 18h15 à 20h45 

Dix séances consacrées à l’écriture de « formes brèves »: nouvelles, contes, récits…pour tenter de témoigner de notre expérience d’être au monde…  Raconter une histoire, c’est aussi prendre pied dans l’espace et le temps autrement, avec la distance que crée le récit et qui nous permet de créer des intimités, des existences et des univers singuliers… Dix séances pour lire et confronter à la dynamique d’un atelier les textes écrits par chacun et bénéficier ainsi d’un accompagnement de manuscrits…Bibliothèque Mille et une pages – Place de la Reine 1 à 1030 Schaerbeek
PAF: 135€ payables en plusieurs fois.
 

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L’Auberge espagnole

des écrits en cours 

Vous êtes à la veille d’un projet à écrire et vous souhaiteriez un accompagnement régulier ? Vous écrivez un texte de longue haleine et vous souhaitez  mieux baliser votre travail par la lecture critique d’un tiers ?  Vous vous posez de multiples questions à propos de telle ou telle dimension de votre manuscrit et vous souhaiteriez gagner du temps en entreprenant un dialogue régulier avec un lecteur-animateur ? L’Auberge espagnole (on y mange… ce qu’on y apporte) des écrits en cours est ouverte pour vous dès octobre. Huit séances par an, des rendez-vous individuels à la carte, des réactions par courriels,…voilà le menu ou la carte de l’Auberge… Ces séances seront collectives et certaines, plus centrées sur des « Focus » de chaque manuscrit. Huit après-midi Dates : Du 23 octobre au 28 mai de 14h à 17h. Prix : 135€ Octobre        23 Novembre      27 Décembre      18 Janvier          22 Février         

19  Mars             26 Avril             30 Mai              28  juin   

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Ecrire un récit de vie  

Ecrire un récit de vie, c’est approcher le souvenir et l’émotion d’une expérience d’un moment de vie et tenter d’en faire état en faisant remonter de multiples sensations, perceptions et sentiments nés alors… Mais cette écriture s’enrichit aussi des émotions qui affleurent pendant l’écriture du récit. Comment mettre tout ça en forme ? Comment ne pas banaliser son expérience intime en évitant de la réduire  à un langage qui rigidifierait cette mise à jour par l’écriture ? 

C’est le projet de l’atelier de récits de vie où les textes écrits à domicile seront  « ouvert » en ateliers afin de mieux faire attendre la voix singulière de chaque auteur… 

Dates :  10 jeudis de 18h à 20h30    Du 25 septembre au 04 décembrePrix : 110€ 

Septembre       25

Octobre           02-09-16-23

Novembre       06-13-20-27

Décembre        04

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Ecrire un récit de vie (Approfondissement) 

Vous écrivez ? Vous avez déjà écrit, entre autres des écrits de l’ordre du biographique ? Vous souhaitez poursuivre un projet de longue haleine ? Vous êtes engagé(e) dans un processus qui suppose des « retours » réguliers sur les lignes fortes de votre récit ? Vous avez besoin de l’écoute critique des autres participants de l’atelier ? Enfin, vous souhaiteriez trouver de nouvelles voies qui correspondent mieux à la complexité de la mémoire et des récits qui en émergent ? Cet atelier « Récit de vie » approfondissement vous est ouvert 

6 lundis de 18h à 21h du 6 octobre au 17 novembre 

Prix : 110€ Octobre           06-13-20 Novembre       03-10-17 

A la Maison du Livre : 

Responsable des ateliers et stages :

Gitla Szyffer  au 02/543.12.22 Attention, en cas de désistement, les frais d’inscription ne seront pas remboursés. http://www.lamaisondulivre.be/ateliers.htm 

Entendre sa voix et la parole relationnelle 

Quatre séances autour de la voix et de la parole relationnelle, du souffle, de la respiration, de la gestuelle,…
    Quatre séances pour (re)trouver sa voix, en douceur, dans son propre déploiement, sans modèle, à « sa place»…
   Travail par exercices individualisés et de groupe, gestion du stress et du trac, équilibre émotionnel et parole relationnelle… Un atelier de travail sur la parole, la relation, la gestuelle, la lecture publique, le souffle, la relaxation…
   Un atelier où la pratique d’exercices collectifs alterne avec de nombreux exercices individuels…Un atelier ouvert à toute personne, quels que soient âge, culture, pratique professionnelle…
   Un atelier basé sur une longue et multiple expérience du formateur qui s’adresse autant aux étudiants qu’aux personnes qui utilisent professionnellement la parole quotidiennement…
 

4 séances de 3 heures à la Bibliothèque Mille et une pages de Schaerbeek les samedis 15, 22, 29 novembre et le 13 décembre de 14h à 17h     

PAF : 100 euros  Possibilité de paiements échelonnés pour toutes les formations. Les formations sont données par Daniel Simon (écrivain, éditeur, formateur en prise de parole et animateur d’atelier d’écriture)  

068-2144376-24 de Traverse asbl
Renseignements/inscriptions :
 
Daniel Simon – 86/14 avenue Paul Deschanel – 1030
00.32.2.216.15.10 ou 00.32.477.76.36.22
daniel.simon@skynet.be
 

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Des corps et tout ce qui en sort

Posté par traverse le 9 août 2008

…hier abasaourdis par le faste terrible de l’ouverture des Jeux, La Géorgie et la Russie se battent pour l’Ossétie…des morts, une capitale détruite, du malheur dans l’écho des feux d’artifice… 

Des corps et tout ce qui en sort, de trivial et de sublime, voilà notre humanité… Trop de choses rentrent de force dans des chairs et des cœurs fatigués depuis tellement longtemps que la mémoire hésite: ferrailles, bombes, shrapnells, gaz divers, terreurs insomniaques, infamies et dénis, insultes et sévices, humiliations et menaces, balles explosives et baïonnettes,manipulations et poignards, sirènes et sifflements, de tout pour entamer l’avenir, le présent et la nuit dans lesquels nous allons au bras des espérances.

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Lentement la leçon d’anatomie

Posté par traverse le 5 août 2008

Lentement la leçon d’anatomie arrive au terme où tout se noue en toi et flotte et cristallise, tu crois échapper à ton sens de la géographie, tu connais tes sources, tes cascades, tes estuaires, tes terrains d’assèchement, tes gorges, tes remparts, tu connais mille choses qui échappent au commun et cependant tu peines à vivre dans ce temps qui se moque des doutes, des vagues et des fantômes. Tu te hisses chaque jour au-dessus des mêlées et des sanglots pour atteindre ce qui flotte en chacun et qui pèse du plomb quand les anges s’envolent au loin dans des ciels sans avenir. 

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Les papillons de la bibliothèque

Posté par traverse le 5 août 2008

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 Il avait emménagé en catastrophe, les déménageurs avaient porté jusqu’au premier étage les centaines de boîtes de livres qui pesaient de plus en plus lourd à chaque trajet et il les avait fourrés n’importe comment dans sa bibliothèque.  Les grands à côté des grands, les petits avec les petits, la poésie près du théâtre et les romans emmêlés aux essais ou aux inclassables. Il avait rempli des étagères plus qu’autre chose. C’était à l’image de sa vie sentimentale. Un peu de tout et jamais au bon endroit. Les livres d’art étaient faciles à ranger. Hauts, lourds, peu manipulés, ils occupaient les rayonnages du bas  Mais la place manquait et il avait alors allongé une seconde rangée devant celle du fond et deux épaisseurs de livres donnaient à l’ensemble un air de désordre sympathique, comme si l’empressement était la règle du lieu. 

Il n’en était rien. Tout dans sa vie avait été placé sous le signe du provisoire. Il avait même replié soigneusement les boîtes en carton vides à la cave au cas où il devrait quitter le lieu au plus vite. Il aurait alors de quoi déserter avec ses bouquins si encombrants. Ses bibliothèques occupaient une grande part des murs et comme les fenêtres abondaient, que la lumière était reine, aucun espace n’échappait et l’appartement avait rétréci quelques heures après le départ des derniers copains venus donné un coup de main en fin de journée . C’était un asile, un repli plus qu’un foyer. La bibliothèque s’était révélée très vite le centre du conflit avec sa femme. 

Des livres dans la salle à manger, des livres sur le palier, des livres dans son bureau, des livres dans la chambre, des livres aux toilettes, des livres partout certes, mais pas en pagaille, plutôt dociles et adaptés aux lieux. Pas de piles instables à même le plancher, pas de volumes épars au pied du lit, pas de magazines oubliés dans le fatras des choses quotidiennes, non, mais des livres partout, bien alignés, pressés sur des étagères en bois naturel qu’il avait bricolées et installées quelques jours avant l’arrivée du camion. C’étaient, il lui semblait alors, ses seuls alliés, ses compagnons de toujours et il n’avait aucune intention de les abandonner au nom d’un amour qui n’aimait la lecture que conjuguée au passé ou renvoyée au temps de sa jeunesse. Elle aimait tellement la lecture, disait-elle, qu’elle ne lisait plus…  « Quand j’ouvre un livre, je ne le lâche plus…Alors, tu vois, avec tout ce qu’il y a à faire, je ne lis plus, je suis bien trop passionnée ». Il avait souri mais d’un coup la certitude de son échec lui était tombée sur les épaules. Il s’était trompé, il le savait depuis le premier jour mais il s’était consciencieusement livré à l’ennemi au nom d’un amour fulgurant, profond, affolant et désastreux. Il apprit bien vite qu’une femme qui ne lit pas a assez de croyance dans le réel pour qu’elle puisse vous pourrir la vie en toute bonne foi. 

La lecture était pour sa femme un acte masturbatoire, une sale affaire qu’on se refile entre dépressifs ou ratés. C’était pour elle d’une prétention sans bornes de rester assis ou couché à lire, c’est-à-dire à ne rien faire qui tienne le monde debout, alors qu’on ne sait pas déboucher un wc ou changer une roue de voiture. Cette vanité des lecteurs était encore plus forte à ses yeux qu’elle avait en horreur, tout autant qu’elle en était fascinée, les écrivains et les personnes susceptibles de passer par les mots des énigmes auxquelles elle pressentait ne pas avoir accès. Plutôt que de lire, elle agissait comme la plupart de ses semblables, elle maudissait secrètement les lecteurs et les moquait à chaque occasion avec quelques mots faussement admiratifs où l’inspiration revenait plus souvent que le reste. Elle considérait la lecture comme une pratique religieuse mais en rien une extase mystique. Cela puait la vénération des grenouilles de bénitiers ou des bigotes de mosquées. Elle reconnaissait les gestes mais pas ce qu’ils révélaient. Peu à peu, elle ajouta à mes occupations de lecteur des tares qui me renvoyaient aux limites de l’impuissance ou de la perversité. J’étais un enculé de première dès que j’avais un livre en mains .Je lui avais fait remarqué que son image était insultante pour les homos et les lecteurs mais elle avait repassé les plats en disant qu’il fallait être un homme qui n’en n’avait pas pour consacrer autant de places aux livres dans un appartement où une femme aurait dû être le seul centre. 

Un soir, alors qu’elle lui intimait une fois encore l’ordre de vider l’appartement des bibliothèques, il lui demanda naïvement où il déposerait alors tous ses livres ? Elle le regarda, la fureur dans les yeux, lui lança un de ses anathèmes favoris et quitta l’appartement. La séparation mit des années à se régler mais sa vie ne fut plus jamais la même. Ces livres, ces théories de volumes apparemment sans secrets particuliers, étaient, alors qu’il avait consacré sa vie à les choisir et à les aimer, la seule véritable raison de son célibat forcé. Il avait un goût amer en bouche quand il repensait à la haine qui brillait dans les yeux de sa femme qui rêvait d’autodafés permanents. Elle était de la tribu des incendiaires. Lui, aimait les textes, le papier, les livres de tous genres et de toutes époques, les bibliothèques, les lecteurs et cette vertu si récente dans l’histoire de l’homme qui l’avait conduit d’enfers en résurrections peu à peu dans le silence étonné de la lecture. Cette femme était une fausse innocente qui vivait en toute quiétude une époque de muets et de sourds. Elle avait aussi en horreur le temps consacré par son mari à l’écriture, elle en était cruellement jalouse, elle méprisait ce temps qui ne lui était pas consacré, elle vomissait ces dimanches où il se réfugiait dans son bureau au lieu de se promener avec elle, bras dessus, bras dessous le long des étangs. 

Elle crachait sur ce bel argent disparu dans du vulgaire papier  mais elle se pavanait, elle rayonnait, elle gloussait, elle tortillait du croupion, elle conchiait les autres quand, à l’occasion de l’une ou l’autre lecture publique, elle pouvait se montrer à son bras et soutirer de ces rencontres convenues une gloriole qu’elle exhibait sans pudeur. Son orgueil de pacotille la rendit pitoyable à ses yeux. Elle déclara donc la guerre à la bibliothèque. Des livres disparaissaient, des pages arrachées, des couvertures croquées, … Elle gémissait au milieu des livres en lui lançant des insultes nouvelles chaque semaine. Il avait honte de ce que cette haine produisait en elle. Elle lui rappelait l’internat, la grossièreté de certains pions qui confondaient le dortoir avec une chambre basse de justice. L’alcool augmentait chez certains la conscience de leur médiocrité et il n’était pas rare que le plus lâche, un gros quinquagénaire à la main leste sur les petits, envoie valdinguer contre les murs les bouquins qui traînaient au fond des armoires ou sous les oreillers. Les internes couraient alors les récupérer comme des affamés ramassent les miettes sur le chemin, ils allaient courbés, les yeux baissés et ils emportaient leurs livres en vitesse, sans demander leur reste. Ils méprisaient ces surveillants de l’ennui pour une raison qu’ils ne comprenaient pas mais ils savaient qu’ils souillaient leurs livres de leurs sales mains trempées dans la poisse d’une vie qu’ils devaient maudire plus que le troupeau de pensionnaires attardés qu’ils formaient. Ces adultes sans grâce les renvoyaient ainsi dans une bêtise qui était la leur et dont ils ne se défaisaient jamais. Ils les voyaient encore libres et ils en crevaient. 

Quand elle en eut assez, elle se tourna vers lui et déclara que cette bibliothèque était un endroit malsain et que des sales choses allaient nous arriver : la poussière, les acariens, des microbes…Les livres, c’était comme les pigeons, on pouvait les regarder voler mais il valait mieux ne pas les toucher au risque d’être atteints de maladies de peau, d’irritations ou allergies de toutes sortes. Elle prit les poussières comme une hystérique, elle vaporisait d’insecticide les livres et le parquet tout autour, elle frappait les jaquettes des plus gros contre les tentures bleues comme on secoue une couette ou un oreiller. En attaquant de ses soins la bibliothèque chaque jour, le tout ressembla à une vitrine de bouquiniste scrupuleux qui met ses lots récents en valeur comme un joaillier le ferait avec une rivière de diamants entourée des bijoux assortis. Elle garrottait les étagères de  ses caresses permanentes où elle enfermait les livres de plus en serrés chaque jour. Il étouffait, elle jubilait. Il n’y avait plus d’amour entre eux mais une sombre affection de tous les instants, quelque chose qui les unissait comme un terrible secret, un crime commis dans le crépuscule des coeurs, elle était restée, il ne s’était pas enfui. 

La bibliothèque était devenue inaccessible. Elle était présente comme jamais mais l’approcher familièrement était devenu impossible, c’était comme un tombeau fleuri de formats et de couleurs, une nécropole élégante qu’on longeait le regard vague. Elle était comme une couronne mortuaire dans laquelle nous vivions et tournions comme des chats  maussades. Les mois passaient, les années faillirent faire de même mais la répulsion de sa femme pour la bibliothèque atteignit alors des sommets qu’il ne pouvait comprendre sans une certaine admiration. C’était une guerrière qui se battait tranchée par tranchée et ce genre de combat amènes vite les troufions adverses à des accolades qu’on pourrait prendre pour une humanité d’exception, alors que l’ennui de la mort et des insultes se tarit aussi vite que n’importe quelle passion. Il faut du renouveau à l’horreur, des plages de calme, des bivouacs apaisés et ça repart alors comme jamais dans le pus et le sang, dans l’allégresse et un terrible consentement. Ils en étaient là. Cette haine était leur seule intimité. Et les livres des prétextes sans actualité. Il ne les ouvrait plus, les évitait même, il lisait à l’extérieur, dans le métro, le train, sur les bancs publics, au parc, mais plus chez lui. Ils étaient un symbole qui s’éloignait de leurs besoins réels, ils tapissaient les murs d’une cathédrale de savoir où personne n’entrait, ils s’éteignaient de jour en jour alors qu’il les avait toujours regardés comme les vitraux colorés d’un temple où il faisait bon vivre à certaines heures du jour ou de la nuit. 

Ils s’habituaient à cette zone de conflits comme on se familiarise avec une maladie grave, dans l’attente du pire mais encore en deçà. Une nuit alors qu’il s’était relevé pour aller aux toilettes, il sentit une très légère odeur de brûlé dans le salon, quelque chose comme une cigarette qui se consume dans un cendrier. Sa femme ne fumait évidemment pas et il était très attentif à ne jamais laisser aucun mégot mal éteint avant d’aller se coucher. Ce n’était rien, une simple cigarette mal éteinte dans le fond du cendrier marocain qu’elle lui avait rapporté d’un lointain voyage. Quelques vagues fumerolles mais il n’y avait aucun danger. Il s’inquiéta de ce signe. Il se demanda si ce n’était pas lui qui avait négligé d’écraser le mégot. Il repassa tous ses gestes en mémoire mais rien. Il n’y avait pas de trous dans ses souvenirs récents et ce ne pouvait être lui. Alors c’était elle mais le geste était si infime, si inconséquent, si apparemment naturel qu’il aurait vite déclenché des hostilités pour un peu de cendre tombée dans le fond d’un cendrier froid. Ca n’en valait pas la peine et il se résigna à regagner la chambre où elle dormait profondément. 

Elle avait toujours sur les cheveux ce filet qui retenait sa belle chevelure enroulée et serrée comme un bonnet. Elle savait que cette habitude de célibataire sans grâce le hérissait et avait mis fin à tout désir entre eux.Ca et le reste. Les jalousies morbides, les instabilités quotidiennes, les agressions soudaines ne suffisaient pas. Il fallait que ce filet clôture la journée et entame la nuit où ils dormaient encore côte à côte. Elle n’envisageait pas autre chose. Ils étaient mari et femme et pas question de déroger à ce sacrement, même s’il était vide de toute intimité. La forme, rien que la forme, encore la forme, c’était ça son seul but, son unique obsession. Et la bibliothèque en faisait partie. Un jour, elle ne se sentit pas bien, la poitrine, le cœur, elle ne savait pas. Trois mois plus tard, elle mourait d’un cancer généralisé. Il régla tout, le rapatriement du corps dans son pays natal, la liquidation des dettes communes et il se retrouva seul. Il avait arrêté de fumer et il se sentait vide. Vide mais apaisé. 

Il s’installait souvent le soir dans son canapé, face aux fenêtres donnant dans un élégant arrondi sur les arbres de l’avenue et il rêvassait. Il pensait aux voyages qu’il avait faits, aux amours de sa vie, aux livres qui l’avaient changés, aux échecs qu’il tentait de dissimuler dans des sommeils vagues. Il pensait à cette femme, à son pays qu’il aimait, à sa fin soudaine et un papillon vint voleter devant lui, maladroitement. Il le regarda inquiet. D’où pouvait-il venir ? Une mite ? Il se leva, chercha l’antimite et vaporisa tellement l’appartement qu’il dut sortir et se promener une heure dehors dans l’allée avant de rentrer chez lui. Plus rien  le papillon avait disparu. Le lendemain, même scène mais ils étaient trois. Il en écrasa deux mais il renonça au troisième trop agile et alla se coucher. Cette nuit, il ne dormit pas. Les papillons le préoccupaient. Peut-être venaient-ils de la cuisine, du garde-manger des conserves, pâtes riz et féculents divers ? Il se leva et vida l’armoire, aspergea le tout de désinfectant, nettoya, examina l’ensemble mais rien, pas d’infection. Tout était normal… 

Les soirées s’enchaînèrent sans événements précis si ce n’est que les papillons, chaque soir étaient plus nombreux. Il pouvait les écraser entre ses mains, d’un essuie bien torché, ils revenaient chaque soir. Il vaporisa encore le tout d’insecticide mais les papillons étaient là quelques jours plus tard. Il ne savait plus que faire. Les papillons faisaient maintenant partie de son univers. Ils tournaient lentement dans la pénombre des soirées et son manège reprenait : il les chassait, les écrasait, allait se laver les mains, se rasseyait dans son canapé et reprenait sa lecture. . Un matin, il eut besoin d’un livre précis qu’il ne trouvait pas. Il farfouilla un peu partout et se souvint vaguement d’un endroit où il devait se trouver… Il dégagea quelques livres de la première rangée mais rien. Il attaqua la deuxième, et toujours rien, enfin, il tomba sur ce qu’il cherchait : un volume épais, ancien, au papier ivoire. Il était satisfait, heureux même, il avait, depuis des années reconstituer un ordre mental dans le chaos apparent des classements et à chaque fois qu’il trouvait l’ouvrage désiré, il jubilait. Ca avait été pendant des années comme une résistance passive face à l’acharnement de sa femme. Il saisit le livre et il découvrit sidéré des grappes de larves accrochées à la tranche. Il en sortit un deuxième, même chose, un troisième, un quatrième, …des larves partout. 

Il nettoya toute la bibliothèque, tranche par tranche mais il n’en trouva plus par la suite. C’était, dans la chaleur des vieux livres protéges par la ligne des plus récents que les papillons avaient fait leur nid. Pendant des années, des larves avaient dormi là et maintenant qu’il était enfin seul, les papillons surgissaient comme si le temps de prendre leur envol était enfin arrivé.  Ce soir-là, il s’assit comme d’habitude dans son canapé, regarda les branches des arbres onduler dans la pluie de la nuit et remarqua un papillon voltiger dans la lumière des lampes basses. L’insecte tournait dans la lumière sans crainte, presque sous son nez. Il l’observa longuement et se remit à lire dans le crépitement de la pluie contre les vitres… 

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N’entrez pas dans ce lieu

Posté par traverse le 4 août 2008

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(Une scène de théâtre. Un jeune fille, assise sur le bord, les jambes pendantes, écoute,la nuque cassée, effondrée sous les paroles qui viennent. On entend des avions décoller, des trains passer et s’éloigner, des bruits de marches lentes,…) 

Une femme bien plantée sur ses jambes nues et désignant le sol, un peu au devant d’elle: 

N’entrez pas dans ce lieu si vous n’avez  ni moyens ni permis d’en sortir, fuyez aéroports et gares sous surveillance, 

partez par les chemins et restez dans l’ombre des grands arbres, faites silence sur ce qui vous serre la gorge et ne parlez que lorsque vous pourrez vous garantir protections et distance. 

Voilà ce bel endroit, penché sur son flanc rose,  sur l’Euphrate et ses chansons dorées, sur le soleil couchant et ses vignes serrées, voilà cet endroit large comme la main et accueillant comme des doigts fermés sur une paume sombre, voilà ce bel endroit et comment il se porte, voilà où nous jouons en relevant la tête parfois quand le souffle du taureau nous rafraîchit la nuque, voilà où nous allons en claudiquant et marchant sur une jambe, trop heureux d’échapper au sinistre, au froid et à l’éteint, trop heureux d’être ici, dans l’enchevêtrement des promesses anciennes et des oublis récents, trop heureux d’être ici dans un temps sans chaos  ou plutôt sans effroi mais au cœur du désastre, n’entrez pas dans ce lieu si vous croyez encore à ce que vous entendiez quand vous étiez si loin que le son des souffleurs ne portait jusqu’à vous et que les chansons borgnes vous semblaient si heureuses et belles comme le pain sur la table le matin quand la faim vous réveille. 

Un homme arrive, qui enlace la femme et prend sa place en la repoussant d’un sourire et d’un bras fermes : 

N’entrez pas dans ce lieu si vous êtes nus et faibles,  Sans voix et sans paroles, confiants dans la sagesse, élevés dans le souci des offrandes communes, fuyez et baissez donc la tête, votre place n’est pas ici, vous êtes des organes, des bras, des sexes, des sourires, des narines bouchées sur la puanteur vague des cités ordurières, vous êtes de la viande qui poussera la viande dans le chariot des ventres à venir,  fuyez mais attention où votre pas vous porte,  plus loin, c’est le silence ou les chants obligés, le fouet et la main tranchée comme un souffle qui passe, plus loin, c’est l’endroit d’où vous partez pour arriver ici et cependant ici n’est pas ce bel endroit dont vous rêviez dans l’ombre des façades, c’est un lieu opportun où vous serez heureux le temps de vous y faire à cet ennui commun qui se plaît à changer les moulins en farines et se donne pour attraits tout ce qui vous ruinera.
Mais cet endroit est là, à portée du regard, les cartes sont étroites, les mises en garde vaines, les récits abondants, cet endroit est celui qui vous verra renaître et aussi celui où vous serez si seuls que vos enfants bientôt ne suffiront plus à vous garder debout, vous allez vous coucher le long des souvenirs comme on se glisse le soir contre un corps attendu et désiré si fort que le mal vous saisit d’abord au creux du ventre, puis la poitrine, la gorge, encore le ventre et le tout en même temps pour remonter enfin  vers le silence et des larmes soudaines que vous reconnaissez comme celles que vous pensiez laisser là-bas au pied froid des façades. 

(La femme qui s’était éloignée revient vers le centre du plateau et vide ses poches tout en parlant. Elle jette des objets, mouchoirs, clés,…sur le sol devant elle et tourne lentement sur elle même comme si elle dansait à l’extrême ralenti un flamenco de mort) 

La femme :  …rien, presque rien, quelque chose qui passe inaperçu au début, presque rien mais quand même la petite fille commence à se rendre compte qu’elle n’aura pas le choix, que décidément elle n’a pas le choix, que c’est déjà trop tard, qu’il va falloir se résigner, accepter que toute cette tourmente ait un visage une voilure et un équipage, que toute cette tourmente frappe de plein fouet la résignation que ses chers parents tentent déjà de lui inculquer, et tu ne feras ni ceci ni cela ma chère enfant et tu ne mentiras point et tu resteras désarmée là où les hommes vont le visage peint des signes de l’impuissance et du mensonge, tu accepteras, petite, de te faire traiter de petite et tu seras ainsi le visage dans tes boucles, le corps dans ses secrets, l’âme dans cette éternelle apnée qui garrotte le souffle des enfants qui ont compris trop vite que le monde qu’ils devront traverser est particulièrement beau et dangereux pour les enfants de tous acabits, petits et forts, grands et faibles, muets et arrogants, habiles et consternés…

Ces tout petits enfants pourraient faire lever le monde comme une pâte fine et légère mais ils grandissent déjà et la pâte s’alourdit, le levain surit, l’air n’est plus subtil et s’effondre par endroits, les petits enfants alors se redressent, leur larynx se détend et les premières phrases montent vers le ciel des dieux qui poussent encore la corne au seuil des désastres et ces enfants parlent un babil de fée et d’enchanteur, … Petite la jeune fille tournera la tête comme pour dire qu’elle n’en aura plus pour longtemps à écouter les lamentations des vieillards et des repentis, la petite fille prendra ses cliques et ses claques et s’en ira danser ailleurs pour épuiser toute cette tourmente qui est en elle et qui se noue déjà dans l’abri chaud du ventre, elle n’aura plus de respect, surtout pas de respect, petite fille pour ceux qui sans cesse  usent de ce mot – respect- et en abusent -respect- alors qu’ils méprisent ceux qui tentent de donner à leurs gestes l’élégance d’une bienveillante nature –respect- voilà l’insulte enfin nommée –respect- et cette ritournelle d’impuissance tourne et moud le grain des pauvres d’esprit –respect- petite fille en as-tu assez pour tout ce que tu sais et qui te vient de loin, de si loin que déjà on s’éloigne à peine a-t-on appris la nouvelle chanson, et te voilà petite fille à nouveau, jeune et belle, la tourmente te prend toujours le ventre mais tu as appris à rire d’une nouvelle voix et tu ris à gorge déployée et ris et ris encore contre ce respect –respect- qui sera un jour et tu le sais le seuil de tes ennemis mais en ce moment tu avances vêtue de ta plus belle colère, jeune fille tu marches vers celle que tu deviendras sans les grimaces de la sagesse et du respect, tu marches lentement crois-tu alors que déjà tu cours à perdre haleine et ta colère est là qui te précède alors que tu la croyais loin derrière dans les abris et les casemates enfumées des hommes assemblés, tu la croyais déjà perdue, cherchant sa place dans le ventre d’une autre, tu l’as voulais ailleurs pour mieux t’alléger et te séparer un peu plus du monde et de ce plomb qui te saisira les chevilles trop longtemps, cette colère que tu ne connais pas encore, qui babille ses imprécations, qui ne remue que de la cendre –respect et cie- mais qui a compris que tu accepterais de l’abriter pour un temps et que ça suffirait à laisser en toi des marques que chacun reconnaîtra plus tard en te disant dans un souffle « calmez-vous jeune fille vous y passerez comme les autres » mais tu ne l’entends pas de cette oreille, tu renâcles déjà, tu t’obstines à ne pas comprendre et à ne pas entendre « calmez-vous jeune fille vous y passerez vous aussi » mais ça ne passe pas, ça obstrue, ça grimace et la phrase en verra de toutes les couleurs, anéantie de bleu et de rouge pivoine, toute cerclée de diamants et de fleurs odorantes, la phrase reviendra peinte comme les petites filles aux allures de putain, la phrase résonnera alors qu’elle est déjà farcie des bêtises communes, elle arrivera jusqu’à cette petite fille qui se dresse sur la pointe des pieds pour éviter le pire qui est de ressembler aux enfants qui font semblant d’être des enfants, donc elle en est là cette petite, le ventre un peu délesté de cette peste ancienne qui traîne dans les cours où vont jouer les enfants, elle avance vers cette beauté nouvelle qu’elle a cru reconnaître et qui est celle d’une femme qui guette déjà sous des airs détachés tout ce qui empêchera sa colère de trouver son orchestre, sa fosse, son public, tout ce qui empêchera un court très court instant le monde de tourner et la jeune fille de faire ses simagrées sans trop y croire mais bon, faut payer son écho à la marche des grands singes, grandir et tirer ses culottes, peigner ses cheveux et agrandir ses yeux, faut arrondir les angles partout où on se blesse et soudain on découvre que tout est émoussé, que la colère s’essouffle, que la terre vomit chaque jour sa coulée d’enfants sages et que peut-être enfin elle, la petite devenue jeune et femme, est tranquillement en train d’oublier que la tourmente est passée sur elle il n’y a pas si longtemps, que la colère exige sa ration quotidienne de taille, de rage et vertu, que la bête a grand faim et qu’il faut la nourrir, que l’ogresse va les yeux vagues et les mains à tâtons dans le fourbi du monde chercher sa nourriture, bêtise, cruauté, entendement et raison partagée…     

(La jeune fille s’est redressée et repousse violemment la femme qui tombe à la renverse, elle l’enjambe et se plante droite sur le bord de scène et commence. Peu à peu, elle va descendre dans la salle et parle avec le public dans une sorte de douceur marquée de secousses violentes comme si elle était prise de soubresauts, de saisissements soudains, jusqu’à disparaître dans le fond de la salle. L’homme peu à peu va se rapprocher du corps de la femme étendue et se pencher sur elle, la prendre dans ses bras. C’est une mater dolorosa, une piéta qui se compose lentement…L’homme doit pleurer légèrement pendant tout le texte de la jeune fille, dans un silence total. Tous les autres bruits doivent être éteints.) 

La jeune fille :  Pour qui vous vous prenez ! Hein ? Pour qui ou quoi ? Des juges, des éducateurs, des merdes oui ! Vous parlez comme le cœur vous le dicte mais votre cœur bat dans un rythme ancien, il se gonfle de très anciens savoirs et vous pensez que vous m’impressionnez parce que je suis plus nue que ce plancher en matière de mots, de belles phrases fort balancées…  Qu’est-ce que vous croyez, hein ? Que ce monde si chiadé et tout emmitouflé de sentiments si beaux qu’on en pleure de loin… Hein, qu’est-ce que vous croyez ? Je suis ici, avec ou sans voile, le sexe sans aucune élégance, bonne à bouger mes fesses jusqu’à vous, toujours jusqu’à vous et votre vocabulaire, mais mes armes sont plus violentes, je frappe en-dessous de la ceinture, je tire dans le dos, je hurle quand vous me demandez de la fermer, qu’est-ce que vous croyez ? Que j’en sais autant que vous dans votre égalité si rapiécée que la gale est la seule évidence de votre é-gal-ité ! Qu’est-ce que je peux faire ? Quoi ? 

Il y a beaucoup d’enfants morts dans les histoires des hommes et la plupart sont enterrés dans le cœur fragile des hommes et ils ne savent que faire de cette chose là au fond d’eux qui les rappelle sans cesse à eux-mêmes, qui les ranime quand ils se laissent enfin couler, qui les étreint quand ils sentent encore un peu d’amour les traverser, cette chose étrange qu’ils tentent d’oublier de toutes leurs forces et c’est quand elle est en moi,  presque inavouée, transparente, qu’elle est la plus définitive mais que faire alors de cette colère ?

Hein, que faire ?

Je suis ici en petite fille…(un long silence) et je me mets à jouer… et ça en fait des raisons, et encore des raisons et des raisons encore…et encore, et encore, de jouer, de jouer, et de jouer encore…

                                           

Noir scène, lumière salle.

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La maison dans le doigt

Posté par traverse le 22 juillet 2008

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Jacques Izoard est mort. 

Un arrêt cardiaque et il a basculé définitivement dans le bleu profond. Ce bleu qu’il approchait et cernait de mille poèmes depuis des décennies, ce bleu qui m’a illuminé dès la première rencontre avec cet homme hors du commun, avec ce poète discret et ferme dans ses lectures et ses engagements.  Jacques Izoard avait dans la vie de beaucoup une place que ravivait l’intimité que ses textes faisaient naître à l’instant de la lecture. Lire Izoard, c’était accepter d’élargir le monde dès les premiers vers, dans des périphéries laiteuses, charnelles et piquantes, mystérieuse et limpides à la fois. La puissance de ses visions et la maîtrise de la langue ont fasciné ma génération et  les années 70 ont été, sous sa houlette bienveillante et éclairante, des années d’émerveillement et d’enchantement. 

Nous lisions tout, nous dévorions, nous écrivions, tant bien que mal, nous l’imitions à notre insu, d’autres plus consciencieusement (et cela a produit une poésie « izoardienne » qui se piquait d’une sorte de clairvoyance poétique matinée d’un n’importe quoi aléatoire de métaphores. Les clones se sont mis à vivre et Izoard les a conseillés, accompagnés, mais jamais moqués.) Il savait à quel point il avait affronté seul le péril des inventions qui nous paraissaient si limpides et aussi puissantes que des formules mathématiques dont nous reconnaissions d’abord la beauté formelle (EMC2 en était une des plus belles…). Izoard écrivait, éditait les autres (dans la revue Odradek…qui ne se laissait jamais attraper), animait des ateliers d’écriture, des rencontres, des lectures, des événements, des soirées enfumées et trop arrosées.

Il levait en nous des énergies en quelques mots d’une voix à l’accent tonique finement posé et aux accents doux et presque féminins.  Il avait accepté que je l’édite et cela donna Frappé de cécité en sa cité ardente, aux éditions artisanales La Soif étanche qui avait place à Grivegnée dans ces années-là…La couverture porte sa signature…bleue et nous étions nombreux à être à l’affût de tout ce qu’il publiait. Il donnait ses textes à ceux qui les lui demandaient : éditeurs sur la place et revues stencilées avaient autant de grâce à ses yeux. Il écrivait et donnait. Et nous nous régalions… 

Il m’avait confié récemment, lors d’une rencontre chez Moussia Haulot, qu’il était atteint de la septa, que l’octa viendrait bientôt puis la nona enfin …Il se moquait de lui, de moi, de nous en cet instant où le temps pesait sur ses larges épaules et d’un coup, comme on s’ébroue en sortant de l’eau, il se mit à rire et à interroger mes projets. J’étais troublé, moi le quinqua de la génération qu’il avait tant aidée à affronter la solitude des écarts et à se reconnaître dans cette extravagante obligation de soi à soi qui se nomme poésie. 

J’étais troublé et suis triste aujourd’hui de le savoir hors de nous, attablé pour longtemps dans un ailleurs que nous allons rejoindre plus paisiblement un jour car nous savons qu’il avait « une maison dans le doigt » et que longtemps encore nous y trouverons accueil. 

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Le livre noir de la censure

Posté par traverse le 21 juillet 2008

vendredi 18 juillet 2008, 11:32

POUR L’AVOCAT EMMANUEL PIERRAT, la censure est aujourd’hui omniprésente. Et nous sommes nos premiers censeurs.

« IDOMENEE » a été déprogrammée en septembre 2006, par crainte de représailles : on y voyait Mahomet, Jésus, Bouddha et Poséidon se faire décapiter. Elle fut reprogrammée peu après. © EPA.

ENTRETIEN

Dans l’avant-propos de son Livre noir de la censure, Emmanuel Pierrat décrit celle-ci comme « toute mesure visant à limiter la liberté d’expression, que ce soit a priori, ou une fois l’objet du litige entre les mains du public ». Il enchaîne, dans le premier chapitre du livre, intitulé « Les formes de la censure » (le seul qu’il signe, les autres sont confiés à des collaborateurs) par une série d’exemples approfondis qui viennent étayer sa thèse : la censure est omniprésente. À sa suite, dix autres auteurs (avocats, journalistes, philosophes…) l’analysent dans différents domaines : la loi du marché, les mœurs, la jeunesse, la religion… Sans oublier un édifiant chapitre consacré par Magali Lhotel à l’autocensure, qui rappelle qu’elle est « née de la manifestation de la liberté de l’auteur » et que, théorisée par Freud, « elle s’exprimait comme le libre choix à s’autolimiter dans ce qu’il (l’auteur) souhaitait divulguer de sa pensée au monde ». Une notion qui, comme la censure, a fort évolué… Emmanuel Pierrat nous en parle.

Selon vous, la censure, sous ses nouvelles formes, est plus pernicieuse qu’auparavant ?

Très nettement. Avant, il était plus facile de déterminer l’ennemi. On savait, en écrivant ou en publiant quelque chose, qu’on s’attirerait les foudres spécifiques de telle institution, de l’Église ou de l’État. Cette censure était dangereuse mais on savait où était le problème, on pouvait imaginer comment le contourner ; des systèmes de clandestinité se mettaient en place. Attention, je ne regrette pas la censure officielle ! Simplement, elle était plus claire.

Dans votre propre livre, il y a des moments où vous ne citez pas le nom des personnes que vous prenez en exemple, mais vous donnez assez d’éléments pour que le lecteur les identifie…

Oui, je m’autocensure un peu moi-même. Je n’ai pas envie de me ramasser un procès inutile. Même quand on gagne, c’est du temps, de l’énergie et de l’argent dépensés. Ici, je ne les cite pas car ça n’apporte rien à la démonstration. C’est l’exemple qui compte. Mon livre est un constat, un cri d’alarme. Attention, nous ne sommes pas dans les pires régimes qui soient. Mais nous sommes nos propres censeurs. On a peur de notre ombre, d’évènements qui n’auront pas lieu. À Berlin, par exemple, on a déprogrammé brutalement Idoménée, par peur des réactions, car on y voyait Bouddha, Mahomet, Poséidon et Jésus décapités. Il n’y a eu ni manifestation ni procès, alors l’opéra a été reprogrammé et il n’y a pas eu le moindre début d’accident. Cela montre qu’il ne faut pas trop s’autocensurer, sauf à bon escient, si c’est pour qu’un message passe sans être interdit totalement.

La législation évolue-t-elle avec les nouvelles formes de censure ?

La législation est compliquée. On est tenté de revendiquer la liberté d’expression, mais il y a certains messages dont on se dit qu’ils ne doivent pas être libres. Comment appréhender le négationnisme, par exemple ? Doit-on laisser de tels propos être mis sur la place publique pour être combattus ? Mais c’est courir le risque qu’ils soient pris au premier degré. Faut-il alors museler les négationnistes et les laisser s’épanouir dans une sorte de martyrologie ? Que faire de l’homophobie, du racisme ? C’est une vraie problématique.

Vous écrivez « L’utopie serait de tout publier ».

Oui, mais c’est un rêve. Il ne serait possible que dans un monde d’intelligence et de réflexion. Il y aurait une sorte de droit de réponse automatique. Mais ce serait contraindre le lecteur à tout lire.

Pour vous, la clause liée à la libération de Bertrand Cantat (l’interdiction de diffuser tout ouvrage ou œuvre dont il serait l’auteur qui porterait sur l’infraction commise et d’intervenir publiquement en rapport avec cette infraction) est une aberration ?

Une monstruosité. Interdire aux gens d’écrire en raison de ce qu’ils sont, c’est un recul absolu. Même les Etats-Unis, qui ont dû négocier les cas de serial killers qui écrivaient leurs mémoires, s’en sont sortis autrement. Le problème est que si on publie les livres de ces personnes, il faut leur verser des droits d’auteurs. C’est embêtant qu’ils s’enrichissent là-dessus. Pour Cantat, on est allé un cran plus loin. Qu’est-ce qui dit qu’il n’aurait pas fait un mea culpa ? Je n’aime pas qu’on l’empêche d’écrire quoi que ce soit. Le priver de paroles, ça va trop loin.

L’arrivée d’internet n’a pas permis la mise en place de nouveaux réseaux clandestins ?

Non, c’est une illusion. En Chine, de grandes compagnies occidentales ont déjà pactisé pour censurer certains contenus. La Toile n’est pas libre. En Chine, au Yémen et dans beaucoup de pays d’Afrique noire, il y a déjà des systèmes de contrôle. Internet est un outil technologique qui, malgré tout, nécessite des matériaux fixes : un satellite, une infrastructure, des fournisseurs… La censure s’exerce sur ces tuyaux. Florent Latrive aborde les cas de Google et de Yahoo, on a assisté à un autre exemple en Birmanie. Des images de la répression ont circulé sur la toile, alors qu’aucun reporter occidental n’avait été autorisé à Rangoon. D’un coup, elles ont été retirées. Et essayez d’envoyer des images du Tibet au départ d’un ordinateur à Pékin ! On a l’illusion ici qu’Internet permet une plus grande liberté. Mais des tribunaux lui ont déjà appliqué les mêmes législations qu’à des écrits…

Votre livre s’appellerait bien « Le livre noir de l’autocensure ».

C’est le visage le plus moderne de la censure. Aujourd’hui, en France comme en Belgique, il y a 1001 sujets qu’on évite d’office pour s’épargner les ennuis. Sarkozy ou votre palais royal, par exemple. Sarkozy a la main mise sur le triangle argent, pouvoir et média, notamment sur les médias d’état. Sur le net, on peut trouver une vidéo où on le voit, 20 minutes avant que la France prenne la présidence de l’Union européenne. Il pense qu’il n’est pas filmé, il donne des ordres. Le cameraman ne le salue pas, il dit « Ça va changer d’ici peu » ! Ces menaces permanentes suscitent l’autocensure.

ADRIENNE NIZET

sources: www.lesoir.be

 

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Double vie

Posté par traverse le 19 juillet 2008

         Quelques semaines avant de mourir, mon papa me demanda de lui pardonner bien des choses que je ne m’imaginais pas être si graves ou importantes, il parlait de cet amour si fort qu’il ressentait pour moi, si intense que parfois, il avait l’impression qu’il allait me réduire en cendres. 

         Mais mon papa exagère toujours, c’est bien connu, mon papa est un florentin et les florentins sont de sacrés lascars en matière d’exagération, il suffit de regarder leur ville et le premier venu découvre à l’instant qu’ils ne savent rien faire comme les autres, tout est ornement, splendeur, décor et sculptures à chaque détour. 

         C’est là que mon papa à commencer à penser à moi, à me porter, à me glisser chaque matin dans les plis un peu rudes de son cœur. Cela dura deux longues années. Deux années pendant lesquelles il composa ce qui allait être ma vie, les détours de mon âme et les surprises de mon esprit. Quand j’ai grandi, quelque chose en lui a diminué, il est devenu moins agile, moins drôle, il avait perdu une partie de cette élégance qui avait été la sienne au cours de ma jeunesse, comme s’il m’avait tout donné. 

         Je n’oublierai jamais ce moment où il m’a fait comprendre que j’étais libre de vivre ma vie, de courir le monde comme je le voulais, je savais que c’était difficile pour tous les parents mais pour lui, ce fut pire que tout, il pensait que j’étais un oiseau pour le chat, comme il se plaisait à le répéter, qu’on allait faire feu de tout bois avec moi, que je ne pourrais porter le regard où mon nez m’entrainerait et que le monde était peuplé de bien de faux amis et que je ni verrais goutte. 

         Il a dit encore bien des choses à propos de mes qualités et de mes défauts, mais il a répété que mes qualités feraient souvent ma perte et que mes défauts feraient rire l’assemblée quelle qu’elle soit. C’était mes défauts qu’il aimait et qu’il confondait souvent avec mes qualités mais ça, c’est normal, c’est mon papa. Et il est florentin… 

         Quand mon papa est mort, il pleuvait mais il y avait tant et tant de gens à son enterrement qu’on aurait cru à un mariage princier. La pluie crépitait sur la croupe des chevaux qui tiraient le corbillard et chacun marchait au pas, l’œil vif, presque heureux comme si l’instant n’était pas triste. Quelqu’un a dit que c’était toujours les meilleurs qui partaient mais ça, je l’avais déjà entendu à propos du charpentier qui s’était fendu le crâne en tombant du faîte de l’église qu’il réparait. 

         Non, c’était comme une joie d’accompagner un des siens vers le bonheur, je n’ai pas tout compris mais j’ai ressenti cette fierté des gens qui cheminaient à ses côtés, j’ai perçu leur attention à ne rien perdre de ce moment presque magique. Puis il y a eu le soleil et il a disparu définitivement. 

         Les mois ont passé, les années se sont bousculées et j’entends encore certains parler de lui comme d’un proche. Attention, pas que des vieux, des jeunes aussi, des enfants de mon âge, quoi. 

         Je savais que j’avais un bon papa mais je n’imaginais pas quel père il était pour tant et tant de personnes. J’étais heureux de ça, un peu jaloux aussi bien sûr, mais convaincu qu’un papa comme ça avait le cœur assez large que pour aimer tous ceux qui comme moi ne savaient pas toujours quoi dire ou faire dans un monde qui ne pose pas de questions et attend toujours des réponses… 

         Ce n’est que récemment que j’ai appris qu’il était écrivain, mon papa écrivain ! Il écrivait des histoires, des contes, des articles, il était toujours au travail, il écrivait sans cesse, je ne l’aurais pas cru. Ca devait être sa double vie comme on dit. 

         Moi qui l’avais tours connu menuisier, reniflant ses copeaux comme on hume l’air, profitant de n’importe quel morceau de bois perdu pour en tirer une forme, …Ecrivain ! C’est le comble ! 

         Une double vie, je vous dis et il paraît que c’est moi le menteur ? 

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Ne trouves-tu pas que le temps change?

Posté par traverse le 15 juillet 2008

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« Ne trouves-tu pas que le temps change ? Des nuages encombrent le ciel et nous nous croyions dans une lumière parfaite il y a encore un instant…Elle nous tombe sur le dos parfois encore comme quand nous étions enfants. Elle nous réchauffait pour nous donner l’envie de grandir…Tiens, l’eau est plus chaude. J’ai les doigts de pied qui frétillent. Cette eau qui coule entre nos jambes et qui file en emportant un rien de nous, une minuscule parcelle de notre présence me donne envie de me coucher et de me laisser aller, comme ça, sans rien faire, sur le dos et aller lentement vers la mer… ». Les deux amis avancent dans la rivière, une cane à pèche en balancier devant eux. Ils marchent comme de vieux hérons fatigués en levant lentement leurs jambes nues avant de les replonger dans les flots verts. Ils se dandinent en devisant sans rien n’attendre de précis, même pas cette truite qu’ils rejetteront à l’eau s’ils l’hameçonnent. 

« Elle viendra ou pas la truite, et ce sera bien d’une façon ou d’une autre. Tu sais mon vieux, elles nagent ici depuis des milliers d’années et nous, nous rentrerons bientôt chez nous, dans notre appartement face au parc, d’où nous apercevrons des vols d’oiseaux de plus en plus tard dans la saison. Tu m’écoutes ? » Ils sont si semblables aujourd’hui. L’un était taillé comme un colosse, l’autre trop ventru mais d’année en année, leurs corps se sont mis à se ressembler. Dégraissés de l’inutile : un tronc, des jambes, des bras, une tête cendrée plantée sur des épaules encore droites mais plus rien dans le regard et dans l’allure qui les ferait prendre pour de vieux taureaux de combat. Ils ont rompu le pas, ils vont au gré du temps, dans le sens du vent, en se laissant porter. 

Celui qui vient de parler se penche dans le courant et laisse sa main aller au fil de l’eau. C’est frais et pétillant comme l’enfance et il se dit qu’il aimerait bien s’y plonger tout de suite, comme ça, rien que pour vérifier si le rire vient aussi vite qu’avant, quand le cul est de plomb et que les jambes battent l’air comme des bras malhabiles qui appellent à l’aide. Mais il se tait. Son ami parle trop mais c’est son ami. Alors, il ne dit rien, il se dit qu’il fabrique assez de paroles pour deux. Que ça a toujours été comme ça, et qu’il n’y a pas de raison que ça finisse ici. Il se dit aussi que cet après-midi dans la rivière ne lui rappelle rien d’autre que des après-midis dans la rivière mais que ça suffit, que toute une vie peut se résumer à un après-midi dans la rivière, si on veut. Et il le voulait. Il se dit aussi qu’il n’a jamais beaucoup réfléchi à toutes ces choses qui lui viennent maintenant qu’il marche dans la rivière et que son ami parle pour deux. Il se dit qu’il devrait réfléchir plus souvent à ces choses, ou venir plus souvent à la rivière et déjà, il ne sait plus exactement ce qu’il veut. Ce qu’il aime, ce sont ces sensations qui lui passent entre les chevilles, les mollets, les doigts de pied, toutes ces sensations qu’il ne parviendrait pas à expliquer si on le lui demandait. Mais il sait que de penser à ça lui suffit et il relève la tête. 

Son ami sourit en le regardant et lui fait un petit signe de la main. Il agite les doigts comme si il lui lançait un au revoir amical. Et ses pieds à l’instant se saisissent, s’immobilisent comme s’il était surpris au plus profond de son intimité, là, au milieu de la rivière ; devant son ami qui lui fait un signe en souriant et lui, d’un coup, se crispe, arrête ses idées, suspend son étonnement et lui répond d’une main amicale. La rivière ne coule plus aussi légèrement, elle le frôle à peine et d’un coup, elle a disparu, il n’y a plus que cette gène en lui, comme un sentiment surexposé et que le livrerait comme jamais il ne se l’est permis. Ce geste de son ami imitant ses doigts de pieds frétillant dans la vase le met mal à l’aise. Il perçoit plus intensément encore le fourmillement sous sa voûte plantaire, qui grouille et déborde autour des chevilles, qui remonte le long des poils des jambes et qui se perd dans ce frisson qui le rend triste alors que toutes ces idées qui le tenaient penché sur le cours de la rivière viennent de s’évanouir. 

Ils se regardent un moment en silence pendant que des flottes cendrées leur passent loin au-dessus de la tête. Mais ils ne disent rien. Ca a été une de leurs plus importantes décisions : vieillir dans un consentement sans failles, jusqu’au désastre probable qui les envahira un matin, quand le ciel est si clair que les arbres s’effacent lentement jusqu’à la cime… Alors, quand des sensations bizarres les saisissent à la gorge, ils se taisent, ils sont polis, ils savent que cela ne sert à rien de parler de ce temps qui les environne comme la rivière. Où qu’ils aillent, elle ne cesse de couler et quand ils sont loin dans l’arrière-pays, elle est toujours là. 

Un vent léger passe sur l’eau et repousse des libellules vers la berge. Ils s’arrêtent de pêcher et suivent les libellules des yeux jusque dans l’ombre des branches qui effleurent l’eau qui vire au noir. « Qu’est-ce que nous ferons demain ? demande l’homme encore penché sur sa ligne qui s’emmêle dans les algues. Qu’est-ce que nous ferons quand nous ne pourrons plus pêcher ? 

- Nous parlerons de la pêche, probablement. - Ouais. » 

Et ils se continuent à avancer dans la rivière qui s’évase sur des galets bruns. Il se fait tard, des bruissements s’éteignent, la lumière s’émiette, ils se redressent et ramènent leurs lignes lentement. « Je ne sais ce que j’ai mais c’est comme un élancement dans le côté, comme une piqûre profonde… » dit l’homme qui enroulait sa ligne en regardant loin au-delà de la berge, comme ceux qui savent que leurs gestes sont précis et n’ont besoin d’aucun simulacre d’attention. 

« Rhumatisme ou l’humidité…dit l’autre. Un bain chaud ce soir et demain, tu verras, les truites n’auront qu’à bien se tenir… » Ils rient en secouant leurs épaules nouées. Ils rient avant le soir qui vient et qui les emmènera bientôt au seuil d’un chagrin sans limites. Ils rient et chassent les moustiques qui se font plus pressants. Ils rient de leur encombrement, de leur difficulté à dire ce qui les tient encore debout à cette heure au milieu de la rivière. 

Le soir est venu un peu plus tôt que la veille et rien ne semble changé mais ils savent que le temps, comme la rivière, les encercle définitivement. Alors, ils rangent leur matériel dans le coffre de la voiture et rentrent vers la ville. Tout est tiède et calme, l’été vient de vider les lieux comme chaque année et ils se retrouvent à la terrasse de leur brasserie favorite face à l’entrée du parc, à deux pas de leurs appartements. Ils boivent et mangent lentement en regardant les clients avec contentement. 

Des voitures dérapent dans le lointain, les clients tournent la tête un instant et reprennent leurs conversations. Les garçons passent et repassent, les plateaux vacillent, la nuit est venue.  Les deux amis sentent que l’heure approche, qu’ils vont devoir se séparer. Ils se regardent en souriant, ils ont épuisé tous les sujets et savent qu’ils recommenceront demain avec ou sans les truites. Du parc s’envolent des nuées d’oiseaux, ça leur rappelle la rivière et d’un coup leur corps est plus lourd, plus difficile à arracher des sièges. Ils se chamaillent un peu pour savoir qui invitera l’autre et finalement partagent les consommations. Le pourboire est toujours généreux. C’est leur façon de dire qu’ils sont encore présents. Que le monde n’en n’a pas encore fini avec eux et qu’ils reviendront. Ils rentrent en bavardant jusqu’au croisement qui les sépare, s’étreignent un court instant et un peu plus lentement qu’ils ne le voudraient, rentrent chez eux. 

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Ecrire un récit de vie comme une reconnaissance de soi

Posté par traverse le 26 juin 2008

 

 « On ne peut communiquer une expérience sans raconter une histoire » 

Walter Benjamin 

 

Si nous observons la rue à travers la fenêtre, ses bruits sont atténués, ses mouvements sont fantomatiques et la rue elle-même, à cause de la vitre transparente, mais dure et rigide, paraît un être isolé palpitant dans un « au-delà ».
Mais que l’on ouvre la porte : nous sortons de l’isolement, nous participons de cet être, nous y devenons agissants et nous vivons sa pulsation par tous nos sens (…)

 

 Vassili Kandinsky, Point et ligne sur plan. 

  

Ecrire en atelier suppose une attitude d’écoute active de la part de l’animateur…Il accueille littéralement les hésitations et les désirs d’écriture des auteurs sans les formaliser autour de modèles trop établis. Par contre, il stimule en contraignant l’auteur à passer par des « balises » obligées, afin de lever l’inquiétude individuelle et de placer le participant dans une sorte de « partie de mots », comme il y a des parties de cartes, des jeux, etc.… 

La lecture des textes est extrêmement importante, et périlleuse : c’est un moment où le groupe constate l’efficacité, la drôlerie, l’inventivité, le jeu sur les clichés…et où il accède, par connivence, dans l’univers particulier des auteurs qui le constituent. 

Mais de quelle lecture s’agit-il quand on parle de lecture en Atelier ? De quelle écoute prétend-elle s’enrichir ? 

Il faudra prendre garde à écouter le texte avec la distance bienveillante qui permet alors les effractions. Il s’agit bien d’un autre qui parle quand il lit un texte, son texte. 

Une oreille qui écrit 

Un auteur lit son texte mais ce n’est plus son texte qu’on entend, c’est son corps et sa voix et son visage, et ses mains et ses yeux qui lisent et qui tissent autour du texte un autre texte : le contexte. Ce texte de l’affect qui fait le ferment d’un atelier d’écriture. Car dans un atelier, rares sont les moments où on lit, on parle les textes surtout, pour les faire entendre. On ne les donne pas à lire en lectures silencieuse dans un premier temps. Du moins je rappelle ici une pratique courante et générale. Des exceptions existent, bien sûr, et elles produisent alors d’autres écoutes et d’autres réactions… 

Le texte se loge alors dans notre oreille interne et il insémine du sens en nous à notre insu. Le texte porté par la voix produit le système d’écoute d’un auteur lu par un autre à un troisième…Les quiproquos sont inévitables. Soyons donc attentif à ne pas les provoquer de façon violente et injuste. 

Le corps parle dans le texte…Cela laisse entendre que de la matérialité, de la corporalité, mais aussi du souffle, du parlé-chanté, de la musique traverse le corps en lieu et place du texte…Cela laisse entendre que la voix fait vibrer, trembler la structure atomique des organes. Les résonateurs sont en place et le texte inspire ou expire à travers eux… 

Mais que font surgir en nous ce son, cette musique, cette scansion, ce rythme ? Que font-ils dans ces impasses ou ces carrefours matériels que constituent nos lieux de résonance corporels ? Comment la voix prend-elle place dans l’écrit ? Comment le corps laisse-t-il la place au texte ? Et de quelle façon ? 

Dans la scansion, le rythme, la voix se loge dans l’écriture ; par la ponctuation, la pensée et le souffle du narrateur s’articulent, par le dessin des phrases, une intention s’impose. 

L’oralité, c’est aussi la matérialité de l’origine du narrateur, ses hésitations, ses pulsions, sa position dans la hauteur du regard et de la parole… 

L’oralité dans l’écriture, c’est de la musique, du son, de la parole qui bousculent l’idée lointaine du son de la phrase (la résonance de la mémoire). 

C’est du son qui se laisse entendre au centre de la phrase et non dans l’arrière-salle de la littérature… 

L’oralité, c’est une bouche dans le texte qui articule autre chose que de la mélodie convenue. Elle profère plus qu’elle n’énonce, elle projette plus qu’elle n’évoque… 

Le Grand Récit 

Mais ce qui importe c’est de se souvenir que ces dérives peuvent produire un sens nouveau chez l’auteur lui-même. Et le récit de vie par le passage par les étapes des stéréotypes, relie de façon commune tous les participants dans le Grand Récit du temps, de l’époque (The Narrative, comme disent les anglo-saxons). Le Narrative génère des lieux communs (le réchauffement de la planète, l’immigration, le sida, la disparation du travail et des valeurs, …). En réalité, chacun vit autre chose que ce qu’il se sent obligé de dire. Les thèmes forts portés par les politiques ne sont pas nécessairement ceux que ressentent comme importants les gens. D’où c sentiment de divorce entre la valeur, la réalité de la vie et les discours qui la coordonnent. 

Les récits de vie, s’ils sont bien menés vers leur émergence devront affronter cette discordance entre le Narrative, le Grand Discours et la réalité prégnante des sentiments, des peurs, des désirs, des projections, des priorités des personnes en recherche. 

Mais cela est évidement souvent politiquement incorrect. Et cette incorrection touche aux croyances de la démocratie et non à ses questions, à ses nécessités, à ses pragmatismes, à ses obligations, à ses impasses… 

La Socio-culture a comme mission principale d’induire, de soutenir et de répéter ce Gand Discours d’une moralisation générale  ( la cigarette, l’excès de vitesse, les comportements à risque, la xénophobie et le racisme, toutes les assuétudes sont normalisées de la même façon en leur affectant le même : discrédit moral…ce qui correspond en réalité à pulvériser l’idée même de morale par une égalisation consensuelle émanant d’un contexte socioculturel toujours plus normatif.). 

La norme ou le sens ? 

Comment amener à écrire un public de demandeurs d’emplois, de chômeurs, de sans emplois, de travailleurs sans emplois, de travailleurs en recherche d’emploi, etc…si on aborde pas dans l’atelier ce qui fait tache, ce qui touche à la misère sexuelle, morale, spirituelle, sentimentale, physique de ces personnes aux abois et qui se voient traiter comme si elles étaient une catégorie parmi tant d’autres ? 

Comment faire émerger quoi que ce soit d’utile à la personne si l’atelier d’écriture, dans ce cas, n’affronte pas les questions qui fâchent…et qui relient ? 

Pourquoi alors ces ateliers ? Pour relier dans la morale commune (« on s’occupe de nous ! », pour donner du travail aux formateurs, pour rendre lisible la chaîne d’attention, de solidarité ou de compassion (le terme sera celui du « bord philosophique approprié »…), pour satisfaire aux attentes communes, pour tenter de s’approcher, à son insu des grandes questions (triviales, sales, dérangeantes,…). 

Dans un livre récent, Vincent De Raeve tente de dire ces questions sans en hystériser le vocabulaire, les positions morales, les jugements. Il voit et dit. Et c’est beaucoup plus terrible, que de voir et juger à l’aune d’une résolution morale commune.(1) 

Bien entendu, tout récit de vie implique la question de l’estime de soi, du Contrat social (vivre ensemble) et de la culture et des valeurs (vivre côte à côte). Et ces trois dimensions, sont quoique disent les auteurs, les animateurs et les lecteurs, contenues dans chaque texte, quelles que soient ses qualités littéraires. Il suffit de lire, d’écouter et de se représenter ce qui est écrit et non ce que nous voulons entendre… 

Fais semblant de tousser 

Un médecin me disait récemment son trouble devant des jeunes patients qui restaient muets devant son invite à tousser lors de l’auscultation. Comme la situation se répétait, il se dit que peut-être ces enfants qui n’avaient aucun besoin de tousser se demandaient très certainement quelle mouche le piquait de les inviter à tousser alors que rien ne leur piquait la gorge ou les poumons. Une mère, un jour, pour aider, souffla à son gamin de faire semblant. « Fais semblant de tousser ». Et il toussa comme il le fallait. Le jeu valait le réel…et le médecin put terminer son travail. 

Dans l’écriture d’un récit de vie, il y a  un passage par ce « Fais emblant de tousser »…Ce sont les lieux communs, les clichés, les passages par la une hypostase, une façon de transiter par un terme pour en évoquer un autre…Mais ces passages obligatoires font entendre le sens intime et nous donne en représentation un écho, une résonance de ce que nous voulons faire entendre. 

Ouvrir cette boîte à clichés que nous portons en nous, c’est peut-être la mission de l’’animateur d’un atelier de récits de vie. Et cette ouverture passe, à mon sens, par des étapes systématiques et systémiques. 

Nous sommes d’abord confrontés à la question de l’origine le nom, le Je initial, le nom propre. Cela constitue une des premières étapes de notre récit. Puis, celle de la relation à l’Autre, puis celle de son « auto-louange » ou de sa reconnaissance bienveillante, puis par la nomination des affects flottants en nous, puis… 

Toutes ces étapes sont constitutives de l’écriture mais elles peuvent apparaître dans le désordre le plus complet. Chaque animateur prendra soin d’établir une cohérence systématique des étapes (à lui de les reconnaître dans la culture du groupe, par exemple) et de les conduire dans une résonance systémique. Ces étapes vont produire des systèmes d’écriture, des interactivités mémorielles, des souvenirs contextualisés… 

Le travail sur la qualité narrative sera donc le fil conducteur principal et non la question du bien, du beau, du bon…La qualité narrative est nécessaire pour permettre l’émergence de sentiments, d’émotions de non-dits,…et cette qualité est reconnaissable à ce qu’elle produit un système d’écoute et de lecture… 

Dominique Dussidour rapporte ce que le peintre Paul Cézanne racontait: « Rappelez-vous Courbet et son histoire de fagots. Il posait son ton, sans savoir que c’était des fagots. Il demanda ce qu’il représentait, là. On alla voir. Et c’était des fagots. » Des fagots ou pas des fagots, c’est de peu d’importance. L’important est que Courbet a eu besoin, là, dans l’espace de sa toile, d’une touche de brun et qu’il l’a posée. 

Et Dussidour ajoute : « Auparavant, une fois que j’avais posé une touche de brun (ou de ponctuation, ou de dialogue) moi aussi j’allais voir si c’était des fagots. Et c’était des fagots. Maintenant je ne vais plus voir. » 

 

Ecrire un récit de vie suppose de laisser émerger souvenirs, faits, dates, circonstances et d’accorder ces événements dans le sens d’une « histoire », la sienne. On pourrait dire que le récit de vie tente de rassembler « les » histoires d’une même personne: histoire familiale, amoureuse, professionnelle,…Ces histoires se profilent dans la matière du récit. Ce n’est pas la fiction qui est en jeu mais la tentative de ne pas faire de fiction… 

Le projet est évidemment impossible: toute écriture est une représentation, donc une fiction aussi minimale soit-elle. 

Ecrire un récit de vie, c’est donc accepter de raconter une vie qui aura « infusé » dans la mémoire (de la sienne, de celle des autres) et d’en reconnaître les signes forts tout au long d’une chimie étrange qui s’appelle l’écriture… 

Le Récit de vie se situe dans un lieu au croisement de multiples chemins ou positions d’observation: la mémoire affective et collective, le souci de soi et de la reconnaissance de son identité, le désir de « révéler » (dans le sens photographique…) son expérience, son aventure humaine… 

        Ni légende, ni roman, ni poème épique, le Récit de vie raconte entre soi et les autres cet écart où chacun tente de se reconnaître… 

 

Qu’est-ce qui nous incite à apprendre ? La vie traversée d’écrans, d’obstacles à surmonter, la joie d’être ici, le hasard des rencontres, des expériences diverses qui nous laissent relativement insatisfaits de l’état de nos savoirs, des évènements, des lectures,… ? 

Se poser la question de l’état des lieux de nos connaissances multiples. S’interroger sur ce que nous avons appris et qui nous a fait bifurquer de notre parcours de vie peut nous aider à faire face à de nouveaux choix en nous faisant prendre conscience de notre capacité à peser sur ces choix. 

Trois étapes constitutives du récit 

Pour le philosophe Paul Ricœur (cité par G. Pineau), la construction historique du récit de vie passe par trois phases : 

-          Préfiguration du récit dans l’expérience temporelle vécue 

-          Configuration de l’expérience vécue par la narration. La mise en intrigue. 

-          Refiguration de l’expérience par l’acte de lecture (2) 

Ces pratiques obligent à repenser  la rationalité et la rigueur des méthodes et des analyses théoriques proposées, le processus de formation, le sujet, l’auteur et son développement, son historicité,  traversés par des contextes culturels, traumatique, historiques, etc…, les cadres de référence, les « grilles », les systèmes,  à partir desquels s’effectuent la construction et l’interprétation des récits. 

        Ecrire un récit de vie, c’est donc tenter de se transmettre et de transmettre du bien commun, du sens commun,  fabriqué de ces actes, pensées, sentiments, rumeurs, angélismes, diabolisations, terreurs, utopies nécessaires au lien social et non nécessaires à un éros individuel…La transmission de cette matière (réelle et virtuelle, c’est-à-dire imaginaire) passe par des actes de reconnaissances réciproques entre l’auteur et le lecteur. 

        La transmission, aujourd’hui dans la matière du récit de vie pointe toutes ces questions. De nombreux auteurs de textes de récits de vie veulent transmettre mais ne savent pas très bien à qui (hormis la famille proche qui s’empressera souvent de ne pas lire ou, mieux, de détruire, les actes de transmission…car ils dérogent à la parole collective familiale par exemple…). 

Alors, ils écrivent, enferment leurs écrits (dans un coffre…) et attendent. Ce n’est pas transmettre, cela, c’est espérer, attendre, supposer. 

        En matière d’écriture de récits de vie, la question s’est donc posée du comment transmettre, du quoi et à qui ? Des initiatives individuelles et institutionnelles ont vu le jour et la recherche dans le champ des écrits de l’intime s’est nettement développée depuis les années 80. Mais les questions de base demeurent. Comment faire en sorte que la transmission, pour atteindre à quelque vertu communicationnelle de base en ces temps multimédia, puisse échapper à la mise en spectacle, à la folklorisation même, et se réhabiliter en affrontant la question du sens de cette transmission ? 

        C’est-à-dire : quel monde voulons-nous et pourquoi désirer le projeter dans l’avenir ? 

 

(1)      Carnets d’un garde-chasse de Vincent De Raeve, éd. Couleur Livres, collection Je, 2008. 

(2)     Orofiama R., Dominicé P. (dir.) Les histoires de vie : théories et pratiques, éducation Permanente n°142, 2000 

 

 

  

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Coup double de Nicole Versailles

Posté par traverse le 19 juin 2008

Nicole Versailles fait coup double cette année en livrant au public ses premières publications coup sur coup : deux livres en quelques semaines…« Tout d’un Blog » aux éditions couleurs livres (collection Je, récits de vie) où elle raconte avec une perspicacité sans chipoteries de convenances inutiles ce qu’elle a vécu depuis qu’elle a créé son Blog et qu’elle y rencontre un succès étonnant et « L’enfant à l’endroit, l’enfant à l’envers » (aux éditions Traces de vie) où elle nous entraîne dans une promenade dans le champ des souvenirs et des résonnances de trois vies de femmes…  Un beau doublé pour quelqu’un déjà entraîné depuis longtemps à plongerdans la langue (romaniste, animatrice d’ateliers d’écriture, elle écrit des poèmes, des nouvelles,…) et qui s’offre une double aventure d’écritures. L’une, plus centrée sur son expérience présente et liée aux nouvelles technologies, l’autre, accordée à la remontée vers les premiers échos d’une mémoire de la féminité, si ce n’est de la féminitude…Ces deux livres disent le talent et la générosité d’une femme qui entre ainsi dans une autre chambre de la « maison de l’écriture »… 

Tout d’un Blog raconte l’histoire d’une succès, celui d’une aventure de blogueuse réussie mais quelles en sont les réalités et les croyances ?  Que se passe-t-il derrière l’écran si protecteur de l’ordinateur qui nous connecte mais ne nous confronte pas ?  Ce succès (ces « posts » livrés chaque jour) ont aussi leur rançon : sentiment d’être à la merci de ses lecteurs qui réclament du Nicole Versailles chaque jour dans un style bien fondu par l’habitude. Elle s’y refuse, elle dialogue, elle réagit, elle se pose mille et une question à propos de la prétendue liberté des blogs…Comme si le numérique avait quoi que ce soit de définitif ou d’absolu à voir avec la liberté ! Elle sait que chaque médium produit ses styles, ses réseaux, ses censures, ses ronronnements, même s’ils sont ouverts à tous et apparemment libres de toute censure extérieure. Il suffit de lire la presse papier et numérique pour constater à quel point le verrouillage des flux numériques passe aussi par le repérage de mots-clés, de signes communicationnels hystérisés par des rumeurs mondiales (terrorisme, pédophilie, …).  Mais surtout, l’auteure est consciente du fait que cet engouement pour les « journaux intimes numériques » que sont aussi les Blogs ne peut se faire que dans un entre-deux : dans la conscience du fait que l’anonymat n’est pas le signe de la liberté mais peut-être celui de la pudeur, ou de l’irresponsabilité ou encore de la volonté du créateur du Blog de jouer de ce montré/caché que permet cette plate-forme ouverte et en même temps perdue dans la myriade des autres Blogs… 

Nicole Versailles a poursuivi son aventure et a récolté nombre de témoignages qui lui ont permis d’écrire un livre marqué de l’expérience et d’une lucidité qui renforcent son récit.  Dans le même temps, aux éditions Traces de Vie animées par Annemarie Trekker, elle publie un fort beau recueil de récits, « L’enfant à l’endroit, l’enfant à l’envers » (avec une courte préface d’Armet Job) où elle tricote littéralement des récits de femmes de générations en générations. Ces femmes sont toutes marquées par une puissante question « comment vivre entre désirs et obligations ? »   Comment se faire une place dans un corps si encombré de récits, de mémoire et de souvenirs ? Comment vivre et résister à l’effritement du quotidien qui agit comme un ogre fatigué, sans se presser, morceau par morceau, allongé sur le flanc et se repaissant de ses victimes dans un tempus fugit hallucinan?Nous allons « au bras du temps » comme l’écrit Alan Rémond, comme des pauvres bougres révélés à eux-mêmes dans l’effacement de ce qui leur reste à vivre…Et de ces vies perdues dans l’éparpillement, Nicole Versailles relève quelques traces, des vestiges, des marques laissées ça et là dans les armoires, les poubelles, les maisons et les enfances…Que devient-on dans le brouillard du temps, que font ces femmes dans cette obsession à se détourner souvent des choses les plus chères à leurs vies ? 

Nicole Versailles écrit dans une langue vive, serrée, alerte à pointer ce qui fait désordre dans l’harmonie des choses…Elle sait que c’est le trait qui pique qui force la mémoire à se dévoiler. Et elle nous donne ainsi une forte envie de continuer à lire ces récits et histoires où le souci de soi de ses personnages est souvent érodé par une terrible maladresse à vivre… 

Deux livres donc, tournés vers des temps différents, mais reliés par une évidente volonté de flirter avec les secrets qui nous tissent.

DS

L’enfant à l’endroit, l’enfant à l’envers, éitions Traces de vie, ISBN 2-930452-09-9, 15 euros (www.traces-de-vie.net) Tout d’un blog , ISBN 978-2-87003-489-7  2008 n 120 pages n Format 13,5*20,5 cm n 12 euros (www.couleurlivres.be)

 Nicole Versailles est romaniste de formation et animatrice d’ateliers d’écriture (dans le Réseau Kalame de la Communauté française de Belgique). Divers prix littéraires (poésie et nouvelles). Et depuis trois ans… le blog « Petites paroles inutiles » sous le pseudo de Coumarine, blog lu et commenté assidûment.

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La roulade d’incertitude

Posté par traverse le 16 juin 2008

La roulade d’incertitude se prépare généralement à son corps défendant et exige un  extrême détachement. 

Prenez dans les brumes ou frimas de saison ce qui vous semble bon et juste, écrasez et broyez ce qui ne fait que durer, effritez platitudes et lieux communs et relevez d’une grande inspiration.
Dépliez délicatement cette nappe fragile, déposée au cul de chaque chose, en un vaste mouvement du Zénith au Nadir, ajoutez les fibres et les écorces, pilez ce qui reste de  noyaux et de bogues et servez en ajoutant une tripotée de dernière minute. 

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Je me souviens d’un Atelier…

Posté par traverse le 19 mai 2008

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Je me souviens de Georges Perec et de Harry Mathews que je salue ici, encore et encore, 

 

Je me souviens des ateliers d’écriture des copistes du Moyen Age et des fautes d’orthographe qu’ils nous ont léguées

 

Je me souviens de l’écriture, toujours de l’écriture et pas des Ecritures, c’est le singulier qui m’émeut à chaque fois, pas ce sacré pluriel, 

 

Je me souviens des corps qui se placent tout autour de la table, du papier et des stylos qui se concentrent avant le grand galop des premiers mots, 

 

Je me souviens des beautés fulgurantes qui filent dans le ciel de l’atelier, des fusées, des phrases lancées avec force ou pudeur et qui nous laissent muets, 

 

Je me souviens des émotions qui glissent sur les visages, des innocences qu’elles mettent à jour, 

 

Je me souviens d’un atelier à Kinshasa et d’une participante qui se couche par terre en tremblant de fièvre, ça va passer, ça va passer, continuez, 

 

Je me souviens d’un atelier au Portugal et de la chaleur des incendies qui accompagnaient mon train, cet été-là, 

 

Je me souviens d’avoir dit souvent, ce que je vous dis, je m’en prive, 

c’est dit, c’est brûlé, ce n’est plus pour moi, 

 

Je me souviens d’un participant qui écrivit un seul texte pour dire son amour pour sa femme décédée récemment, 

 

Je me souviens d’un atelier à Tunis pendant que les bombardiers lâchaient leurs bombes sur l’Irak en 98, 

 

Je me souviens de ma colère alors et de celle de mes amis, de la bêtise tragique à laquelle nous étions une fois encore confrontés, 

 

Je me souviens d’une femme arabe qui me demande, dans le secret de l’atelier, que je lui parle du corps des personnages comme si c’était impudique, 

 

Je me souviens de mon émotion et de ma gratitude, de Tunis si calme ce dimanche, de la mélancolie qui traîne entre nous, des paroles qui s’éteignent doucement, 

 

Je me souviens des lettres envoyées et reçues, des textes calligraphiés en arabe et français, que j’ai lus un soir dans un théâtre en évoquant l’écriture et les bombes imbéciles, 

 

Je me souviens du silence et des applaudissements qu’ils s’adressaient les uns aux autres en riant à pleine gorge, 

 

Je me souviens d’un Atelier où une très vieille femme m’a promis qu’elle écrirait encore et encore dans le temps qui lui restait 

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Chez Graffiti, Les écrits biographiques et la photographie

Posté par traverse le 13 mai 2008

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Trois rendez-vous à la librairie Graffiti à Waterloo pour écrire des récits biographiques à partir du patrimoine photographique de chaque participant.

Ecrire des récits, fléchis par la fiction, arrimés aux fantômes que la photographie recèle et narrateurs des séquences biographiques de chaque participant, voilà le projet de ces trois rendez-vous.

Aucune expérience requise n’est nécessaire. Un portefeuille de lectures préparatoires sera remis à chaque participant dès inscription.

Graffiti organise un atelier d’écriture avec le concours de l’auteur, formateur et directeur de collection Daniel Simon. La session de trois séances vous donnera l’occasion d’écrire un texte, guidé par Daniel Simon.

Les vendredi 6 juin de 18h à 21h,
samedi 7 juin de 15h à 18h
et samedi 14 juin de 15h à 18h

50 euros pour les trois séances sous réserve de 6 personnes inscrites

inscriptions : info@librairiegraffiti.be  129-131 Ch. de Bruxelles
1410 Waterloo Belgique
T. 02 354 57 96 F. 02 354 48 81

Ouvert du lundi au samedi de 10h à 19h

Ecrivain, metteur en scène indépendant, formateur en communication, Daniel Simon collabore également à plusieurs projets au Portugal, Maroc, RDCongo, Roumanie, Tunisie,…Anime des Ateliers d’écriture depuis 25 ans. Chroniques, articles, entretiens, collaborations culturelles diverses… Publie des poèmes, des textes dramatiques, des nouvelles Anime la Revue de Récits de Vie JE et la collection de livres du même nom aux Editions Couleur Livres, où il vient de publier un récit, « L’école à brûler ». Vit entre Bruxelles et ses lieux voyage…

 

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Ateliers de printemps et d’été

Posté par traverse le 13 mai 2008

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Atelier d’écriture de récits de voyage

Carnets de route

à la Maison du Livre

18, 19, 20 juillet de 10h à 17h

L’époque est aux voyages, aux pérégrinations, aux sauts d’espace et de temps…Est-ce que le récit de voyage aujourd’hui peut augmenter l’expérience du voyage ? Nous le pensons…

Mais le voyage a changé de morale, d’aspect, de circonstances et le monde est découvert…

Ecrire un récit de voyage, c’est aussi aller au-delà des clichés de l’exotisme, du tourisme pressé devant les lieux communs et gratter la surface des impressions… 

Cet Atelier d’écriture explorera les « carnets de route » où les textes,les collages, les photos, les dessins,feront la nique aux numériques…

Renseignements: Maison du Livre: 02/5431220  (Rue de Rome, 28 1060 Bruxelles) PAF: 135 euros/3 journées. 

  

Atelier d’écriture de récits,

                     contes et nouvelles                      

Juillet 2008 – 7, 9, 11, 14, 16, 21 de 14 à 17h  

Bibliothèque Mille et une pages – Schaerbeek 

0477/763622

Six séances consacrées à l’écriture de « formes brèves » : nouvelles, contes, récits…Six séances de trois heures pour esquisser, saisir, découvrir, mettre en forme ce qui flotte en chaque participant à l’atelier. Raconter une histoire, c’est prendre pied dans l’espace et le temps autrement, avec une certaine légèreté qui nous permet de regarder les êtres et les choses que nous créons comme un monde neuf. Six séances pour écrire mais aussi pour lire les textes produits…                                                                                   

Animation : Daniel Simon, écrivain, animateur et formateur en atelier d’écriture, metteur en scène et éditeur de la Revue et de la Collection Je.      

Bibliothèque Mille et une pages – Place de la Reine, 1 – 1030
PAF: 110 € (payables en plusieurs fois).068-2144376-24 de        Traverse 
                                                        

Les ateliers du mercredi : 10 séances d’ateliers d’écriture dès le mois d’octobre à la Bibliothèque Mille et une pages.      

Renseignements : www.mabiblio.be  et http://traverse.unblog.fr             

A l’initiative de Georges Verzin,  Echevin de l’Instruction publique, de la Culture et des Bibliothèques

 La parole relationnelle 

Août 2008 à la Maison des Arts Schaerbeek 

18, 19, 20, 21, 22 de 14 à 17h 

0477/763622

La prise de parole en public n’est pas une position mais une relation. L’atelier d’été vise à préparer les participants à une véritable pratique de cette parole relationnelle… Travail sur le VERBAL : Poses de voix, Ponctuation verbale, Articulation/Respiration  et le NON VERBAL : Rapport à l’espace, Regard (individuation et globalisation), Gestuelle (mimiques, gestes), relations au public,… 

A La Maison des Arts, 147, Chaussée de Haecht  1030 Schaerbeek
Formateur : Daniel Simon, Enseignant, Ecrivain, Formateur en communication et de la prise de parole en public, Animateur de nombreux séminaires et formations sur le sujet. 
PAF : 110 euros (payables en plusieurs fois) à Traverse asbl 068-2144376-24  Prochaine formation intensive : novembre – décembre 2008 (4 samedis après-midi à définir prochainement…) Inscriptions dès maintenant. http://traverse.unblog.fr  A l’initiative de Georges Verzin,  Echevin de l’Instruction publique, de la Culture et des Bibliothèques 

                                        

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Vous serez encore

Posté par traverse le 5 mai 2008

Vous serez encore alors que les nuages passent sur nos têtes et que nous nettoyons nos âmes pour les vendre, vous serez encore dans la chambre d’enfance encombrée des poussières et des gestes abandonnés en route vers quelle issue, vous serez encore dans la pâleur soudaine qui vous retrousse le dos et vous ouvre les bras sur des matins gelés, vous serez encore appuyé aux promesses de la tombée du jour quand la lumière plonge d’un coup dans le fourneau des désirs incomplets, vous serez encore une ombre sur la blancheur des draps, la tête reposant dans l’hébétude des plafonds, vous serez encore. 

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De ces enfants aux injures nouvelles

Posté par traverse le 27 avril 2008

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De ces enfants aux injures nouvelles, je vois la langue des replis avant des bonds  saisissants de bonheur dans des parlers rapides qui n’ont besoin ni de temps ni de nous pour se faire la main, de ces enfants aux silences précis, je connais la façon de mettre un homme à terre ou de le hisser droit en lui, de ces enfants aux murmures cachés, je connais les secrets qu’ils poussent du pied en chahutant le ciel qui tente d’être serein. 

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Discontinu et distance dans le récit de vie

Posté par traverse le 25 avril 2008

La laïcité  du récit de vie… 

(entre le flou de la mémoire des émotions et la matière du souvenir dans le récit)          

Le récit de vie n’est pas une invention du monde, une sorte de récapitulation de notre relation au monde ni une description de ce monde que nous traversons bon gré mal gré, non, le récit de vie, c’est une histoire, un récit dont la matière première est la tentative de souvenir, le travail de mémoire à propos de notre relation à nous-mêmes, aux autres, aux proches, aux intimes, à ceux aussi que nous n’avons jamais rencontré mais dont l’influence a été déterminante…Le récit de vie est une céphéide, une étoile disparue dont la lumière nous éclaire encore. L’événement de l’origine ne cesse de faire son travail en nous. Le récit de vie tente de rapporter ce que nous pensons avoir vécu et qui ne demeure en nous que provisoirement, se délitant lentement pour glisser imperceptiblement dans l’oubli. C’est de ce passage en douce vers le néant que le récit de vie s’occupe.                   

Mais que se passe-t-il quand il s’agit d’écrire ?          

Le petit chat dort sur le paillasson, cette courte phrase, pour le philosophe L. Wittgenstein, nécessitait tous les savoirs du monde…Qu’est-ce que pour un « martien » un petit chat ? Un félin, oui, mais c’est quoi un félin ? Et un paillasson, en quoi est-il lié à la Santé publique, à l’histoire de la tuberculose, à l’urbanisme, et quelle ellipse pour supposer que le lecteur comprendra que ce paillasson, comme métonymie, nous permet de faire l’ellipse de l’immeuble qui devrait être là ? Tout cela semble aller de soi. Tout semble clair.    Quoique…                Le récit de vie se fonde aussi sur des connivences de lecture, mais quand ces connivences sont ténues, en quoi le récit de vie ne devient-il pas un documentaire ou un reportage ? Dans le fait que le sujet du documentaire, c’est l’événement, le phénomène à faire découvrir, à expliquer, à recontextualiser,…et le récit de vie, lui s’intéresse principalement à la relation, à la présence de l’auteur (du Récit de vie) dans ce phénomène. Il écrira alors sur cet événement mais en pesant finement ce qui est nécessaire au lecteur que pour se faire entendre, tout en développant les liens qui nous tiennent debout ou nous on fait basculer dans un autre univers, les relations quoi nous ont faits ou que nous avons tissées, les incidences de toutes ces liaisons factuelles ou imaginaires, perceptuelles qui nous ont construits.          Le Récit de vie, c’est une façon de prendre distance aussi avec l’hystérie émotionnelle qui est le propre de notre époque : tout est bon au nom de l’émotion. Tout est bon, pourvu qu’on « sente »…Tout est bon pourvu qu’on ressente… Loin de nous le fait de distraire l’émotion de son véritable sens : nous faire pressentir ce qui nous relie radicalement et archaïquement aux autres, nous donner à sentir ce que nous percevions vaguement en nous, nous faire entendre ce qui flottait encore dans notre oreille…Mais cette émotion est aussi corruptrice, elle dévie le sens du lieu commun émotionnel…Il est facile de parodier ces « moments d’émotion » comme les média nous le serinent à longueur d’antennes. Facile et dramatiquement juste. On sait que l’accolement de quelques termes, des raccourcis, des ellipses bien senties font tout de suite leur effet émotionnel. Et après ? Rien. Cette émotion se mêle à toutes les autres de façon indifférenciée, sans aucune pensée qui les recontacte, qui tente de les rejoindre, qui essaye de les faire apparaître plus distinctement afin que nous quittions notre état de stupeur émotionnelle pour atteindre une conscience des sentiments… 

C’est de cet après aussi que se préoccupe le Récit de vie… Il tente de ramener au présent de l’écrit l’absence vague des souvenirs intenses ou ténus. Parce que tout cela, cette émotion sacralisée (peut-être parce que c’est la seule chose que nous pensions encore avoir en commun, comme des mammifères au sang chaud, stricto sensu) ne nous dit qu’une chose : ça a vibré, le choc a été réel, la révélation de cette puissance émotionnelle nous a conduits à une autre conscience de nous-mêmes…Bien sûr mais tout cela, à nouveau, se disperse dans la croyance des émotions, dans la soumission au révélé soudain, dans la haine  démocratique de la pensée…qui est à nouveau, au centre de notre époque…Car, soulignons-le, que ce soit à propos de la politique, de l’éducation de la notion de bien commun, pour la première fois, nous le sentons, nous l’entendons, nous le voyons, la culture n’est plus au centre de l’éducation ni de notre société. Ce qui a pris le relais, c’est l’émotion justement. Avec ça, rien à craindre, la grande Babel des muets en a encore pour longtemps…Et cette culture (quelle qu’elle soit…) ne se fait pas que dans le plaisir et l’émotion et le chacun pour soi hédoniste mais aussi dans l’ apprentissage de règles, de codes, par l’imitation la répétition, l’appropriation. Mais tout ce temps invisible n’est pas un temps médiatique ou mondialiste… Par contre, des émotions,  des pures, des vraies, des entières émotions occupent le devant de la scène mais comment écrire les nouvelles Médée en disant autre chose que « terrible, insoutenable, extrême,… » ?          Le Récit de vie, s’il veut travailler cette culture du sentiment et non cette dictature des émotions se doit d’être attentif justement à ce qui fait empathie avec le lecteur,il doit être proche, suffisamment identifiable et reconnaissable mais en gardant la distance qui crée l’étrangeté de la découverte, la tension de la re-connaissance. N’abusons pas de l’effet brechtien de distanciation, il ne s’agit pas de cela, simplement, il importe de construire le Récit de vie de telle manière que ce dont l’auteur veut nous entretenir mérite le combat avec les frères ennemis que sont la sincérité et la vérité…          

Enfin, la structure du récit est aussi un moyen de briser la flux confusionnel, c’est une manière de mettre de l’ordre dans le chaos des émotions et sentiments mêlés ou abusés…Et cette structure bénéficie souvent de chapitres courts, centrés sur un phénomène, oublieux de la parole du conteur qui s’inscrit justement dans le flux et le mêlement des genres, des temps et des espaces…Même si ce mêlement est tenu, maîtrisé, il est le centre de la matière contée : des raccourcis improbables, des liaisons culturelles et presque subliminales à l’intérieur du texte, des intrusions dans le contexte de l’auditeur ou du lecteur pour mieux le relier, justement à cette matière infinie qu’est le récit épique, le conte, la parole conteuse… Le Récit de vie est un texte qui choisit de se clore, d’être fini, de s’inscrire dans un champ de mémoire et expérientiel défini et de travailler sur le discontinu de cette relation du monde et au monde…          

De quoi s’agit-il quand j’écris ce que je pense avoir vécu dans tel endroit à tel moment ? De quoi s’agit-il quand je vais tenter de rapporter cet événement que j’ai vécu et que je vais devoir mettre en scène pour le cadre, le rendre commun presque, en faire une expérience dans laquelle je pourrais encore le retrouver aujourd’hui ? De quelle mise en scène s’agit-il quand je fixe tel détail et pas tel autre ou que j’oublie littéralement de décrire le contexte dans lequel cette expérience a eu lieu? Dans quelle narration vais-je loger cette expérience ? Dans quelle forme ? Dans quelles références esthétiques ? De quelles histoires apparemment étrangères à mon expérience vais-je m’inspirer un tantinet pour conduire le fil de mon récit ? Suis-je à ce point naïf pour croire que la sincérité suffit à faire entendre … la sincérité ? Suis-je à ce point crédule pour penser que la vérité, pas celle de la différence des points de vue, non, celle que nous reconnaissons en nous avec acuité et en deçà ou au-delà de laquelle nous nous savons tricheurs…Donc de quelle stratégie, de quel projet narratif vais-je user pour faire entendre des émotions, des sentiments et des pensées issues de la relation d’une expérience ancienne ? En quoi vais-je la réinventer pour pouvoir m’en souvenir et la transmettre ? C’est de cela que le récit de vie se préoccupe, dans son continuel engagement à tenter de restituer un effet de réel afin de faire entendre les échos de cette expérience ancienne et soudain, par l’écriture, réanimer et littéralement reconstruite…         

C’est de ce travail d’écriture que nous voulons faire relation ici      

C’est de cette alternance entre la lecture de l’expérience ancienne et l’écriture de l’expérience rapportée, réinventée donc que nous tentons de rendre compte à travers les multiples activités de l’ équipe de la Revue Je. Peut-être, en osant ce mot dans une époque de hautes croyances, est-ce d’une laïcité de l’écriture que nous parlons. Comme si une sorte de séparation consentie entre la conscience de la reconstruction et l’immersion dans le sentiment et l’émotion ranimées étaient les deux parois sur lesquelles nous allons régulièrement cogner des résidus de mémoires pour en faire un souvenir, donc un récit. 

(paru dans La Revue des Récits de vie,  Je,  n°2)

www.couleurlivres.be

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Ils ont osé !

Posté par traverse le 21 avril 2008

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Aux Donneurs, 

Pour Jean-Pierre Girard et Jack Keguenne,

Aux Donneurs, 

Pour Jean-Pierre Girard et Jack Keguenne, 

 

 

 

  

Rien n’est plus énigmatique que de rencontrer quelqu’un d’emblée dans ce qu’il a de très intime. L’amitié, l’amour, la nuit, les situations extrêmes le permettent. Mais même dans ces situations, le dévoilement est difficile : souvent trop impudique, un tantinet hystérique ou franchement ennuyeux et lourd comme une confession mal fagotée. La vie des gens, la mienne, la vôtre, n’ont rien d’exceptionnel. Un  petit tour, quelques étapes, terminus. Tout le monde sait cela, c’est pourquoi les médias font tant de gros plans sur les larmes qui coulent, les mentons qui tombent, les mains qui se crispent, les voix qui tremblent: la joie, la douleur, les souvenirs des personnes agrippées à leur micro et que la caméra traque en quête d’un dérapage en direct. C’est une des versions de l’obscène aujourd’hui et chaque continent a ses animateurs patentés dans ce genre de déballage pathétique. 

Parler n’est pas une entreprise facile et s’adresser à quelqu’un d’inconnu, même affublé d’une fonction d’écrivain et de médiateur d’écriture, ne va pas de soi. J’en fais l’expérience depuis plus de vingt-cinq ans lors de rencontres et ateliers divers à propos de l’écriture et du grand écart entre sincérité et vérité. 

Dans ce Foyer d’écriture publique ouvert à la Foire du Livre de Bruxelles (mars 2008), les Donneurs québécois, avec la complicité de belges et de français, ont accueilli sous la tente (un stand ouvert au passage public et régulièrement annoncé par le troubadour complice) des visiteurs, des passants qui soudain se sont arrêtés, ont franchi le seuil et se sont adressés à l’une ou à l’un d’entre nous. 

« Je vous en prie, asseyez-vous, comment vous appelez-vous ? ». La phrase est simple, un signe d’accueil et la relation se met en mouvement. Des jeunes filles, des jeunes hommes, des couples en attente de naissance, des passionnés de foot ou de bricolage, une libraire de Montréal ( !) m’ont demandé d’écrire une lettre à l’un ou l’autre de leurs proches. Parfois, il s’agissait d’écrire à soi-même (pour me rendre plus forte, quand je lirai cette lettre), ou à l’enfant à naître (quand il sera grand, nous lui lirons votre, notre lettre et la mettrons dans l’album de famille,…). Parfois, il y avait des silences, parfois les conversations se nouaient comme si cette rencontre était d’évidence, parfois on avançait pas à pas. Mais la lettre fut écrite et les auteurs accompagnés repartaient avec satisfaction et le sourire aux lèvres. Certains m’ont invité à boire un verre pour parler plus longuement mais je leur disais que c’était difficile, que j’étais dans l’attente d’autres visiteurs. Et ils repartaient convaincus que ce travail devait se poursuivre… 

Ca, c’est le miracle de cette rencontre organisée et improvisée tout à la fois. 

Ce qui me renforce dans l’idée de poursuivre l’aventure d’une façon ou d’une autre, c’est la qualité immédiate des paroles échangées : elles étaient de l’ordre de l’intime, de l’essentiel, du désir d’être ici, de se projeter dans un avenir meilleur, de donner des forces et de la conviction. Et ce n’est pas rien. 

Les questions qui se posent dans la relation de médiation comme celle évoquée ici sont, il me semble, adossées l’une à l’autre : comment ne pas dépasser la limite de la confidence, ne pas faire intrusion par des questions indiscrètes dans le champ privé de l’auteur/visiteur et comment faire de cette rencontre une coopération et pas une leçon de savoir-faire ? 

Ces questions sont les balises, à mon sens, de ce genre d’exercice. Et les émotions, les résonances que l’on peut lever par la mise en jeu de l’écriture sont telles qu’il s’agit de ne pas se laisser emmener dans la confession mais bien dans la formulation de ce qui était flottant et informulé dans les auteurs de passage.
         La durée si courte de la rencontre exige que les deux parties posent visiblement et de façon audible les demandes et les compétences qui pourraient les satisfaire. Ca a été, dans ce Foyer d’écriture, un vrai condensation de ce qui se noue et se trame la plupart du temps dans ce domaine… 

Enfin, j’ai été troublé par l’intrication permanente d’une certaine mélancolie et d’un ravissement chez les visiteurs qui se mettaient à parler. L’écrit gardait et garde à leurs yeux cette puissance de révélation que nous tentions d’approcher. 

En quelques minutes, ces personnes rencontrées sous la tente des Donneurs ont décidé d’aller à l’essentiel de ce qu’ils vivaient alors, ils ont osé et je les en remercie. 

 

 

Avril 2008

www.lesdonneurs.ca

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L’école à brûler …

Posté par traverse le 12 avril 2008

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Vient de paraître …

L’école à brûler

Aujourd’hui des jeunes, souvent des enfants, mettent le feu aux écoles, aux crèches, aux centres de jeunesse et de culture.
Ils brûlent et saccagent ce qui devrait les accueillir et les accompagner vers l’émancipation sociale si ce n’est le bonheur… Ils sont de tous temps.

Daniel Simon se glisse peu à peu dans la peau d’un de ces enfants. Pour percevoir cette fureur plus que pour l’expliquer. Cette descente dans la colère d’une génération suit le fil d’un récit qui met en scène et en jeu les objets, les relations, les signes, les symboles d’une école qu’il fréquente depuis cinquante ans.

C’est à un inventaire joyeux et amoureux, nostalgique parfois, qu’il met la main. De l’élève au professeur qu’il est devenu, il y a aussi son approche de l’intérieur : il fait du théâtre dans les écoles, il forme des enseignants, il raconte des histoires, il présente ses livres et ceux des autres.

Mille entrées pour raconter le péril d’une école sous haute tension aujourd’hui…

Collection « JE »

ISBN 978-2-87003-491-0 / mars 2008
96 pages / format 13,5*20,5cm / 10 euros

Lectures et rencontres: contact avec l’auteur: 00.32.2.216.15.10  daniel.simon@skynet.be

En librairie ou commande à l’éditeur

(www.couleurlivres.be)

(parus précedemment: L’échelle de Richter, nouvelles chez Luce wilquin, 2006.

http://www.wilquin.com/editions/

D’un pas léger, poèmes aux éditions Le Taillis Pré, 2007.)

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Qui de nous deux a tremblé

Posté par traverse le 9 avril 2008

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Qui de nous deux a tremblé quand le vent est passé entre mon ombre et moi , est-ce le vent trop encombré de nous ou ce que je pèse ne compte plus autant ? La lumière a réagi trop vite et effacé cette mince épaisseur qui nous retient de ne pas tomber dans des éblouissements où nous irons chacun. Maintenant tout est posé dans une pupille qui se ferme et nous marchons dans cette douce extinction.

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Ecrire un récit de vie

Posté par traverse le 6 avril 2008

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« On ne peut communiquer une expérience sans raconter une histoire » 

                                                                       Walter Benjamin  

(Les ateliers d’écriture sont des lieux de silence, de lecture et d’apprentissage de quelque chose qui se tend entre l’écriture, la littérature et le rêve d’une saisie provisoire de ce qui encombre ou flotte en nous. Ce sont aussi des lieux qui sont le contraire de l’affirmation commune: des lieux pour jouer, pour se détendre, pour s’abandonner au doux voisinage des mots…Dans ce lieu, on y redevient soudain graves au sortir d’un rire, sidérés devant une trouvaille inattendue, scrutateurs de l’opacité intermittente du monde, attachés à la vraisemblance et à l’observation minutieuse des choses, peu à peu libérés des obligations de l’invention. Originalité et spectacularité, là, peuvent disparaître. Ne demeure que l’invitation à rendre compte de la forme de ce qui émerge du fatras des mémoires et des expériences. Simplement de la forme. Le sens, le lourd et flasque sens, n’a besoin de quelque écriture que ce soit. Mais une phrase tenue le temps rêvé est nécessaire pour aménager cet endroit où nous tentons de vivre. Dans les ateliers d’écriture des questions reviennent sans cesse. Questions techniques, formelles, esthétiques mais qui nous renvoient en permanence à notre volonté réelle ou à notre capacité à vivre des perceptions et à en rendre compte pour que le monde ne cesse d’être désirable…Ces carnets sont une des traces de ces conversations régulières…)

       Ecrire un récit de vie suppose de laisser émerger souvenirs, faits, dates, circonstances et d’accorder ces événements dans le sens d’une « histoire », la sienne en train de voyager, ou rapportant des traces de voyage.              

       On pourrait dire que le récit de vie tente de rassembler « les » histoires du sujet observant le monde, ou encore le sujet observant le sujet en train de marcher, ou encore, le sujet dissout dans le paysage, ou encore le paysage disparaissant sous le regard des hommes qui l’habitent, ou encore…             

       En fait, le récit de vie se saisit de la géographie pour lui faire rendre gorge et c’est l’histoire intime des gens qui s’en dégage alors, des histoires de frontières, de cuisine, d’amours, de départs,.…              

       Ces histoires se profilent dans la matière du récit de vie. Ce n’est pas la fiction qui est en jeu mais la tentative de ne pas faire de fiction…Le projet est évidemment impossible: toute écriture est une représentation, donc une fiction aussi minimale soit-elle.                     

       Ecrire un récit de vie, c’est donc accepter de raconter une histoire qui aura « infusé » dans la mémoire (de la sienne, de celle des autres) et d’en reconnaître les signes forts tout au long d’une chimie étrange qui s’appelle l’écriture…                    

       Le récit de vie se situe dans un lieu au croisement de multiples chemins ou positions d’observations: la mémoire affective et collective, le souci de soi et de la reconnaissance de son identité, le désir de « révéler » (dans le sens photographique…) son expérience, son aventure humaine… 

De l’horizontal et du vertical 

       Le récit de vie est avant tout un récit, c’est-à-dire une histoire relatant une expérience et se développant dans un espace et un temps choisis par l’auteur. Ces temps et espaces vont varier tout le long des péripéties mais l’auteur veillera en permanence en ne pas perdre de vue le socle de sa narration.      

       D’où parle-t-il ? De quel endroit du souvenir ? A quelle hauteur place-t-il son regard ? Surplomb, hauteur d’homme, contre-plongée, sont des hauteurs de regard et de mémoire qu’il convient de vérifier continuellement.       

       Le récit de vie traverse de la géographie et fore de l’histoire dans cet espace horizontal. Il y a là un véritable croisement de mondes à laisser entendre au lecteur ? C’est de ce croisement que le récit de vie s’empare : il se nourrit d’un paysage, d’un mouvement, d’une traversée, d’un balayage pour faire écho d’un tremblement de perception, pour laisser apparaître ce que la vue ressuscite, pour dresser un état des lieux d’une remémoration de quelque chose de vue et de déjà vu…        

       Le récit de vie fait surgir de l’intime du grandiose, laisse apparaître le singulier dans la surface des choses, extrait l’instant de la cristallisation des lieux. Il fait entrevoir ce qui existe au-delà de nous et nous construit dans cette reconnaissance…              

       Le récit de vie se joue des prospectus et des exploits repliés sur eux-mêmes. Il dénoue la géographie qui était enfermée dans les catalogues et les index, il instaure le temps de la découverte, à chaque fois…        

       Le récit de vie aborde le paysage avec un regard synthétique (le personnage découvre les lieux, les populations, les événements et les restitue dans leur contexte) et s’accordera le temps de voir ce qui faisait défaut ou accroc, ou bien encore ligne de partage dans l’image (il sera alors analytique)… 

De la vitesse et du mouvement                      

       Le style, c’est le changement de vitesses du récit. Il importe, dans le récit, de varier les vitesses d’écriture afin de rendre compte du mouvement interne du voyage.                     

     Les temps du récit peuvent signifier de la durée, de l’instant, une pause, une respiration,…Ces temps seront les charnières internes au récit de vie, ils créeront les mouvements (chorégraphiques) entre les positions d’arrêt, de regard, de réflexion, de notation…                            La ponctuation sera, évidemment, entièrement à notre service : le point virgule est à la phrase ce que la méditation est à l’action,…Mais cette ponctuation peut se limiter à un essentiel extrêmement concentré : encore une fois, il importe de traduire dans le texte le mouvement du voyage, ses étapes, ses haltes, ses décisions soudaines, ses pointes de regard et ses longs travellings mélancoliques. 

Du micro et du macro                             

       Le détail, le minuscule, l’infime, le fugace, le volatile même sont les traces du récit vécu, passé par l’expérience de la création ou de la réinvention.                             

     Il y a de la transparence dans les lieux que l’on traverse, ils livrent du microscopique, comme les  « rognures d’ongles » des legs de François Villon.                            Ces instants, ces indices, ces coups d’œil sont au récit, ce que le détail est au personnage : sa matière, ce qui le différencie, ce qui le tire hors de soi et le livre à notre entendement…                           

      Le large, l’ample, le vaste, le panoramique sont des façons de rendre compte autant du paysage que de notre regard accueillant l’immensité.                              L’environnement, pour autant qu’il soit perçu comme tel, doit environner les personnages…Il s’agit de déployer les objets et les occurences dans le récit de vie de telle sorte que la matière de l’espace imprègne le récit. Les couleurs, les masses, les fissures, les lumières, les zones désertes ou habitées sont des objets que le récit de vie doit nous faire apparaître comme du matériau neuf, de la pure découverte. Non pas des lieux, mais ce qu’ils évoquent et éveillent en nous.                             

      Enfin, les alternances d’infime, les saccades de presque rien, les suites de vastes étendues formeront la qualité du récit de vie en écho avec la qualité du regard, c’est-à-dire à sa capacité à voir « la lumière entre les couleurs » comme le disaient les impressionnistes. 

De la légèreté des détails 

      Le détail peut également détruire le récit, lui enlever tout son souffle, le conduire à la répétition obsessionnelle de l’anecdote…L’arbre qui cache la forêt peut également dissimuler la profondeur de ce que le lecteur entrevoit dans la forêt opaque mais nommée dans son opacité.     

       Le détail léger, bref, faisant raccord avec d’autres aplats peut soudain être une charnière qui ouvre l’étendue dans la profondeur ou provoquer l’arrêt…sur image…      

       Le détail, quand il dissimule la structure ou ne fait qu’ornementer s’approche plus de la notation kitsch que de la perception du fugace… 

(à suivre) 

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Il parle en posant sa main comme une vague

Posté par traverse le 5 avril 2008

Il parle en posant sa main comme une vague sur l’horizon et je me sens sur la terre dans l’empan de ce geste qui ouvre des espaces où mon regard se perd dans la fumée des cigarettes que nous fumons avec tant d’attention. Il parle et je le sais là-bas, tout au bout de son bras, en train de visiter des territoires anciens où nous allons chacun à notre tour. 

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Une poussière dans l’oeil

Posté par traverse le 4 avril 2008

Une poussière dans l’oeil et le monde bascule dans cette impureté du regard et des pleurs qui ne sont jamais loin, enfermés dans de fragiles cadenas, indolents et sévères, tendus vers le secret des inquitétudes majeures. Une poussière dans l’oeil agrandit sans un son un gouffre où nous tombons.

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Créer et animer un atelier d’écriture

Posté par traverse le 31 mars 2008

Il reste encore quelques places…

Pour Inscription ou renseignements:02/626.96.95/90

ou secretariat@ispb-bruxelles.org 

Public concerné :  Enseignants du fondamental et du secondaire, ordinaire 

Objectifs : 

- Conceptualiser et organiser un atelier d’écriture dans une optique créative et/ou éducative 

- Travailler la position du narrateur (auteur, personnage,…) 

Contenus : 

- A partir de consignes simples, précises, les participants sont invités à écrire durant les heures de stage, à se confronter à ce qu’il est communément appelé des «formes courtes» (récits, nouvelles et théâtre) et à s’approprier des outils d’écoute, d’observation et d’analyse des textes produits 

- Eléments de jeux de langues, de principes «oulipiens» (Ouvroir de Littérature Potentielle), de contraintes et réflexions méthodologiques,…  - Penser un atelier d’écriture et le français «langue étrangère»  - Ouverture de l’atelier, présentation des stagiaires, écriture d’un texte relatif au nom de chacun 

- Travail sur l’espace (écriture d’un récit court intégrant des données «géographiques», d’espace,…) 

- Travail sur le temps (prose et théâtre) 

- Créer un personnage et le placer dans l’espace (prose et théâtre) 

- Créer un deuxième personnage et lui faire rencontrer le premier  - Ecriture de récits répondant à des consignes formelles (dedans/dehors, le jour/la nuit, présent/passé,…)  - Ecriture de monologues et de paroles intérieures 

- Questions de montage (différents montages et vitesses du récit) 

- Questions de dramaturgie (didascalies (indications scéniques) et répliques/dialogues) 

- Lectures régulières des fragments de textes et impressions collectives  - Lecture ou édition électronique ou papier (tapuscrit) des textes et circulation parmi les collègues 

- Evaluation de l’appropriation des différents critères d’intervention du formateur et des participants à l’atelier 

- Constitution d’un «cahier de charges» d’un atelier d’écriture 

Nom et qualification du formateur : Daniel SIMON, Licencié en études théâtrales, Ecrivain, Metteur en scène, Professeur, Expert en pédagogie, Formateur, Animateur d’ateliers autour de la parole et de l’écriture, Consultant en communication. Dates et heures : de 9 h à 16 h 

Mardis 15 avril, 22 avril, 29 avril 2008 

Lieu : I.S.P.B., rue de la Croix 40, 1050 Bruxelles 

Inscription : Via le formulaire à renvoyer à l’I.S.P.B. (cf. page 71 de la brochure disponible sur http://www.ispb-bruxelles.org 

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Les écrits biographiques et la photographie

Posté par traverse le 28 mars 2008

Atelier d’écriture à PassaPorta en 2008

par Kalame (www.kalame.be Dernières inscriptions…

Les écrits biographiques et la photographie 

Georges Perec a poursuivi toute sa vie le projet d’une encyclopédie biographique et ses romans et récits apparaissent en quelque sorte comme des bornes à cette expérience infinie.  Nous allons en une soirée et un we, travailler nous aussi à partir d’éléments biographiques puisés dans le patrimoine photographique familial de chaque participant.   

Ecrire des récits, fléchis par la fiction, arrimés aux fantômes que la photographie recèle et narrateurs des séquences biographiques de chaque participant, voilà le projet de ces trois rendez-vous. 

Les textes et photographies choisis par chaque auteur et l’animateur serviront de base à une publication et à une exposition centrées sur le récit biographique et la photographie.  Aucune expérience requise n’est nécessaire.

Un portefeuille de lectures préparatoires sera remis à chaque participant dès inscription.   

Animation par Daniel Simon, Ecrivain (récemment L’échelle de Richter, D’un pas léger, L’école à brûler,…), metteur en scène, éditeur, animateur d’une Revue et d’une collection de Récits de vie, JE,  formateur en ateliers d’écriture depuis vingt cinq ans en Belgique et à l’étranger.

www.couleurlivres.be

Trois rendez-vous  (18 avril (soirée dès 19h), 19 et 20 avril de 10h à 17h) pour écrire des récits biographiques à partir du patrimoine photographique de chaque participant.

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Dans une banque des femmes se bouchent le nez

Posté par traverse le 28 mars 2008

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Dans une banque des femmes se bouchent le nez de deux doigts en retirant les coupures de la caisse automatique, elles relevent la tête aussi haut qu’elles peuvent dans le rythme des billets. Je ne devins pas vieux mais plus vieux que jamais en touchant le clochard du pied, il était étendu le long des déversoirs et puait tout ce que peut puer un homme. Mes pauvres hésitations ne l’ont pas réveillé, il dort sans ronfler au pied des élégantes. 

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De tout et de rien en cet instant

Posté par traverse le 21 mars 2008

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De tout et de rien en cet instant la lumière traîne les émiettements sur le visage des hommes, ils passent entre la pluie et des soucis si lents à disperser qu’ils se perdrent parfois au-delà des trottoirs où ils accostent en se disant que ma foi c’est une bonne chose de faite et il faut donc continuer à construire des villes pour encore oser affronter la traversée des rues qui sont parfois des façons de se perdre ou de s’arrêter là, où le soleil tombe droit, entre l’averse et les voitures qui passent. 

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Podcasts littéraires sur www.mabiblio.be

Posté par traverse le 16 mars 2008

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Bonne écoute…à Mille et une pages…

En ce mois de mars, Fête de l’Internet, à l’initiative des Bibliothèques de Schaerbeek et de l’Echevin Georges Verzin (Culture, Instruction, Bibliothèques), le Site des Bibliothèques accueille et accueillera des podcasts de textes lus par les auteurs ( ou par moi-même, animateur de cet atelier) et écrits dans le cadre de l’Atelier d’écriture de récits, contes et nouvelles de Schaerbeek (Bibliothèque Mille et une pages)…

C’est ainsi que vous entendrez les textes des auteurs que nous vous invitons à découvrir dès le 17 mars… sur http://www.mabiblio.be

(Christian Van Tuijcom, Françoise Nicaise, Rolande Denis, Bernard Gilon, André Van Reusel, Françoise Chaidron, Line Eekman, …)

 

 

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Des enfants disent la grandeur du ciel

Posté par traverse le 12 mars 2008

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Des enfants disent la grandeur du ciel, des punitions et des maisons vides en regardant les hommes habiter de si petites chambres avec des coeurs si gros, ils se débrouillent avec cette incongruité des locataires imprévoyants, ils marchent dans les couloirs en comptant leurs pas dans la basse respiration des êtres encore vivants. Mais des déménagements ont lieu si souvent dans ces cours de détresse et d’amour qu’ils ne savent où jeter ce souffle qui leur vient à la fin de l’histoire. 

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Dans l’intimité des paroles sages

Posté par traverse le 7 mars 2008

Dans l’intimité des paroles sages, plus rien qui vaille un quelconque étalage de la syntaxe des effarantes effusions du vocabulaire mais bon, ça permet d’arriver au bout d’une phrase, d’un jour, d’une nuit, d’une infinie attente logée en soi et qui ne déborde jamais au bon endroit, souvent là où un oubli se fait, un léger oubli de soi qui ordonne la fin de la chasse aux illusions. Dans cette intimité un sabre, une balle très bleue, une fiole de poison odorant flottent dans l’espace et nous les voyons passer si vagues dans la netteté de notre incertitude. Elles passent et nous attendons, dans le doux calme des choses établies qu’elles repassent enfin. 

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Que faire de ce qui rejoint le bleu

Posté par traverse le 4 mars 2008

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Que faire de ce qui rejoint le bleu flottant qui environne la fin de chaque chose, lorsqu’on lève les yeux le ciel a disparu et c’est alors une course ailée dans de vagues couloirs que l’on connaît et qui nous mènent au seuil des chambres ouatées où les jouets ne sont que formes et couleurs mélangées. Que faire de cet écart en nous qui se tend chaque jour et nous lance légers enfin hors des masses sans fortune des souvenirs ?

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Revue Je – Le deuil

Posté par traverse le 21 février 2008

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Découvrez celles et ceux qui écrivent aujourd’hui

pour témoigner de notre monde je La revue des récits

de vie dirigée par Daniel Simon – En cadeau pour un abonnement…

Vincent De Raeve – Carnets d’un garde-chasse

Le temps de la chasse aux chômeurs est ouvert ! La phrase est dure, la réalité encore plus.

Vincent De Raeve note, engrange, répertorie les paradoxes, les inanités d’un système auquel il collabore. Il nomme mais il n’accuse pas. Il sait que les rapports entre le monde du travail et celui des sans travail sont de plus en plus autistes et schizophrènes.

je La Revue des Récits de Vie publie textes et réflexions, annonce des manifestations ou des créationsautour du Récit de vie, des écritures du moi, de l’intime.La Revue je paraît quatre fois l’an. En alternance, deux numéros seront essentiellement consacrés à la réflexion, à l’analyse et aux enjeux, deux autres numéros donneront priorité aux textes et récits de vie.

Directeurs : Pierre Bertrand et Daniel Simon Rédacteur en chef : Daniel Simon

Adresses • Edition et abonnements : Couleur livres, 4 rue Lebeau, 6000 Charleroi, couleurlivres@skynet.be,

tél : 0032 (0)71 32 63 22 • Rédaction : daniel.simon@skynet.be, tél : 0032 (0)2 216 15 10

(*) Abonnement 2006 (Quatre numéros) Belgique : abonnement de soutien et institutions : 60 euros ; normal : 45 euros ;

sans emploi et – de 25 ans : 35 euros Etranger : U.E. : 70 euros ; autres pays : tarif sur demande

Vente au numéro : 14 euros

BON DE COMMANDE

Notre cadeau :

« Carnets d’un garde-chasse »

Nombre Titre Prixénom .

Abonnement je 4 numéros

Que je verse ce jour par virement au compte 777-5994859-44

(ou à joindre à ce bon de commande).

La Revue des Récits de Vie N°3

Un jour ou l’autre, nous sommes tous confrontés au deuil : celui d’un être cher, d’un moment idéal, d’une forme rêvée ou d’une facture ancienne. Ecrire le deuil nous permet d’apprivoiser, de faire distance… et nous aide à vivre avec cette fumée ou ce cristal qui sont en nous…

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L’école à brûler

Posté par traverse le 21 février 2008

L’école à brûler de Daniel Simon 

Aujourd’hui des jeunes, souvent des enfants mettent le feu aux écoles, aux crèches, aux centres de jeunesse et de culture. Ils brûlent et saccagent ce qui devrait les accueillir et les accompagner vers l’émancipation sociale si ce n’est le bonheur… Ils sont de tous temps. Daniel Simon se glisse peu à peu dans la peau d’un de ces enfants. Pour percevoir cette fureur plus que pour l’expliquer. Cette descente dans la colère d’une génération suit le fil d’un récit qui met en scène et en jeu les objets, les relations, les signes, les symboles d’une école qu’il fréquente depuis cinquante ans. C’est à un inventaire joyeux et amoureux, nostalgique parfois qu’il met la main. De l’élève au professeur qu’il est devenu, il y a aussi son approche de l’intérieur : il fait du théâtre dans les écoles, il forme des enseignants, il raconte des histoires, il présente ses livres et ceux des autres. Mille entrées pour raconter le péril d’une école sous haute tension aujourd’hui…  Couverture et dessins à la plume de Serge Goldwicht 

100 pages.10 euros

Editions www.couleurlivres.be Collection de récits de vie, Je Sortie officielle du livre et rencontre avec l’auteur à la Foire du Livre le 5 mars à 17h jusque 19h (rv Stand Couleur Livres n°246) 

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L’école à brûler (extraits avant publication Collection Je)

Posté par traverse le 11 février 2008

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J’ai dix ou douze ans. Je sais maintenant très précisément que le monde existe autour de moi, qu’il n’est pas là pour me porter mais plutôt que je dois faire quelque chose pour qu’il reste le monde. Je sais que c’est ce sentiment qui marque le plus l’enfance mais que dans l’école ce sal commerce des hommes n’a pas officiellement place. Je sais qu’il y a des salauds dans l’école, des profs d’une médiocrité à faire peur, j’en ai toujours rencontrés mais je sais aussi que l’école est aussi une arche de réparation magnifique.  Chaque jour, j’entends autour de moi des choses inquiétantes que je raconte aux copains. Chacun en remet. On joue encore beaucoup à la guerre dans les cours. Les Allemands, les Boches, contre les Américains, les Alliés. On arrête pas de sa battre et je me souviens  que nous avions un sens aigu du tragique en répétant ce que nos parents ou grands-parents nous racontaient.  Nous jouions nos vies en blanc mais nous les jouions très sérieusement. Nous mourrions ou nous étions vainqueurs. Et cela nous laissait en sueur, comme si nous avions échappés au pire. Nous regagnions les classes où nous apprenions les règles de base de la vie alors que c’est la mort qui occupait nos esprits en permanence. Ce n’était pas une mort inquiétante ou triste, mais une mort terrible, théâtrale, infinie. 

Je lis coup sur coup Le testament de Villon, Le Prince de Machiavel et Sexus, Nexus, Plexus de Henry Miller. Les lectures parmi les plus fondatrices de ma vie. La lutte est dure contre la lourde bêtise du temps. Un soir, la gendarmerie fouille ma chambre d’interne, confisque les livres, les transmets au Préfet. Je suis convoqué et confronté aux parents qui tentent de me culpabiliser. Peine perdue. Le mal est trop profond. Je suis renvoyé, puis « Réintégrez notre camarade ! », et je reviens. Mais l’affaire est mal emmanchée, je suis le pornographe, certains profs complètement alcooliques me disent leur désespoir et me demandent de tenir bon pour eux, d’autres me méprisent et me condamnent systématiquement au dernier rang en classe.  Un viol a lieu dans la région, je suis convoqué, mes lectures me rendent suspects. J’ai un dossier, pas de casier. Je suis sonné. Je découvre alors que l’école est ce lieu où la guerre sociale se répète comme dans un palais à volonté. Je tiens bon. Je sais que j’ai raison de tenir bon, que ça commence à bien faire, qu’il faut que ça change. Nous sommes en mai 68. Pas de barricades, pas de manifs, rien, mais des lectures, des découvertes et des profs qui soutiennent en nous l’intelligence, la bonne foi, le sentiment de justice, la curiosité.  Ces professeurs existent naturellement pour nous, ils sont issus de la même classe sociale que celle de nos parents, cette classe moyenne qui se hisse jusqu’au savoir en rêvant de pouvoir. Parents et professeurs se parlent dans un langage commun, ils visent la même chose. Il faudra trente à quarante ans pour que ce pacte se délite et qu’un jour un père, une mère portent plainte contre le professeur de leur enfant avant d’avoir tenté un autre mode, celui de la parole, de la négociation, que sais-je ? D’amblée, l’école est suspecte alors qu’elle est chargée de tout. De quoi devenir fous. Et lâches. 

Mon prof ce matin, connard de connard, m’en a retourné une, pas forte, rien, c’est le geste qui compte, je le tiens, papa m’a prévenu, si on te touche, je porte plainte, ils le disent à la télé, on a des droits, le droit des enfants, c’est comme ça aujourd’hui, c’était pas son droit au connard et il va morfler, j’te jure !  Plus tard, nous avons rejoué une autre guerre, en une semaine, celle des Six Jours. C’était les Arabes contre Israël. Les Egyptiens n’existaient pas pour nous, c’était des Arabes tout simplement contre les Juifs. Ca a été une semaine étrange, à l’internat, sans autorisation de sortie, nous allions à la chasse aux nouvelles et le reste, nous l’inventions. Ca a été une guerre éclair avec des morts inexistants. Nous ne voyions pas les corps. Nous entendions des noms étranges, nous comptions les divisions, nous fêtions des victoires mais nous avions aussi le sentiment d’un combat triste et sauvage. Nous étions encore en dehors des bombardements d’informations et de nouvelles, nous pouvions traverser notre temps en ignorant à peu près tout de ce qui s’y passait. Plus tard, nous avions vu les corps, des centaines de milles, un désastre, une désolation que nous vivons au jour le jour aujourd’hui…Cette guerre a précédé celle du Viet Nam où nous avons laissé une partie de nos crédulités et de nos parti pris.  Kennedy est assassiné, et Martin Luther King et Kennedy Deuxième et Malcolm X, et…Nous savons que la mort violente sera le grand instrument du présent. Nous savons que notre innocence s’est perdue dans les dédales des idéologies contrastées. Nous savons qu’il va nous falloir mentir pour tenir le pot droit. Que c’est cela que l’on attend de nous. Du moins, c’est l’impression que nous laisse l’école et elle nous y entraîne. Mais cela se fait avec le consentement de chacun car les résultats parlent. L’école nous hisse hors de nous –mêmes et nous y prenons goût, sans nous l’avouer encore… Nous parlons sans arrêt, nous déplions le monde à notre façon et le déposons comme la carte routière d’un pays étranger à nos pieds. 

Des grands noirs, des Congolais, sont mes amis depuis qu’ils m’ont fait goûter le terrible piment qu’ils reçoivent en poudre du pays. Ce sont les fils de Moïse Tshombe (Président du Katanga sécessionniste du Congo en août 1960 et mort en exil en prison en Algérie en 1969). Ils parlent peu de ce qui se passe là-bas, au pays, mais nous apprenons à nous connaître à travers des missions de pensionnaires, que nous mettons sur pied pour pouvoir nous enfuir une heure ou deux dans la petite ville toute proche. Nous faisons le mur et on revient avec des histoires plein la bouche, des élucubrations que chacun est prêt à croire tant l’ennui est notre pain quotidien dans cet internat du bout du monde.  Un jour, un jeu un peu violent se passe mal, un de mes copains congolais se rue sur moi et me fait très mal, je lui crie « sauvage » ! Ca le met hors de lui, il est en fureur et me traite de sale blanc. Je cherche les mots pour lui faire comprendre la nuance, pour lui dire et quoi, et qui. Mais rien n’y fait. Notre amitié s’est brisée sur le mot sauvage Je n’ai jamais oublié cet événement. Je n’ai ressenti aucune honte, aucun malaise, rien du genre que l’on aurait attendu de moi dans la bienséance de la Belgique raciste, sauf une grande tristesse devant cette confusion qui allait historiquement faire tant de dégâts… Récemment j’ai appris que mes anciens amis étaient morts empoisonnés, assassinés. C’est peut-être depuis ce quiproquo tragique que je me sens intimement lié à l’Afrique noire, au Congo bien sûr mais aussi à la langue française que l’on y parle. Elle est comme amidonnée dans un savoir-vivre des années soixante, dans une politesse rhétorique qui me rappelle mes deux amis perdus.  Et pendant ce temps, à la maison, on se prépare à la Troisième Guerre mondiale. Dans la cave, des dizaines de bouteilles d’huile, des paquets d’allumettes pour mettre le feu à une forêt pendant dix générations et du sucre, des kilos de sucres en morceaux dans les paquets rose de Tirlemont. Des pâtes, du riz aussi, des sardines, ces horribles pilchards à la sauce tomate, de quoi tenir pendant une guerre nucléaire.  C’est Cuba, Fidel, le Che héroïque alors et salaud aujourd’hui, les missiles russes stationnés sur le sol cubain et les téléphones rouges qui chauffent entre Washington et Moscou. La guerre froide gèle le temps, James Bond nous fait rêver et nous nous réveillons entre la catastrophe du Bois du Cazier et l’incendie de l’Innovation, dans les tragédies du « grand bond en avant ». Les choses nous appartiennent encore un peu mais le prix des êtres baisse singulièrement au cours du dollar. 

Quoi ? Pourquoi je ferais ça ? Quoi ? Ce qui faut faire. Quoi ? Ce que vous voulez que je fasse et que je fais pas. Quoi ? Ces choses qui valent pas la peine qu’on les fasse sauf pour vous et vous c’est pas moi. Dans cette école, vous faites comme si vous saviez pas ce que vous faites et que vous croyiez qu’on sait pas que vous savez pas. Quoi ? Tout ça qui sert plus à rien et qui remplit vos blablas des écoles.  Un gamin qui écoute se remplit vite des horreurs du monde sans tout comprendre mais en n’oubliant pas que ce sont des horreurs. Il en veut aux adultes qui changent si vite de sujet. Lui, il est encore et toujours dans ces choses sérieuses qu’on apprend si vite dans l’enfance. Il a appris avec les Hongrois de 56 qu’on pouvait perdre sa maison et son pays, comme ça, d’un coup, même après la guerre. Il découvre des convois, des familles d’accueil, des bonnes intentions, une compassion qui lui fait un peu peur tellement elle évoque les grands départs et les déchirures définitives. Il est inquiet mais on lui dit que ce n’est rien, qu’il n’est pas en danger, que c’est de l’autre côté du mur, que les Russes sont des barbares. Ca l’effraie encore plus mais ces terreurs secrètes, il ne pourra les dire que vingt ans plus tard quand il ira, pour la première fois, là-bas, de l’autre côté. Il verra que c’est plus terne, puant et sinistre qu’il ne l’imaginait.  C’est là aussi qu’il découvrira le prix véritable de la culture, des livres essentiels, des ruses et de l’humour quotidien. La Bombe n’a pas éclaté et le sucre, l’huile et les allumettes ont duré des décennies.  Je ne peux manipuler des allumettes aujourd’hui sans penser aux Titans et au feu qu’ils vont déchaîner. 

J’ai presque rien entendu aujourd’hui, presque rien entendu que j’ai pas entendu déjà. Ils m’ennuient avec tous ces mots que j’ai déjà si souvent entendus, presque toujours les mêmes même quand ils disent qu’ils m’aiment, toujours les mêmes que ceux quand ils m’aiment pas. A la gym le prof a pas été juste, j’avais sauté le plus loin mais il a dit que j’avais mal pris mon élan, que j’avais dépassé la ligne alors que c’est moi qui ai sauté le plus loin, qu’est-ce que j’en ai à faire de sa ligne si j’ai sauté le plus loin. C’est lui qui est pas juste, c’est vrai, c’est moi qui ai gagné finalement, malgré sa ligne.    

Et dans la cour de récréation, c’était toujours la même histoire, des alliances d’un jour, d’une heure, d’une minute, des corps jetés au sol, des pions qui regardent sans trop s’en faire et ils ont raison. Ce n’est que plus tard que l’hystérie de la prévention de la violence des enfants va faire des ravages. Je suis un grand parmi les petits. Mais je n’ose pas frapper. J’ai peur de faire mal. Il y a toujours quelqu’un qui a moins peur et qui frappe. Et gagne. Et parfois, un pion, un instit, un prof, quelqu’un de cet endroit d’enfermement arrête le jeu et écoute vraiment, console et punit si nécessaire. Soudain la justice prend pied, le bonheur n’est pas encore là, mais c’est comme un contentement, une gratitude, quelque chose qui renforce ce fort sentiment d’appartenance au monde des hommes délivré de cette sale maladie de la guerre…

(extrait de L’école à brûler, à paraître en mars 2008 pour la Foire du Livre, rendez-vous sur le stand www.couleurlivres.be le 5 mars à 17h (les auteurs de la collection de Récits de vie Je (et Revue Je)seront présents, ainsi que Pierre Bertrand, directeur des éditions) 

Couverture et dessins de Serge Goldwicht

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Les écrits biographiques et la photographie

Posté par traverse le 11 février 2008

Les écrits biographiques et la photographie - avec Daniel Simon

Vendredi 18 (soir) et le week-end des 19 et 20 avril 2008 de 9h30 à 16h30

Georges Perec a poursuivi toute sa vie le projet d’une encyclopédie biographique et ses romans et récits apparaissent en quelque sorte comme des bornes à cette expérience infinie.
Nous allons en une soirée et un week-end, travailler nous aussi à partir d’éléments biographiques puisés dans le patrimoine photographique familial de chaque participant.
Ecrire des récits, fléchis par la fiction, arrimés aux fantômes que la photographie recèle et narrateurs des séquences biographiques de chaque participant, voilà le projet de ces trois rendez-vous.
Les textes et photographies choisis par chaque auteur et l’animateur serviront de base à une publication et une exposition centrées sur le récit biographique et la photographie.
Aucune expérience n’est nécessaire.

Un portefeuille de lectures préparatoires sera remis à chaque participant dès inscription.

Public : Maximum 10 participants
Infos pratiques et inscriptions : info@entrezlire ou 02 513 46 74.

Attention : c’est le paiement qui confirme l’inscription.
Infos de contenu : 00.32.477.76.36.22 daniel.simon@skynet.be

En français

Entrée: € 110 pour les 3 jours
Organisation: Entrez Lire
Lieu: Passa Porta, Rue Dansaert 46, B-1000 Bruxelles 

www.entrezlire.be
 

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Atelier d’écriture de récits

Posté par traverse le 11 février 2008

Atelier d’écriture de récits, contes et nouvelles avec Daniel Simon

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Printemps 2008
Cycle de 10 séances, le mercredi soir de 18h30 à 21h, du 20 février au 14 mai 2008

Dix séances consacrées à l’écriture de « formes brèves »: nouvelles, contes, récits…pour tenter de témoigner de notre expérience d’être au monde…

Raconter une histoire, c’est aussi prendre pied dans l’espace et le temps autrement, avec une certaine légèreté qui nous permet de regarder les êtres et les choses d’une autre façon.

Ecrire un récit, c’est laisser émerger des souvenirs, des faits, des dates, des émotions et s’employer à accorder ces fragments d’expérience à la représentation de notre “histoire” personnelle et collective…

Dix séances pour écrire mais pour lire aussi les textes produits et bénéficier d’un accompagnement de manuscrits…

Animation : Daniel Simon, écrivain, animateur et formateur en atelier d’écriture, metteur en scène et éditeur de la Revue et de la Collection Je.

Bibliothèque Mille et une pages – Place de la Reine 1 à 1030 Schaerbeek
PAF: 135€ payable en plusieurs fois.

068-2144376-24 de Traverse asbl
Renseignements/inscriptions : Daniel Simon – 86/14 avenue Paul Deschanel – 1030 – Bruxelles
00.32.2.216.15.10 00.32.477.76.36.22
daniel.simon@skynet.be

lien: http://www.mabiblio.be (site des bibiothèques de Schaerbeek)

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Elle a posé ses mains sur le front de cet homme

Posté par traverse le 28 janvier 2008

Elle a posé ses mains sur le front de cet homme sur le banc sous les arbres de l’allée et des oiseaux se sont envolés sur des yeux fatigués. Dans le silence de cet effleurement se sont retirés les portes qui n’ouvrent plus sur rien, les matins qui se brouillent encore de nuit, les raideurs tout occupées à croire, les espérances vendues à la sauvette, les enfances déliées dans des corps de vieillards. Elle a posé ses mains et un rien de vocabulaire a retrouvé sa place dans le vol des oiseaux qui reviennent. 

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Des arbres sont tombés dans des horizons noirs

Posté par traverse le 15 janvier 2008

Des arbres sont tombés dans des horizons noirs où les hommes vont à tâtons le soir en rentrant chez eux et le bruit des cimes affaissées siffle en nous comme une flèche sinistre. Certains vacillent un court instant en remontant leur col, d’autres hâtent le pas vers des chambres garnies de souvenirs légers qui rejoignent la nuit. Mais le vent est passé et rien n’altère ce paysage couché où nos regards se figent dans le temps des désirs effondrés. 

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Ce ne sont parfois que des larmes

Posté par traverse le 10 janvier 2008

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Ce ne sont parfois que des larmes que l’on cache dans des flux de paroles et qui logent si longtemps dans le vide à remplir, ce ne sont que ces choses soudaines qui relèvent le jour accroupi sous la langue, ce ne sont que des poses parfois si étrangères aux muscles et aux os qui tendent des arcades avant de s’effondrer dans les poussières du vocabulaire, ce ne sont, dites-moi, que des lumières qui passent en traînant dans la sombre chambre des mémoires, ces larmes qui vous viennent un jour ? 

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Un peu de la blancheur du ciel

Posté par traverse le 1 janvier 2008

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J’y suis presque.        

Le reste ?        

Je ne sais.  Mais encore est-il que je biaise, me voilà déjà en train d’écrire cette première trahison, « je ne sais ».        

Bien sûr, je sais très bien qu’il faudra tout raconter, et encore et encore jusqu’à ce que je croie moi-même à ces fadaises qu’il faut bien mettre dans un récit pour qu’il tienne un peu.         Faudra-t-il que je trahisse jusqu’au dernier mot de cette aventure qui ne laissera de traces que dans les quelques notes emportées par la neige, le vent ou le sable ?  Tout sera vite dispersé dans ce grand contentement qui nous tire les pieds au fond du lac.       

Tout.        

Et ce sera alors le moment de reprendre ces notes, de les malmener un peu pour qu’elles rejoignent le goût commun et, basta, ça sera reparti, la lumière, les rêves, la vie, les sentiers et les escarpements ; tout sera à nouveauté lancé dans le vide et bienheureux celui qui attrapera une miette de cette épopée mille fois bégayée, qui recueillera entre ses mains un peu de ce grain lancé contre le vent, bienheureux, oui.         Je n’ai jamais cru que ce serait un jour la fin, que cette histoire que je pousse du groin devant moi depuis tellement longtemps trouverait sa conclusion, mais cette saloperie dans les poumons, ce trait tiré dans la toile et qui soudain la déchire jusqu’à l’inexorable, ce fichu accroc dans les mailles aura bientôt raison de moi. Tenté par les hauteurs, j’ai eu les alvéoles bouchées par les hauteurs.        

C’est bien. Ca replace la bête dans la jungle, ça évite les émotions éperdues de stupidité qui font valser les lieux communs, ça nous prive un peu de ce consentement terrible qui nous prend parfois ; nous sommes ailleurs, morts, dépouillés de notre humanité, écrabouillés dans la purée des songes et des mensonges, livrés au couteau du tailleur, glacés, nus, devenus des choses à pattes, à bras, à têtes et aux grands yeux livides.  Et pourtant, il faut aller, aller jusqu’au bout de cette histoire qui aura été passionnante et épuisante, injuste et tellement incertaine, aller, encore aller, jusqu’au final qui ne va plus nulle part.        

Certains se sont donnés rendez-vous avec précision au sommet de leur impuissance, délabrés, incontinents, balbutiants dans l’Alzheimer, fricotant avec le silence des idiots, se rendant insupportables à ceux qui tentaient encore de les aimer. Ceux-là ont rejoint la grande matière liquide de la dissolution. Exit.        

Mais les autres, ceux qu’il a aimés et tous les autres ? Ils n’ont pas choisi, en général, le lieu des fracassements, des effondrements soudain, des balles perdues, des cœurs frappés entre deux battements, de la pierre noire qui leur est poussée soudain au mitan des organes. Ceux-là n’ont pas choisi la vitesse de la chute. Ils sont tombés, cassés, balayés.        Il n’y avait rien qui était dressé entre eux, rien qui eût pu indiquer la différence entre le consentement ou la résistance à la disparition. Rien. Il fallait juste se dire que tout ça nous tomberait dessus alors que le soleil se lèverait une nouvelle fois et que nous espérerions, une nouvelle fois, le voir se coucher avec nous. Mais un  des deux a trahi l’autre…Et j’ai peur du noir, je peux l’avouer aujourd’hui, j’ai peur de tout ce noir qui approche depuis si longtemps et qui va bientôt prendre toute la place. Peur et aucun moyen de chasser cette terreur ancienne et si longue à porter, si ce n’est de la rendre un  peu moins secrète, de la jeter au ciel…        

Alors, quoi ?         Si longtemps, jusqu’à ce moment magnifique où, d’un seul coup, plus rien n’est nécessaire, plus rien ne fait poids, plus rien ne tend l’arc ; si longtemps j’ai cru que j’échapperais à cette impitoyable loi de la gravitation, quand le corps lentement, dans l’ombre de lui-même et se remet dans la place du début…    

Il se sentait comme si rien n’avait changé. Sa respiration était aussi nette que la veille, ses intestins semblaient distraits, le cœur ne se faisait pas entendre. La journée s’annonçait bonne.    

Il pensa à sa mère et se souvint qu’elle était encore plus infecte que d’habitude et sa femme plus douce et aimante qu’il ne l’avait jamais imaginé.       L’été avançait en se frottant les mains et il se dit que ce n’était pas le moment de se laisser aller à cette sale manie de la mélancolie.    

Il se souvint qu’il aimait se promener, flâner des heures entières, se laisser envahir par le froissement des arbres dans les hauts vents et s’asseoir enfin pour boire un café en pensant aux abominations qu’il emportait avec lui dans la tiédeur des promenades. Mais il était sans illusion sur le temps qui le rattrapait et poussait le mufle au plus près de ses pas.   

Il marchait pour dénouer la colère de ses épaules. Il avait appris à se taire et à ne s’exprimer que lorsqu’on lui demandait, ce qui revenait au même. Il avait appris ce qui fonde le bien et le mal. Il avait compris comment dire ce qu’il convenait de dire alors que tout alentour le contredisait.      Il savait comment faire, il était habile dans la façon de clouer les imbéciles aux portes de leurs maisons, il se servait plus souvent du devoir que du droit ; lentement il avait compris ce qui usait le sens de toute parole, il savait que le vide avait un nom, plein, facile à prononcer et à articuler, sonnant et trébuchant comme une fausse monnaie, rutilant comme une promesse jamais tenue.     Ce vide s’ouvrait chaque jour davantage en lui, des mains aimantes s’employaient à entrouvrir les lèvres de cette chose creuse qu’il l’alourdissait mais qu’il ne savait encore nommer.     Il avait cru, il avait eu tort, tout lui disait qu’il avait eu tort, et cependant il ne s’était pas encore livré. Il pensait à des histoires anciennes de souffle, d’épopée, de vertu et de paix ; il pensait à des hommes et des femmes qu’il avait aimés et qu’il avait respectés, il pensait que quelque chose existait, quelque chose qui n’était pas la trace d’un dieu égaré, quelque chose qui n’était pas la dépouille d’un temps ancien, plus bête, plus cruel, plus éloigné et plus réjouissant, non, il pensait que tout ici était fait pour le calme, le vague et l’indéfini.   

Ces arbres qui flottaient dans les nuages sales s’en accommodaient bien et il était obligé de reconnaître qu’il prenait plaisir lui aussi à flotter dans cette incertitude.        Le soleil tremblait dans la rivière, il le regardait s’emmêler dans des bouillons d’oxygène. L’air était âcre, comme si la terre exhalait depuis les profondeurs. Il frissonna en ce disant que là en dessous, beaucoup de ceux qu’il avait aimés s’étaient déjà dissous dans les vapeurs d’étés.     Il connaissait bien cet endroit: le même flottement de lumière entre deux eaux, l’impression que c’était dans cette tache de fête et de bonheur qu’il regardait le monde sombrer.     Il aimait s’asseoir sur la pierre plate qui surplombait le coude que la rivière faisait en rebondissant sur les escarpements de grès qui plongeaient dans l’eau sombre.   

Il savait que la mort c’était cela, cette roche impassible dans les flots. Il la regardait longuement, presqu’en apnée; les insectes s’entortillaient dans les racines et les méandres du ciel .     Il revenait à la rivière chaque fois que le froid tombait dans son cœur.     Il s’asseyait devant l’eau bruissante, enfermait ses jambes dans ses bras et attendait que le pilon fasse son œuvre, le battement de l’eau réduisait ce lourd caillou de glace qui incendiait sa poitrine. Il se sentait alors plus vide encore mais comme ouvert au monde qui tentait de se reconstruire en lui.     Et maintenant, il avait vieilli, la lumière s’était lentement éteinte en lui et tout, autour, demeurait lumineux.    Le brouillard, parfois,  sciait les arbres à hauteur d’homme. On aurait dit des ramures en suspension dans l’air. La terre et le ciel se confondaient dans une ligne de partage floue comme un trait de gomme géante. 

Il  regarde la beauté tout autour de lui, les choses qui mettront tant de temps avant de disparaître, il regarde le bleu, le vert, le jaune et la blancheur du ciel, il regarde et  pénètre déjà dans la disparition.

paru dans www.wilquin.com/marginales

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Que se refroidissent

Posté par traverse le 31 décembre 2007

Que se refroidissent la terre et les hommes en cette ronde année 2008...

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Des pneus mouillés couinent dans la rue

Posté par traverse le 31 décembre 2007

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Des pneus mouillés couinent dans la rue, des lumières tombent à la verticale sur des hommes embarrassés de ces présences colorées, des femmes flottent dans leurs voiles, le feu passe au rouge et des talons escamotent les accrocs de ces choses emmêlées. Rien n’a semblé bouger et tout est transformé, les voitures s’en vont, la femme jette un regard dans la vitrine et les hommes relèvent la tête emmitouflés de ces reflets soudains.

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Les boeufs

Posté par traverse le 30 décembre 2007

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Il se dit que toute frontière avait du sens. Elle servait à sortir ou à entrer, elle servait plus généralement à marquer l’endroit au-delà duquel plus rien n’était pareil. Il se dit que ces choses semblables qu’il trouvait des deux côtés de la ligne n’étaient pas pareilles puisque la ligne existait. Et que cette ligne créait une certaine beauté dans le paysage. Elle filait à travers le brouillard, les prés et les villages, elle s’enroulait autour d’une enclave pour se redéployer un peu plus loin et c’était cette dispersion qui créait cette beauté.  Rien n’était juste, cohérent, géographique, historique, rien ne sonnait haut et clair dans le cœur des hommes qui peuplaient ces terres, rien n’apparaissait comme un trait de génie mais plutôt comme un repentir, une esquisse mille fois tracée et qui trouve sa netteté peu à peu dans le flou qui la porte. La frontière avait été posée sur les terres comme un collier sur la gorge d’une femme acariâtre mais qui se sait trop aimée.  Les imperfections coulaient dans les plis de l’horizon et chacun y trouvait de la beauté. 

C’est là qu’il grandit. C’est là qu’il apprit à sauter la ligne en rentrant de l’école, d’un seul pied parfois, les yeux fermés pour profiter de cette étrangeté qui le noyait quand il retombait plus loin qu’il ne l’avait imaginé. En grandissant, il s’efforça de sauter la ligne de plus en plus loin. En sautant, en exerçant son corps à cette légèreté, il acquit lentement une autre qualité qui flottait en lui et qu’il ne pouvait nommer. Il ressentait comme une joie, un bonheur sans effusion particulière. Il sautait et dans l’arc qui le portait comme un souffle emporte un noyé d’un coup vers la surface, il voyait cette terre tout en dessous comme une abstraction, des verts accolés à des bruns, des ocres rongeant l’acier pâle des fleuves, des arrondis tranchés par les autoroutes qui irriguaient tout.  Cette sorte de distance avec le ciment ou la glaise lui en apprit sur lui plus que ses professeurs n’avaient pu le faire pendant ses études, plus que ses Maîtres n’auraient espéré … Il volait littéralement, hors de lui, dans la présence des choses mais sans accrocs particuliers avec la matière. Et chaque fois qu’il retombait un peu plus loin que le jour précédent, il percevait plus fort, plus intense cet arrachement à la gravitation. 

Sa vie, en somme, s’éclairait de ces vols enthousiastes dans le ciel peuplé des nuages du Nord. De là-haut, il n’entendait plus que très faiblement les bruit des hommes et ça le ravissait. Une partie de sa vie fut ainsi volatile. Il s’arrachait des horizons de betteraves et de pommes de terre pour gambader dans des azurs cotonneux. Il était bien, séparé de tout, et la ligne tout en bas ne faisait plus aucune trace dans son esprit. Elle n’était qu’un trait parmi les traits, une faille entre les failles, un porche virtuel. Il allait ainsi, sautant et gambadant, heureux de tout, ébloui et distrait. 

Un jour, il ne sait plus exactement si c’était en semaine ou un dimanche, lors d’un saut coutumier il sentit ses poumons avivés d’une puanteur nouvelle, une odeur excrémentielle lui monta au nez et son vol en fut ralenti. Il tomba moins loin que d’habitude et ses membres subirent une secousse inaccoutumée. Il se remit sur pied, vite fait bien fait, mais il fut troublé par cette invisible agression. Il se promena dans la campagne le jour suivant mais ni remarqua rien de particulier si ce n’est une légère brume au sol. La semaine suivante, il s’entraîna à nouveau, muni d’un pince-nez. 

Il prit son élan et sa trajectoire n’atteignit pas la courbure rêvée. Une sorte d’acidité lui piquait les yeux et il retomba plus près de la ligne que jamais. Il s’ébroua, rassembla ses forces, se remit en piste et s’élança. Quelque chose de puant le clouait au sol. Du plomb. De la bouse fraîche, une motte sans halant, voilà ce qu’il devenait. Les entraînements furent repensés. Il savait que les indicateurs d’une réussite n’étaient pas seulement liés aux obstacles visibles, aux contreforts d’un terrain apparemment plat, aux assauts du vent ou aux puissances infiniment changeantes de la lumière. Il savait que le cœur de l’homme était le seul lieu où les batailles se livraient. C’est dans les temples que la guerre se gagne, disait le sage. Et il reconduisit ses décollages avec plus d’attention à l’imperceptible que jamais. 

Il comprit qu’il lui fallait mieux regarder le sol, s’approcher des êtres qui y couraient égarés depuis toujours, prêts à toutes les catastrophes pour se rassembler et vivre la chaleur des certitudes. Il modifia donc ses données balistiques et envisagea des paramètres nouveaux. Par ouï-dire il avait appris que l’infection retombait toujours sur le sol et que les effluves se dissipaient à l’instant dans la vapeur des altitudes. Son odorat s’était affiné mais sa vue baissait. Il sentait le monde mais n’en voyait plus que de lointains contours. Il lui fallait redescendre et observer le grouillement pour mieux en tenir compte dans ses rêves d’envol. Sauter dans les airs infectés était maintenant son lot. 

La ligne ne bougeait pas. Il avait perdu de son énergie d’antan. Les villes, les champs, les routes étaient si belles de là-haut, sans ceux qui y vivaient, loin  des contingences de ses contemporains. 

En apnée, les yeux fermés, il ne savait comment exactement, mais il devait poursuivre son entraînement, c’était en lui comme une mission, une injonction secrète : sauter la ligne, éternellement, comme si elle n’était plus qu’une invite à un sublime dépassement. En aveugle il se remit à sauter et peu à peu il se dispersa dans les nuages et retomba là où il ne le devait pas. La puanteur l’avait détourné de sa trajectoire. Il atterrit dans des terres étrangères, bien loin de la ligne et il perdit ses marques. 

Il erra tout un temps dans de vagues régions. Personne ne fit attention à lui. La puanteur était semblable mais il avait perdu le goût des sauts et des exercices extravagants. Il trouva d’autres lignes mais le plaisir de sauter s’était éteint. 

Il était devenu une masse trop lourde, un corps sans élégance, il s’encombrait lui-même. Les temps étaient rudes pour les sauteurs ratés.  L’époque réclamait des boeufs. Il l’avait oublié. 

30 novembre 2007

Paru dans Marginales « Le terme, vraiment? » n° 268, hiver 2007.

http://www.wilquin.com/marginales/

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