Film Moutons Cochons

Posté par traverse le 21 janvier 2012

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• Moutons Cochons 
 Lancement de Feuillets de corde N°2 « Moutons Cochons » avec Vincent Tholomé à la Librairie 100 Papiers Le 18 décembre, 16h30-18h30 2011. Un film de Jacques Deglas.| Visionner la vidéo

 

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Les Feuillets en sortie…

Posté par traverse le 15 janvier 2012

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Fleur de faille 

vous invite à sa 8ème rencontre multidimensionnelle

le vendredi 20 janvier 2012 à 19h

au café-restaurant l’Imagin’Air, 6 place Fernand Cocq à Ixelles (1)
Accueil à 19h. Restauration possible (2). Début du programme à 20h. Pour arroser la fleur:
2 €.

INVITEZ VOS AMIS !

1.Exposition: gravures de Jean-Pierre Lipit et Jean-Claude Salemi, collaborateurs de la revue Feuillets de corde (voir ci-dessous).

2.C’est du belge, dit is Belgisch: présentation par Hilde Vanderschelde de trois poètes gantois du XIXème siècle, Maurice Maeterlinck, Prix Nobel 1911 (en français) et Virginie Loveling (en néerlandais).
3. Lecture de poèmes de Míguel Paez (en espagnol et français).


4.Les Feuillets de corde en sortie. Présentation de cette nouvelle revue inspirée d’une tradition  brésilienne. Lecture-performance (en français): Enfants chiants, de Daniel Simon (par lui-même) et Moutons cochons, de Vincent Tholomé (par JackKeguenne et Daniel Simon). Le public est invité à lire en écho. Accompagnement musical par Coco Kunik. Projection d’un film de Jacques Degas. Distribution des “feuillets”.


5. Interlude musical: piano-clarinette (Léon Laffut, Eddy Loozen, Coco Kunik).
6.La Golemah, conte fantastico-humoristique (Prix littéraire international de l’ONG Reencuentro, 2005, Chili) de et lu par Osvaldo Ahumada (en français).
7.Théâtre: Heriberto Lopez, monologue lu par l’auteur (en espagnol).
8.Poèmes de et lu par Pierre Ergo (en français).
9.De 22h à 22h20: pause-bar, suivie jusqu’à 23h15 d’improvisations musicales par
Léon Laffut, Eddy Loozen (piano), Coco Kunik (clarinette),…

(1) Soirée privée sur invitation. Pour se rendre à l’Imagin’Air: bus 54 et 71 (Place Fernand Cocq), métro ou bus
34, 64 et 80 (Porte de Namur).
(2) Pour la restauration (avant 20h), réservation souhaitée: 02/511 33 31.

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Désiré

Posté par traverse le 10 janvier 2012

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Véronique van der Wielen

Les murs de l’internat sont hauts et  du vent ricoche en sifflant sur les toits. La forêt n’est pas loin, et le lac en contrebas forme comme un œil noir dans le paysage. C’est une région un peu rude mais bonne pour la santé, c’est ce que mes parents disent, tous nos parents disent la même chose, que la nature est bonne pour nos poumons…

Les filles sont à côté, dans un bâtiment plus petit, moins sévère. Des fleurs aux fenêtres, deux arbres devant la cour d’entrée, des rideaux aux fenêtres. Nous aimons bien la Maison des filles, la Maison, comme nous disons, c’est une sorte de pays extérieur où nous irons un jour, mais pas maintenant. Nous, nous sommes dans le Bâtiment central. C’est le Bâtiment, pour les garçons, on a fait du solide, de l’aéré, mais du solide et du carré. Faut nous garder là six ans, donc, faut que ça tienne.

On n’aime pas. On regarde la Maison en rêvant un peu, on se plante dans la cour et on regarde au-delà de la grille les deux arbres, les fleurs, les rideaux et on les imagine, gracieuses et mignonnes, les filles. On les voit une fois par jour, au retour des cours, nous on est déjà à l’étude mais on les voit passer en chantonnant, la jupe bien droite, le chemisier blanc, et pourtant elles sont toutes différentes, on en a tous choisi une. Parfois on se trompe, de loin, mais ça ne fait rien, on rêve quand même, elles ne se ressemblent pas dans nos rêves…

Un jeudi, en décembre, on nous a prévenus qu’un nouveau allait arriver. A cette période de l’année, ce n’était pas normal, l’année était déjà bien engagée, donc, ça devait être un cas intéressant. Je me souviens qu’on parlait de lui comme d’un drôle de type. On ne l’avait pas encore vu que déjà il nous intéressait ce type.

Certains disaient que c’était un caïd et qu’il avait été placé ici pour l’éloigner de la ville, que l’année était en son milieu et que ce n’était pas possible qu’on change un garçon à la veille des examens. D’autres racontaient qu’ils avaient entendu (ils ne savaient rien des rien et on le savait mais on aimait ce qu’ils racontaient) que le nouveau avait un problème. Lequel ? On demandait. Et ils ne savaient pas répondre, ils faisaient des mines, des figures de comploteurs mais on n’en savait jamais plus. Ils avaient appris que le proviseur avait dit que…et c’était n’importe quoi. On le savait.

Le jour est arrivé. Il faisait froid et la neige commençait à frissonner dans l’air. On se disait que Noël serait une fois encore un temps étouffé par le vague murmure des familles et des souvenirs et que ça allait être long avant de se retrouver ici. Mais il fallait y aller et on s’y préparait.

Il est arrivé le soir. On n’a pas tout de suite remarqué ce qu’il avait de spécial. Il était plutôt petit, les cheveux coupés en brosse et c’était un…noir. On n’en n’avait jamais vu de noir en vrai. Sauf à la télévision mais pas souvent. Il était tout noir et il souriait. L’éducateur nous l’a présenté, Désiré, c’est comme ça qu’il s’appelait, Désiré. On s’est écartés pour le laisser passer devant nous et on s’est serrés les uns contre les autres autour de lui, comme un bloc, on n’avait jamais été si unis. On retenait notre souffle. L’éducateur a dit que c’était un jeune congolais et qu’il partagerait notre vie dès ce soir, qu’il venait du Kasaï et que nous devions bien l’accueillir. On n’a rien dit et puis un des nôtres s’est avancé et lui a serré la main. Désiré a tendu la sienne mais il n’a pas serré celle de l’autre tout de suite comme s’il la cherchait un bref instant. Il a un peu tâtonné dans le vide et finalement leurs paumes se sont touchées et c’est le noir qui a dit « Bonsoir, je suis heureux d’être ici, je suis arrivé du Congo il y a une semaine et j’espère que nous nous entendrons bien… ». Nous on a rien dit, mais ça s’est détendu et d’un seul coup on lui a tapé sur l’épaule, passé la main dans les cheveux, des choses comme ça pour dire qu’on était  contents nous aussi.

Ca s’est passé comme ça et l’éducateur nous a raconté son histoire, en court avant qu’on aille se coucher. Il y avait des problèmes dans son pays et il avait eu un accident et perdu la vue, ou presque, alors il fallait qu’on l’aide. Il allait être transféré bientôt dans un autre internat dès que possible, un mieux adapté. Il a souri et on vu à son visage qu’il était un peu triste d’entendre ça. Puis on est restés entre nous et on s’est mis à l’interroger et à parler longtemps.

Avant le repas du soir, on savait mille choses sur le Congo et sur Désiré, il parlait facilement, avec un drôle d’accent qu’on avait jamais entendu, on était intimidés alors on lui a raconté nos histoires et tout se mêlait. Chacun voulait parler et ça n’a pas arrêté avant le coucher du soir. Même pendant le repas, on n’arrêtait pas et les surveillants nous on dit qu’on allait se faire coller si on continuait comme ça.

Dans le dortoir, on a vite fait semblant de se calmer, on s’est déshabillés en vitesse et on a vu qu’il faisait tout plus lentement que nous à cause de son problème aux yeux. Il nous a dit qu’il allait subir une opération à Bruxelles dans trois mois et que peut-être, il retrouverait une partie de sa vue. En tout cas, il l’espérait. On a dit que nous aussi et tard dans la nuit, on s’est endormis.

Beaucoup ont rêvé du Congo ce jour-là et le lendemain on a repris nos questions et lui les siennes. Il est vite devenu un bon copain. On faisait attention à lui et on lui tenait l’épaule pour le guider quand c’était difficile.  Mais il a appris à reconnaître tous les parcours du bâtiment en une semaine. Il marchait plus lentement que nous et il ne nous regardait avec un regard un peu gris, comme s’il avait une lumière éteinte dans les yeux. On l’a aimé comme ça.

On est tous retournés chez nous, lui, en famille d’accueil et on s’est retrouvés en janvier à la rentrée des clases. On avait raconté toutes ces histoires dans nos familles et on avait même fait l’intéressant quelque fois, rien que pour leur dire que nous, on connaissait un Congolais, un vrai !

La neige craquait sous nos pieds et Désiré s’accrochait souvent à l’un d’entre nous pour ne pas glisser. Il riait devant toute cette blancheur, il disait que c’était comme s’il marchait dans du manioc, du manioc que sa Mère préparait bien et qu’elle serait devenue folle de joie d’en voir autant sans rien faire. Du manioc qui tombe du ciel, disait-il en riant, c’est encore mieux que la pluie ! Et il enfonçait ses godasses dans la boue trempée en éclaboussant tout autour de lui. On l’a calmé en disant qu’ici, ce n’était pas ce qui nous arrivait de mieux, la neige, si ce n’est pour la vue. Il a demandé pourquoi la vue ? On est restés là, sans rien dire et on s’est excusés, on voulait dire pour le spectacle, a ajouté le plus âgé. Oui, le spectacle, c’est vraiment beau, tu ne la vois pas mais ça arrivera un jour, qu’on a dit. Il a attendu un moment avant de répondre, je sens toute cette lumière qui arrive jusqu’au fond de ma tête et ça, je n’avais jamais connu. C’est comme ça peut-être que je verrai un jour.

On est passés devant l’internat des filles et on l’a prévenu que c’était ici qu’elles vivaient, dans la petite Maison. Il a regardé vers la droite, vers la gauche et on lui a expliqué où elle se trouvait exactement, sous les deux érables à l’entrée, dans le tournant de la route. Il s’est arrêté un court instant et il a tourné son regard vers la Maison, puis il a repris sa marche en touchant l’épaule de celui qui le précédait. C’est comme ça qu’on faisait avec lui, on se relayait pour lui toucher l’épaule et presser à gauche, à droite, où il fallait aller.

On est rentrés et l’étude du soir nous a fait regretter la neige et la boue du dehors. Pendant ce temps-là, il restait avec un éducateur qui lui faisait répéter les leçons de la journée. Il nous retrouvait après, à l’heure du repas. Puis, le dortoir et ainsi de suite tous les jours, même le mercredi après-midi, on restait entre les hauts murs, on jouait au foot, on faisait des tas de trucs et Désiré nous écoutait en souriant ou en riant quand on en racontait une bien bonne.

Un jour, en passant devant les filles, une d’elles, Jacqueline, je crois, la grande avec des bas, a fait un signe en sa direction en agitant une sorte de mouchoir. Il n’a rien vu mais nous on était aux premières loges, c’est comme si c’était pour chacun de nous qu’elle faisait signe la Jacqueline. On ne lui a rien dit. On a pris ça pour nous mais on savait ce qu’il en était. Chaque jour Jacqueline faisait en sorte qu’il la remarque et on ne lui disait rien.

Alors, un soir, on lui a raconté, les signes, le mouchoir, les robes qu’elle mettait, ses bas, ses longs cheveux. Et il a fermé les yeux sans vouloir nous laisser voir ce qui pourrait encore apparaître tout au fond.  Il nous posait des questions, toujours les mêmes, est-ce qu’elle est belle et on disait que oui, très belle, est-ce qu’elle est grande et on disait que oui, est-ce qu’elle est seule, est-ce qu’elle a des sœurs ou des frères et nous on n’en savait rien alors on a inventé.

Plus on inventait plus il semblait heureux. Ca a duré un bon mois. Et puis un matin, en partant à l’école, sur le chemin humide et noir, Jacqueline est apparue, comme ça, au détour du chemin, elle a avait décidé de quitter l’internat, pour une heure, le temps de rencontre Désiré, de le voir vraiment, en vrai. Elle s’est glissée parmi nous et elle a baissé la tête pour qu’on ne la reconnaisse pas dans les rangs. Elle avait mis des pantalons et un anorak bleu. Et ses cheveux étaient retenus dans un bonnet noir. Elle était belle. Elle s’est approchée de Désiré, lui a pris la main et ils ont marché pendant quelques minutes, en se tenant le bout des doigts.

On les a entourés pour pas qu’on la remarque, et on a détourné l’attention du surveillant en ralentissant le pas régulièrement. Il s’est alors passé quelque chose qu’on n’avait jamais vu : elle s’est penchée vers Désiré et lui a posé un baiser sur les paupières. De  longs baisers sur chaque paupière. Désiré n’a pas ouvert les yeux, il attendait chaque baiser calmement et lui serrait la main en souriant. Puis elle s’est envolée au détour du chemin, on l’a vue courir tout le long des barrières du marchand de bois et elle a plongé dans le brouillard.

Le lendemain, on venait chercher Désiré pour l’amener dans son nouvel internat et on a fait une fête pour lui. Il a demandé des nouvelles de Jacqueline et on lui a dit qu’on ne savait rien mais qu’il n’y avait pas eu de problèmes à la Maison, que les surveillantes ne s’étaient rendu compte de sa rapide disparition.

Désiré a reçu ses cadeaux en nous remerciant dans sa langue. Je crois qu’il était triste mais il ne le montrait pas vraiment, il parlait en prenant des voix de grands et il nous a touchés l’épaule à chacun.

Le lendemain, il était parti. On sait qu’il a été opéré, on espère qu’il voit mieux la neige aujourd’hui…

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Ce mouvement coupable

Posté par traverse le 10 janvier 2012

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« …coupable, forcément coupable! » répétait Duras dans « Outside » à propos de l’Affaire Grégory. Coupable, forcément. Bien sûr, le pétard est déjà mouillé, quelqu’un lève le doigt et d’un air docte précise que responsabilité n’est pas culpabilité…Balivernes. A un certain srade de la trahison (des Clercs, de la classe moyenne, des Etats, des Syndicats, des Politiques, des…ad libitum) l’un vaut bien l’autre. A un certain stade de l’abandon des questions de base, essentielles, vitales, on est focément coupables et responsables.

Les seins siliconés qui se délitent en cancer sont épouvantables, certes,  mais ne me poussent pas à un degré de compassion extrème, la pillule contraceptive de la quatième génération aux incidences catastrophiques sur certaines femmes (les jeunes surtout, « car voyez-vous, cette pilulle avec son potentiel d’oestrogènes soigne aussi l’acnée… ») ne me tire pas vers un sentiment d’effroi particulier. On se dit, in petto, tant pis…Puis on passe aux questions sérieuses, malaria, etc…

Le Sida n’est rien en regard des catastrophes provoquées par la malaria ou  l’analphaébétisme responsable des sanglantes régressions religieuses et le pétrole, tiens, que l’on se colle jusque sous les mamelons, comment on va se le garder? Voilà des questions, autres que celles qui mijotent au sein de la Classe moyenne blanche fatiguée d’elle-même, indignée et festive.

Et ces temps qui courent comme une poule sans tête (j’ai toujours rêvé de placer cette expression dans un texte…): de la Fin du monde maya à la gastronomie des prochaines années: un cricket et une larve contre une tranche de boeuf  aux hormones ou un poulet batterie…je me sais chaque matin définitivement plus proche de ceux qui hésitent sérieusement en ce moment encore « à jouer le jeu ». Plous proche de celles et ceux que les politiques ont nommé la France d’en bas dans cette Fracture sociale où les clowns médiatiques versus le marketing du vide construisent le « cauchemar climatisé »1 de demain.

Le cauchemar climatisé, c’est aussi cette étrange façon de parler « des autres » tout en affirmant aller vers   »l’Autre » et en le regardant de loin. C’est cette schizophrènique distinction qui me fait rêver chaque nuit à ce terrible et beau moment Titanic dont le centenaire se commémore cette année…

Bonne fête!

 

1. Henry Miller

 

 

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Ne trouves-tu pas que le temps change?

Posté par traverse le 8 janvier 2012

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Une lecture…

Un meurtre peut être perpétré sans préméditation. Un assassinat, jamais. Ce sont les termes de la loi. L’un est passible de –seulement (!)- correctionnelle; l’autre,  presque automatiquement devra se défendre devant les Assises. Les peines seront jugées en fonction de la gravité des faits ( circonstances atténuantes – jeunesse troublée, troublante, perturbée, perturbante).

Daniel Simon est un assassin. Car il sait ce qu’il fait. Il sait ce qu’il écrit. De plus, je pense qu’il en jouit. Ô certes, il vit comme nous, comme vous, se demandant ce qu’il va manger ce soir, se  demandant quelles allées sur lesquelles il posera ses pas, où il se promènera, cet après-midi de printemps dans les allées du parc Josapha, non loin de chez lui. Il entrera dans des boutiques, dans des restaurants, dans des boîtes de nuits, dans des librairies, dans des bibliothèques. Il rencontrera des amies et des amis. Il parlera. Il agitera son écharpe et sa voix résonnera, parfaite et juste, percutante et (presque) sans appel – tant paraît vrai, parce qu’élaboré, pensé- le discours qu’il tiendra. Il aura la réplique juste (considérée par lui comme telle).

Daniel Simon est un assassin et un suicidaire. En quinze petites nouvelles, Ne trouves-tu pas que le temps change  décortique le regard qu’il pose (qu’il insère) sur nous (toi, moi, eux et elles). Il se gargarise – sans aucune forfanterie – des petits travers de ce pour quoi le monde actuel vit. Le gargarisme, parfois, provoque des vomissements. Là se trouve la force de ce livre: un espionnage des gestes, voire des actes, qui n’existaient mais n’existent plus car devenus banals, extirpés, oubliés d’un passé dont notre mémoire n’a plus aucune trace.

Dire que cette écriture me remue serait peu dire: elle me ramène à moi-même – disons plus raisonnablement – à une partie de moi-même. A chaque lecteur de trouver, dans ces mots, la part qu’il lui revient. Je crois qu’elle est énorme, tant nous sommes complices d’une analyse sans fioriture. Une gifle? Peut-être. “Prends-en plein la gueule”? Je n’irai pas jusque là. “Ose te regarder”. Sans aucun doute.

 Jean-Claude Legros

Daniel Simon. Ne trouves-tu pas que le temps change?  Le Cri, Nouvelles, octobre 2011, 125 pages, 15 euros.

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Atelier d’écriture…2012

Posté par traverse le 1 janvier 2012

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Les tables de mémoire du lundi

Récit de vie

Bibliothèque Sésame

Dates : Les lundis 23 janvier, 6,20 février, 5, 19 mars, 16, avril, 7, 21 mai 4 juin, 18 2012 de 14 à 17h 

Ecrire à partir de soi ? Ecrire un récit de vie suppose que l’on puise volontairement en soi les éléments et les circonstances du récit. Dans les Tables de mémoire j’invite chacune et chacun à travailler une forme qui lui conviendra…Récits longs, récits courts cousus bout à bout, qu’importe…La mémoire  trouvera la forme choisie et travaillée par les auteur (e)s réunis dans l’atelier.  Pourquoi écrire mon récit de vie? Pour de multiples raisons, bien sûr, mais souvent pour transmettre, établir un bilan, se reconnecter à des temps de la mémoire qu’il s’agit de revisiter pour la fixer dans une forme, dans un texte…

Enfin, il s’agit de soutenir chez chaque membre de l’atelier une volonté d’aboutir à un résultat : créer une dynamique d’écriture …Nous tenterons de jouer au « Petit Poucet » perdu dans la forêt cherchant sa piste dans les pierres du chemin …

Aucune expérience d’écriture préalable nécessaire.

Animation : Daniel Simon, écrivain, animateur et formateur en atelier d’écriture, éditeur de la Revue et de la Collection Je. http://traverse.unblog.fr

Bibliothèque Sésame, Boulevard Lambermont, 200 -  1030 Schaerbeek

PAF: 140€ payables en plusieurs fois au compte 068-2144376-24 de Traverse asbl – Renseignements/inscriptions : Daniel Simon – 86/14 avenue Paul Deschanel – 1030

02/216.15.10   ou   0477.76.36.22 daniel.simon@skynet.be

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Envol vers 2012…Bon voyage!

Posté par traverse le 30 décembre 2011

 

    En avant, y a pas d’avance.

            Achille Chavée.

 

 

Envol vers 2012...Bon voyage! fig004

 

Léonard de Vinci

 

http://www.youtube.com/watch?v=BiMyROxeIp0&feature=related

 

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Un bouchon en plastique

Posté par traverse le 27 décembre 2011

Hier, ouvert une bonne bouteille. Nous nous réjouissons, les doigts traînent sur la nappe, je chipote le bouchon. En plastique imitant le vieux liège. Je m’étonne alors que des bouteilles de moins bonne qualité sont embouteillées à l’ancienne. On ne trouve plus de bon liège, dit quelqu’un.

Je pensais à ce qu’on mangeait, à ce qui s’échangeait, aux conversations, à la soirée qui filait dans des fusées amicales. Je pensais au bouchon et à ce qui, de tout ce qui composait cette rencontre, allait bientôt être remplacé par autre chose.

Comme ce journaliste il y a quelque jour qui présentait Noël comme la Fête des enfants, en quoi il bafouait Saint-Nicolas par ignorance, il présentait avec naturel les trocs de cadeaux et les reventes sur le Net. Ce n’était plus choquant, ni bête, ces confusions intimes, c’était l’air du temps.

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Après la mollesse

Posté par traverse le 27 décembre 2011

De pauvres plaintes contre Noël et autres fariboles, sur FBook, sur le Net, dans les conversations courantes, des jeux de mots faciles, des attaques de buches et de foie gras contre…

Etrange, moi qui ne suis ni de Noël, ni de bien des Fêtes (comme le dégoût me saisit devant l’homo festivus (Muray), qui est la version douce et vulgaire des danses de Mort du Moyen Age…), je suis sans voix devant la mollesse des positions.

Rien de grave, rien de l’ordre du solstice, rien  de l’ordre d’une pauvreté appelée avec Indignation sur tous les Médias. Quand le Tsunami est là, la critique se range sous la bannière de la mollesse et du consentement, mais en creux.

La vague est passée, la Fête prochaine est annoncée, des plaintes rose bonbon vont fleurir comme des nénuphars à la surface du Web. Les victuailles ne manquent jamais au banquet des plaintifs.

 

 

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Face à face

Posté par traverse le 23 décembre 2011

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Photo Laurence Biron

Il semble que ça a commencé comme ça…

Les histoires se mêlent pour n’en plus faire qu’une, une sorte d’histoire générale où nous jouons les figurants intelligents, quelques mots de-ci de-là, des enfants, des maladies, des espérances somptueuses, des amours trop courts et hop, l’histoire générale est en nous. Nous sommes des transporteurs.

Parfois on dit de lui « Il a voyagé, dispersé sa vie aux alentours de ce qu’il ne parvenait à saisir… », parfois: « C’est un homme d’équilibre et de plein exercice…», parfois encore : « Il a beaucoup donné et peu attendu en retour », enfin, et c’est plus rare : « Un vrai salaud, il n’a eu que ce qu’il méritait »…

Et le temps passe, quelle que soit notre épitaphe. La course a ralenti.  La peur de mal finir nous tient à la gorge depuis toujours, la peur de finir là, dehors, dans le vent et la pluie, sans autre forme de procès que la nécessité et la vitesse du temps.

Il est chaque jour un peu là, dehors, dans cette pluie qui tombe si souvent où qu’il aille. Le vent frappe les vitres de son appartement, la pluie glisse lentement dans des illusions de tempête marine et il regarde ce dehors qui l’effraye et qui le force à se relever, chaque jour, à ouvrir une fois encore la porte et à sortir.

Il cherche à faire le compte de ce qui le jette à terre depuis le début. Peut-être, cette pauvreté qui se referme en lui n’a d’autre choix que de se cramponner aux terreurs communes. Elles le feront vaciller longtemps avant de l’amener à choisir un soir sa façon de tomber.

Il note parfois ce qui l’intrigue dans cette chute. Il se remémore, il enregistre, il capte, il tente d’enrayer la logique des images, il bouscule les scénarios simplistes, il cherche des erreurs de composition, il fabrique des théories fumeuses, il prend des poses devant l’inattendu qui vient, il explore ce qu’il ne fait qu’entrevoir et qui se rapproche, il tente de comprendre.

Ce sont ses notes ici rassemblées qui ont projet de circonscrire la Bête dans tous ses états. Mais il la sait subtile et toujours prête à se défaire des plus forts liens.

Qu’importe, il faut y aller et tenter de ne rien soustraire au décompte mais aussi loin qu’il se souvenait, il se rappelait les larmes.

 

Il y a donc …

 

Les pauvres qui baissent la tête à la file au Centre public d’Aide social et ceux qui la relèvent dans le même lieu, les pauvres qui ne se montrent pas comme tels, les pauvres qui en remettent de saleté et de dégoût d’eux-mêmes, les pauvres qui nous rabattent le caquet de leur noblesse mesurée, les pauvres qui trainent la patte parce qu’ils ne savent plus que c’est une jambe qui les porte, pauvres d’esprit, de corps, de biens et de maison, pauvres de colère et de miséricorde, pauvres de pardon et de justice, pauvres de haut et de bas, de brève fin du jour et de nuit enneigée, pauvres d’horizons rétrécis et de ciels absents, pauvres de toutes sortes et de toutes couleurs, pauvres pères, mères et enfants, pauvres d’hier et d’héritage, pauvres sans merci ni soupçons, pauvres soudains et pauvres de longue haleine, pauvres rêvant du passé des autres et se vautrant dans le présent des absents, pauvres silencieux et pauvres dans la répétition discrète des sanglots, pauvres indiscrets et pudiques, pauvres puants et pauvres javellisés, pauvres excédentaires et pauvres résiduels, pauvres statistiques et pauvres ergonomiques, pauvres soucis pour les moins pauvres et pauvres gens pour l’ordinaire.

Ni haleine, ni souffle ni sourire, ni fleurs aux lèvres ni brindilles qu’ils mâchent, ni dents, estomac et bientôt ventre, ni jambes, ni bras, ni peau, ils marchent sans aller et vont où ils marchent sans le goût d’un retour, d’un endroit, d’une chose laissée et qu’ils voudraient saisir, ils n’ont langage ni paroles d’échanges, pauvres de froid et de chaleur, pauvres de caresses et de touchers légers, pauvres de confiance et de regards, pauvres du peu et en deçà, pauvres de mer qu’ils ne peuvent boire et de montagne qui les écrase, pauvres de livres et d’images aimées, pauvres de musique douce et de chants rassembleurs, pauvres d’embrassades et de fraternités, pauvres sans dieu et pauvres de dieux tout aussi pauvres, pauvres, il leur faudrait pour ne plus l’être, peut-être, une des ces choses ou plusieurs, on ne sait ce qui comble la peur des pauvres ou celle de ceux qui ne le sont pas encore :

-         une chanson qui revient le matin

-         un tablier pour la cuisine des amis

-         un mouchoir blanc pour ne jamais s’en servir

-         des allumettes au fond d’une armoire haute

-         des sous pour les courses demain

-         du miel en cas de rhume

-         du rhum aussi si la toux est mauvaise

-         des draps bien repassés dans le fond d’un placard

-         chemises et pantalons

-         jupes et collerettes blanches

-         bas et chaussures sans talons

-         escarpins pour le soir et cape pour le gel

-         écharpe et gants au cas où

-         cartes postales et lettres parfumées

-         un lit et un édredon de plumes

-         du sel et du poivre pour la soupe

-         du sucre pour les gâteries

-         une haleine de femme

-         une barbe d’homme bien rasée,

-         une longueur d’avance

-         des nuits d’une seule traite

-         un médecin au cas où

-         des livres, parfois, ça peut servir

-         du vin qui ne griffe pas la gorge

-         des nouvelles qui ne font pas frémir

-         des trains sans qu’on doive y sauter

-         des flics qui se penchent vers vous

-         des enfants qui passent sans vous voir

-         des pestes qui ne vous touchent plus

-         des foulards rouges en souvenir

-         des photos de la mer l’année dernière

-         des senteurs de santal et choses inutiles

-         des promesses tenues et d’autres oubliées

-         des jeux d’ombres à la tombée du jour

-         des siestes que ne rien ne vient éteindre

-         du pudding et toutes ces choses oubliées

-         des mots croisés dans la salle d’attente

-         des femmes qui passent dans la vitrine soudain

-         des voitures qui klaxonnent en avant des mariés

-         des voisins qui s’en vont en vacances chaque année

-         un chien qui jappe en vous voyant au loin

-         des pièces retrouvées dans une poche de manteau

-         un merci qui vient comme une flèche

-         une nuit de décembre plus longue que les autres

-         et le jour qui s’y met, un peu plus chaque jour, à relever la tête

-         …

Affaire réglée, je suis un lieu commun, une histoire courte dans un passé récent, une géographie plane dans un paysage sans accidents, une parole vive dans un silence ardent, affaire réglée, je suis un corps embrouillé d’organes et de flux déraisonnables, une épopée dans un temps sans histoires, une vague perdue dans ses remous, le dommage collatéral d’une lignée enfouie dans des gènes dispersés, affaire réglée, je suis un lieu commun, pas un cliché, pas une chose indistincte emportée dans un temps soumis à la durée, un lieu commun, une zone affranchie de ses frontières anciennes, un passage obligé pour rejoindre le peu d’humanité que je crois préserver dans des allures altières, une histoire de peu et souvent de très peu, une balise enfoncée dans un vide affiché, affaire réglée, je suis l’annoncier de tout ce qui se confond avec tout, ou le contraire, l’important, c’est le contraire de tout, qui permet le débat, l’esprit, le dialogue, le destin et cette chose infime que l’on croit deviner dans l’œil des lieux communs, uniques et bien centrés les yeux, les yeux qui laissent croire qu’ils sont des miroirs ou des tiroirs, de l’âme ou bien de lames, je ne sais que dire de commun qui réunisse les signes distinctifs du lieu commun, si ce n’est qu’ils vont seuls, convaincus d’être seuls, attentifs à cette solitude plénière qui est le caractère parfait du lieu commun, …

Et pendant ce temps, les autres ne cessent de s’agripper aux trains d’atterrissage des avions, de se réfugier dans les soutes des navires et des camions transporteurs…Des familles arrivent dispersées et vivent dans des conditions de clandestinité qui ne cessent de moudre dans le cœur des hommes, ce qu’il y a de plus ancien : l’évidence d’être chez soi.

Hier, des personnes, une centaine, jeunes, vieilles, attendent devant l’Office. Le personnel rentre de congé et la journée sera longue : tant de noms à épeler, de vies à résumer, de réponses à répéter sans fin.

La journée a été longue, comme prévu, suffit comme ça. Le froid tombe sur le trottoir un peu plus durement que sur les toits des immeubles voisins, il saisit  les mains et les pieds des personnes, une centaine encore, jeunes et vieilles, pour rebondir, en bout de course, sur les visages calfeutrés derrière des écharpes et des bonnets bariolés. Des tentes dressées par l’armée pour abriter les files congelées ont été démontées pour la nuit, suffit comme ça.

Des militaires et le personnel administratif se hâtent de rentrer à la maison, la journée de demain est capitale, c’est le dernier jour d’enregistrement des réfugiés candidats à l’aide sociale.

La nuit est longue, on bat du pied, on se file des adresses, on traduit l’espoir du voisin à voix basse. Il suffit de patienter quelques heures encore et bientôt ils remonteront les tentes. On pourra se reposer en attendant d’être appelé.

Les uns et les autres se regardent sans se comprendre.

Alors ils échangent des phrases rituelles : le nombre de viols, les violences de tous ordres passées dans les récits attendus, des catastrophes sans fin parfois incontrôlables, des mensonges pour dire le pire à celle ou çà celui qui ne peut l’entendre même s’il le veut. Tout est trop fort, mensonges et vérités. Tout basculera quand ils s’écouteront.

Alors on balbutie des programmes, des urgences, des discours, des aides coordonnées, des emplâtres, des drames, des impasses, des colères rentrées.

Des mondes face à face.

Daniel Simon

Décembre 2011

 

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Les A6 du lire au livre

Posté par traverse le 21 décembre 2011

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En début de saison, Le Service du LIvre luxembourgeopis, la Bibliothèque de Marche avaient organisé les Assises du livre: « Du lire au livre ».…Des actes sont parus, des conversations et des échanges issus des Ateliers ont été le seuil de ce livre/CD qui tente de faire le point sur les différents accès à cette pratique si diverse qui est celle de lire, en passant, entre autres, par le livre…Suite au beau succès de cette rencontre, les institutions provinciales ont décide de publier le tout. Merci à elles!

Le livre, « Les A6 du lire au livre » seul est envoyé gratuitement. Le livre + le double DVD sont envoyé ensemble pour le montant de 4 euros, Qui peuvent être versés directement au compte 091-0110043-74 du Service du Livre Luxembourgeois, Chaussée de l’Ourthe, 74 à 6900 Marche-en-famenne avec la mention « Actes Lire au Livre » (pour les virements européens : IBAN = BE16091011004374 ).

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Moutons Cochons

Posté par traverse le 20 décembre 2011

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Le lancement des Feuillets 2 à la libraire 100 Papiers àn Schaerbeek a été un beau moment…Marie-Laure Vrancken et Vincent Tholomé ont performé dans l’alliance d’une belle improvisation….  Merci aux personnes présentes, au soutien, à la chaleur de la rencontre…

 

EDITO

Toujours dans la boue, toujours dans la soue, les cochons, couverts de laine vierge, dans des pâturages verts, les moutons.

Au début du monde, je ne sais plus quel jour nous étions, ils furent nommés et distingués, envoyés vers des destins séparés, diverses festivités. Quoique, en charcuterie comme en boucherie, le moment venu, on aiguise pareillement les couteaux pour la découpe après le sacrifice. Mais, si on égorge encore le mouton, dans les fermes, on ne tue plus le cochon à coups de masse sur le crâne.

Moutons, cochons, depuis toujours, préposés aux ripailles ou victimes des célébrations dans le grand jeu du dévorer ou être englouti.

Pratiques et territoires. Se goinfrer d’un brouet d’épluchures ou brouter l’herbe courte, adorer rouler dans la boue puis être lavé ou détester se voir tondu, se sentir mouillé. Aucun mouton de Parme dans la tradition ni alpage ou transhumance pour les cochons ; chacun chez soi, avec ses habitudes.

A remarquer : nul n’a jamais signalé le moindre cochon de Panurge et il demeure difficile de trouver des moutons en massepain. L’impression me vient parfois que nos existences se déroulent dans des enclos séparés ou suivent des couloirs d’abattoir seulement parallèles.

J. K.

graveur :Jean-Claude Salemi vit et travaille à Bruxelles comme illustrateur.

Privilégie la linogravure, participe à l’Atelier de gravure Razkas et joue du swing-musette sur sa guitare!

auteur: Vincent Tholomé ? Une cavalcade intérieure. Des gens grouillant. Déboulant d’escaliers cachés. Des êtres s’invitant. Prenant corps devant lui. »

CONTRE-EDITO

L’important n’est pas d’être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas.

Jules Renard, Journal.

Un titre, ça se décide souvent sur le coin d’une table… Moutons Cochons est venu comme ça apparemment. En, vérité, l’époque nous soufflait ce titre en creux. Un monde de cochons et de moutons ? Peut-être surtout un monde sous la tyrannie de deux symboles, un monde rallié sous deux bannières animales. Une façon fermière de parler de civilisation. Pourquoi pas ?

Moutons Cochons retourné et Cochons Moutons sonne ailleurs. On tend l’oreille et le sens se construit en tierce, comme dans une chanson populaire. On sent l’allusion mais elle n’est qu’illusion. Ce qui nous touche, c’est la grave résonance d’une histoire collective par le petit bout de l’intime…L’Histoire passe par l’assiette.

Je me sens amateur d’une cuisine qui déciderait de mitonner ces viandes côte(s) à côte(s). Qu’elles aillent ensemble, qu’elles se fricotent de leurs jus odorants et que nos appétits soient rassasiés!

La gouaille est un ton qui convient assez à ces agapes roboratives. Vincent Tholomé connaît la musique et Jean-Claude Salemi, le sombre murmure des contes ambigus. Bienvenue à eux.

D. S.

 

« Les « Feuillets de corde », inspirés de la littérature populaire brésilienne — litteratura de  cordel paraîtront 8 fois par an  (on peut s’abonner pour l’année en cours). Chaque numéro sera conçu sur un thème choisi par les éditeurs, selon l’humeur ou l’actualité. Il est prévu de publier deux numéros par saison, mais aussi, au besoin, de déroger à cette régularité.

Chaque numéro, chaque thème sera confié à un auteur,. Les « Feuillets » seront toujours illustrés par un graveur (ou une graveuse) selon le même principe.

A chaque parution annuelle (8 numéros donc), un coffret en 25 exemplaires réunira les différents « Feuillets » et un tirage original numéroté de chaque gravure. Certaines gravures se verront sans doute aussi imprimées en cartes postales pour circuler d’une autre manière. Le coffret permettra de rétribuer les acteurs des « Feuillets » et de choyer quelques bibliophiles.

Nous organiserons, à chaque parution une rencontre (lecture, performance,…) dans le, cadre d’une exposition des gravures réalisées pour les « Feuillets », encadrées alors, pour le plaisir de tous. »

 

Revue effervescente qui paraît 8 fois l’an

Prix au numéro : 3 euros (envoi compris)

Abonnement (les 8 numéros de l’année en cours) : 20 euros

(On s’abonne actuellement uniquement à la suite des 8 numéros

de l’année 2011-2012)

Pilotage artistique : Daniel Simon et Jack Keguenne

Graphisme et mise en page : Joëlle Salmon

Virement: Traverse asbl

IBAN : BE81 0682 1443 7624   BIC : GKCCBEBB

Production : Traverse asbl

86/14, avenue Paul Deschanel – 1030 Bruxelles – Belgique

traverse@skynet.be       www.traverse.be

Coédition – Diffusion – Distribution : Couleur livres asbl

4, rue Lebeau – 6000 Charleroi – Belgique

edition@couleurlivres.be

www.couleurlivres.be

© 2011 Couleur livres asbl

Vous pouvez vous procurer  »les Feuillets de corde » en écrivant et en commandant à www.couleurlivres.be ou http://www.traverse.be

 

    

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La Charte du Manden

Posté par traverse le 5 décembre 2011

transmis par Astérie MUKARWEBEYA. Merci à elle

La Charte du Manden ou Manden kalikan, aurait été proclamée en 1222 par Soundjata, fondateur de l’Empire du Mali, et ses pairs. Elle reste la référence majeure des sinbo, grands maîtres chasseurs du Manden.

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1. Les chasseurs déclarent :

Toute vie (humaine) est une vie.
Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie,
Mais une vie n’est pas plus “ancienne”, plus respectable qu’une autre vie,
De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.

2. Les chasseurs déclarent :

Toute vie étant une vie,
Tout tort causé à une vie exige réparation.
Par conséquent,
Que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin,
Que nul ne cause du tort à son prochain,
Que nul ne martyrise son semblable.

3. Les chasseurs déclarent :

Que chacun veille sur son prochain,
Que chacun vénère ses géniteurs,
Que chacun éduque comme il se doit ses enfants,
Que chacun “entretienne”, pourvoie aux besoins des membres de sa famille.

4. Les chasseurs déclarent :

Que chacun veille sur le pays de ses pères.
Par pays ou patrie, faso,
Il faut entendre aussi et surtout les hommes ;
Car “tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface
Deviendrait aussitôt nostalgique.”

5. Les chasseurs déclarent :

La faim n’est pas une bonne chose,
L’esclavage n’est pas non plus une bonne chose ;
Il n’y a pas pire calamité que ces choses-là,
Dans ce bas monde.
Tant que nous détiendrons le carquois et l’arc,
La faim ne tuera plus personne au Manden,
Si d’aventure la famine venait à sévir ;
La guerre ne détruira plus jamais de village
Pour y prélever des esclaves ;
C’est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable
Pour allez le vendre ;
Personne ne sera non plus battu,
A fortiori mis à mort,
Parce qu’il est fils d’esclave.

6. Les chasseurs déclarent :

L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour,
“D’un mur à l’autre”, d’une frontière à l’autre du Manden ;
La razzia est bannie à compter de ce jour au Manden ;
Les tourments nés de ces horreurs sont finis à partir de ce jour au Manden.
Quelle épreuve que le tourment !
Surtout lorsque l’opprimé ne dispose d’aucun recours.
L’esclave ne jouit d’aucune considération,
Nulle part dans le monde.

7. Les gens d’autrefois nous disent :

“L’homme en tant qu’individu
Fait d’os et de chair,
De moelle et de nerfs,
De peau recouverte de poils et de cheveux,
Se nourrit d’aliments et de boissons ;
Mais son “âme”, son esprit vit de trois choses :
Voir qui il a envie de voir,
Dire ce qu’il a envie de dire
Et faire ce qu’il a envie de faire ;
Si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme humaine,
Elle en souffrirait et s’étiolerait sûrement.”
En conséquence, les chasseurs déclarent :
Chacun dispose désormais de sa personne,
Chacun est libre de ses actes,
Chacun dispose désormais des fruits de son travail.
Tel est le serment du Manden
A l’adresse des oreilles du monde tout entier.

Youssouf Tata Cissé

Texte réécrit par Youssouf Tata Cissé dans “Soundjata, la Gloire du Mali“, éd. Karthala, ARSAN, 199. La République française aurait du mal à reconnaître officiellement cette Charte qui ferait antériorité en matière de Droits de l’Homme sur la Déclaration de 1789. Un sujet plus que jamais plus important dans le cadre d’une Conférence de Durban, jusqu’à aujourd’hui dans l’impasse.

http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=1621

http://www.la-constitution-en-afrique.org/article-20577520.html

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Moutons cochons le 18 décembre à 100 Papiers

Posté par traverse le 5 décembre 2011

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Le 18 décembre à 16h à la librairie 100 Papiers

23, Avenue Louis Bertrand à Schaerbeek

Lancé de “Les Feuillets de corde” Moutons Cochons

Texte: Vincent Tholomé – Gravure: Jean-Claude Salemi

http://www.100papiers.be/Site_3/Home.html

Soyez les bienvenus!

Voir lancement des Feuillets Les Enfants chiants

http://www.traverse.be/editions.php

Ed. www.traverse.be et www.couleurlivres.be

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Les Feuillets de corde…Moutons Cochons

Posté par traverse le 2 décembre 2011

Ce week end…
Un atelier de Graveurs qui ouvre ses portes…
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et le 18 décembre à 16h à la librairie 100 Papiers

23, Avenue Louis Bertrand à Schaerbeek

« Les Feuillets de corde » Moutons Cochons

Texte: Vincent Tholomé – Gravure: Jean-Claude Salemi

http://www.100papiers.be/Site_3/Home.html

Des traces des premiers Feuillets…

http://www.traverse.be/editions.php

Opus 1

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Pour en savoir plus: entretiens de Jack Keguenne et Daniel Simon avec Emond Morrel sur …

http://www.demandezleprogramme.be/Ecoutez-Daniel-Simon-et-Jack?rtr=y

et

Dans Un article de Lucie Van de Walle dans Entre les lignes

http://www.entreleslignes.be/entre-les-lignes/peregrinations.html

Jeudi, 24 Novembre 2011 11:45

Déjà guirlandes et paillettes envahissent notre espace visuel et, insidieusement, les vitrines des magasins s’enlaidissent de personnages rubiconds et ventrus. Les Saint Nicolas et Père Noël se télescopent au carrefour du consumérisme et d’ici quelques instants, toute la ville ou plutôt, toutes les villes dégoulineront de la joie des fêtes sans que personne ne puisse s’y soustraire.

Englués là-dedans, hommes et femmes anxieux du lendemain ne savent plus comment assurer le nécessaire. Impérativement rappelés à l’ordre par des jingles racoleurs à vomir, ces mêmes parents s’inquiètent désormais du superflu à fournir d’urgence à leur admirable progéniture, sous peine de…
Un peu de tendresse ne ferait-elle pas l’affaire ?
Comment un angelot au dormir paisible devient-il un bébé hurleur, un gamin ingérable, un ado-technoauditif, désormais étranger à sa mission naturelle de contestation ?

D’autres questions sont soulevées dans Les Enfants chiants , un texte en forme d’interpellation à l’adresse des adultes et signé par Daniel Simon. Cet auteur et pédagogue est aux commandes de l’asbl Traverse, dédiée, notamment, à la création littéraire et à l’origine de l’édition des « Feuillets de corde ». Il s’agit de livrets conçus à l’exemple de ces fascicules suspendus à des cordes et proposés aux lecteurs sur les marchés au Brésil, d’où l’appellation « litteratura de cordel ».

Beaucoup d’idées sont bonnes, plus rares sont celles qui sont bien développées. Quant à les faire aboutir… Apparemment un maximum d’ingrédients sont réunis pour que s’envolent les missives marquées par l’humeur ou l’actualité. En premier vient le côté à la fois minimaliste, radical et multiple de cette initiative. Radical : un texte, une gravure / un thème, un feuillet. Multiple : à partir des « Feuillets de corde » dont la publication bimestrielle est accompagnée d’une série d’actions satellites. Par exemple, la lecture publique des textes, leur dépôt sur la toile et leur enregistrement destiné au podcast, etc. Par ailleurs, Couleurs Livres, co-éditeur, se charge aussi de la diffusion « papier ».

Secondé dans cette initiative par Jack Keguenne, Daniel Simon a associé les arts plastiques. C’est ainsi que le premier opus de ces « Feuillets de corde » version « Traverse » a pris son élan dans l’atelier de gravure Kasba, un des lieux de dynamisme artistique dont peut s’enorgueillir la Commune de Boitsfort/Bruxelles Car, à l’image des « folhletos » brésiliens, les feuillets sont illustrés par une gravure. Aussi la couverture des Enfants chiants, est-elle estampillée Jean-Pierre Lipit.
Dûment imprimés, pliés, colportés, envoyés, dépendus, achetés, offerts, ces « Feuillets de corde » peuvent voyager léger. Bon vent !

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Calligraphismes de Jack Keguenne…

Posté par traverse le 27 novembre 2011

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La cour des Arts a le plaisir de vous inviter
au vernissage de

JACK KEGUENNE

Mercredi 7 décembre 2011 de 18 à 21 h

Exposition ouverte du 8 au 17 décembre 2011

8 place Julien Dillens – 1060 Bruxelles

(dans la rue de l’Hôtel des Monnaies)

Ouvert du mercredi au samedi de 14 à 18 h
et sur rendez-vous

Avec la collaboration de la GALERIE BRACHOT

GSM : + 32 495 413 421
Tél : + 322 538 40 47 — Fax : + 322 537 03 37
e-mail : lacourdesarts@skynet.be — isygabrielbrachot@skynet.be

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Les canuts

Posté par traverse le 26 novembre 2011

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D’un coup de pied, il bascule le brasero. Les braises d’éparpillent sur le tarmac trempé. Il pleut depuis trois jours et la poussière des lieux a vernissé le paysage d’un gris profond. L’usine est adossée à la forêt face à des terrils éteints dans la brume.

« C’est grève. Ces temps-ci on fait grève aussi souvent qu’on travaille. Un jour pour, un jour contre. On sait rien faire d’autre. Alors on le fait bien. Aujourd’hui, ça fait deux semaines qu’on bloque les grilles d’entrée. Personne ne sort, personne ne rentre. Tout un boulot. Un sale boulot. On sait qu’on va dérouiller un jour, que ça va finir en compote, mais qu’est-ce qu’on peut faire? »

Certains cassent des palettes et y mettent le feu. Les autres applaudissent. Ca flambe dans des rires et les tapes dans dos. On ne sait pas à quoi ils pensent, mais ça tient chaud. On sort les piqueniques, des bouteilles, on trinque. On boit pour réchauffer le feu qui s’éteint vite.

Le soir tombe sur le chantier qui ressemble de loin à une fête ralentie. Des femmes passent au bras des hommes, marchent lentement autour des braises, parlent à voix basse. D’autres rangent du matériel, scient des palettes. On s’occupe.

Le jour se lève, vent et pluie. Les nuages filent au loin comme pour céder la place en douce à un ciel sans hauteur.

Des voitures arrivent en klaxonnant, ça réveille, on s’occupe à décharger les coffres pleins. De la nourriture, encore des couvertures, des barbecues qu’on monte en vitesse.

Des enfants aussi qui viennent embrasser leur père, des femmes qui repartent en faisant des grands signes, elles reviendront plus tard. Faut s’occuper des gosses, de l’école, un peu de la maison. Elles, ça fait un moment déjà qu’elles ont perdu leur boulot. Elles se débrouillent, ils se débrouillent tous. Des ménages parfois, du repassage, des choses qu’elles font déjà chez elles depuis longtemps. Les hommes bricolent, retapent ce qu’ils peuvent pour pas cher entre les pauses de l’usine.

C’est surtout le moral qui baisse, plus que les réserves. Et les nouvelles ne sont pas bonnes. La gendarmerie a reçu l’ordre de vider l’usine. Ils vont devoir mettre la pression. Et ils sont déjà au maximum. Reste les bombonnes. Ils ne savent pas s’ils le feront vraiment, mais la presse est bonace. Pourvu qu’on lui serve la soupe et qu’elle soit chaude.

Douzième jour. Ca fatigue, mais ils sont près pour des semaines, après ils auront tout le temps de se reposer.

« Sarko est en balade. On ne sait plus où… Afghanistan, Pakistan, Iran…Par là, quoi. On n’est pas tranquilles. On dirait qu’il s’en fout. Ce qu’il préfère, c’est la bagarre. Ici, c’est presque le paysage. Ca l’intéresse moins. Du moins, on a l’impression. On l’attend toujours son plan de reconversion. Ca fait quarante ans qu’on en parle et on a rien vu venir. La région s’est vidée. Chacun a choisi : partir ou rester. Certains sont partis pour toujours, au bout d’une corde. Mais entre nous on n’en parle jamais. Aujourd’hui on est plus nus que nus, comme les canuts d’avant…C’est nous les canuts, nous sommes tout nus…Ca recommence d’une autre façon, toujours aussi sauvage, mais ça recommence toujours, d’une époque à l’autre, c’est le même scénario. On sait bien que nos gosses, vont se l’arracher le travail et ils n’en n’auront que des morceaux. La plupart ne travailleront pas. Des jobs, des stages, du passe-temps national. On n’a pas envie de leur dire de tout foutre en l’air aujourd’hui, parce qu’on espère encore, mais ça ne sent pas bon. Ils le savent, ils deviennent nerveux, on est mal. »

« Ma femme va accoucher dans trois semaines, un premier ça se fête comme jamais. Mais ça tombe mal…Il va pas grandir ici, je le sens. Trop vieux ici, à bout de souffle. Je le dis pas trop mais j’en suis sûr, on va se tirer le plus vite possible. Même si on gagne ici, c’est rebelote dans pas longtemps. Mondialisation et cie. La Bourse ou autre chose, on sait bien que ce qu’on fait ici, ils le font aussi bien là-bas. Et moins cher. Alors, on essaye de tenir mais ça s’use. Le gamin, il ira voir ailleurs. Moi, je jouerai la fin de la comédie ici. Ca devient drôle, à la fin, cette façon qu’on a de parler de l’avenir alors qu’on sait très bien que nous, on fait un boulot d’il y a cinquante ans. Et qu’on s’y est pas mis à temps pour sauter par-dessus les évidences. On le sait, dans toute la région, que c’est une usine parfaite, mais parfaite pour hier, pas pour demain. Nous, c’est du bois de rallonge. »

La gendarmerie débarque. Dix combis. Des frises, des autopompes, les boucliers, l’alignement parfait. Des légionnaires au pas.

Mégaphones, jets de pierres, caillasse, cocktails même. Les grilles sont soudées. L’usine est ceinturée de bombonnes. Tout va exploser s’ils entrent, lance le délégué.

« Pas le vrai, celui-là, il vote contre. Il dit qu’on est fous, que ça ne sert à rien de casser l’outil, que c’est pas légal. Qu’on va se faire avoir les uns après les autres, cueillis à la sortie et hop, jusqu’à la corde qu’ils vont nous user. On ne sait plus mais on crâne. »

La ligne de gendarmerie avance lentement. Rome est en marche contre les barbares.

Quelqu’un crie que Sarko vient d’avoir une fille, que ça vaut une trêve. Il est hué. Puis ils rient en évoquant le Président en position. Des blagues. Des bien lourdes. Les gendarmes sont immobiles maintenant. Il y en un qui filme lentement. Les autres, en face, filment aussi. Chacun braque l’autre au cas où. Pour une poignée de dollars, génération digitale.

« Des voitures arrivent en trombe. Des femmes et des hommes qu’on connaît, des dignitaires du Parti, comme on disait avant. Ils avancent les bras tendus. Les gendarmes s’écartent. On arrête de filmer. Pas les autres. On discute, ils nous disent de ne pas aller trop loin, qu’ils vont se battre encore plus durement avec nous. On les écoute sans rien dire. On sait qu’ils ne pourront pas faire grand-chose. Que ça dure depuis cinquante ans. Mais on n’a pas trop de monde avec nous, alors, faut pas sacrifier nos figurants, la farce n’est pas finie. Cris, débats, engueulades, on cède. On retire le premier cordon de bombonnes. »

Le jour tombe d’un coup sur les braseros froids. Beaucoup pleurent, se prennent dans les bras, se serrent, baissent la tête. Les grilles sont ouvertes au chalumeau. Des camionnettes emportent le tout. Les gendarmes se retirent. La nuit vient.

Daniel Simon

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Montenegro…M’enfuir m’amuse

Posté par traverse le 26 novembre 2011

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M’enfuir m’amuse

XIV ème siècle. Son riche mari est violent. Elle s’enfuit, un matin, vers n’importe où, loin de lui et des sbires qu’il envoie à sa poursuite. Son cheval l’emporte. Ensemble, ils galopent dans la forêt noire du Monténégro. La monture se cabre devant l’étroitesse d’un pont qui surplombe le torrent Mrtvica. Il la laisse seule, face à sa nature, à la nature. Elle marche des jours et des jours. Elle trouve son bonheur au milieu des alevins, dans un lac de montagne, espérant qu’un pêcheur, ce lecteur d’eau, lui redonne vie, ravie,… et ravie par son épuisette.

L’une a joué des images suggérées par les arbres moussus et les fonds de l’onde. L’un a joué des mots qu’imposait l’histoire inventée. L’autre l’un a joué des sonorités de ces forêts, de ses bruissements.

Un livre-objet, un livre-cadeau : quarante-huit pages de photos étranges à la limite de l’eau. Douze pages de texte aux confins de l’irréel. Quinze minutes de musique aux frontières des sensations.

Prix de vente : 38 euros frais de port compris (dédicace si besoin ou envie – à préciser).
Tirage limité (dans un premier temps) à cinq cents exemplaires.

A verser au compte de Jean-Claude Legros, Fond de le ville 24 4920 Aywaille.
Iban :BE81 3480 7014 6424
Bic : BBRUBEBB
Renseignements :Claude Englebert : 087.77.00.66
J-C Legros : 04.384.40.97
Pirly Zurstrassen : 087.47.53.27

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A propos des Enfants chiants…

Posté par traverse le 25 novembre 2011

PÉRÉGRINATIONS

Opus 1
Jeudi, 24 Novembre 2011 11:45
Lucie Van de Walle

http://www.entreleslignes.be/entre-les-lignes/peregrinations.html

Déjà guirlandes et paillettes envahissent notre espace visuel et, insidieusement, les vitrines des magasins s’enlaidissent de personnages rubiconds et ventrus. Les Saint Nicolas et Père Noël se télescopent au carrefour du consumérisme et d’ici quelques instants, toute la ville ou plutôt, toutes les villes dégoulineront de la joie des fêtes sans que personne ne puisse s’y soustraire.

Englués là-dedans, hommes et femmes anxieux du lendemain ne savent plus comment assurer le nécessaire. Impérativement rappelés à l’ordre par des jingles racoleurs à vomir, ces mêmes parents s’inquiètent désormais du superflu à fournir d’urgence à leur admirable progéniture, sous peine de…
Un peu de tendresse ne ferait-elle pas l’affaire ?
Comment un angelot au dormir paisible devient-il un bébé hurleur, un gamin ingérable, un ado-technoauditif, désormais étranger à sa mission naturelle de contestation ?

D’autres questions sont soulevées dans Les Enfants chiants , un texte en forme d’interpellation à l’adresse des adultes et signé par Daniel Simon. Cet auteur et pédagogue est aux commandes de l’asbl Traverse, dédiée, notamment, à la création littéraire et à l’origine de l’édition des « Feuillets de corde ». Il s’agit de livrets conçus à l’exemple de ces fascicules suspendus à des cordes et proposés aux lecteurs sur les marchés au Brésil, d’où l’appellation « litteratura de cordel ».

Beaucoup d’idées sont bonnes, plus rares sont celles qui sont bien développées. Quant à les faire aboutir… Apparemment un maximum d’ingrédients sont réunis pour que s’envolent les missives marquées par l’humeur ou l’actualité. En premier vient le côté à la fois minimaliste, radical et multiple de cette initiative. Radical : un texte, une gravure / un thème, un feuillet. Multiple : à partir des « Feuillets de corde » dont la publication bimestrielle est accompagnée d’une série d’actions satellites. Par exemple, la lecture publique des textes, leur dépôt sur la toile et leur enregistrement destiné au podcast, etc. Par ailleurs, Couleurs Livres, co-éditeur, se charge aussi de la diffusion « papier ».

Secondé dans cette initiative par Jack Keguenne, Daniel Simon a associé les arts plastiques. C’est ainsi que le premier opus de ces « Feuillets de corde » version « Traverse » a pris son élan dans l’atelier de gravure Kasba, un des lieux de dynamisme artistique dont peut s’enorgueillir la Commune de Boitsfort/Bruxelles Car, à l’image des « folhletos » brésiliens, les feuillets sont illustrés par une gravure. Aussi la couverture des Enfants chiants, est-elle estampillée Jean-Pierre Lipit.

Dûment imprimés, pliés, colportés, envoyés, dépendus, achetés, offerts, ces « Feuillets de corde» peuvent voyager léger. Bon vent !

Informations:
Feuillets de corde, voir :
www.traverse.be ; traverse@skynet.be
Édition Couleurs livres
Kasba, atelier de gravure, rue de Middelbourg, 126, 1170 Boitsfort.

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Les enfants chiants…suite.

Posté par traverse le 19 novembre 2011

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Gravure LIPIT

Suite des Enfants chiants, ce soir 17h à 20h à Kasba… (voir article précédent)

(…)

Et voilà qu’entrent en scène
les parents frais et neufs, des héros d’aujourd’hui,
des géniteurs pressés,
rondouillards et heureux de concentrer le monde
une nouvelle fois dans des flots amniotiques,
un bébé est en route, un petit dieu rieur
aux oreilles bouchées,
ça y est l’enfant est né et la joie est à l’heure,
la farce commence enfin.

Très vite, ils gobent, et reniflent et s’empiffrent
de coulées de soda, de bonbons et de sucre,
pendant que Monsieur – dimanche enfin est là -,
chevauche noble dame ou le contraire souvent,
la fatigue est alliée des égalités molles,
et les enfants chéri? Et les enfants chérie ?
vautrés devant des écrans plats
ils bavent en suçotant des images à deux sous,
criaillent, pleurnichent et régimentent
la troupe des parents qui se met en quadrille
pour calmer la volaille pétulante et rieuse
affligée quelque fois de chagrins en retard,
qu’il s’agit d’écouter dans le bruit des familles,
ces enfants sans pardon ont des noms enchanteurs,
héros de leur époque, comme on donne aux caniches,
enfants calendriers et enfants du dimanche,
on le dit bien des peintres et des écrivains fades,

(…)

Pour plus d’informations: http://www.traverse.be/editions.php

et un entretien avec Emond Morrel (Jack Keguenne et Daniel Simon)
http://www.demandezleprogramme.be/Ecoutez-Daniel-Simon-et-Jack?rtr=y

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Interdit de mémoire…au Grenier…

Posté par traverse le 17 novembre 2011

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“Fragmentos de una memoria” avait été publié il y a deux ans à Buenos-Aires…

“Interdit de mémoire” (adaptation française par Pierre Ergo et l’auteure, éditions Luc Pire, septembre 2009) sera présenté au public au Grenier Jane Tony, samedi 26 novembre à 16h, 55 rue des Alexiens, 1000 Bruxelles, par Daniel Simon.

Le présent roman offre le témoignage le plus sensible qui puisse se donner de l’expérience de l’exil. Quitter son pays, ses racines, perdre la trace de ceux que l’on aime, reconstruire sa vie… comment fait-on pour préserver son Moi quand tant de socles vitaux sont ébranlés ?

C’est aussi un roman de la mémoire, nostalgique et peuplé de fantômes.
On y croise une ambiance de secrets, à la limite du fantastique qui n’est pas sans rappeler les pages d’autres Argentins comme Borgès ou Cortazar.

En plus de nous livrer une certaine Argentine intime et familiale, Ana Fernandez, par quelques touches délicates, nous parle aussi d’un Bruxelles qui a déjà un peu changé depuis le temps du récit. Ce livre n’est pas un testament, c’est un cadeau contre l’oubli, écrit avec amour pour chacun de nous, quelle que soit notre histoire.

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Les papillons de la bibliothèque

Posté par traverse le 14 novembre 2011

(Une nouvelle extraite de mon dernier livre « Ne trouves-tu pas que le temps change?Ed. Le Cri. Disponible sur www.lecri.be, en libraire ou chez l’auteur)

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Il avait emménagé en catastrophe. Les déménageurs avaient porté jusqu’au premier étage les centaines de boîtes de livres qui pesaient de plus en plus lourds à chaque trajet. Il les avait fourrés n’importe comment dans sa bibliothèque.

Les grands à côté des grands, les petits avec les petits, la poésie près du théâtre et les romans emmêlés aux essais ou aux inclassables. Il avait rempli des étagères plus qu’autre chose. C’était à l’image de sa vie sentimentale. Un peu de tout et jamais au bon endroit.

Les livres d’art étaient faciles à ranger. Hauts, lourds, peu manipulés, ils occupaient les rayonnages du bas Mais la place manquait et il avait alors allongé une seconde rangée devant celle du fond et deux épaisseurs de livres donnaient à l’ensemble un air de désordre sympathique, comme si l’empressement était la règle du lieu.

Il n’en était rien. Tout dans sa vie avait été placé sous le signe du provisoire.
Il avait même replié soigneusement les boîtes en carton vides à la cave au cas où il devrait quitter le lieu au plus vite. Il aurait alors de quoi déserter avec ses bouquins si encombrants.
Ses bibliothèques occupaient une grande part des murs et comme les fenêtres abondaient, que la lumière était reine, aucun espace n’échappait et l’appartement avait rétréci quelques heures après le départ des derniers copains venus donné un coup de main en fin de journée.

C’était un asile, un repli plus qu’un foyer. La bibliothèque s’était révélé très vite le centre du conflit avec sa femme.

Des livres dans la salle à manger, des livres sur le palier, des livres dans son bureau, des livres dans la chambre, des livres aux toilettes, des livres partout certes, mais pas en pagaille, plutôt dociles et adaptés aux lieux. Pas de piles instables à même le plancher, pas de volumes épars au pied du lit, pas de magazines oubliés dans le fatras des choses quotidiennes, non, mais des livres partout, bien alignés, pressés sur des étagères en bois naturel qu’il avait bricolées et installées quelques jours avant l’arrivée du camion.

C’étaient, il lui semblait alors, ses seuls alliés, ses compagnons de toujours et il n’avait aucune intention de les abandonner au nom d’un amour qui n’aimait la lecture que conjuguée au passé ou renvoyée au temps de sa jeunesse. Elle aimait tellement la lecture, disait-elle, qu’elle ne lisait plus…

« Quand j’ouvre un livre, je ne le lâche plus…Alors, tu vois, avec tout ce qu’il y a à faire, je ne lis plus, je suis bien trop passionnée ».

Il avait souri mais d’un coup la certitude de son échec lui était tombée sur les épaules. Il s’était trompé, il le savait depuis le premier jour mais il s’était consciencieusement livré à l’ennemi au nom d’un amour fulgurant, profond, affolant et désastreux. Il apprit bien vite qu’une femme qui ne lit pas a assez de croyance dans le réel pour qu’elle puisse vous pourrir la vie en toute bonne foi.

La lecture était pour sa femme un acte masturbatoire, une sale affaire qu’on se refile entre dépressifs ou ratés. C’était pour elle d’une prétention sans bornes de rester assis ou couché à lire, c’est-à-dire à ne rien faire qui tienne le monde debout, alors qu’on ne sait pas déboucher un wc ou changer une roue de voiture.

Cette vanité des lecteurs était encore plus forte à ses yeux qu’elle avait en horreur, tout autant qu’elle en était fascinée, les écrivains et les personnes susceptibles de passer par les mots des énigmes auxquelles elle pressentait ne pas avoir accès. Plutôt que de lire, elle agissait comme la plupart de ses semblables, elle maudissait secrètement les lecteurs et les moquait à chaque occasion avec quelques mots faussement admiratifs où l’inspiration revenait plus souvent que le reste.

Elle considérait la lecture comme une pratique religieuse mais en rien une extase mystique. Cela puait la vénération des grenouilles de bénitiers ou des bigotes de mosquées. Elle reconnaissait les gestes mais pas ce qu’ils révélaient.

Peu à peu, elle ajouta à ses occupations de lecteur des tares qui le renvoyaient aux limites de l’impuissance ou de la perversité. Il était un enculé de première dès qu’il avait un livre en mains .Il lui avais fait remarquer que son image était insultante pour les homos et les lecteurs mais elle avait repassé les plats en disant qu’il fallait être un homme qui n’en n’avait pas pour consacrer autant de places aux livres dans un appartement où une femme aurait dû être le seul centre.
Un soir, alors qu’elle lui intimait une fois encore l’ordre de vider l’appartement des bibliothèques, il lui demanda naïvement où il déposerait alors tous ses livres ? Elle le regarda, la fureur dans les yeux, lui lança un de ses anathèmes favoris et quitta l’appartement.

La séparation mit des années à se régler mais sa vie ne fut plus jamais la même. Ces livres, ces théories de volumes apparemment sans secrets particuliers, étaient, alors qu’il avait consacré sa vie à les choisir et à les aimer, la seule véritable raison de son célibat forcé.

Il avait un goût amer en bouche quand il repensait à la haine dans les yeux de sa femme qui rêvait d’autodafés permanents. Elle était de la tribu des incendiaires. Lui, il aimait les textes, le papier, les livres de tous genres et de toutes époques, les bibliothèques, les lecteurs et cette vertu si récente dans l’histoire de l’homme qui l’avait conduit d’enfers en résurrections peu à peu dans le silence étonné de la lecture.

Cette femme était une fausse innocente qui vivait en toute quiétude une époque de muets et de sourds. Elle avait aussi en horreur le temps consacré par son mari à l’écriture, elle en était cruellement jalouse, elle méprisait ce temps qui ne lui était pas consacré, elle vomissait ces dimanches où il se réfugiait dans son bureau au lieu de se promener avec elle, bras dessus, bras dessous le long des étangs.

Elle crachait sur ce bel argent disparu dans du vulgaire papier mais elle se pavanait, elle rayonnait, elle gloussait, elle tortillait du croupion, elle conchiait les autres quand, à l’occasion de l’une ou l’autre lecture publique, elle pouvait se montrer à son bras et soutirer de ces rencontres convenues une gloriole qu’elle exhibait sans pudeur. Son orgueil de pacotille la rendit pitoyable à ses yeux.

Elle déclara donc la guerre à la bibliothèque. Des livres disparaissaient, des pages arrachées, des couvertures croquées, … Elle gémissait au milieu des livres en lui lançant des insultes nouvelles chaque semaine. Il avait honte de ce que cette haine produisait en elle. Elle lui rappelait l’internat, la grossièreté de certains pions qui confondaient le dortoir avec une chambre basse de justice.

L’alcool augmentait chez certains la conscience de leur médiocrité et il n’était pas rare que le plus lâche, un gros quinquagénaire à la main leste sur les petits, envoie valdinguer contre les murs les bouquins qui traînaient au fond des armoires ou sous les oreillers. Les internes couraient alors les récupérer comme des affamés ramassent les miettes sur le chemin, ils allaient courbés, les yeux baissés et ils emportaient leurs livres en vitesse, sans demander leur reste.
Ils méprisaient ces surveillants de l’ennui pour une raison qu’ils ne comprenaient pas mais ils savaient qu’ils souillaient leurs livres de leurs sales mains trempées dans la poisse d’une vie qu’ils devaient maudire plus que le troupeau de pensionnaires attardés qu’ils formaient. Ces adultes sans grâce les renvoyaient ainsi dans une bêtise qui était la leur et dont ils ne se défaisaient jamais. Ils les voyaient encore libres et ils en crevaient.

Quand elle en eut assez, elle se tourna vers lui et déclara que cette bibliothèque était un endroit malsain et que des sales choses allaient nous arriver : la poussière, les acariens, des microbes…Les livres, c’était comme les pigeons, on pouvait les regarder voler mais il valait mieux ne pas les toucher au risque d’être atteints de maladies de peau, d’irritations ou allergies de toutes sortes.
Elle prit les poussières comme une hystérique, elle vaporisait d’insecticide les livres et le parquet tout autour, elle frappait les jaquettes des plus gros contre les tentures bleues comme on secoue une couette ou un oreiller. En attaquant de ses soins la bibliothèque chaque jour, le tout ressembla à une vitrine de bouquiniste scrupuleux qui met ses lots récents en valeur comme un joaillier le ferait avec une rivière de diamants entourée des bijoux assortis.

Elle garrottait les étagères de ses caresses permanentes où elle enfermait les livres de plus en serrés chaque jour.

Il étouffait, elle jubilait. Il n’y avait plus d’amour entre eux mais une sombre affection de tous les instants, quelque chose qui les unissait comme un terrible secret, un crime commis dans le crépuscule des cœurs, elle était restée, il ne s’était pas enfui.

La bibliothèque était devenue inaccessible. Elle était présente comme jamais mais l’approcher familièrement était devenu impossible, c’était comme un tombeau fleuri de formats et de couleurs, une nécropole élégante qu’on longeait le regard vague. Elle était comme une couronne mortuaire dans laquelle nous vivions et tournions comme des chats maussades.

Les mois passaient, les années faillirent faire de même mais la répulsion de sa femme pour la bibliothèque atteignit alors des sommets qu’il ne pouvait comprendre sans une certaine admiration. C’était une guerrière qui se battait tranchée par tranchée et ce genre de combat amènes vite les troufions adverses à des accolades qu’on pourrait prendre pour une humanité d’exception, alors que l’ennui de la mort et des insultes se tarit aussi vite que n’importe quelle passion.

Il faut du renouveau à l’horreur, des plages de calme, des bivouacs apaisés et ça repart alors comme jamais dans le pus et le sang, dans l’allégresse et un terrible consentement.
Ils en étaient là. Cette haine était leur seule intimité. Et les livres des prétextes sans actualité. Il ne les ouvrait plus, les évitait même, il lisait à l’extérieur, dans le métro, le train, sur les bancs publics, au parc, mais plus chez lui. Ils étaient un symbole qui s’éloignait de leurs besoins réels, ils tapissaient les murs d’une cathédrale de savoir où personne n’entrait, ils s’éteignaient de jour en jour alors qu’il les avait toujours regardés comme les vitraux colorés d’un temple où il faisait bon vivre à certaines heures du jour ou de la nuit.

Ils s’habituaient à cette zone de conflits comme on se familiarise avec une maladie grave, dans l’attente du pire mais encore en deçà. Une nuit alors qu’il s’était relevé pour aller aux toilettes, il sentit une très légère odeur de brûlé dans le salon, quelque chose comme une cigarette qui se consume dans un cendrier. Sa femme ne fumait évidemment pas et il était très attentif à ne jamais laisser aucun mégot mal éteint avant d’aller se coucher.

Ce n’était rien, une simple cigarette mal éteinte dans le fond du cendrier marocain qu’elle lui avait rapporté d’un lointain voyage.

Quelques vagues fumerolles mais il n’y avait aucun danger.

Il s’inquiéta de ce signe. Il se demanda si ce n’était pas lui qui avait négligé d’écraser le mégot. Il repassa tous ses gestes en mémoire mais rien. Il n’y avait pas de trous dans ses souvenirs récents et ce ne pouvait être lui. Alors c’était elle mais le geste était si infime, si inconséquent, si apparemment naturel qu’il aurait vite déclenché des hostilités pour un peu de cendre tombée dans le fond d’un cendrier froid. Ca n’en valait pas la peine et il se résigna à regagner la chambre où elle dormait profondément.

Elle avait toujours sur les cheveux ce filet qui retenait sa belle chevelure enroulée et serrée comme un bonnet. Elle savait que cette habitude de célibataire sans grâce le hérissait et avait mis fin à tout désir entre eux.Ca et le reste. Les jalousies morbides, les instabilités quotidiennes, les agressions soudaines ne suffisaient pas. Il fallait que ce filet clôture la journée et entame la nuit où ils dormaient encore côte à côte. Elle n’envisageait pas autre chose. Ils étaient mari et femme et pas question de déroger à ce sacrement, même s’il était vide de toute intimité. La forme, rien que la forme, encore la forme, c’était ça son seul but, son unique obsession. Et la bibliothèque en faisait partie.

Un jour, elle ne se sentit pas bien, la poitrine, le cœur, elle ne savait pas. Trois mois plus tard, elle mourait d’un cancer généralisé.

Il régla tout, le rapatriement du corps dans son pays natal, la liquidation des dettes communes et il se retrouva seul.

Il avait arrêté de fumer et il se sentait vide. Vide mais apaisé.

Il s’installait souvent le soir dans son canapé, face aux fenêtres donnant dans un élégant arrondi sur les arbres de l’avenue et il rêvassait. Il pensait aux voyages qu’il avait faits, aux amours de sa vie, aux livres qui l’avaient changé, aux échecs qu’il tentait de dissimuler dans des sommeils vagues. Il pensait à cette femme, à son pays qu’il aimait, à sa fin soudaine et un papillon vint voleter devant lui, maladroitement. Il le regarda inquiet. D’où pouvait-il venir ? Une mite ? Il se leva, chercha l’antimite et vaporisa tellement l’appartement qu’il dut sortir et se promener une heure dehors dans l’allée avant de rentrer chez lui.

Plus rien le papillon avait disparu. Le lendemain, même scène mais ils étaient trois. Il en écrasa deux mais il renonça au troisième trop agile et alla se coucher.

Cette nuit, il ne dormit pas. Les papillons le préoccupaient. Peut-être venaient-ils de la cuisine, du garde-manger des conserves, pâtes riz et féculents divers ?

Il se leva et vida l’armoire, aspergea le tout de désinfectant, nettoya, examina l’ensemble mais rien, pas d’infection. Tout était normal…

Les soirées s’enchaînèrent sans événements précis si ce n’est que les papillons, chaque soir étaient plus nombreux. Il pouvait les écraser entre ses mains, d’un essuie bien torché, ils revenaient chaque soir. Il vaporisa encore le tout d’insecticide mais les papillons étaient là quelques jours plus tard. Il ne savait plus que faire.

Les papillons faisaient maintenant partie de son univers. Ils tournaient lentement dans la pénombre des soirées et son manège reprenait : il les chassait, les écrasait, allait se laver les mains, se rasseyait dans son canapé et reprenait sa lecture.
. Un matin, il eut besoin d’un livre précis qu’il ne trouvait pas. Il farfouilla un peu partout et se souvint vaguement d’un endroit où il devait se trouver…

Il dégagea quelques livres de la première rangée mais rien. Il attaqua la deuxième, et toujours rien, enfin, il tomba sur ce qu’il cherchait : un volume épais, ancien, au papier ivoire. Il était satisfait, heureux même, il avait, depuis des années reconstituer un ordre mental dans le chaos apparent des classements et à chaque fois qu’il trouvait l’ouvrage désiré, il jubilait. Ca avait été pendant des années comme une résistance passive face à l’acharnement de sa femme. Il saisit le livre et il découvrit sidéré des grappes de larves accrochées à la tranche. Il en sortit un deuxième, même chose, un troisième, un quatrième, …des larves partout.

Il nettoya toute la bibliothèque, tranche par tranche mais il n’en trouva plus par la suite. C’était, dans la chaleur des vieux livres protégés par la ligne des plus récents que les papillons avaient fait leur nid.

Pendant des années, des larves avaient dormi là et maintenant qu’il était enfin seul, les papillons surgissaient comme si le temps de prendre leur envol était enfin arrivé.

Ce soir-là, il s’assit comme d’habitude dans son canapé, regarda les branches des arbres onduler dans la pluie de la nuit et remarqua un papillon voltiger dans la lumière des lampes basses.
L’insecte tournait dans la lumière sans crainte, presque sous son nez. Il l’observa longuement et se remit à lire dans le crépitement de la pluie contre les vitres…

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Tournai la Page et Foire du livre belge

Posté par traverse le 12 novembre 2011

Tournai la Page
Tournai la Page et Foire du livre belge dans carnets
Lieu: Halle aux Draps
Adresse: Grand-Place, 7500 Tournai
Activités similaires dans la région (carte)
Itinéraire en transport en commun
Téléphone: 069/229319
Internet: http://www.lesamisdetournai.be

Je serai présent au stand de MEO éditions pour vous rencontrer de 14 à 17, le dimanche 13 novembre autour de mon livre « Dans le parc » paru récemment (textes brefs). Bienvenue!

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http://www.meo-edition.eu/actualites.html


Foire du Livre Belge – 9e edition – Thème: “Pays rêvés”

Le we des 18, 19 et 20 novembre 2011
(Centre culturel d’Uccle, Rue Rouge, 47 – 1180 Uccle)

http://www.ccu.be

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Je serai présent le dimanche 20 novembre dès 10h jusqu’à 17h (Stand MEO éditions) et participerai à la rencontre autour des Feuillets de corde (avec Jean Jauniaux et Jack Keguenne) à 10h30 et de la Revue Marginales animée par Jean Jauniaux à 12h30.

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Les Feuillets de corde…Les enfants chiants

Posté par traverse le 11 novembre 2011

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Jack Keguenne et Daniel Simon sont heureux de vous inviter à la présentation du premier numéro (8 /an)

Les Feuillets de corde

« Les enfants chiants »

Texte : Daniel Simon

Gravure : Jean-Pierre Lipit

(Editions Traverse et Couleur Livres)

Nous serions heureux de vous accueillir pour le lancement de ce premier numéro

à l’atelier du collectif de graveurs Kasba (où se tient une exposition de Dominique Héraud et Jean Coulon)

le samedi 19 novembre 2011

de 17 à 20 heures

Kasba – rue Middelbourg 126 – 1170 Boitsfort (Bruxelles)

(à côté de la chaussée de La Hulpe et de l’étang de Boitsfort)

Pour être reçu dans les meilleures conditions prenez le soin d’annoncer votre venue…

jack.keguenne@gmail.com et daniel.simon@skynet.be

(Extrait des éditos….)

La revue Les Feuillets de corde se veut une revue « effervescente », qui pétille quand on la consomme…UN rêve il y a quelques années, écrire une lettre régulière à propos des remugles du monde dans lequel nous vivons…Et soudain, ça y est, la « Litteratura de cordel » brésilienne s’affiche en ces mois d’automne au cœur de Bruxelles et m » donne l’idée juste : un graveur, un texte.

Je partage vite le projet. Avec Jack Keguenne d’abord et il enchaîne en me proposant des artistes qu’il connaît et qui acceptent, eux aussi, de jouer le jeu et de pétiller avec nous…Avec Pierre Bertrand ensuite et il engage sa maison d’édition dans l’aventure (Couleur livres). MERCI à eux.

Ce premier numéro « Les enfants chiants », s’imposait vite à moi, et donnait le ton : pas de provocation, pas d’audace imbécile, mais tenter de capter l’air du temps, celui que La Fontaine rappelle si bien « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés » (Les animaux malades de la peste). Nous vous réservons donc deux fois par saison un thème, un écrivain, un graveur (et le tout, au féminin, au plus tôt, évidemment).

Les textes et gravures seront déposés sur le site de Traverse et une lecture du texte (Podcast) sera également disponible. Bonne lecture, pétillez et à bientôt !

DS

Les enfants ne sont pas faits pour vivre en société… Ils troublent ou dérangent, grandissent et deviennent citoyens.

Les « Feuillets de corde », inspirés de la littérature populaire brésilienne — litteratura de cordel paraîtront 8 fois par an (on peut s’abonner pour l’année en cours). Chaque numéro sera conçu sur un thème choisi par les éditeurs, selon l’humeur ou l’actualité. Il est prévu de publier deux numéros par saison, mais aussi, au besoin, de déroger à cette régularité.

Chaque numéro, chaque thème sera confié à un auteur,. Les « Feuillets » seront toujours illustrés par un graveur (ou une graveuse) selon le même principe.

(…)

JK

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Charlie Hebdo plus que jamais…

Posté par traverse le 5 novembre 2011

Coup de gueule ou coup de coeur?
Charlie Hebdo plus que jamais... dans carnets symboliq2
Photo Laurence Biron

Les Forums autour du saccage de Charlie Hebdo sont la température de la France et de la Belgique, haine colère, débordements, confusions, …une nette avancée des extrêmes

Et surtout « ne rien dire » qui semble la juste mesure en dehors des Evénements. Ne rien dire contre cet usage nauséeux du mot RESPECT, ne rien dire contre cette régression laïque entretenue à longueur de jour par les « laïques pusillanimes » au nom de « ‘N’ayons pas peur » (C’est Jean-Paul II qui, si je ne m’abuse a lancé le slogan), ne rien dire car l’attaque d’une structure culturelle (qui configure les structures mentales), c’est attaquer l’homme, ne rien dire devant tant de peur de soi devenue haine de l’autre, ne rien dire devant la xénophobie et l’homophobie et l’antisémitisme et l’islamophobie (telle que la plupart des personnes que je rencontre n’osent prononcer en public des mots comme arabe, musulman,…de peur d’être taxé de…), ne rien dire…et pourtant, il me semble que dire que celles et ceux qui soutiennent la destruction des bases de la Maison dans laquelle nous tentons de vivre ensemble et côte à côte sont aussi les habitants de cette Maison et qu’il va falloir, hors hystérie et anathèmes, cocktails Molotov et menaces, violences de tous ordres, qu’il va falloir continuer à habiter cette Maison ensemble et trouver quelque chose de plus net, de plus rude, de plus tranchant, de plus impitoyable pour couper ce noeud gordien d’un mépris historique et d’une méprise de chaque jour, qu’il va falloir que nous nous unissions pour que la Loi, seule et appliquée dans ses plus lointains retranchements (et ses sources) que sont l’apprentissage de la morale et de l’amour devienne le socle unique sur lequel nous nous appuyions,ensemble.

Le reste sera donc hors et ailleurs, mais toujours présent. Obscène en quelque sorte.

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L’acte d’écrire ce qu’on ne vit pas

Posté par traverse le 30 octobre 2011

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Dans «Le Rêve du Celte»(1) de Mario Vargas Llosa, on trouve cette phrase surprenante «L’acte d’écrire ce qu’on ne vit pas pour le vivre contient en lui-même son châtiment: la frustration.»

…et l’acte d’écrire ce qu’on vit pour revivre ce qu’on n’avait peut-être qu’effleuré au coeur de la situation alors contient un autre châtiment: la conscience de ne vivre que des secousses plutôt que des profondeurs le plus souvent.Et l’écriture est cet endroit des descentes secrètes dans un passé inachevé.

…enfin, « L’écriture ou la vie » de Jorge Semprun…qui fit naître en moi, à l’abri des Massacres du siècle, « Il gâcha sa vie pour avoir du matériau à la mesure de l’écriture ».

(1)LE REVE DU CELTE de Mario Vargas Llosa. Gallimard/Du monde entier.

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Les bigotes ont changé de parures

Posté par traverse le 30 octobre 2011

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En clin d’œil à l’ami Brassens.

Les bigotes ont changé de parures,
elles vont d’un même pas
en fouettant le monde
de leur regard farouche,
et pas question de rire,
l’affaire est au plus grave,
on repasse les plats
sous les mêmes prétextes,
la même antienne rabat-joie,
et pas question de rire
devant ces ragots millénaires,
les bigotes sont là
et l’hiver n’est pas loin.

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Retour à Muganza, récit d’un avant-génocide

Posté par traverse le 25 octobre 2011

Le 15 novembre à 20 h dans le cadre de la Quinzaine des Femmes de la Ville de Bruxelles

Les éditions M.E.O. vous invitent à une

Lecture-spectacle d’après le livre de Marie Niyonteze

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Centre Pôle Nord
39, avenue de l’Héliport
1000 Bruxelles
Entrée aussi possible par la Chaussée d’Anvers, 208

Comédienne : Yves-Marina Gnahoua
Musiciens : Ben Ngabo, Alphonsine Nyiratunga,
Suzanne Nyiranyamibwa

Entrée libre

Un témoignage de plus sur le génocide rwandais ? N’en avons-nous pas pléthore ? Que peut-il apporter que nous ne sachions ?
Certes, comme pour la Shoah, comme pour le génocide arménien, il est essentiel d’entretenir la flamme du souvenir dans notre monde où la ronde infernale des atrocités les chasse aussitôt des mémoires. Mais surtout, le récit de Marie Niyonteze nous prouve que ce génocide était prévisible, qu’une répétition générale avait eu lieu lors de la première incursion du FPR.

En 1990, Marie Niyonteze est arrêtée pour le simple motif d’être tutsie. Elle ne doit la vie, et celle, provisoire hélas, de son bébé né en prison, qu’à un enfilement de chances. Mais un de ses frères sera exécuté. Et lors du génocide de 1994, alors qu’elle a obtenu l’asile en Belgique, toute sa famille, dont un de ses enfants, sera massacrée.
En 1996, elle retourne secrètement au Rwanda. Impossible de survivre sans avoir retrouvé leurs dépouilles, leur avoir donné une sépulture. Puis, accompli ce devoir impérieux, il faut reprendre pied : « Seule, en accord avec moi-même, j’ai donc décidé de vivre malgré tout, ma propre vie, afin de conserver votre mémoire, à vous qu’on a privés de vie. »
Une leçon de courage et de dignité, mais aussi de lucidité, qui se refuse à étouffer sous une magnanimité feinte les souffrances et les révoltes. « Ce n’est pas que je ne veuille pas pardonner, mais je ne trouve pas le pardon en moi (…) J’essaie seulement d’être sans haine. »

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Biblio-Textes sur www.traverse.be

Posté par traverse le 25 octobre 2011

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(carte postale DS)

Puisqu’on parle beaucoup de textes en ligne aujourd’hui, je vous invite, lectrices et lecteurs de passage sur ce Blog à déposer des textes sur le site… http://www.traverse.be/textes.php

N’hésitez pas, un tri des textes est opéré par des écrivain(e)s ami(e)s…Si texte refusé, renvoyé avec commentaire et retour possible…

Notre intérêt? Un corpus de textes ouverts à mettre en relation avec d’autres produits en ateliers et cie…MERCI déjà de faire circuler…

L’idée est simple : créer une bibliothèque en ligne de textes de tous horizons…

Il y a évidemment des textes des auteurs des ateliers d’écriture que j’anime mais également ceux textes issus

d’autres expériences d’ateliers…ou proposés par des auteurs hors ateliers.

Pour vous s’inscrire, rendez-vous sur la page s’inscrire :

• Préparez votre texte (corrigé) sous format .doc (un ou plusieurs textes…)
• 2 lignes biographiques (sous le ton choisi par vous)
• Une photo (facultative)

Quelques heures plus tard, votre texte sera valide ou non par notre CL (Comité de Lecture) qui garantit le respect des conditions générales (halte au racisme, à la xénophobie, aux insultes ad hominem,…). Mais cela ne représente en rien un Comité de censure : l’audace, l’exploration des limites, les coups de pieds dans les fourmilières sont souhaités et bienvenus également…

Par contre, les lieux communs, les idées toutes faites, les textes en boucles auto-admiratives resteront sans suite de publication. Un administrateur enverra un avis à l’auteur ( e) justifiant le refus ou l’invitation à un (re)travail…

Biblio-textes édite des textes en ligne gratuitement. Notre équipe prend du temps pour organiser la suite des publications. Notre plaisir est donc de garantir une certaine idée de cohérence éditoriale (et non de similitudes de styles ou de sujets, évidemment).

Textes poétiques

Textes dramatiques

Récits et nouvelles

Récit de vie

Propositions et expérimentations

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Zéro mort dans Ne trouves-tu pas que le temps change?

Posté par traverse le 24 octobre 2011

Zéro mort dans Ne trouves-tu pas que le temps change? dans Textes pdf lecrisimoncover.pdf

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La voiture s’arrête au milieu de la nuit éclairée. Pas un chat. Un night shop encore ouvert. Le moteur tourne, la musique bourdonne, les phares sont allumés, tout va bien. Là, devant, des jeunes dans une super bagnole arrêtée au milieu de la rue.

Chaque fois qu’il croise ces voitures dans son quartier, il se demande toujours comment ils font. Pourquoi ils sont si jeunes avec des bagnoles si chères ? Il connaît en partie la réponse, lui, le prof, le médiocre.

La nuit est calme, la voiture prend ses aises, portières ouvertes. Il les entend parler fort. Un de leurs copains a surgi du mur, les rejoint et se penche à l’intérieur de l‘habitacle. Qu’est-ce qui s’échange là : herbe ou chocolat ? Fumette ou haschisch plus ou moins trafiqué ? Ils se tournent vers lui en le montrant du doigt. Ils reprennent leur conversation. Une heure du matin, il est invisible.

Patience, ils vont redémarrer, patience, ils vont partir et tout continuera comme avant, patience. Ca dure, ils rient, patience.

Il se dit, si je klaxonne je fais ce que je dois faire, c’est simple, je suis bloqué au milieu de la rue à trois cents mètres de chez moi par une voiture de luxe et je me sens bizarre, mal foutu, tout coincé, je bloque les sécurités, pourront pas entrer. Ca fait clac, trop fort, vont l’entendre, ils bougent, ils vont partir, c’est fini, pas à s’en faire, vont disparaître et je rentre chez moi.

Il veut allumer une cigarette, l’air de dire qu’il est à l’aise, non c’est de la provocation, ça va les énerver, rester calme, simplement attendre qu’ils partent, patience, merde. Ne pas fumer.

Il se dit je suis un con, j’ai pas passé autant de temps devant des milliers d’étudiants à défendre les règles élémentaires du dialogue et de la négociation pour me retrouver comme deux ronds de flan en face de petits merdeux qui me narguent. Tout est calme, trop calme, ils sont chez eux et lui, un étranger planté dans une bagnole muette, les mains moites. Si je leur fais signe gentiment, peut-être qu’ils vont comprendre que je ne suis pas agressif, que je veux simplement passer, je leur ferai un signe pouce en l’air, comme pour dire qu’ils sont sympas, que je ne leur en veux pas de bloquer le passage comme des salopards, je sourirai même négligemment, faut pas qu’ils voient que j’ai peur, peur de voir ces sales gueules en face, peur de n’avoir rien à répondre s’ils me provoquent, peur que les mots soient de la fiente de prof et qu’ils ne servent à rien encore une fois, peur de me défaire de peur.

Faut rester calme, faire marche arrière, oui, rebrousser chemin, c’est plus malin, fuir l’affrontement. Mais alors qu’est-ce que je suis, moi, pédagogue de mes deux ? Un médiocre, une lope, un raté du vocabulaire qui n’a rien dans le pantalon ? Qu’est-ce que je suis, moi, un looser planté sur la route par une bagnole de petits dealers ? Qu’est-ce que je vaux en pleine nuit, seul, sans le secours des aboyeurs démocrates qui la ferment dès qu’un péquenot leur marche sur les pieds dans la file au supermarché ? Ils détournent les yeux, s’excusent d’avoir des pieds, regardent en l’air, fouillent dans leur porte-monnaie, la ferment obligeamment en attendant que l’enfoiré ait daigné dégager. Puis ça cause et ça refait la file, ça paye et ça fait de la conversation et des exemples, du vécu héroïque pour des étudiants qui s’en fichent.

Non, ne pas abandonner le terrain, j’aurais dû foncer en les insultant, doigt en l’air ou les coincer puis les attraper par les couilles et leur en foutre une sur la tronche.
C’est ça que j’aurais dû faire, c’est ce que je voudrais faire maintenant, leur faire comprendre qu’il y a des lois, que la nuit, c’est pas le territoire des bandes, qu’ils feraient mieux de la faire discrète, que c’est pas comme ça qu’ils vont nous intimider, que ça fait deux bons siècles que ça a changé, que ce n’est plus la loi du plus fort, qu’il s’agit de jouer le jeu un minimum si on veut gagner la partie, que tout le blabla des assemblées citoyennes ça vaut pas un clou devant la mauvaise foi de tous ces gosses biberonnés à la connerie généralisée de la culture de l’abandon, que ça va mal finir un jour de nous prendre pour des veaux à qui on essaye de faire comprendre le contraire de ce qu’on voit tous les jours, que c’est marre ces tronches de travers qui ricanent en nous voyant trimer à répéter des lieux communs auxquels personne ne croit. Ils devraient se réjouir, ils ont presque réussi à nous faire douter de l’intérêt de quoi que ce soit d’autre que le cul formaté ou les bonheurs marchandisés.

C’est décidé, je fonce, tant pis pour la casse, j’ai pas l’intention de me laisser intimider plus longtemps, fallait pas qu’ils exagèrent, ça fait trop longtemps qu’ils sont là, si je bouge pas ils me marcheront sur le corps la prochaine fois. Dans le train la semaine dernière j’ai essayé de discuter, de calmer le jeu, ils agressaient la contrôleuse, pute, salope, pour qui tu nous prends pour nous contrôler, femme de merde en uniforme, dégage. La femme avait tenu bon, un mec s’était levé, personne n’avait bronché, il avait craché devant ses pieds, consciencieusement, pas de réaction, j’attendais que quelqu’un bouge, j’attendais comme tout le monde, ils osent frapper eux, ils ont pas peur des lunettes cassées, des nez et des lèvres éclatés, de la morve et des saloperies de la violence, nous on nous a appris à avoir peur de tout ce qui échappe au contrôle, à la loi, aux bonnes manières de ceux qui vivent entre eux en chipotant le détournement, l’esquive et le retrait. Finalement la femme avait pleuré, de honte je me suis levé, la voix mal placée, ils m’ont renvoyé d’une main sur ma banquette, silence total, connu, reconnu par chacun, silence de la défaite devant une moelle épinière plus droite que la nôtre.

Dans la boîte à gants, rien qui puisse servir à me défendre au cas où. Rien que du papier. Va falloir que je pense à revoir mon psy un de ces jours. J’avais arrêté après quelques mois, il me disait que des stupidités que je répétais à mes étudiants en simulant la découverte de situations intéressante du point de vue de la pédagogie. Eux, ils rigolaient doucement, ils savaient que la plupart des profs vont chez un psy, qu’ils tiennent pas longtemps sans, que leur discours, c’est du vent dès qu’un balèze se lève et vous dit d’aller vous faire foutre. Vous discutez, ils se marrent, on gagne plus en un week-end que toi avec ton salaire de prof, lui a lancé un gosse un jour, vous finissez par appeler la direction qui vous explique que ça ou rien, c’est du pareil au même, qu’après ils seront dans la rue, chez eux, que ce sera alors le tour des flics de se faire pisser à la raie, qu’ils feront ce qu’ils peuvent les flics, comme vous, qu’ils emmèneront les gosses aux juges qui feront ce qu’ils peuvent les juges, qu’il les enverront chez les éducateurs qui feront ce qu’ils peuvent les éducs et puis, après un ou deux tours gratuits, ce sera les tours payants et ça rentrera dans l’ordre un moment mais que ça ne sert à rien cette roue qui tourne à vide, que tout le monde est épuisé à courir les fantômes, qu’il vaudrait mieux être logique et tirer toute de suite les conclusions que tout le monde attend, que c’est de l’embrouille cette chasse au renard où chacun se refile le soin de tirer le coup de grâce, qu’il va falloir arrêter de parler comme eux ou de parloter comme en temps de paix, que c’est la guerre totale, une guerre civile, celle de ceux qui ont quelque chose à se mettre dans la tête, des rêves, des projets, de l’égoïsme, ; de l’avenir contre ceux qui n’ont rien, que les bavures vont pas arrêter, dans les deux sens, qu’on cogne un jour trop fort et c’est toute la ville qui est sonnée, et que chacun alors se retire un peu plus dans son camp, que les paroles sont fortes quand elles disent la vérité et mortifères quand elles produisent un brouillard tellement épais que plus personne s’y retrouve , que ça commence à bien faire ces enculades de mouches au nom du grand péril, de la peste ou de je ne sais quoi d’abominable que nous fabriquons chaque jour avec un consentement proche du contentement. Qu’ils le savent, là en face, dans la bagnole et qu’ils se marrent doucement.

Il se demande maintenant ce qu’il va faire. Reculer, avancer ? Il aimerait disparaître ou les voir se fondre doucement dans la nuit, l’air de rien, en riant, comme des jeunes sympas qui font une petite virée, que ce n’est pas très important tout ça, juste une voiture arrêtée au milieu de la route. Il ne sait pas pourquoi soudain il pense à Moby Dick, à la baleine blanche, qu’il chasse depuis si longtemps, lui le capitaine Achab des banlieues, parce que c’est un prof probablement, un prof qui se sert de toute sa sacrée culture pour trouver des explications, des raisons, des prétextes à s’interroger et à expliquer le monde, le bien et le mal, le vice et la vertu, la lutte ou la fuite. Il a tellement de mots et de citations en réserve qu’il peut faire face à toutes les situations, il est le partisan du zéro mort, de ce superbe zéro mort, de cet insupportable zéro mort qui fait que chacun se planque dans des débats inaudibles au nom de la transparence, où chacun s’interrompt au nom de la clarté, du dialogue, où chacun protège sa graisse et sa frilosité. Zéro mort.

C’est ça l’objectif, le résultat à atteindre. Zéro mort et si possible, rien que des blessures d’amour propre, les plus difficiles à effacer paraît-il mais ce sont des mots, des boutades, des phrases, des rodomontades d’obèse, de légers sinistres dans lesquels ils se complaisent en jouant les martyrs de la vérité. Il sait cela, ça le met mal à l’aise en permanence, il a un surmoi très développé, un sens de la justice et du droit que personne n’a jamais pris en défaut, il est puissant et ferme dans ses interventions mais il ne sait plus que faire en ce moment. Il va falloir qu’il décide, qu’il fasse un geste, un seul, quelque chose de signifiant, un harpon à lancer, rien qu’un et sa vie va changer, il en est sûr, il va l’atteindre cette putain de baleine vicieuse, il va la frapper à mort et lui, au risque d’être emporté par cette île de graisse maléfique, il sera sauvé, il s’aimera enfin.

Un coup de klaxon, rien qu’un, le plus discret possible, comme une invite, surtout pas un ordre, un appel au civisme, un dialogue de générations, un geste sympa lancé dans la nuit. Mais il ne sait comment faire. Il se sert si peu de son klaxon, il trouve cela barbare, violent, comme un ordre lancé à un chien, il ne parle pas cette langue-là. Alors il a peur et il attend.

Ceux d’en face le savent et ils prennent tout leur temps, c’est sûr. Il faut qu’il réagisse d’une façon ou d’une autre, il effleure le cœur de son volant en retenant son souffle, il retient ses doigts comme sur l’arête d’une gâchette sensible, si il les provoque, ils sortiront un flingue, c’est déjà arrivé ou ils mettront sa voiture en pièces, c’est fréquent, ou le feu, c’est facile et lui dedans comme un rat, la main tremblante. Il en a assez, c’est Alamo, il va falloir tenir jusqu’au bout, jusqu’à l’ultime sacrifice, zéro mort, c’est fini, la baleine revient le narguer, elle remonte, il le sait, il est face à elle, il cherche son harpon, il voit son petit œil méchant, la lumière du diable qui l’éclaire, son heure est venue, c’est son dernier combat enfin, plus de plastronnades, fini de gamberger, sa main se crispe sur l’arme décisive, il retient son souffle, vise cet œil de malheur et lance son trait au centre du mal.

Le klaxon explose, pire que tout, il hurle et c’est l’effroi qui le saisit, la baleine vient de plonger et il est seul maintenant face à l’océan glauque enroulé au filin, attendant quelques secondes encore d’être emporté vers les abysses.

Rien, pas un mouvement, pas un geste, rien. Silence de mort. La voiture n’a pas bougé, ils rient maintenant, il entend très nettement les jeunes rires qui le narguent, ses forces l’abandonnent, il ne pourra pas répéter son geste, les harpons manquent, c’est l’heure de payer l’addition, le moment de passer à la caisse. Soudain, un geste, un des leurs lui fait signe d’avancer, sans ambages il l’invite à passer à côté comme un flic qui vous dit circulez y a rien à voir et il tremble maintenant, il sue, il sent ses boyaux se relâcher, il appuie lentement sur l’accélérateur, la voiture frissonne, elle avance de quelques centimètres, en face personne ne bouge, ils se sont remis à discuter, quelques centimètres de plus et c’est un mètre de gagné, il se rapproche, il les frôle, eux ne lèvent pas la tête, il les dépasse lentement, il est passé, cette fois encore il s’en est sorti, il remonte la rue en retenant son souffle, peut-être qu’ils vont le poursuivre, il n’est pas bon à la course, toujours peur de l’affrontement, il est bientôt chez lui, il va se garer devant son immeuble et il pense, peut-être qu’ils vont me suivre, qu’ils saccageront ma voiture dès que je serai rentré chez moi, alors il roule encore un peu, il cherche un endroit sous les arbres de l’allée, un peu sombre, il arrête le moteur, respire lentement, sort, le signal de fermeture automatique le rassure, il marche un peu hagard vers son appartement, cette fois, ça s’est bien passé.

Editions Le Cri
ISBN 978-2-8710-6571-5
15,00 €

Les nouvelles de Daniel Simon sont comme des prises de température régulières du monde, des façons de se remettre sur pied alors que le ciel emporte le temps au-dessus de nos têtes. Nous restons parfois dans cette immobilité qui fait de notre fin une provisoire éternité : nous regardons la lumière tomber en nous et nous en diffusons, le temps d’une vie, quelques rayonnements.
Un jour, le temps change, le monde bascule dans un ordre où nous n’avons plus toute notre place. Nous nous battons un court instant pour dilater ce temps, puis c’est fini…

Daniel Simon, né en 1952 à Charleroi, est licencié en études théÉtrales. Il collabore régulièrement à plusieurs projets culturels au Portugal, Maroc, RDCongo, Roumanie, Tunisie… Depuis trente-cinq ans il anime des ateliers d’écriture. Il a notamment publié des poèmes (dont Épiphanies, Orange bleue éditions ; D’un pas léger, éditions Le Taillis Pré ; Dans le Parc, MEO, etc.), une vingtaine de pièces représentées ou publiées (Lansman), des nouvelles (L’échelle de Richer, éd. Luce Wilquin, 2006), des articles, des essais (Je vous écoute, Couleur livres, 2009 ; La Troisième séance, Couleur livres 2010). Il réalise par ailleurs des vidéos de création, dirige la revue Récits de Vie et la collection JE aux éditions Couleur livres.

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Quand vous serez dans l’abri du passé

Posté par traverse le 12 octobre 2011

Quand vous serez dans l’abri du passé dans Textes onethousandandonenights26

Quand vous serez dans l’abri du passé et à tourner en rond dans des temps usagers, que vous serez oblique et sans foi dans le fil du présent, que vous boirez des eaux aux fontaines électriques en lapant l’infini des légendes éteintes, les yeux tombés dans de vagues promesses, le cœur tout entraîné à l’immortelle fête, caressant le tissu des histoires conquérantes où vous allez ballant dans le vent qui les chasse, quand vous serez instruit de vos oublis nouveaux, avançant dans le bleu vertige des désirs abrupts, la tête enturbannée de colères soudaines et franchissant enfin le seuil d’une chambre fertile où le Nil coule à flots dans le sable du lit, vous roulerez alors dans le limon parfumé des amours passagères, les épaules défaites et le cœur suturé, quand vous serez.

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Interdit de mémoire…en novembre

Posté par traverse le 9 octobre 2011

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“Fragments de mémoire” avait été publié il y a deux ans à Buenos-Aires…
“Interdit de mémoire” (adaptation Pierre Ergo et l’auteure, Luc Pire, septembre 2009) sera présenté au public au Grenier Jane Tony, samedi 26 novembre, 16h, à La fleur en papier doré, 1000 Bruxelles par Daniel Simon.

Depuis plus de 20 ans, je connais Ana Fernández…Poétesse, prosatrice, nouvelliste, romancière, elle a dû quitter l’Argentine en 1978 et n’a cessé de manifester sa présence dans la mémoire effilochée des exilés d’une époque où la guerre était froide et les dictatures ordinaires…
Elle m’avait demandé une préface, nos temps se relient ici une nouvelle fois dans cette présentation…

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Ne trouves-tu pas que le temps change ?

Posté par traverse le 9 octobre 2011

Daniel SIMON

Ne trouves-tu pas que le temps change ?

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Nouvelles, 124 pp, 2011

Editions Le Cri
ISBN 978-2-8710-6571-5
15,00 €

Les nouvelles de Daniel Simon sont comme des prises de température régulières du monde, des façons de se remettre sur pied alors que le ciel emporte le temps au-dessus de nos têtes. Nous restons parfois dans cette immobilité qui fait de notre fin une provisoire éternité : nous regardons la lumière tomber en nous et nous en diffusons, le temps d’une vie, quelques rayonnements.
Un jour, le temps change, le monde bascule dans un ordre où nous n’avons plus toute notre place. Nous nous battons un court instant pour dilater ce temps, puis c’est fini…

Daniel Simon, né en 1952 à Charleroi, est licencié en études théÉtrales. Il collabore régulièrement à plusieurs projets culturels au Portugal, Maroc, RDCongo, Roumanie, Tunisie… Depuis trente-cinq ans il anime des ateliers d’écriture. Il a notamment publié des poèmes (dont Épiphanies, Orange bleue éditions ; D’un pas léger, éditions Le Taillis Pré ; Dans le Parc, MEO, etc.), une vingtaine de pièces représentées ou publiées (Lansman), des nouvelles (L’échelle de Richer, éd. Luce Wilquin, 2006), des articles, des essais (Je vous écoute, Couleur livres, 2009 ; La Troisième séance, Couleur livres 2010). Il réalise par ailleurs des vidéos de création, dirige la revue Récits de Vie et la collection JE aux éditions Couleur livres.

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Duo Serge Goldwicht/Roby Comblain

Posté par traverse le 5 octobre 2011

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On y revient prochainement…

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Impressions (d’) assises

Posté par traverse le 5 octobre 2011

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Le 4 octobre à la Bibliothèque de Marche, hier…sous un soleil d’Ardennes

Assises du Livre….Le numérique, rien de nouveau. Les mêmes questions, les mêmes prophéties, les mêmes interrogations qu’il y a…Ce qui change? L’évidence que ce n’est pas clair, que l’enjeu, surtout, est de vendre des tablettes numériques, que les bibliothécaires cherchent, que les éditeurs doivent se positionner alors que les questions se durcissent et appellent réponses et que les lecteurs ont des pratiques multiples. Allez sur le Net, vérifiez, ces questions, dans le champ de l’édition francophone, sont posées à l’identique depuis dix ans…Droits, technologies, piratage, distribution, déclin de la libraire traditionnelle, …Ce qui change vraiment: le débat, sous des atours culturels est de plus en plus renvoyé au réel de l’économie de l’édition: les droits, les marges, la distribution, les cibles, les marchés,…Ce qui traduit aussi le fait que la fascination pour la « chose numérique » se transforme en appropriation de techniques au service de l’éternelle question: comment porter et faire circuler les idées et les formes dans un monde de plus en plus rapide et maillé de réseaux. On pense au domaine de l’édition musicale. Terrible. Les Majors n’ont rien vu venir. La plupart des auteurs, compositeurs sont sortis des catalogues et les bacs se vident. L’édition papier est prudente, elle a vu l’iceberg et ne veut pas s’y fracasser. Donc, louvoiements, atermoiements, observations, essais, expériences…

Le Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles (ça y est, c’est dit, c’est un peu surnaturel, mais c’est dit…), par la voix de Mme Christine Guillaume (Directrice de la Culture) rappelle le souci et les engagements du Ministère dans la mise en réseaux et en décloisonnements des départements, des matières, des compétences. Il manque aussi de budgets…

Marc Quaghebeur (poète essayiste, Directeur des Archives et Musée de la littérature), très en forme, rappelle l’histoire, les enjeux, les échecs historiques et les perspectives de l’édition en Belgique. Insiste sur la notion de francophonieS et rappelle que le 6ème arrondissement parisien n’est pas le centre du monde de la Francophonie. Je rappelle de mon côté, que Salvador Dali le situait, le centre, à la gare de Perpignan. Et nous, à Liège, probablement…

Quaghebeur insiste sur les nécessités de repositionnement transversal des francophonies, de la nécessité de relier des littératures francophones et des écrivains issus de ces francophonies, hors le centrage français.

Un constat: le livre-papier, a été souvent, lors des conflits récents en Afrique centrale, un « combustible » facile à portée de mains. Les bibliothèques, comme les personnes, sont vite consumées dans la région des Grands Lacs.

Le numérique, toujours avec l’acculturation au livre papier (il insiste), sera un des moyens de nouer de nouvelles relations éditoriales entre ces francophonies…Un Nord-Sud qui devra d’abord résoudre la question des droits d’auteurs, …

Jean-Luc Jeoffroy (Service du Livre luxembourgeois, organisateur) est heureux: près de deux cents personnes attachées aux mêmes questions et rassemblées le matin en plénière et l’après-midi en Ateliers.

J’y animais l’Atelier Création littéraire. Annemarie Trekker et Armel Job étaient témoins dans cet atelier sensible et qui a articulé des questions qui allaient de la littérature Et la vie à la nécessité d’une édition pour enfants exigeante. Bien sûr la question des ateliers d’écriture a été posée, du « thérapeutique » (tic tic tic…), de la nécessite de « déposer » sa mémoire dans des textes…

Alvéole et la Brigade des attentats poétiques ont animé la journée et parodié des conclusions de colloque de façon magistrale…Jean-Pierre Pirson était l’hôte sur le canapé qui recevait ses invités et commentait avec chaleur…


MARGE…

Pas une tablette numérique dans la salle…

Des lectrices parlant à un auteur comme s’il était un autre: « Je n’ai pas du tout aimé au début, puis plus tard, j’ai tout aimé »…Et lui d’écouter, un sourire en coin, très attentif cette déclaration d’amour littéraire. Il participe à la conversation qu’on lui ouvre comme s’il était lui-même lecteur. .Discrétion et élégance…

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Les Nouvelles Amazonies

Posté par traverse le 2 octobre 2011

Les Nouvelles Amazonies
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Le nouveau numéro de la revue MARGINALES est paru.
Son titre : « Les Nouvelles Amazonies »

Dans son éditorial, Jacques De Decker souligne les particularités de ce numéro dont la thématique, offrant plusieurs interprétations, a stimulé l’imaginaire des écrivains.
Avec la participation de Gérard Adam, João Almino, Jean-Pierre Berckmans, Véronique Biefnot, Beatriz Bracher, Huguette de Broqueville, François de Callatäy, Alain Dartevelle, Thomas Depryck, Emmanuel Donnet, Rose-Marie François, Fabrice Gardin, Marc Guiot, Évelyne Guzy, Corinne Hoex, Jean Jauniaux, Jack Keguenne, María Dulce Kugler, Françoise Lalande, Françoise Lison-Leroy, Juan-Luis De Loyola, Richard Miller, Maureen Pitz, Jean-Marc Rigaux, Silviano Santiago, Daniel Simon, Monique Thomassetie, Michel Torrekens, Bruno Wajskop et Yves Wellens.
Amazone, amazone, amazone, Amazone. Le fleuve et la guerrière, deux puissances que seule la majuscule distingue. Le plus long cours d’eau de la planète, puisqu’il s’écoule sur 6 800 kilomètres, au débit de quelque 230 000 mètres cube d’eau à la seconde, doit son nom, dit-on, à ces femmes armées d’arc aux flèches empoisonnées qui opposèrent une résistance forcenée aux conquistadors. Ceux-ci, lettrés en dépit de leur total mépris pour les cultures locales, ne purent que les comparer aux sujettes de Penthésilée, qui n’avait pour talon d’Achille, face aux hommes, que son faible pour Achille, justement.

Pour Marginales, l’occasion était trop belle, le festival Europalia s’étant donné pour thème le Brésil, d’explorer ce champ symbolique à bien des égards. [...] Éditorial de Jacques de Decker
informations sur le dernier numéro

Marginales n° 280 – automne 2011 – 216 pages – ISBN 977-0025-2930-91
Fondateur : Albert Ayguesparse
Directeur : Jacques De Decker
Rédacteur en Chef : Jean Jauniaux
La revue est disponible en librairie (10 €) ou par abonnement.
Abonnements : (30 € pour 4 numéros) par versement au compte ING 363-0537391-51 de MARGINALES (Pour les virements internationaux – IBAN : BE75 3630 5373 9151 – BIC : BBRUBEBB), avec en communication : « Marginales Abonnement », en mentionnant prénom et nom, adresse postale, adresse e-mail et le numéro à partir duquel l’abonnement est demandé.
Adresse de la revue : MARGINALES
c/o Vertige asbl
rue Théodore Verhaegen, 158
B- 1060 Bruxelles
Tel : +32 2 544 00 34 http://www.vertige.org
Tel. rédaction : 0478 43 49 37
Email : info@marginales.be

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Quand vous serez à la lisière des villes

Posté par traverse le 2 octobre 2011

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Quand vous serez à la lisière des villes en longeant des haies de parchemins éteints, que vous prendrez le vent dans le creux de la main en lisant des tempêtes anciennes, que vous irez sous des auvents de paroles frémissantes vers des silences neufs, que vous douterez des chagrins qui se gonflent de joies, que les images se bousculeront en vous jusqu’au seuil des réveils, que le temps prendra quartier dans des sursauts nouveaux où vous allez écarquillé sur le fil des souvenirs, que la joie sera là où vous ne la connaissiez, des papillons furtifs, des chansons de l’Orient, des voyages immobiles, des femmes qui fredonnent aux enfants sans colère, quand vous serez une île, et la mer et la barque, une façon de rire et de dire la joie de se perdre le matin pour découvrir le soir, quand vous serez.

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Un peu de noir…

Posté par traverse le 23 septembre 2011

…pour sourire…
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J’ai trouvé mon équilibre, écrivit le pendu.

Vous n’avez pas maigri, mais rétréci.

Les crimes que je n’ai pas commis aujourd’hui, ne sont que des repentirs.

Pendant qu’il riait, on lui voyait un masque qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Les enfants parfois ont des regards de vieux, c’est pour cette raison qu’ils grandissent.

Le Je est un jeu dans lequel on se dissout lentement.

La joie de reconnaître ce qu’on aime ensemble, et encore plus, ce qu’on déteste.

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Façons de lire: des jeunes à Schaerbeek

Posté par traverse le 20 septembre 2011

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Réalisation: Daniel Simon, Images, son, montage: Jacques Deglas.

Des jeunes dans une classe de Saint-Dominique, (Professeur de français, Mme Valériane Wiot) nous accueillent Jacques Deglas (images, montage) et moi pour plusieurs rencontres.

Cela donnera ce film d’une vingtaine de minutes qui est le premier acte d’une suite de rencontres qui tentera de faire apparaître en filigranes le portrait du jeune lecteur européen. Sachant que nous parlons de l’imaginaire européen et non de l’Union(?), et que l’Europe, cette pâte feuilletée de toutes les cultures s’est fabriquée au fil de siècles douloureux(deux guerres par siècle au moins).

Nous parions sur l’intelligence de ces jeunesse de toutes origines et rassemblés dans un espace européen cosmopolite.

Nous pensons que ce tissage fait l’Europe, justement, avec une représentation, de l’Atlantique à l’Oural…où des singularités produisent un espace commun.

Ces jeunes librement devant la caméra témoignent de leurs pratiques de lectures.

Nous continuons…

Pour projeter le film en public et débattre de cette question ou pour initier une autre aventure, contactez-nous…

MERCI

DS

Visionner en allant à la page:

http://www.traverse.be/jeunes-lecteurs-europeen.php

…et aussi sur le site de Saint-Dominique:

http://www.saintdominique.be/secondaire/sitenew/spip.php?article558

Production Traverse asbl avec l’aide et le soutien des Bibliothèques de Schaerbeek

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Des vidéos, une lecture-performance à Dour

Posté par traverse le 19 septembre 2011

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http://www.centrecultureldour.be/programme/evenement/337?jour=29&annee=2012&mois=3&mode=description

« Des millions d’artistes créent, quelques milliers seulement sont discutés ou acceptés par le spectateur et moins encore sont consacrés par la postérité…l’artiste peut crier sur tous les toits qu’il a du génie, il devra attendre le verdict du spectateur… »

C’est à partir de cette constatation de Marcel Duchamp que le centre Culturel de Dour et la Roulotte Théâtrale ont eu l’idée de donner l’occasion aux réalisateurs de courts métrages (amateurs, étudiants, professionnels…) de voir leurs œuvres projetées sur grand écran et confrontées à un public.

Aucun thème, Aucune sélection, Aucune censure…une seule règles envoyer sur DVD son film à La roulotte théâtrale 18, rue de la Paix 7370 Dour/Elouges

A chaque soirée son invité… Après Manuel Gomez, Noël Godin , Jean-Claude Derudder, Gerald Frydman, Vincent Engel etc…la troisième saison de l’Ecran Libre débutera Avec Daniel SIMON

Les dates : jeudi 20 octobre 2011 , 20h00

Projection de …

- Babel amour, babil toujours

- Je suis un lieu commun

et lecture -performance: La dernière fois que ma mère est morte de Daniel Simon
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avec un invité-complice…Jacques DEGLAS avec son dernier court » Wedding Parano » (réalisation avec Virginie Delcourt, scénario Virginie Delcourt): en avant-première spéciale Dour…

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jeudi 08 décembre 2011 , 20h00

jeudi 29 mars 2012 , 20h00

jeudi 03 mai 2012 , 20h00

PAF € 2,50 euros

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Entretien Michel Ducobu / Daniel Simon sur les ateliers d’écriture

Posté par traverse le 15 septembre 2011

et une soireé autour de La troisième séance (www.couleurlivres.be)
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http://traverse.unblog.fr/2011/06/07/la-troisieme-seance-dans-parentheses-n8/

Une rencontre à l’AEB, le 5 octobre, 17h, Entretien avec Michel Ducobu et moi-même autour de la question des ateliers d’écriture (Prochaine séance de l’Association royale des écrivains et artistes de Wallonie)

Association des Écrivains belges de langue française

Chaussée de Wavre, 150
1050 Bruxelles Tél. Accueil : 02/512.29.68
Tél. Secrétariat : 02/512.36.57 Courriel : a.e.b@skynet.be

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Ateliers de rentrée…

Posté par traverse le 8 septembre 2011

Bonjour/bonsoir et bonne rentrée !

Plusieurs informations à vous communiquer….

Des Ateliers d’écriture… http://traverse.unblog.fr/ateliers-et-formations/

et prochainement…

www.lamaisondulivre.be

Un STAGE

Récits de voyages

Ecrire avant ou après, écrire pendant et que faire des notes ? Un voyage passe toujours par le rêve du voyage, et les photos et autres films ne suffisent pas à creuser le sentiment du voyage accompli ou projeté. Il s’agit à chaque fois de croiser des façons de se rendre là où on rêve d’aller confusément. Et l’écriture peut aussi passer par des formes métissées (sous la forme du Carnet de voyage).

En une soirée et un week-end, nous allons écrire ce fameux voyage qui nous capte et nous fascine. Ecrire, coller, passer au montage, voilà les étapes que vous choisirez librement pour ramasser ces fameuses poussières de voyages qui font le chemin sur lequel nous allons…de notre chambre à l’infini.
Ordinateurs, bidules numériques et autres machins TICS bienvenus.

Animé par : Daniel SIMON, écrivain, formateur et éditeur
www.traverse.be
Dates : vendredi 30 septembre de 18h à 20h
samedi 1er et dimanche 2 octobre de 10h à 17h
Public : adultes
Prix : 110 euros, acompte de 60 euros, possibilité de payer le solde en effectuant 1 versement de 50 euros ou 2 de 25 euros
Nombre maximum de participants : 12

…un livre issu des Ateliers Fiction Traverse/Bibliothèques Schaerbeek 2010-2011


« Les ateliers d’écriture de fictions »

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Dans l’atelier d’écriture de fictions, on écrit et on écoute des textes, des commentaires, on fabrique des hypothèses de récits, …On se refile aussi des références et des consignes, on raconte des histoires…en faisant confiance à son observation, à son écoute, à ses projets secrets. Ils trouveront alors place dans une histoire qui nous embarquera là où nous rêvions d’aller confusément…Raconter une histoire, c’est aussi prendre pied dans l’espace et le temps autrement, avec la distance du récit. Elle permet de créer des intimités, des existences et des univers singuliers.

Avec des textes de Philippe Bigot. Marie Bruyns. Françoise Chaidron. Jeannine Clavie. Nicolas Coeck. Rolande Denis. Gabrielle Eleutheriadis. Italia Gaeta. Bernard Gilon. Rita. Guth. Anne Lammens. Marcel Laurent. Claude Martin. Brigitte Morys. Antoine Moens de Hase Astérie Mukarwebeya. Morgane Piraux. Marie-France Reininger. Lyndia Roveda. Isabelle Telerman. Cris Van Den Spiegel. Philippe Vandenberghe. Catherine Vanesse. Christian Van Tuijcom.

Commande et informations : 00322/2161510 – Prix de vente : 15 euros, port compris. A verser au compte 068-2144376-24 de Traverse asbl

Format : 14,5 x 20,5 cm – 240 pages. Collection Création présente/Traverse

Un clip en clin d’œil…à propos des Ateliers d’écriture de la saison 2011-2012…

http://www.youtube.com/watch?v=Igl3yUIoa14

Bienvenue à vous…

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Perdre, une autre façon de se mettre au monde

Posté par traverse le 3 septembre 2011

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Perdre, une autre façon de se mettre au monde.

Une image oubliée qui revient, un poème cherche le récit.

Sachez que…un conseil qui cherche le bourreau.

Et soudain, vous achevez un geste entrepris il y a longtemps : la forme fait du temps dispersé notre seule présence.

Elle a des pudeurs en se levant et marchant à l’écart de son corps trop présent.

Peut-être une façon de ne pas se soumettre, cette discrétion devant les évidences.

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Est-ce la Belgique…

Posté par traverse le 2 septembre 2011

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Je n’ai confié aucun secret sinon une chanson énigmatique. Nord ! La vie s’y tord en arbres forts,
et tors. La vie y mord, la mort à belles dents quand bruit le vent.
Apollinaire.

Est-ce la Belgique qui imprègne tant Daniel Simon et ses textes brefs évoquant un quotidien nuageux comme autant d’escales à vivre, à fuir, appellent au souvenir ? Cette terre semble être un tremplin vers un monde ouvert (dé)voilé, où le bruit des voitures, le claquement des portières, la bousculade des fantômes — d’amours perdus ou de chers disparus — éclaire soudain la brume qui emprisonne un monde cosmopolite, rassemblé dans un doux crépitement mélancolique. À pas lents, Daniel Simon marche en rêvant sur la crête des connivences, le poids des kilomètres n’allégeant en rien sa peine ni son désir d’appartenir, d’être pleinement vivant. Il nous invite à un voyage assis à sa table de travail pour un voyage debout dans les allées du mal et de la beauté, celles d’une humanité trop souvent bafouée, qu’il aime, malgré.

L’homme a décidé un jour « de rater sa vie pour mieux pouvoir l’écrire, décidant de ne plus grandir mais d’écrire pour tenter d’arrêter « l’agrandissement », l’indifférence du monde à la morale des enfants ». Dans son parc, sur le théâtre des petits gestes, des corps empêchés ou des mots échappés, beaucoup de pluie de vent de ciel, de goutte-à-goutte du temps de silence consolant de douceur de l’enfance, de lumière de détresse de chambre des mémoires et d’intenses instants de bonheur. Le ciel est bleu comme une chaîne de liens dans ces chansons d’amour d’une justesse émouvante que chante en sourdine ce poète lesté de solitude, au cœur d’une foule violentée, aux élans souvent freinés.

Dans la salle d’attente du monde, tel un douanier qui se tient aux frontières comme un ange, Daniel Simon regarde une foule d’innocents et de guerriers aux cris éblouissants ou meurtriers, une multitude d’anonymes qu’il saisit dans le prisme d’une lumière intime, braquant l’objectif sur ce qui l’indigne, l’émeut, le fatigue, le scandalise, le fait aimer, grandir, laissant la lentille faire les derniers réglages poétiques : « Je voudrais tant entrer dans le ciel et me hisser jusqu’au seuil des silences, ne plus apercevoir du monde qu’une lointaine image et j’irai dans les taillis de souvenirs, de rencontres parfaites et de désirs perdus. J’aimerais vivre cette espèce d’oubli qui fait d’un accident une vague ponctuation dans des flux de présent. J’aimerais signer ce bail avec le vague et l’indécis pour connaître le doux ennui des enfants sans avenir. »

Sans pitié chaste et l’œil sévère, tout en poursuivant une belle ombre passagère — tandis que sur sa feuille le jour s’exténue ou s’emporte dans un coup de sang — il mêle grâce au courage lucide car on a poussé trop loin l’art de l’invisibilité et des abus communs, ces passants devenus ordinaires qu’il dénonce et débusque dans les coulisses de ces vies croisées. La franchise et la compassion pour bagage, la recherche furtive d’un accord majeur comme passeport, le peintre esquisse le portrait fugace de quelques étoiles fuyantes adossées au souvenir. Le souvenir, une lanterne de repérage qui sert à pointer la nuit du jour, un véritable cor de chasse qui résonne dans ce journal poétique chantant le voyage d’une géographie humaine campée dans un présent où l’ombre du temps précède et poursuit l’avenir en une belle ritournelle.

Le mystère en fleurs s’offrant à qui veut le cueillir, la beauté s’offre comme en écho à l’éphémère avant de s’évanouir dans le silence de ces pages pleines de chuchotis émouvants : « La lumière s’est éteinte au milieu d’une phrase et le mot coquelicot m’est resté en travers du clavier, il n’y avait que la nuit et les pétales rouges qui fanaient et que je ne parvenais à cueillir tant le noir était vacillant dans cette teinte sonore comme un coq qui a raté l’aube et s’en va dans la paille et le renoncement du chant. » Le lecteur assiste à un festin éclairé a giorno où les yeux sont des feux mal éteints, où les cœurs bougent comme les portes, où l’on mesure l’écart en soi et le temps de nos urgences, où l’on tente d’apprivoiser l’absence, ne sachant s’il faut se défaire de la colère qui nourrit (« peinant à vivre dans ce temps qui se moque des doutes, des vagues et des fantômes ») autant que le centre d’un sourire — le lecteur devinant la paix désirée qui tapisse un front pensif d’enfant heureux devenu grand malgré lui.

Dans le labyrinthe des énigmes existentielles et comportementales où Daniel Simon nous entraîne, une certitude demeure : sa prose poétique rend plus dense la houle des matins sombres, plus riche les cailloux blancs abandonnés sur la berge par le ressac de ses pensées. Elle ralentit superbement le bruit du temps car même si l’écume des jours nous glisse entre les doigts, son image floue, encombrée de tant de promesses, de tant de vœux et de tant d’espoirs bricolés, est source de bien des émois. La veilleuse de l’adulte un brin consumée, l’âme peut-être apaisée comme un midi d’été, Daniel Simon marche probablement vers d’autres horizons, nous rendant à nous-mêmes, à nos vastes interrogations qui continueront d’errer dans les allées de son parc peuplé d’une ribambelle de mains tendues, violentes, brutales ou désirantes, les mains d’une humanité fragile et complexe qui, tel le silence parfois, semblent hors de portée mais demeurent bien souvent pleine de charme et d’espérance : « de la lumière et un cœur plus léger suffisent à soulever le monde à hauteur des miracles ».

Pascale Arguedas

http://calounet.pagesperso-orange.fr/resumes_livres/simon_resume/simon_parc.htm

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Dans la pluie qui tombe sur les hommes rentrés tard

Posté par traverse le 29 août 2011

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Dans la pluie qui tombe sur les hommes rentrés tard, encore le faste et le fugace sur des torses fragiles, on court dans ces fines ampoules de mélancolie vers la lumière des vitrines et des buées intérieures, en hâte, tout occupés à semer des regrets dans les éclaboussures où nous allons comme des semeurs, courbés sur la nuit qui nous tient déjà à la gorge pour un temps.

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Apnées à la Fête de l’eau

Posté par traverse le 27 août 2011

Apnées à la Fête de l'eau dans carnets ar046web

Demain dimanche 28 août, de 12h30 à 14h30 venez plonger dans
l’installation de sons et mots « en apnée »

Etape n°4 de l’itinéraire de la Fête de l’eau (programme en pièce jointe)

http://www.egeb-sgwb.be/FetedelEau

c’est au piétonnier de la place Jourdan (1040 Bruxelles)

« en apnée » est un mini parcours de poésie sensorielle

Les lectures de Daniel Simon, Gaetan Saint-Remy, David Giannoni, Sylvie Leroy, Nathalie Gassel, Simona Petitto, Giulietta Laki.. et des textes de bien d’autres êtres d’eau et de chair… prendront place dans l’installation de Giulietta Laki et Nicolas Marchant.

Et vous?
Quand feriez vous un petit tour en apnée dans votre coeur?

http://www.myspace.com/troupepoetiquenomade

www.fiestival.net
www.maelstromreevolution.org

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Apnées

Posté par traverse le 24 août 2011

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Apnée 1

Le goût du sel qui passe de la langue à l’arrière-palais, des présences soudain de petits-déjeuners avec la femme aimée, des œufs, du lard braisé, un café fort, le repos de la nuit et si la mer avait une saveur de fraise ?

Apnée 2

Le crépitement des lucioles d’oxygène monte vers la lumière à tire d’ailes, la bouche s’ouvre comme une carpe sur le vide, un vacarme s’échappe de moi, je descends.

Apnée 3

Silence et copeaux d’oxygène accrochés aux cheveux, des pieds remontent des frissons plus frais, descendre encore.

Apnée 4

Les oreilles battent jusqu’au bout des doigts, prendre ce temps comme une répétition légère du dernier sursaut.

Apnée 5

Attendre sous l’arche l’apaisement, un instant encore dans le poids disparu des instants, remonter.

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Les enfants chiants

Posté par traverse le 24 août 2011

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la cruauté a besoin du comique

Posté par traverse le 24 août 2011

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Si l’amour menait à quelque chose

Posté par traverse le 21 août 2011

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Si l’amour menait à quelque chose, il serait réservé aux aventuriers, mais non, profitons-en, à rien, à rien.

Et pourtant, elle n’est rien qu’aimée et cela suffit.

Ce besoin de pureté qui s’empare des imbéciles en vieillissant, n’importe quelle pureté !

Un ami sur le départ, que je ne reverrai plus : « Et maintenant qu’ils se débrouillent, je suis si fatigué d’avoir tant expliqué. »

Sous les eaux du barrage, un village en apnée.

Rire tant et tant et se surprendre à ne plus savoir de quoi on rit.

« Sois naturel » signifie pour beaucoup « n’aie pas peur » et « n’aie pas peur », « tremble silencieusement ».

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